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Full text of "La Provence du premier au douzième siècle, études d'histoire et de géographie politique"

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LA   PROVENCE 

DU  PREMIER  AU  DOUZIÈME  SIÈCLE 


MAÇON,  PROTAT  FRERES,  IMPRIMEURS 


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MÉMOIRES    ET    DOCUMENTS 

PUBLIÉS    PAR    LA    SOCIÉTÉ    DE    l'ÉCOLE    DES    CHARTES 

VIII 


LA  PROVENGE 


DU  PREMIER  AU  DOUZIEME  SIECLE 


ETUDES 

D'HISTOIRE  ET  DE  GÉOGRAPHIE  POLITIQUE 


PAR 


Georges  DE  MANTEYER 

ANCIEN    MEMBRE    DE    l'ÉCOLE    FRANÇAISE     DE    ROME 


PARIS 
LIBRAIRIE  ALPHONSE  PICARD  ET  FILS 

Libraires  des  Archives  nationales  et  de  la  Société  de  l'École  des  Chartes 
82 ,  Rue  Bonaparte ,  82 

1908 


A  LA  MÉMOIRE  D'AUGUSTE  MOLINIER 

MAÎTRE    ET    AMI    TRÈS    REGRETTÉ 

G.    M. 


LA    PROVENGE 

DU   PREMIER  AU  XIP  SIÈCLE 


CHAPITRE  PREMIER 

LA  PROVINCE  ROMAINE 

(Vers  120  av.  J.-C.  —  536  apr.  J.-G.) 


I 

La  province  proconsulaire  et  prétorienne 
(Vers  120  av.  J.-G.  —  Vers  267  apr.  J.-G.) 

La  circonscription  du  pays  de  Provence  résulte  de  plusieurs 
remaniements  :  il  faut  les  énumérer. 

G'est  aux  environs  de  l'an  120  avant  J.-G.  que  fut  créée  la 
province  romaine  de  la  Gaule  ultérieure  ou  transalpine.  Gette 
province,  gouvernée  par  un  proconsul,  comprenait,  en  attendant 
les  colonies  à  venir,  des  peuples  fédérés  et  des  peuples  sujets.  La 
métropole  grecque,  Marseille,  et  les  Voconces  étaient  fédérés.  De 
Marseille  dépendaient  les  îles  et  les  points  du  littoral  ouverts  au 
commerce.  On  y  remarquait  les  villes  grecques  de  Nice,  sur  le  rivage 
des  Vediantii\  et  d'Antibes,  sur  le  rivage  des  Deciates  ;  le  port  placé 
sous  Voppidum  à'jEffitna  et  sur  le  rivage  des  Oxybii  (port  Jouan 
sous  la  Gine  ?)  ;  les  comptoirs  grecs  de  la  Napoule,  de  Gavalaire, 
Mèm.  et  Doc.  de  l'École  des  Chartes.  —  VII.  1 


2  LA    PROVENCE    DU    PRExMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

de  Léoube,  de  Tarente,  de  Gey reste  et  de  Cassis  sur  le  rivage 
des  Commoni,  de  Fos  sur  celui  des  Anatilii  [1)^  la  ville  grecque 
d'Agde  sur  celui  des  Volcœ.  A  Marseille  se  rattachaient  aussi 
plusieurs  comptoirs  dans  Tintérieur,  chez  les  Gavares  :  sur  le 
Rhône,  Avignon  et  sur  la  Durance,  Gavaillon.  Depuis  la  cam- 
pagne de  15 i,  le  territoire  des  Deciates  et  une  partie  de  celui  des 
Oxybii  dépendaient  des  Grecs.  Les  principaux  peuples  sujets  de 
la  province  étaient  les  Commoni,  Alhici,  Salluvii,  Vulgientes-, 
Mernini,  Cavarl,  Tricastlni,  Segovellauni^  Allobroges,  Helvii, 
Volcse  Arecomici,  Volcse  Tectosages  et,  en  partie  seulement,  les 
Ruteni.  La  route  d'Italie  en  Espagne,  par  le  littoral,  était  ainsi 
assurée  à  Rome.  La  colonie  romaine  de  Narbonne  fut  fondée  en 
118,  comme  capitale  de  la  province:  elle  était  reliée  à  l'Italie  par 
le  poste  dWix  et  couvert  à  l'ouest  par  celui  de  Toulouse. 

Survint  Gésar  qui,  gouvernant  la  Transalpine  avecTIUyrie  et  la 
Gisalpine,  annexa  par  ses  conquêtes  le  reste  des  Gaules  barbares 
à  la  Transalpine  (l^""  janvier  58-  15  mars  44).  Avant  de  mourir, 
il  avait  uni  la  Transalpine  à  l'Espagne  citérieure.  Par  les  soins 
de  son  légat,  le  pontife  Ti.  Glaudius  Nero  (sept.  46-mars  44), 
il  renforça  la  colonie  de  Narbonne  avec  des  vétérans  de  la  X® 
légion  :  il  fonda  les  colonies  nouvelles  de  Fréjus  pour  la  VHP, 
d'Arles  pour  la  VP,  d'Orange  pour  la  IP  et  de  Vienne  on  ne  sait 
pour  laquelle  ^  Le  nouveau  régime  reposait  désormais  sur  des 
bases  inébranlables  :  toutefois,  le  dictateur  n'eut  pas  le  temps  de 
préciser  les  détails  de  son  organisation  administrative.  Ge  fut 
Auguste  qui  accomplit  cette  œuvre.  A  la  fin  de  27  avant  J.-G., 
séparant  l'ancienne  Transalpine  à  la  fois  de  l'Espagne  et  des 
Gaules  récemment  conquises  par  Gésar,  il  la  constitua  province 
impériale  prétorienne  et  ce  fut  la  province  narbonnaise.  Il  en  dimi- 
nua quelque  peu  l'étendue  primitive.  D'une  part,  il  unit  les  Helvii 
à  l'Aquitaine  ;  de  l'autre,  il  laissa  à  la  Gisalpine  Nice  et  Antibes, 
villes  qui  avaient  dû  y  être  annexées  et  enlevées  à  Marseille  en 
49,  lors  de  la  chute  de  cette  cité  devant  Gésar.  En  22  avant  J.-G., 
l'organisation  de  la  Narbonnaise  était  considérée  comme  accom- 

1.  Emile  JuW'ien,  La  fondation  de  Lyon,  Lyon,  A.  Storck,  1891,  pp.  50-55. 


LA    PROVINCE    ROMAINE  3 

plie  ;  la  province  cessa  d'être  une  province  impériale  pour  deve- 
nir une  province  sénatoriale,  mais  elle  resta  de  rang  prétorien. 

La  Narbonnaise  et  les  trois  Gaules  ne  se  reliaient  encore  à  la 
Cisalpine  et  à  l'Italie  que  par  la  voie  aurélienne,  le  long"  delà  mer  ; 
Auguste  chercha  à  multiplier  les  communications  et  à  les  assurer 
en  soumettant  les  Alpes.  En  14  avant  J.-G.,un  certain  nombre 
de  peuples  ligures  et  gaulois,  vaincus,  perdirent  leur  indépen- 
dance :  le  principal  d'entre  eux  paraît  avoir  été  celui  des  Caturiges 
(Ghorges  et  Embrun),  Leur  énumération  est  donnée,  d'ailleurs, 
par  l'inscription  placée  sur  l'arc  triomphal  qui  formait  le  trophée 
de  cette  campagne  et  qui  fut  élevé  à  la  Turbie  (27  juin  7-26  juin 
6  av.  J.-G.).  Les  Brodiontii  (la  Bléone,  Digne),  Nemaloni 
(l'Asse,  Senez?),  Gallitœ,  Triullati,  Vergunni  (le  moyen  Verdon, 
Vergons),  Equituri  (l'Ysse,  Thorame),  Nematuri,  Oratclli  (la 
Vésubie,Utelle?),7Veru5/(Vence),  Velanni  (l'Estéron,  Glandève?) 
et  Suetri  (Grasse,  Sartoux  ?)  composèrent  une  province  impé- 
riale dirigée  par  un  préfet  puis,  à  dater  du  second  siècle,  par  un 
procureur.  L'emplacement  de  ces  divers  petits  peuples  n'est  pas, 
pour  quelques-uns,  déterminé  d'une  manière  satisfaisante.  Qu'il 
suffise  de  dire  que  la  circonscription  primitive  de  cette  province, 
très  restreinte,  connue  sous  le  nom  d'Alpes  Maritimes,  embras- 
sait à  peu  près,  sur  le  versant  occidental  des  Alpes,  le  territoire 
des  futures  cités  de  Gimiez,  Vence,  Senez,  Gastellane  et  Digne  : 
le  chef-lieu  en  était  Gimiez. 

Un  chef  alpin,  Donnus,  s'était  allié  à  Gésar  en  58  pour  lui  per- 
mettre de  gagner  la  Transalpine  comme  l'avait  fait  Pompée  à  tra- 
vers ses  montagnes,  par  le  mont  Genèvre  :  en  reconnaissance, Gésar 
lui  avait  octroyé  le  droit  latin.  Le  fils  de  G.  J.  Donnus,  M.  J.  Got- 
tius,dut  soumettre  son  pays  volontairement  au  protectorat  d'Au- 
guste au  moment  delà  guerre  alpine.  Mais,  par  faveur  spéciale, en 
raison  des  souvenirs  de  Gésar,  ce  royaume  fut  laissé  à  vie  à  son  chef 
soumis  qui  le  gouverna  désormais  avec  le  titre  romain  de  préfet. 
Gottius  donna  son  nom  au  pays  dont  il  était  le  chef  :  ce  sont,  dès 
lors,  les  Alpes  Gottiennes  dont  la  capitale  est  Suse.  L'arc  de  Suse 
(27  juin  9-26  juin  8  av.  J.-G.)  en  indique  l'étendue.  Il  permet  de 


4  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIECLE 

voir  comment  la  soumission  de  Cottius  à  l'autorité  romaine 
venait  d'être  récompensée.  Sur  cet  arc  figurent  six  ou  sept  peuples 
ég-alement  mentionnés  sur  celui  de  la  Turbie.  Il  en  résulte  que 
le  roi  Cottius  joignait  désormais  aux  états  de  son  père,  notam- 
ment aux  Seffusini  (Suse),  Belaci,  Tehavii,  Savincates,  Veni- 
sami^  lemerii  et  Quariates  (Queyras),  le  territoire  des  peuples 
suivants,  conquis  en  Tan  14,  c'est-à-dire  celui  des  Medulli 
(Maurienne),  Caturiges  (Embrun,  Chorges)  et,  par  conséquent, 
des  Briglani  (Briançon  sur  la  Durance),  ceux  des  Segovii,  ou 
Sogiontii[\e  Buëch,  Sigottier,  Sigoyer,  Sisteron,  Sigonce?),  ^da- 
nates  (le  Bès,  Ainac,  et  la  Blanche,  Seyne  ?),  Vesubiani^  ou 
Esuhiani  (lUbaye?),  Veaminii  (Guillaumes?),  Egdinii{\di  Tinée  ?). 
Sachant  où  passait  la  ligne  des  douanes  qui  séparaient  des 
Gaules  l'Italie  et  la  Cisalpine,  on  connaît  la  limite  tracée  aux 
pays  alpins  sur  le  versant  oriental  des  Alpes  :  du  fait  que  cette 
ligne  passait  sur  le  versant  oriental,  on  tire  la  conséquence 
logique  que  ces  pays  figuraient  avec  la  Narbonnaise  et  les  trois 
Gaules,  hors  de  Tltalie  et  de  la  Cisalpine.  Cette  ligne  traversait 
la  Dora  riparia  à  Malano  vers  Drubiaglio,  la  Varaita  à  Piasco, 
la  Stura  vers  Borgo  San  Dalmazzo.  Par  contre,  les  Alpes  Grées 
et  Pennines,  ou  plutôt  Pœnines,  ne  dépendaient  pas  des  Gaules. 
Quelques  rectifications  de  frontière  se  produisirent,  avant  la 
fin  du  i^^  siècle  après  J.-C,  au  profit  de  la  Narbonnaise.  Les 
Helviij  qu'Auguste  en  avait  détachés  au  profit  de  l'Aquitaine, 
lui  firent  retour  ;  de  même  Nice  et  Antibes  que  César  en  avait 
détachées  au  profit  de  la  Ligurie  Cisalpine.  Galba,  en  68  ou  69, 
lui  annexa  les  Bodiontici  (Digne)  et  les  Avantici  (la  Vance,  Gap, 
et  le  Vançon?)  i,  deux  peuples  limitrophes  qu'il  enleva  à  la  pro- 

1.  Pline,  1.  III,  §  37.  L'emplacement  des  Avantici  semble  exactement 
correspondre  à  la  partie  orientale  du  diocèse  de  Gap.  Il  doit  comprendre, 
au  nord-est,  le  bassin  de  la  Vance,  petit  cours  d'eau  qui  a  donné  son  nom  à 
Avançonet  qui  sejette  dans  la  Durance  sur  la  rive  droite  à  Malcol  (commune 
de  Jarjayes).  Ausud-est,  il  doit  comprendre  également  le  bassin  du  Vançon, 
autre  cours  d'eau,  affluent  de  la  Durance,  qui  s'y  jette  sur  la  rive  gauche  et 
sur  la  commune  de  Volonne.  Entre  la  Vance  et  le  Vançon,  se  trouve  la 
Sasse.    Fait  curieux,    à  proximité    de  la  Vance  se   trouve    la    localité  de 


LA    PROVINCE   ROMAINE  O 

vince  des  Alpes  maritimes.  Dès  64,  forcément,  il  en  avait  été  de 
même  des  Socfiontii  ou  Segovii,  placés  plus  à  l'ouest.  Avant  79, 
il  en  fut  de  même  pour  les  S«e/W  (Grasse?),  au  témoignage  de 
Pline.  Quant  à  Marcus  Julius  Gottius,  ce  prince  avait  eu  son  fils 
Gaius  Julius  pour  successeur  en  44,  date  à  laquelle  Glaude, 
selon  Dion,  augmente  Tétendue  de  sa  domination.  En  64,  le 
roi  G.  J.  Gottius  mourut  ;  au  témoignage  de  Suétone,  Néron 
annexa  son  royaume  et,  pour  la  plus  grande  partie,  en  fît  une 
province  spéciale.  Bussullus,  que  l'inscription  des  Escoyères 
montre  préfet  des  Capillati  (Ubaye  ?),  Adanates  (Ainac  et 
Seyne?),  Savincates,  Quariates  (Queyras)  et  Brigiani  (Brian- 
çon),  se  trouvait  à  la  tête  de  cette  province.  Elle  paraît 
avoir  quitté,  pendant  quelque  temps  au  moins,  le  nom  de 
Gottius  pour  s'appeler  la  province  des  Alpes  Atrectiennes,  du 
nom  de  la  gens  Alrectia.  Vers  140,  du  temps  de  Ptolémée,  les 
Suetri  avaient  fait  retour  aux  Alpes  Maritimes  et,  sans  doute 
aussi,  une  partie  tout  au  moins    des  Caturiges  (Ghorges).  Les 

Théus,  tandis  que  sur  le  haut  Vançon  se  rencontre  le  hameau  de  Théous 
(commune  d'Authon).  On  peut  en  rapprocher,  au  nord-ouest  du  diocèse  de 
Gap,  la  localité  de  Taoux,  sur  le  terroir  d'Aspremont.  Au  nord-est,  le  point 
frontière  entre  les  Avantici  et  les  Caturiges  pourrait  bien  être  marqué 
par  le  lieu  dit  Fein,  un  peu  à  l'est  de  Gapiau,  sur  la  commune  même  de 
Ghorges.  Au  nord-ouest,  le  point  frontière  entre  les  Avantici  et  les 
Segovii  (?)  se  trouvait,  on  le  sait,  sur  la  voie,  à  six  milles  de  Gap.  Le 
domaine  de  Quint  marque  encore  aujourd'hui  le  5^  mille  où  se  terminait, 
vers  Sauveterre,  la  banlieue  de  Gap  ;  près  de  là,  sur  l'ancienne  voie 
romaine,  subsiste  une  borne  signée  d'une  croix  (David  Martin,  Tumuli  de 
Corréo  et  du  Guïre,  Bull,  de  la  Soc.  d'Etudes  des  Hautes-Alpes,  3*'  série, 
n°  13,  Gap,  Jean  et  Peyrot,  1905,  pp.  89-103  ;  voir  le  plan  hors  texte 
entre  les  pages  96  et  97).  Un  mille  plus  loin,  la  station  ad  Fines  devait  se 
trouver  sur  la  commune  actuelle  de  La  Roche-des-Arnauds,  où  existe  «  Le 
Clôt  aux  Fins  »,  sur  la  rive  droite  du  rif  de  l'Arc,  selon  M.  F.  NicoUet, 
professeur  au  lycée  d  Aix  (lettre  du  15  octobre  1905).  Au  sud,  les  limites 
des  Avantici  sont  celles  du  diocèse  de  Gap  entre  Digne  à  l'est.  Riez  au 
sud  et  Sisteron  à  l'ouest.  Les  Segovii  (Sigoyer-Malpoil,  Sigoyer-sur-Tal- 
lard)  ou  Sogiontii  (Sigottier,  Sisteron,  Sigonce)  doivent  correspondre  à  la 
partie  occidentale  du  diocèse  de  Gap  (vallée  du  Buëch)  et  au  nord  du 
diocèse  de  Sisteron.  Quant  aux  Bodiontici,  c'est  la  vallée  de  la  Bléone. 
Les  Edenates  (Ainac  ?)  doivent  comprendre  la  vallée  du  Bès  et  peut-être 
celle    de  la  Blanche  (Seyne). 


6  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl*^    SIÈCLE 

Alpes  Gottiennes,  gouvernées  désormais  par  un  procureur  qui, 
vers  le  temps  d'Antonin  (138-161),  fut  à  un  moment  donné 
L.  Dudistius  Novanus,  se  trouvaient  groupées  avec  les  Alpes 
Graies.  Cinquante  ans  plus  tard,  sous  Septime  Sévère  et  Gara- 
calla  (197-211),  les  Alpes  Gottiennes  sont,  au  contraire,  unies 
avec  les  Alpes  Maritimes. 


II 

La  Narbonnaise  et  la  Viennoise 
(Vers  267-4S0) 

La  seconde  moitié  du  iii^  siècle  amena  un  remaniement  com- 
plet de  la  Narbonnaise  et  son  premier  démembrement  :  cela  se 
constate  au  concile  d'Arles  tenu  en  31 4  ^  L'origine  de  ce 
démembrement,  consacré  par  la  réforme  administrative  de 
Dioclétien  et  de  Maximien,  doit  remonter  à  Postume  et  aux 
empereurs  gaulois  (257-273).  On  sait  que  la  Narbonnaise  fut 
dévastée  par  les  Alamans,  descendus,  depuis  Avenches  qu'ils 
ruinèrent,  le  long  de  la  vallée  du  Rhône.  La  plupart  franchirent 
les  Alpes  pour  se  jeter  sur  l'Italie  et  furent  détruits  par 
Gallien  à  Milan,  après  avoir  été  jusqu'à  Ravenne;  quelques- 
uns  restèrent  sur  la  rive  gauche  du  Rhône  où  Postume  les 
réduisit  à  merci,  en  s'emparant  de  leur  chef,  Grocus,  prèsd'Arles^. 
Postume,  qui  défendit  les  Gaules  (257-267),  et  ses  successeurs 
(267-273)  se  séparèrent  des  empereurs  italiens.  Ils  possédaient 
la  rive  gauche  du  Rhône,  l'afPaire  d'Arles  suffît  à  le  prouver; 
mais  ils  n'empiétèrent  jamais  sur  l'Italie  et  on  peut  se  demander 
môme  s'ils  occupèrent  les  Alpes.  Il  y  a  apparence  pour  la  néga- 
tive ;    les   empereurs   italiens    durent    posséder,  non  seulement 

i.  L.  Duchesne,  Fastes  episcopaux,  t.  T,  p.  69. 

2.  G.  Bloch,  Les  origines  ;  la  Gaule  indépendante  et  la  Gaule  l'omaine, 
Paris,  Hachette,  4901,  pp.  256-257  (Ern.  Lavisse,  Histoire  de  France,  t.h^, 
vol.  II}. 


LA    PROVINCE    ROMAINE  7 

l'Italie,  mais  aussi  les  provinces  alpines  qui  relevaient  des  Gaules. 
Les  premiers  documents,  qui  permettent  de  constater  le  démem- 
brement de  la  province  Narbonnaise  en  deux  provinces  nouvelles, 
montrent  que  l'une  continua  à  se  dénommer  province  narbonnaise 
en  conservant  Narbonne  comme  métropole,  tandis  que  l'autre, 
%  démembrée  de  la  première,  recevait  le  nom  de  province  vien- 
noise parce  que  Vienne  devenait  sa  capitale.  La  Narbonnaise  ainsi 
diminuée  gardait  le  territoire  de  toutes  les  cités  placées  sur  la  rive 
droite  du  Rhône,  sauf  celui  des  He/vii  [Aps ) .  La  Viennoise  qu'on 
en  démembrait  comprenait^  sur  la  rive  droiieAes  Helv H  (Aps),  sur 
la  rive  gauche  les  Allobroges  (Vienne  avec  les  vici  de  Genève 
et  de  Cularo),  les  Voconces  (Die  et  Vaison),  les  Segovellauni 
(Valence),  les  7'ricas/mi(Saint-Paul),lesCaî;a7'i  (Orange,  Avignon, 
Cavaillon),  les  Memini  (Garpentras),  les  Desuviates  (Arles), 
les  Commoni  (Toulon)  et  Marseille,  avec  le  port  de  Nice  qui  en 
dépendait  :  Vienne  était  la  métropole  de  cette  province.  Le 
choix  de  cette  cité,  la  plus  septentrionale  de  toutes  et  la  plus 
voisine  de  Lyon,  s'explique  par  sa  situation  :  elle  était  à 
portée  du  centre  politique  de  l'empire  gaulois.  L'annexion  des 
Helvii  à  la  Viennoise  s'explique  par  la  proximité  de  Vienne  et 
l'éloignement  de  Narbonne.  Le  territoire  entier  des  Allobroges 
jusqu'à  Genève  dépendait  de  la  Viennoise,  tandis  que  celui 
des  Voconces  était  scindé  :  cela  s'explique  encore  par  le 
fait  de  la  proximité  plus  ou  moins  grande  du  pouvoir  de  l'empire 
gaulois,  qui  se  basait  sur  la  ligne  du  Rhin  et  abandonnait  l'Ita- 
lie. Ainsi,  plus  on  descend  la  vallée  du  Rhône,  plus  on  se 
rapproche  de  la  voie  aurélienne  qui  gagnait  l'Italie,  plus  la 
Viennoise  diminue  de  largeur^.  Cependant,  elle  arrivait  jusqu'à 
la  mer,  puisqu'elle  comprenait  Arles  et  Marseille  :  ce  fait  est  très 
important,  car  les  cités  de  l'ancienne  Narbonnaise  placées  sur 
la  rive  gauche,  qui  demeuraient  en  dehors  de  la  Viennoise,  se 
trouvaient  ainsi  séparées  de  la  nouvelle  province  Narbonnaise 


1.  Par  Marseille  et  Toulon,  elle  s'étend  un  peu  plus  à  l'est  sur  le  littoral; 
mais  le  territoire  exigu  de  ces  ports  ne. pénètre  guère  dans  les  terres. 


8  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

réduite.  Cette  séj)aration  prouve  clairement  que  ces  cités  orien- 
tales n'obéissaient  pas  aux  empereurs  gaulois  et  qu'elles  dépen- 
daient des  empereurs  italiens.  Si  elles  avaient  obéi  aux  premiers, 
ces  cités  isolées  de  Narbonne  auraient  été  incorporées  dans  la 
Viennoise  :  elles  comprenaient  le  territoire  des  Avantici  (Gap), 
celui  des  Segovii  ou  Sogiontii  (fragment  de  la  future  cité 
de  Gap  placé  à  l'ouest  des  Avantici  et  future  cité  de  Sisteron), 
le  territoire  des  Vulgientes  (Apt),  celui  des  Salluvii  (Aix), 
ceux  des  Albici  (Riez),  des  Commoni  (Fréjus)  et  d'An- 
tibes.  Tel  est  le  démembrement  de  la  Narbonnaise  en  Vien- 
noise et  Narbonnaise,  survenu  probablement  dès  le  règne  de 
Postume  (257-267)  et  consacré  par  la  réforme  de  Dioclétien. 
Après  la  réunion  des  Gaules  au  reste  de  l'Empire  (273),  il  ne 
semble  pas  que  les  cités  orientales  de  la  Narbonnaise,  séparées 
de  Narbonne  par  la  Viennoise,  aient  été  rattachées  alors  à  la 
Viennoise.  Ces  cités  placées  sur  la  rive  gauche  du  Rhône 
paraissent  avoir  été  remises  sous  la  dépendance  de  Narbonne. 
En  ce  qui  concerne  les  Alpes,  sur  le  versant  occidental,  la 
province  des  Cottiennes  était  réduite  presque  à  rien  au  profit  des 
Maritimes.  Dès  Marc-Aurèle  (161-180),  la  province  des  Alpes 
Pœnines  avait  été  groupée  avec  la  province  des  Alpes  Grées 
(Tarentaise)i  ;  dès  140,  la  province  des  Alpes  Cottiennes  Tétait 
également  avec  celle-ci^.  Si,  au  début  du  iii^  siècle,  les  Cottiennes 

1.  L.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  70. 

2.  L'itinéraire  de  333  (Desjardins,  Géographie  de  la  Gaule,  t.  IV,  p.  35) 
prouve  que  les  Alpes  Cottiennes  étaient  encore  comprises  alors  dans 
les  Gaules,  puisque,  se  rendant  en  Italie,  le  voyageur  marque  seulement 
après  Suse  la  mention  :  Inde  incipit  Italia.  Cet  itinéraire  prouve  aussi  le 
rattachement  des  Alpes  Cottiennes  aux  Alpes  Pœnines  ;  car,  entre  Embrun 
et  Rame,  le  manuscrit  de  Vérone  du  ix^  siècle  donne  :  Inde  incipiunt 
Alpes  Penninœ  et  le  manuscrit  de  Paris  du  x®  siècle  :  Inde  incipiunt  Alpes 
Cottiœ. 

Précédemment,  vers  le  milieu  du  ii®  siècle,  le  texte  de  Ptolémée,  tel 
qu'on  le  possède,  attribuait  Embrun,  Briançon  et  Suse  aux  Alpes  Grées. 
Mommsen  a  émis  l'opinion  que  c'est  là  une  erreur  de  copiste  [Corpus 
Inscriptionum  laiinaruni,  t.  V,  p.  810).  11  est  plus  naturel  de  penser 
qu'on  a  le  choix  entre  deux  hypothèses  :  ou  bien  le  groupement  des 
Alpes     Cottiennes    avec    les     Alpes   Grées    était    un    fait   accompli   dès 


LA    PROVINCE    ROMAINE  U 

abandonnent  momentanément  les  Grées  pour  se  grouper  avec  les 
Maritimes,  cela  ne  dura  pas.  On  les  unit  de  nouveau  avec  les 
Grées  et  les  Pœnines.  Ce  fut  fait,  en  tout  cas,  avant  la  réforme 
de  Dioclétien  qui  rattacha  ce  groupe  des  trois  provinces  Alpines 
au  diocèse  des  Gaules,  capitale  Trêves.  La  province  des  Alpes 
Gottiennes  ainsi  groupée  avec  les  précédentes  ne  comprenait 
plus,  sur  le  versant  occidental  des  Alpes,  que  le  territoire  de 
Briançon  et  la  Maurlenne,  comme  dépendances  de  la  cité  de  Suse. 
C'est  sans  doute  sous  Septime  Sévère  et  Caracalla  (197-211),  quand 
l'union  éphémère  des  Alpes  Gottiennes  avec  les  Alpes  Maritimes 
cessa,  que  les  Gottiennes  abandonnèrent  aux  Maritimes  ce  qu'elles 
possédaient  encore  des  Caturiges  (Embrun)  avec  les  Adanates^ 
les  Egdinii,  les  Veaminii  et  les  Vesubiani.  C'est  alors,  probable- 
ment, que  les  Bodionticl  [Digne)  et  les  Avantici  (Gap)  firent  retour 
de  la  Narbonnaise  aux  Alpes  Maritimes,  afin  d'en  compléter 
l'agrandissement.  La  cité  de  Cimiez  restait  toujours  la  métro- 
pole de  cette  province. 

Le  versant  occidental  des  Alpes  échappe  presque  complète- 
mentaux  Alpes  Gottiennes;  l'extension  de  cette  province  se  porte 
sur  le  versant  oriental.  Ptolémée  en  fait  dépendre,  dès  140,  les 
Lepontii  avec  Domodossola.  Plus  tard,  au  détriment  de  la  Ligu- 
rie,  cette  province  embrassera  Pollenzo  et  Gênes. 

La  préfecture  des  Gaules,  organisée  par  Dioclétien  et  Maximien, 
se  composait  de  quatre  diocèses,  dont  deux  pour  les  Gaules.  Le 
préfet,  résidant  à  Trêves,  dirigeait  lui-même  le  diocèse  des 
Gaules  dont  dépendait  la  province  des  Alpes  Pœnines,  Grées  et 
Gottiennes.  Le  diocèse,  dit  des  Cinq  Provinces,  confié  à  un 
vicaire  qui  résidait  à  Vienne,  se  composait  des  provinces  d'Aqui- 
taine^ de  Novempopulanie  démembrée  de  la  précédente  dans  la 

l'époque  de  Ptolémée  et  Embrun  en  dépendait  encore;  ou  bien  ce 
groupement  était  chose  faite,  en  tout  cas,  lorsque  le  copiste  du  texte 
de  Ptolémée  opéra  son  travail  et  cette  correction  qu'il  y  apporta 
fut  faite  par  lui  en  connaissance  de  cause.  Il  ne  faut  pas  parler  d'erreur 
ici.  Les  Alpes  Gottiennes  existaient  toujours  ;  seulement,  elles  étaient  grou- 
pées avec  les  Grées  et  les  Pœnines,  de  sorte  qu'on  les  mentionnait,  soit 
sous  leur  nom  propre,  soit  sous  la  rubrique  des  Grées   ou  des  Pœnines. 


10  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU  Xll'^    SIÈCLE 

première  moitié  du  m*  siècle,  de  Narbonnaise,  de  Viennoise, 
démembrée  de  la  précédente  au  milieu  du  iii^  siècle,  et  des  Alpes 
Maritimes  ainsi  agrandies  aux  dépens  des  Gottiennes.  La  Vien- 
noise devient  alors  une  province  consulaire;  mais  les  autres,  de 
rang  prétorien,,  sont  gouvernées  chacune  par  un  simple  prœses. 
Enfin,  dans  la  seconde  moitié  du  iv^  siècle,  c'est-à-dire  entre 
374  et  381,  sous  Gratien,  se  produisirent  deux  nouveaux 
démembrements  :  l'Aquitaine  et  la  Narbonnaise  furent  dédou- 
blées, ce  qui  porta  le  diocèse  de  cinq  à  sept  provinces^.  La  Nar- 
bonnaise n®  se  compose  tout  simplement  des  cités  orientales  de  la 
Narbonnaise  primitive  séparées  de  Narbonne  depuis  le  milieu 
du  II''  siècle  par  la  Viennoise  :  comme  métropole,  c'est  Aix  qui 
est  la  cité    choisie. 

i.  Mgr  Duchesne  a  mis  en  lumière  les  faits  suivants.  En  358  le  De  syno- 
dis  de  saint  Hilaire  ne  marque  qu'une  Narbonnaise  ;  pour  359  et  361, 
Ammien  Marcellin  n'en  mentionne  qu'une  ;  le  12  juillet  374,  le  concile  de 
Valence  s'adresse  encore  f'ratribus  per  G  allias  et  V  provincias.  Le  5  sep- 
tembre 381  le  concile  d'Aquilée  s'adresse  episcopis  provinc.  Viennensis  et 
Narhonensium  primse  et  secundse;\e  !«'' octobre  396,1e  concile  de  Nîmes 
s'adresse  à  son  tour  episcopis  per  Gallias  et  VII  provincias.  La  création 
des  Aquitaine  II  et  Narbonnaise  II  est  donc  circonscrite  par  ces  docu- 
ments irréfutables  entre  le  12  juillet  374 et  le  5  septembre  381  sous  Gra- 
tien (L.  Duchesne,  Fastes  épiscopaux,  t.  I,  p.  69,  note  1  ;  J.-H.  Albanès, 
Gallia  Christiana  novissiuia,  Marseille,  n°  10,  col.  7-8).  La  liste  de 
Vérone  (297)  cite  déjà  la  II«  Narbonnaise  ;  le  bréviaire  de  Rufus 
Festus  (369)  cite  de  son  côté  la  II®  Aquitaine  :  ces  deux  compilations  sont 
donc  en  contradiction  avec  les  sources  littéraires  et  la  série  des  conciles. 
La  conclusion  qui  s'impose,  c'est  que,  sur  ce  point,  la  liste  de  Vérone  et 
le  bréviaire  de  Rufus  Festus  ont  été  interpolés  après  374,  pour  être  mis  à 
jour;  s'ils  ne  l'étaient  pas,  il  en  résulterait  que  le  texte  du  concile  de 
Valence  a  été  corrompu,  ce  qui  est  moins  vraisemblable,  et  en  même 
temps  que  la  II®  Narbonnaise  créée  avant  297  aurait  disparu  avant  358 
pour  reparaître  avant  381,  ce  qui  complique  bien  les  choses.  Mgr 
Duchesne,  après  avoir  cité  les  textes  décisifs  (t.  I,  p.  69,  note  1),  tend 
cependant  à  suivre  Rufus  Festus  (t.  II,  pp.  7-8).  Le  concile  de  Turin  tenu 
le  22  septembre  [398?]  se  composait  sans  doute  surtout  d'évêques  lombards 
peu  au  courant  des  affaires  de  Provence.  En  effet,  ils  parlent  des  églises 
in  secunda  provincia  Narbonensi  positœ,  mais  ils  déclarent  qu'ils  ignorent 
absolument  la  grandeur  de  la  province  d'Arles  et  ils  s'adressent  encore 
fratribus ...  per  Gallias  et  quinque  provincias  constitutis.  Le  protocole  des 
évêques  de  ce  concile  était  en  retard  (Fedele  Savio,  Gli  antichi  vescovi 
d'Italia,  Torino,  1899,  pp.  555-658  ;  E.-Ch.  Babut,  Le  concile  de  Tiirin^  Paris, 
Picard,  1904,  pp.  223-225). 


LA    PROVINCE    ROMAINE  11 

A  la  même  époque.  Embrun^,  devenu  cité,  remplace  Cimiez 
comme  métropole  des  Alpes  Maritimes  :  la  Notice  constate  ce 
changement. 

La  province  des  Alpes  Gottiennes  cesse  alors  d'être  groupée 
avec  les  Alpes  Grées  et  Pœnines  ;  elle  cesse  de  dépendre  du  diocèse 
des  Gaules  pour  être  rattachée,  en  même  temps  qu'Aoste  et  tout  le 
versant  oriental  des  Alpes,  au  diocèse  d'Italie,  capitale  Milan  : 
la  Notice  l'y  fait  figurer. 

Vers  392,  en  présence  de  l'invasion  menaçante,  le  préfet  des 
Gaules  se  replia  du  Rhin  sur  Arles,  cité  qui  depuis  Constantin 
(23  juillet  306,  -|-  22  mai  337)  était  une  résidence  impériale  ; 
il  dirigea  désormais  par  lui-même  les  VII  provinces  et  paraît,  si  l'on 
en  croit  un  texte  du  vi®  siècle,  la  vie  de  saint  Amator 
d'Auxerre  (-j-  1®''  mai  418),  avoir  fait  reporter  son  vicaire  en 
avant,  de  Vienne  sur  Autun,  pour  surveiller  les  X  provinces  des 
Gaules. 

Cet  événement  -  est  la  cause  pour  laquelle  Arles  est  devenu 


i.  En  333,  ni  Chorges,ni  Embrun  n'étaient  des  cités.  Chorges  Tétaitprécé- 
demment,  jusque  sous  Dioclétien  et  Maximien  (284-305),  comme  le 
prouvent  deux  inscriptions.  C'est  seulement  au  m®  siècle  que  le  nom  du 
chef-lieu  :  Caturigomagus  dut  disparaître  devant  le  nom  du  peuple, 
Caturiges,  qui  a  donné  le  Charges  actuel.  En  333,  Embrun  n'était  pas 
encore  une  cité  ;  cette  localité  le  fut  bientôt,  et  avant  l'époque  où  Marcel- 
lin  en  devint  le  premier  évêque  (362-370). 

2.  L'atelier  monétaire  d'Arles  fut  ouvert  en  313.  Constantin  y  séjourna 
et  donna  à  cette  cité,  en  septembre  ou  octobre  326,  le  surnom  de  Cons- 
tantina  au  moment  où  Constantin  II  devenait  son  fils  aîné,  par  suite  de 
la  disparition  de  Crispus.  Arles  se  para  de  ce  titre  jusqu'à  la  mort  de 
Constantin  II  en  340  (J.  Maurice,  Communication  à  la  Soc.  des  Antiq.  de 
France,  séance  du  30  mars  1904,  Bull,  de  la  Soc.  nat.  des  Antiq.  de 
France,  2^  trimestre  1904.  Paris,  C.  Klincksieck,  pp.  169-172).  Valenti- 
nien  II  est  le  dernier  empereur  qui  ait  résidé  à  Trêves,  avec  Arbogast; 
il  abandonna  Trêves  pour  les  VII  provinces  et  fut  tué  à  Vienne  (mai  392). 
C'est  vers  ce  moment  que  la  résidence  du  préfet  dut  être  fixée  à  Arles. 
En  tout  cas,  le  fait  était  accompli  avant  le  concile  de  Turin  qui  se  tint  le 
22  septembre  [398  ?J,  c'est-à-dire  après  la  mort  de  saint  Martin 
(f  8  novembre  397)  et  du  vivant  de  Félix  de  Trêves,  quand  celui-ci  allait 
abandonner  son  siège  (voir  E.-Ch.  Babut.  Le  concile  de  Turin,  Paris, 
Picard,  1904).  L'opinion  de  M.  Babut  est  que  ce  concile  se    tint   seulement 


12  LA   PROVENCE   DU   PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

depuis  la  capitale  de  la  Provence,  au  détriment  de  Vienne  ;  il 
influa  bientôt,  comme  on  peut  s'y  attendre,  sur  la  hiérarchie  ecclé- 
siastique qui,  précisément  alors,  commence  à  s'org-aniser  partout. 
A  la  fin  du  iv®  siècle,  Tépiscopat  des  Vil  provinces  avait  pris 
l'habitude  de  soumettre  ses  affaires  contentieuses  à  Milan,  capi- 
tale de  la  préfecture.  d'Italie  et  résidence  impériale  actuelle  ^  ; 
Trêves  était  bien  le  chef-lieu  de  la  préfecture  des  Gaules,  mais 
dans  une  situation  trop  éloignée  et  excentrique  pour  l'épiscopat 
du  diocèse  méridional.  Dès  le  concile  de  Turin,  vers  398,  Arles 
voulait  supplanter  Vienne.  Pour  y  mieux  arriver,  Arles  se  mit  à 
soutenir  que  son  église  avait  été  fondée  avant  toutes  les  autres 
dans  les  Gaules  par  Trophime,  disciple  immédiat  de  saint  Pierre. 
De  fait,  Arles  n'était  pas,  depuis  vingt  ans,  devenu  le  siège 
métropolitain  de  la  préfecture  que,  par  privilège  apostolique 
du  22  mars  417,  son  évêque  Patrocle  fut  reconnu,  non  seulement 


en  417.  Cette  opinion  a  été  contredite  par  Mgr  Duchesne  dans  la  Revue 
historique.  La  phrase  :  episcopis  Galliaruni  qui  Felici  communicant 
prouve,  avec  son  contexte,  que  Félix  de  Trêves  était  encore  en  vie.  Ce 
concile  se  préoccupe  de  régler  la  nouvelle  situation  de  la  Viennoise  par 
une  transaction  entre  les  prétentions  nouvelles  de  l'évêque  d'Arles  et  les 
droits  anciens  de  l'évoque  de  Vienne.  Cette  transaction  suppose  le  préfet 
installé  à  Arles.  La  constitution  du  17  avril  418  rendue  sur  la  demande 
du  préfet  Agricola  pour  organiser  à  Arles  l'assemblée  annuelle  des  VII 
provinces,  entre  les  ides  d'août  et  les  ides  de  septembre,  ne  fait  que  se 
conformer  au  précédent,  créé  entre  401  et  405  par  le  préfet  Pétronius, 
précédent  que  le  gouvernement  arlésien  de  l'usurpateur  Constantin  (407- 
411)  avait  laissé  tomber  en  désuétude.  Le  texte  de  cette  constitution 
laisse  bien  entendre  que  Pétronius  résidait  déjà  à  Arles  (L.  Duchesne, 
Fastes,  t.  l,p.  103  et  note  1). 

Dans  la  supplique  des  19  évêques  en  faveur  d'Arles,  adressée  au  pape  en 
450,  il  est  fait  mention  de  Constantin  le  Grand,  qui  donna  son  nom  à  cette 
cité  où  il  résida  ;  puis  on  rappelle  les  privilèges  accordés  par  Valentinien 
et  Honorius  (Migne,  Patr.  lat.,  t.  LIV,  p.  879).  Or,  Honorius  est  l'auteur 
de  la  constitution  de  418;  quanta  Valentinien,  étant  donné  son  abandon 
de  la  résidence  de  Trêves  pour  la  vallée  du  Rhône,  il  semble  que  le 
rappel  de  son  nom,  plus  de  cinquante  ans  après,  dans  ce  mémoire  arlésien, 
est  bien  un  indice  de  plus  qu'il  faut  lui  attribuer  le  transfert  de  la  pré- 
fecture des  Gaules,  laquelle  actuellement  y  est  fixée,  comme  les  évêques 
le  notent. 

1.  L.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  90-91. 


LA    PROVINCE    ROMAINE  13 

primat  des  provinces  de  Viennoise,  des  deux  Narbonnaises  et  des 
Alpes  Maritimes,  mais  même  vicaire  du  siège  apostolique  vis-à- 
vis  de  Tépiscopat  entier  des  Gaules  '.  Il  est  clair  que  l'autorité 
ecclésiastique  de  Tévéque  d'Arles  était  calquée  à  peu  près    sur 
l'autorité  politique  du  préfet  des  Gaules  qui  y  résidait  désormais. 
Cette    prééminence    absolue    et    nouvelle    était  tellement  con- 
traire aux  traditions  établies  dans  les  églises  des  deux  diocèses 
impériaux  qu'elle  ne  put  durer.  Le  pape  Zosime  qui  l'avait  établie 
mourut  à  la  fin  de  418;  son  successeur  ne  la  ratifia  pas.  Celui-ci, 
par  lettre  du  13  juin  419,  s'adresse  à  tous  les  évêques  constitués 
dans  les  Gaules  et  dans  les  Vil  provinces,  sans  passer  par  l'inter- 
médiaire de  l'évêque  d'Arles  qu'il  se  borne  à  nommer  le  premier  ^. 
Cela  prouve  que  le  vicariat  général  des  Gaules,  concédé  en  417, 
venait  de  disparaître.  Puis,  par  mandement  du  9  février  422,  le 
même  pape  soustrait  expressément  la  province  de  Narbonnaise  P® 
à  toute  ingérence  ou  prééminence  du  siège  d'Arles  '^.  Ce  mande- 
ment fut  confirmé  le  26  juillet  428  ^  ;  toutefois,  le  siège  d'Uzès  qui 
faisait  partie  de  la  Narbonnaise  P^  demeura  soumis  aux  évêques 
d'Arles.  En  fait,  on  trouve,  dans   les    conciles  régionaux  de  439 
(Riez),  441  (Orange)  et  442  (Vaison),  la  preuve  évidente  de  l'au- 
torité    primatiale   exercée   par    le    siège    d'Arles  sur   les    pro- 
vinces de  Viennoise,  de  Narbonnaise  IP  et  des  Alpes  Maritimes. 
Seuls,  les   sièges   de    Marseille  en  Viennoise,  d'Aix  et    de  Nice 
en   Narbonnaise  IP,  se  prévalaient  des   traditions  antérieures  à 
417  et  du  nouvel  esprit  qui  animait  le   saint-siège    depuis  419 
pour  s'abstenir  d'y  paraître  :  cet  état  de  choses  dura    de  419  à 
44S.   En    445,    irrité   contre   Hilaire,    évêque    d'Arles,   à  qui  il 
reprochait  une   activité   dénuée   de  circonspection,    le   pape   va, 

1.  L.  Duchesne,  Fastes,  t.  W,  pp.  84-85;  Jaffé,  n°  328. 

Ce  privilège  est  fait  au  détriment  de  l'évêque  de  Vienne  pour  la  Vien- 
noise sauf  Marseille,  au  détriment  de  l'évoque  de  Marseille  pour  la  Nar- 
bonnaise 11°  et  au  détriment  de  l'évêque  de  Narbonne  pour  la  Narbon- 
naise I'-^  (Ihid.,  pp.  101-102,  105). 

2.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  pp.  107-109;  Jaffé,  n»  349. 

3.  IbicL,  p.  109;  Jaffé,  n°  362. 

4.  Ibid.,  p.  110;  Jaffé,  n«  369. 


14  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl«    SIÈCLE 

par  une  mesure  personnelle,  jusqu^ti  dépouiller  le  siège  d'Arles 
de  toute  autorité  métropolitaine  sur  la  Viennoise  :  il  consti- 
tue alors  les  sièges  métropolitains  de  Viennoise,  de  Narbon- 
naise  II®  et  des  Alpes  Maritimes  indépendants,  en  faveur  des 
évêques  de  Vienne,  d'Aix  et  d'Embrun  ^,  comme  son  prédéces- 
seur l'avait  fait  en  422  pour  la  Narbonnaise  P*^.  Cette  déchéance  de 
l'évêque  Ililaire  fut  ratifiée  par  rescrit  impérial  du  8  juillet  445  2. 
Mais  la  mise  à  néant  du  siège  d'Arles  créait  une  situation 
encore  plus  excessive  que  celle  résultant  de  son  élévation  subite  en 
417  au-dessus  de  l'ensemble  des  Gaules  :  cela  ne  pouvait  durer. 
Il  fallait  une  solution  moyenne,  qui  répondît  à  la  réalité  des 
faits,  en  satisfaisant  les  sentiments  opposés  des  pays  groupés, 
l'un  autour  d'Arles,  l'autre  autour  de  Vienne. 


III 

La  Provence  (jolhique   et  la  Viennoise    hou rr/uif/ nonne 

(450-536) 

On  a  vu  plus  haut  que  le  démembrement,  sur  la  rive  gauche  du 
Rhône,  de  la  Narbonnaise  en  Viennoise  et  en  Narbonnaise  pro- 
prement dite,  avait,  au  milieu  du  m®  siècle,  été  amené  très  proba- 
blement par  l'existence  momentanée  de  deux  dominations  poli- 
tiques différentes.  Ce  fut  encore,  au  milieu  du  v®  siècle,  un  fait  de 
cet  ordre  qui  amena  la  solution  souhaitée  :  seulement,  à  la  place 
des  empereurs,  ce  furent  les  barbares  qui  fournirent  les  éléments 
de  la  transaction.  Leur  marche  se  suit  pas  à  pas  en  Viennoise. 

En  440,  les  Alains  s'étaient  installés  dans  le  territoire  de  la 
cité  de  Valence  ;  en  443,  les  Burgondes   avaient   occupé  à    leur 

1.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  pp.  H4-H5  ;  JafTé,  n»  407.  Pour  Vienne,  le 
mandement  du  5  mai  450  le  prouve  (Jafîé,  n°  450)  ;  pour  Embrun,  l'histoire 
d'Ingenuus  exerçant  ses  droits  à  Nice  le  prouve  aussi. 

2.  Ihid.,  p.  lie,  donne  la  date  du  6  juin.  Voir  Albanès,  Gallia  novis- 
sima,  Arles,  col.  33-34,  n°  57. 


v: 


LA    PROVINCE   ROMAINE  15 

tour  la  Sapaudia  ou  Savoie  ^,    c'est-à-dire  une  partie    du   terri- 
toire des  diocèses  de  Genève  et  de  Grenoble. 

Telle  était  la  situation  lorsque  l'évêque  d'Arles  Hilaire  mou- 
rut le  5  mai  449  ;  quelques  semaines  après,  il  était  remplacé 
par  Ravennius  et  celui-ci,  jugeant  que  les  mesures  personnelles 
prises  contre  son  prédécesseur  ne  pouvaient  le  concerner,  saisit 
la  première  occasion  pour  exercer  en  Viennoise  les  droits  de 
métropolitain  en  sacrant  un  évêque  de  Vaison.  L'évêque  de  Vienne 
ayant  protesté,  dix-neuf  évêques  prirent  parti  pour  Arles,  soit 
sept  de  Viennoise,  trois  de  Narbonnaise  II'',  quatre  des  Alpes 
Maritimes,  un  de  Narbonnaise  P®  (Uzès)  et  quatre  de  sièges  qui 
n'ont  pu  être  identifiés  :  ils  supplièrent  le  pape  de  reconnaître 
le  privilège  de  417.  La  décision  de  Léon,  datée  du  5  mai  450  2, 
fut  que  le  siège  de  Vienne  jouirait  des  droits  métropolitains  dans 
les  cités  viennoises  de  Valence,  Grenoble,  Genève  et  dans  les 
Alpes  Grées  (Tarentaise)  ;  tout  le  surplus,  c'est-à-dire  le  reste 
de  la  Viennoise,  la  Narbonnaise  IP,  Uzès  et  les  Alpes-Maritimes, 
devra  dépendre  du  siège  d'Arles.  Cette  décision,  on  le  voit, 
consacrait  tout  simplement  la  séparation  en  deux  parties  iné- 
gales de  la  Viennoise,  telle  quelle  résultait  de  la  situation  poli- 
tique ;  elle  rattachait  à  Vienne  les  églises  occupées  par  les  bar- 
bares et  à  Arles  celles  plus  nombreuses  qui  obéissaient  encore  aux 
fonctionnaires  impériaux.  A  vrai  dire,  les  VII  provinces  du  dio- 
cèse existaient  encore  pour  le  protocole;  l'intitulé  du  mande- 
ment de  419  s'adresse  encore  expressément  à  leur   épiscopat  3. 

1.  Chronique  de  452  (Mon.  Germ.  hist.,  Auct.  Ant.,t.  IX,  p.  660); 
L.  Duchesne,  Fasles,  t.  I,  p.  78,  note  4. 

2.  L.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  121  ;  JafTé,  n**  450. 

3.  Chacune  des  souscriptions  épiscopales  placées  au  bas  des  conciles 
d'Orange  (8  nov.  441)  et  de  Vaison  (13  nov.  442)  est  précédée  de  l'indica- 
tion protocolaire,  qui  constate  celle  des  VII  provinces  à  laquelle  la  cité 
appartient.  Cependant,  en  441,  au  lieu  d'être  précédée  de  la  mention  régu- 
lière :  Ex  provincia  Viennensi,  ou  Ex  provincia  ôs,  la  souscription  de 
l'évêque  de  Voconces  (Die)  est  précédée  seulement  de  la  mention  abrégée  : 
Ex  provincia.  De  même,  en  442,  pour  l'évêque  de  Carpentras.  Soit  deux 
exceptions  sur  22  mentions  de  la  province  Viennoise  (Duchesne,  Fastes, 
t.  I,  pp.  347-349).  Ces  exceptions  se  produisent  pourlaViennoise;  elles  ne  se 


16  LA   PROVENCE   DU   PREMIER   AU    XIl''    SIÈCLE 

Mais,  en  fait,  les  papes  ne  distinguaient  plus  nettement  que  la 
Narbonnaise  P^  ',  sur  la  rive  droite,  et  la  Viennoise  ^  sur  la  rive 
gauche,  parce  qu'elles  étaient  les  deux  provinces  principales. 
En  ce  qui  concerne  la  rive  gauche,  dans  la  série  des  mande- 
ments qui  ont  été  cités,  la  Narbonnaise  II®  est  mentionnée  pour 
la  dernière  fois  en  417  ;  en  419,  428,  445  et  450,  elle  paraît 
sous-entendue  ou  comprise  dans  la  Viennoise.  Il  en  est  ainsi 
des  Alpes  Maritimes,  dès  417,  et,  pareillement,  des  Alpes  Grées 
en  450.  Quelquefois,  ligure  seul  le  terme  de  provincia\  il 
paraît  tout  englober,  comme  celui  plus  explicite  et  équivalent  de 
provincia  Viennensis,  et  on  pourrait  déjà  le  traduire  par  le  vocable 
moderne  de  Provence  ^.  Ce  terme  embrasse  donc,  en  réalité, 
de  422  à  450,  les  trois  provinces  du  diocèse,  placées  sur  la  rive 
gauche  du  Rhône  ^,  et,  en  plus,  les  Alpes  Grées.  Depuis  450,  le 
terme  de  Provincia  se  restreint  au  territoire  dépendant  à  la    fois 

produisent  jamais  pour  les  autres  provinces,  ce  qui  est  à  remarquer.  On  peut 
donc  en  tirer  un  indice  nouveau  du  langage  alors  courant,  employé  quel- 
quefois par  inattention,  au  lieu  des  formules  traditionnelles.  Ces  exceptions 
pourraient  évidemment  être  le  fait  d'une  erreur  matérielle  imputable  soit  au 
scribe  du  manuscrit,  soit  à  l'éditeur;  mais,  dans  ce  cas,  il  est  singulier 
qu'elles  se  produisent  uniquement  à  propos  de  la  Viennoise. 

1.  Mandements  de  417,  422  et  428. 

2.  Mandements  de  417,  428,  445  et  450. 

3.  En  raison  de  son  apparence  vague,  ce  terme  de  Provincia,  dans  les 
mandements  de  419  et  de  450,  a  naturellement  embarrassé  les  historiens 
(Duchesne,  t.  I,  pp.  108  et  122)  :«  On  ne  voit  pas  très  bien  ce  que  saintLéon 
entend  ici  par  province  ».  Pourtant,  si  la  chancellerie  papale  l'employait, 
c'est  qu'il  était  clair  et  compris.  Dans  le  premier  mandement  adressé 
suivantla  terminologie  officielle  et  traditionnelle  à  l'épiscopat  des  Gaules  et 
des  Vil  provinces,  le  pape  dit  en  langage  courant  que  le  jugement  de  l'évêque 
de  Valence,  jard/ai  delà  rive  gauche,  aura  lieu  intraprovinciam,  ce  qui  équi- 
vaut à  iNTRA  PROviNCiAM  [Viennensem]  et  cc  qu'ou  peut  traduire,  dès  cette 
époque,  par  les  mots  :  dans  la  Provence.  Dans  le  second,  se  constate 
l'équivalence  des  termes  provincia  et  provincia  Viennensis,  c'est-à-dire  de 
la  province  Viennoise  et  de  la  Provence  :  le  fait  que  ce  substantif  est 
devenu  alors  un  nom  propre  de  pays  s'explique  d'autant  mieux  qu'il  carac- 
térise les  dernières  provinces  conservées  par  Rome,  au  delà  des  Alpes. 

4.  Il  faut  y  joindre  les  dépendances  de  la  Viennoise  sur  la  rive  droite 
c'est-à-dire  une  partie  de  Vienne,  une  partie  de  Valence  et  Aps  ;  il  faut  y 
joindre  aussi  Uzès  dépendant  de  la  Narbonnaise  I'"'^. 


LA    PROVINCE    ROMAINE  17 

des  fonctionnaires  impériaux  et  de  l'évêque  d'Arles  :  le  terme 
jusqu'alors  équivalent  de  provincia  Viennensis  est  réservé  aux 
cités  dépendant  de  Vienne.  On  a  désormais  d'un  côté  la  Pro- 
vence et  de  l'autre  la  Viennoise.  En  même  temps  qu'il  séparait 
ainsi  la  Provence  de  la  Viennoise,  le  pape  reprenait  la  tradition 
do  417  en  employant  l'évêque  d'Arles,  hors  de  Provence,  comme 
intermédiaire  vis-à-vis  de  l'épiscopat  entier  des  Gaules.  Il  l'em- 
ploie, non  seulement  en  matière  de  discipline,  mais  en  matière 
de  foi.  Quarante-quatre  évêques,  réunis  en  concile  pendant  l'hiver 
de  450  à  451 ,  donnèrent  au  pape  leur  appui  par  cet  intermédiaire  et 
l'évêque  de  la  métropole  naissante  d'Embrun,  Ingenuus,  placé  par 
le  privilège  de  450,  sous  la  primatie  d'Arles,  fut  chargé  de  porter 
la  réponse  à  Rome.  Sur  ces  44  adhésions,  18  au  moins  ne  peuvent 
être  identifiées  :  les  26  restantes  en  comprennent  8  de  la  pro- 
vince d'Arles,  4  des  Alpes-Maritimes,  2  ou  3  de  la  Narbonnaise  11^, 
2  delà  Narbonnaise  P'^  (Narbonne  et  Uzès),  2  de  l'Aquitaine  I'"*' 
(Auvergne  et  Velay),  2  de  l'Aquitaine  11^  (Bordeaux  et  Angou- 
lême),  2,  semble-t-il,  de  laNovempopulanie(Gouseranset  Béarn), 
1  de  la  Lyonnaise  P®  (Langres),  1  de  la  Lyonnaise  IIP  (Tours) 
et  1  de  la  Sénonaise  (Auxerre).  Les  seules  provinces  qui  ne  soient 
pas  représentées  sont  la  Lyonnaise  IP  et  la  province  de  Vienne. 
Pour  celle-ci,  son  abstention  volontaire  se  comprendrait  à  la  suite 
delà  décision  qui  venait  de  la  restreindre  en  faveur  d'Arles  ;  quant 
à  la  Lyonnaise  IP,  son  éloignement  suffirait  à  expliquer  l'absence 
de  tout  représentant.  A  un  autre  point  de  vue,  il  est  remar- 
quable que  tous  les  évêques  identifiés  appartiennent  à  des  cités 
restées  jusqu'alors  romaines,  exception  faite  pour  ceux  de  l'Aqui- 
taine IP  et  de  la  Novempopulanie  qui  dépendaient  déjà  des  Wisi- 
goths  depuis  419.  Aucun  ne  vient  des  pays  occupés  parles  Bur- 
gondes  ou  par  les  Francs,  ou  parles  Alamans  ^. 

Peu  après  se  produisit  la  dernière  modification  apportée  à  la 
circonscription   des  provinces  qui  gravitaient  autour  d'Arles^  sur 

1.  Exception  à  faire,  peut-être,  pour  Auxerre,  en  ce  qui  concerne  ces 
derniers.  Voir  la  liste  des  souscriptions  dans  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  350, 
qui  n'en  identifie  que  quatorze. 

Méiti.  et  Doc.  de  l  École  des  Charles.  —  VII.  2 


18  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

la  rive  gauche.  Jusqu'alors,  Nice  était  une  enclave  qui  dépendait 
de  Marseille  ;  on  sait  que  l'évêque  de  Marseille,  comme  celui 
d'Aix,  s'abstenait  généralement  de  paraître  aux  conciles  arlésiens. 
Cette  attitude  de  réserve  devait  être  mal  vue  d'Arles  et  d'Em- 
brun. A  la  demande  de  l'évêque  voisin  de  Vence  et  de  ses  com- 
provinciaux,  le  pape  Léon  consentit  à  unir  le  siège  de  Nice  au 
siège  de  Cimiez,  qui  dépendait  des  Alpes-Maritimes.  Sans  doute, 
l'évêque  d'Embrun  Ingenuus  obtint  cette  décision  du  pape  quand 
il  alla  lui  porter,  en  451,  le  texte  du  concile  des  44  évêques, 
tenu,  sur  sa  demande,  par  les  soins  de  son  primat.  L'évêque 
d'Aix,  Auxonius  i,    soutenant   l'évêque  de  Marseille  ainsi  lésé, 


1.  Jusqu'à  présent,  personne  ne  paraît  avoir  clairement  distingué  Auxo- 
nius, évêque  d'Aix  (431-463),  d'Auxanius,  le  dernier  évêque  d'Aps  (463-475). 
Le  premier  figure  en  431  au  4°  rang,  en  463  au  12*'  :  il  ne  figure  pas  aux  con- 
ciles ordinaires.  Le  second  figure  en  463  au  10''  ranget  en  474-475  au  8^,  tan- 
dis que  le  nouvel  évêque  d'Aix,  Basilius,  y  paraît  au  17®  rang.  Mgr  Duchesne 
{Fastes,  t.  1,  pp.  347,  350-351)  omet  Auxonius  dans  la  liste  d'Aix,  p.  272,  et 
déclare  nepouvoiren  déterminer  le  siège,  p.  287.  En  réalité,  si  les  évêques 
de  Nice  s'abstiennent  d'aller  aux  conciles  arlésiens,  à  l'exemple  de  ceux  de 
Marseille,  les  évêques  d'Aix  en  font  tout  autant.  L'intervention  de  l'évêquç 
d'Aix,  en  faveur  de  Marseille,  s'explique  donc  tout  naturellement,  soit  parles 
liens  anciens  qui  unissaient  Aix  à  Marseille,  soit  par  l'importance  du  siège 
d'Aix,  métropole  de  la  Narbonnaise  IP.  Albanès  [Gallia  Christiana  novissima, 
t.  I,  col.  29-31)  reconnaît  fort  bien  un  évêque  d'Aix  dans  Auxonius;  mais  il  le 
nomme  Auxanius  et  le  confond  ainsi  avec  l'évêque  d'Aps,  ce  qui  lui  fait 
prolonger  à  tort  son  épiscopat  jusqu'en  475,  du  vivant  de  son  successeur 
Basilius.  Cette  erreur  l'oblige  à  croire  que  la  souscription  de  Basilius  au 
document  de  475,  y  a  été  apposée  postérieurement  par  cet  évêque.  L'abbé 
Albanès  a  été  victime  de  la  quasi-homonymie  d'Auxonius  et  d'Auxanius. 
M.  Babut(Le  Concile  de  Turin,  p.  235-242)  propose  avec  raison  de  voir  dans 
Remigius  (396-408  et  412-419)  le  prédécesseur  d'Auxonius  sur  le  siège  d'Aix, 
et  sans  doute  le  premier  évêque  de  cette  cité  créé  sous  l'influence  arlé- 
sienne  au  détriment  de  Marseille  vers  392.  Sous  le  règne  de  l'usurpateur 
Constantin,  Remigius  fut  violemment  remplacé  par  le  fameux  Lazare  qui, 
de  son  vivant,  n'était  pas  encore  un  saint,  et  qui  était  soutenu  par  Mar- 
seille. Le  3  octobre  417  (Jaffé,  n"  337),  Remigius  se  querellait  pour  des 
questions  de  limites  avec  Proculus  de  Marseille  et  Domnin.  Ce  Domnin, 
disciple  de  Marcellin  et  honoré  à  Digne,  fut  dès  381  le  premier  évoque  de 
Grenoble  et  de  Genève.  La  querelle  prouve  que  le  diocèse  de  Remigius 
s'étendait  non  seulement  sur  Aix,  mais  sur  Sisteron  et  Gap,  qui  n'avaient 
pas  encore  d'évêques  propres.  Par  suite,  il   est  naturel  que  Remigius,   ou 


LA    PROVINCE    ROMAINE  19 

Vénérius,  ne  manqua  pas  de  protester.  S'étant  rendu  à  son  tour  à 
Rome  en  462,  il  fît  rapporter  cette  décision  par  Hilaire,  succes- 
seur de  Léon.  Les  deux  sièges,  marseillais  de  Nice  et  embrunais 
de  Gimiez,  étaient  de  nouveau  séparés.  L'évêque  d'Embrun 
Ingenuus,  ne  voulant  pas  accepter  ce  revirement,  ordonna,  comme 
métropolitain  des  Alpes-Maritimes,  un  évêque  à  Nice  ;  puis  il  se 
rendit  une  seconde  fois  à  Rome,  en  465.  Par  un  troisième  man- 
dement, en  date  de  465,  le  pape  restitue  Nice  à  Embrun  en  lui 
unissant  définitivement  Gimiez  K  C'est  que  les  absents  ont  géné- 
ralement tort^  à  Rome  comme  ailleurs.  De  ces  alternatives,  on 
peut  conclure  que,  si  les  deux  métropolitains  d'Aix  et  d'Embrun 
avaient  eu  possibilité  de  se  trouver  ensemble  à  Rome,  au  lieu  d'y 
venir  l'un  après  l'autre,  Rome  n'aurait  jamais  rien  changé  à 
l'état  de  choses  existant.  Cependant  la  série  des  mandements 
contradictoires  n'aurait  pu  se  prolonger  sans  tourner  au  ridicule 
pour  le  siège  apostolique  et  il  convenait  de  prendre  un  parti  défi- 
nitif :  le  troisième  fut  le  bon. 

Les  barbares  ne  tardèrent  pas  à  envahir  ce  qui  restait  des 
Gaules  romaines  et  de  la  Provence.  En  456  ou  457,  les  Bur- 
gondes  progressaient  de  Grenoble  et  Genève  sur  Die  et  les  cités 
voisines,  avec  l'appui  des  Goths,  qui  venaient  d'occuper  pacifi- 
quement Arles  en  455.  En  474,  ils  opérèrent  leur  dernière 
marche  en  avant  sur  Vaison  et  Avignon  ;  ils  s'arrêtèrent  à  la 
limite  formée  par  la  Durance.  En  même  temps,  vers  le  nord,  ils 
occupaient  Lyon  vers  470,  Chalon  en  474  au  plus  tard  et  Langres 
vers  479.  D'autre  part,  les  Wisigoths,  cantonnés  dans  la  Novem- 
populanie  et  l'Aquitaine  II®  dès  419,  entrèrent  momentanément 
à  Arles  en  455,  s'emparèrent  de  la  Narbonnaise  P*"  en  462, 
ravagèrent  vers  470,  sans  s'y  arrêter,  Arles,  Riez,  Avignon, 
Orange,  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  Valence  et  Aps,  s'empa- 
rèrent de  l'Aquitaine  P'' en  475.  En  476,  ils  franchirent  le  Rhône 
pour  pénétrer  à  demeure  dans    Arles,   qu'ils  n'avaient   eu  que 

Reinedius  soit  resté  honoré  de  tout  temps  à  Gap.  Le  martyrologe  hierony- 
mien  le  marque  au    3  février. 

1.  Duchesne,  t.  I,  pp.  287-288;  JafTé,  n»  562. 


20  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XIl^  SIÈCLE 

momentanément  en  455,  et,  vers  480,  ils  avaient  fini  d'occuper  la 
rive  droite  de  ce  fleuve  en  emportant  Viviers  ^.  A  partir  de 
486,  moment  où  les  Francs  s'emparèrent  du  dernier  pays  gallo- 
romain  occupé  par  Syagrius,  il  ne  reste  plus  qu'une  g-arnison 
impériale  à  Suse  :  elle  y  demeurera  jusqu'en  575,  ressortissant  à 
l'Italie. 

La  circonscription  des  métropolitains  de  Vienne  avait  été  modelée 
en  450  sur  l'étendue  de  la  domination  burgonde.  Au  fur  et  à 
mesure  que  cette  domination  progressait,  les  évêques  de  Vienne 

1.  419  (Hydatii  chronicon  ;  Mon.  Germ.  hist.  Auct.  Antiquiss.,  t.  XI, 
pp.  13-36.  —  Prosperi  Epitoma  Chronicon;  ibid.,  t.  IX,  p.  469.  —  Cliro- 
nica  Gallica,  452  ;  ibid.,  t.  IX,  pp.  646-662). 

455.  «  Consule  suprascripto  levatus  est  Avitus  imperator  in  Gallias.  El 
ingressus  est  Theodoricus  rex  Gothorum  Arelatum  cum  fratribus  suis  in 
pace  »  [Marii  episcopi  Aventicensis  Chronica,  455-581  ;  Mon.  Germ.  hist. 
Auct.  Antiquiss.,  t.  XI;  Chi^onica  minora,  1892,  p.  232), 

456.  «  Eo  anno  Burgundiones  partem  Galliœ  occupaverunt  terrasque  cum 
Gallis  senatoribus  diviserunt  »  [Marii  episcopi  Aventicensis  Chronica  ; 
ibid.,^.  232.  Cet  événement  est  rapporté  en  457  seulement  par  un  autre 
auteur  (Prosperi  continualio  Havniensis  ;  ibid.,  t.  IX,  pp.  298-339). 

462.  (Hydatii  chronicon;  Auct.  Antiquiss.,  t.  XI,  pp.   13-36). 

Vers  470  (Duchesne,  t.  II,  p.  156)  ;  pour  les  Goths  en  Provence  [Sidonii 
Epist.,  lib.  VI,  n"  XII;  Mon.  Germ.  hist.  Auct.  Antiquiss.,  t.  VIII,  pp.  101- 
102). 

474  (Victorii  Aquitani  Cursus  paschalis,  ms.  Gothanus,  n°  75  ;  Mon. 
Germ.  hist.  Auct.  Antiquiss.,  t.  IX,  pp.  728-729). 

475.  Duchesne,  t.  II,  pp.  12-13  ;  Yver,  Euric,  roi  des  Wisigoths  (Études 
d'hist.  du  moyen-âge,  dédiées  à  Gabriel  Monod,  Paris,  Alcan,  1896,  pp.  11-46). 

476.  (Prosperi  Continuatio  Havniensis  ;  Mon.  Germ.  hist.  Auct.  Anti- 
quiss., t.  IX,  pp.  298-339). 

Vers  479  (Duchesne,  t.  II,  pp.  156  et  185). 

Vers  480.  En  ce  qui  concerne  le  Vivarais,  on  sait  qu'il  appartenait  en  496 
à  Alaric  II  (Duchesne,  1. 1,  p.  133,  note  4)  :  le  2^  évoque  de  Viviers,  Lucianus, 
qui  mourut  en  487  et  avait  siégé  sept  ans  (480-487),  passait  pour  avoir  vécu 
sous  Alaric  II  (484-507).  Cette  domination  n'étant  pas  indiquée  pour  ses 
prédécesseurs,  il  y  a  lieu  de  croire  qu'elle  s'établit  au  moment  o\x  il  était 
évêqueetcela  cadre  avec  ce  qu'on  sait  par  ailleurs,  l'Auvergne  étant  devenue 
wisigothique  vers  475  et  Arles  sans  doute  en  476  (Yver,  p.  39).  Peut-être 
l'établissement  des  Wisigoths  cadre-t-il  avec  l'abandon  d'Aps  pour  Viviers: 
or,  le  dernier  évêque  d'Aps  Auxanius,  élu  vers  455,  mourut  peu  après  475. 

Vers  480.  En  ce  qui  concerne  Arles  et  la  Provence  au  sud  de  la  Durance 
(Yver,    Euric,  roi  des  Wisigoths). 


LA    PROVINCE   ROMAINE  21 

cherchèrent  donc  à  s'agrandir  d'autant.  Ainsi,  Die  ayant  été 
occupée  en  457,  la  première  vacance  du  siège  se  produisit  en  463  : 
aussitôt  Mamert,  de  Vienne,  accourut  pour  ordonner  le  nouvel 
élu.  Mais,  depuis  450,  la  papauté  était  redevenue  favorable  au 
siège  d'Arles  qui  jouissait  de  la  prééminence  primatiale  sur  toute 
la  Provence  et  d'une  sorte  de  contrôle  patriarcal  sur  toutes  les 
Gaules,  conformément  au  privilège  de  417.  Aussi,  l'entreprise 
de  Mamert  fut-elle  mal  vue.  Le  pape  voulut  que  Tordination  faite 
par  lui  fût  contirmée  par  le  siège  d'Arles  et  Mamert  fut  invité  à 
ne  pas  récidiver.  Un  concile  national  fut  tenu  à  Arles  vers  474- 
475,  comme  celui  de  450-451,  sous  l'autorité  patriarcale  de 
l'évêque  qui  occupait  ce  siège  ;  les  évêques  de  Marseille  et  d'Aix 
y  figurent.  Saint  Avit,  plus  heureux  que  Mamert,  obtint  d'Anas- 
tase  II  que  sa  province  s'étendît  jusqu'aux  nouvelles  limites  de 
la  domination  burgonde,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  Durance  (496- 
498).  Son  succès  ne  fut  pas  de  longue  durée;  dès  l'an  500,  Sym- 
maque  revint  à  la  délimitation  de  450  ^.  Quand  les  Ostrogoths 
eurent  remplacé  les  Wisigoths  au  sud  de  la  Durance,  l'évêque 
d'Arles  fit  confirmer  encore  une  fois  cette  délimitation;  de  plus, 
il  fit  reconnaître  son  droit  patriarcal  sur  les  Gaules  et  sur  l'Es- 
pagne 2.  Cependant,  malgré  ces  dernières  décisions  qui  lui  étaient 
contraires,  l'évêque  de  Vienne  profita  de  l'état  politique  pour 
conserver  ses  droits  métropolitains  jusqu'aux  frontières  bur- 
gondes.  En  effet^  au  concile  wisigothique  d'Agde,  en  506^  les 
seules  églises  provençales  représentées  sont  celles  qui  se  trouvent 
situées  au  sud  de  la  Durance.  L'évêque  de  Viviers  n'y  figure  pas, 
ce  qui  prouve  que  cette  dernière  cité  avait  passé  des  W^isigoths 
aux  Burgondes,  entre  496  et  506.  Par  suite,  au  concile  burgonde 
d'Albon,  en  517,  figurent  toutes  les  églises  provençales  placées  au 
nord  de  ce  même  cours  d'eau  et,  en  plus.  Viviers.  A  cette  époque, 
de  480  à  523,  la  frontière  politique  coïncide  pour  la  première 
fois  à  peu  près  avec  la  distinction  naturelle   de  la  Provence  en 


1.  Duchesne,  t.  I,  p.  132;  Jaffé,iio»753  et  754. 

2.  Ibid.,  p.  132;  Jaffé,  no«764-7G5. 


22  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

Haute-Provence  et  Basse-Provence  i  :  cette  limite  naturelle  de  la 
Durance  servira  plus  tard  de  base  aux  partages  du  xii^  siècle  et 
le  comté  de  Provence  proprement  dit  ne  la  dépassera  pas. 

En  o23,  Tétat  de  choses  fixé  depuis  480  prit  fin.  Les  Ostrogoths, 
alliés  des  Burgondes,  obtinrent  d'eux  la  cession  de  toute  la 
Haute-Provence,  sauf  Die  et  Viviers.  La  Provence  de  450  se 
trouvait  donc  reconstituée,  à  deux  cités  près.  Les  conciles  tenus 
parTévêque  d'Arles  en  524,  527,  529  et  533  permettent  de  s'en 
rendre  compte.  La  métropole  de  Vienne,  qui  avait  progressé  avec 
les  Burgondes,  recula  ainsi  avec  eux,  ne  conservant  que  les 
cités  de  Viviers  et  de  Die,  comme  l'indique  le  concile  arlésien 
de  554.  Ces  deux  cités,  elle  les  conservait,  en  fait,  comme  elle 
avait  conservé,  en  fait,  de  500  à  523  les  cités  provençales  au 
nord  de  la  Durance;  mais  cette  dépendance,  conforme  à  la 
situation  politique,  était  toujours  contraire  au  droit.  En  effet,  le 
mandement  de  500  qui  faisait  revivre  la  délimitation  de  450 
avait  annulé  expressément  celui  d'Anastase  H  favorable  à 
Vienne. 

En  droit,  suivant  les  décisions  de  450  et  de  500,  Viviers  et 
Die    relevaient    donc  toujours    d'Arles.  Au  concile  de   794,  la 

1.  La  Provence  se  divisait  jadis  géographiquement  en  trois  zones  :  1°  la 
Basse-Provence,  le  long  du  Httoral,  avec  Vence,  Saint-Paul,  Grasse,  Antibes, 
Fréjus,  Saint-Tropez,  Brignoles,  Hyères,  Toulon,  Marseille  et  Berre;  2°  la 
campagne  de  Provence,  entre  le  littoral  et  la  Durance,  puis  le  Verdon, 
avec  Tarascon,  Arles,  Saint-Remy,  Salon,  Aix,  Saint-Maximin,  Barjols, 
Draguignan;  3°  la  Haute-Provence,  au  nord  de  la  Durance  et  du  Verdon. 
Telle  est  du  moins  la  répartition  adoptée  par  Gérard  Valk  [Provincia  Supre- 
marum  Gallise  Prœfecturarum  una  :  vulgariter  Gouvernement  de  Pro- 
vence... [fin  du  XVII»  siècle]  carte  in-folio).  Suivant  cette  carte,  les  séné- 
chaussées de  Castellane,  de  Digne  et  la  partie  de  celle  de  Sisteron  placée 
entre  la  Durance  et  le  Verdon  faisaient  alors  partie  de  la  Haute-Provence  ; 
mais  Guillaume  de  ITsle  (1675,  -{-  1726)  faisait  de  son  côté  remonter  plus 
haut  la  campagne,  au  détriment  de  la  Haute-Provence,  en  y  comprenant  la 
viguerie  de  Moustiers,  qui  dépendait  de  la  sénéchaussée  de  Digne  [Carte 
de  Provence  et  des  terres  adjacentes  a  Amsterdam  chez  Jean  Covens  et 
Corneille  Mortier...  [1730  ?]  carte  in-folio).  Anciennement,  quand  la  Pro- 
vence était  plus  étendue  au  nord,  la  Durance  jusqu'à  Embrun  et  non  pas  le 
Verdon  séparait  la  Provence  en  deux  parties  à  peu  près  égales  :  cela  cor- 
respondait alors  à  la  Provence  wisigothique  et  à  la    Provence  burgonde. 


LA    PROVINCE    ROMAINE  23 

querelle  reprit  entre  Vienne  et  Arles  à  ce  sujet  :  les  évêques 
présents  ne  purent  que  s'incliner  devant  les  actes  de  417,  450 
et  500,  soigneusement  conservés  par  l'église  d'Arles  au  nombre 
de  ses  privilèges.  En  fait,  l'influence  de  Vienne  se  faisait  toujours 
sentir  dans  ces  deux  cités  qui  lui  étaient  voisines.  Toutefois,  au 
début  du  x^  siècle,  elle  reconnaîtra  encore  que  ces  cités  étaient 
ariésiennes  *  ;  c'est  que  Nicolas  P^,  le  12  mai  864,  et  Jean  VllI,  en 
mai  878,  maintenaient  encore  la  division  de  450. 

Au  concile  de  794,  les  métropoles  ariésiennes  d'Embrun  et  d'Aix, 
comme  la  métropole  viennoise  de  Tarentaise,  demandèrent  à  être 
définitivement  reconnues  :  on  a  vu  que,  dès  le  milieu  du  v*'  siècle, 
celle  d'Embrun,  sous  Ingenuus,  avait  donné  des  signes  d'orga- 
nisation et  que  celle  d'Aix,  héritière  des  traditions  de  Marseille, 
se  manifestait  par  son  abstention  aux  conciles  du  primat.  En  811, 
la  Tarentaise  et  Embrun  sont  définitivement  au  nombre  des 
métropoles;  en  878,  Aix  aussi  -.  Bien  entendu,  le  métropolitain 
d'Arles  gardait  sur  Aix  et  Embrun  une  prééminence  primatiale 


i.  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  1452.  Ce  manuscrit  contient  un  exemplaire  de  la 
collection  canonique  offerte  en  774  par  le  Pape  Hadrien  à  Charlemag-ne  : 
cet  exemplaire  a  été  transcrit  avant  869  (f°  196  y°)  et  appartenait  à  cette 
époque  à  Téglise  de  Vienne.  Il  est  suivi  d'un  exemplaire  de  la  Notice  qui 
certainement  a  été  transcrit  à  Vienne,  car  il  mentionne  la  sujétion  à  Vienne- 
de  la  province  des  Alpes  Grées  et  Pœnines  (Duchesne,  t.  I,  pp.  208-209) 
Les  Viennois  y  reconnaissent  parfaitement  que  Viviers  et  Die  font  partie 
de  la  province  d'Arles.  Plus  tard,  vers  91.3,  l'auteur  de  la  première  série 
des  faux  privilèges  de  Vienne  y  transcrivit  ou  fit  transcrire  (f°  202)  une 
pseudo-auc^onïas  destinée  à  prouver  la  sujétion  de  la  Maurienne  à  Vienne. 
Suit,  auf"  202  verso,  l'"*'  colonne,  le  début  d'un  précepte  de  Rodolphe,  roi  de 
Jurane,  qui  a  certainement  été  écrit  par  Garnier,  notaire  de  la  chancellerie 
viennoise,  originaire  delà  Bourgogne  allemande  (907-913)  et  dont  on  possède 
un  précepte  autographe  (4  avril  913).  On  peut  donc  se  demander  si  ce  Gar- 
nier n'a  pas  été  l'auteur  ou  le  complice  des  faux  destinés  à  faire  de  Vienne 
un  siège  primatial  pour  l'ancien  diocèse  des  VII  provinces,  sauf  celle  d'Arles, 
et  pour  celle  des  Alpes  Grées.  Le  manuscrit,  peu  après  la  confection  des 
faux,  fut  donné  à  l'église  du  Puy  par  son  évêque  Adalard(f'>  2 recto).  Le  ms. 
nouv.  acq.  lat.  1460,  un  peu  plus  tardif,  contient  une  nouvelle  transcription 
viennoise  de  la  Notice,  qui  se  décide  à  séparer  d'Arles  les  cités  de  Die  et 
Viviers  pour  les  annexer  à  Vienne  (Duchesne,  t.  I,  p.  210,  note  2). 

2,  Duchesne,  t.  I,  pp.  135  et  136, 


24  LA    PROVENCE   DU  PREMIER   AU    XIl^    SIÈCLE 

qui  se  manifeste  encore  au  xi®  siècle  et,  dans  les  conciles  des  trois 
provinces  provençales,  au  xiv*'  siècle.  Tant  que  ces  sièges  ont 
existé,  celui  d'Arles  a  gardé  le  premier  rang.  A  la  vérité,  l'assem- 
blée générale  des  Etats  de  Provence  se  tenait  dans  les  der- 
niers temps  à  Lambesc,  en  présence  de  l'homme  du  roi,  c'est-à- 
dire  de  l'intendant,  et  sous  la  présidence  de  l'archevêque  d'Aix, 
premier  procureur-né  du  pays,  qui  jouissait  de  cette  préroga- 
tive comme  suppléant  le  souverain  et  le  gouverneur  absents^. 
Mais  ce  choix  de  l'archevêque  d'Aix  au  lieu  de  l'archevêque 
d'Arles  s'explique  par  des  faits  particuliers  :  la  cité  d'Arles 
étant  ville  impériale  et  le  terroir  d'Arles  étant  placé  dans  le 
district  des  terres  adjacentes,  c'était  Aix,  à  son  défaut,  qui  était 
devenue  la  capitale  officielle  du  comté  de  Provence. 

Ce  que  les  évêques  métropolitains  d'Arles,  primats  de  Pro- 
vence, perdirent  tout  à  fait,  ce  fut  le  patriarcat  des  Gaules.  Ils 
le  perdirent  au  milieu  du  vi®  siècle.  Les  évêques  métropolitains 
de  Lyon,  primats  de  l'ancien  diocèse  romain  des  Gaules,  leur 
succédèrent  dans  ce  rôle  patriarcal  qui  mettait  son  titulaire  au 
premier  rang  de  l'épiscopat  tout  entier.  Ce  privilège  était,  d'ail- 
leurs, purement  honorifique.  Dès  549,  l'évêque  de  Lyon  souscrit 
le  premier.  En  552  c'est  celui  d'Arles  qui  reprend  cet  honneur  : 
on  voit  que  Lyon  le  disputait  à  Arles  depuis  peu.  En  570, 
l'évêque  Nizier  paraît  à  Lyon  avec  le  titre  de  patriarche  :  puis  à 
Mâcon,  de  même,  en  585  -,  son  successeur  Priscus.  L'évêque 
d'Arles  perdait  du  terrain.  Pour  la  dernière  fois,  Virgile  reçut 
l'honneur  traditionnel  du  vicariat  dans  les  Gaules  par  mandement 
du  J2  août  595  ^.  Le  premier  rang  passe  décidément,  après  lui,  à 
Lyon. 

C'est  la  domination  franque,  récemment  établie  en  Provence, 
qui  était  la  cause  de  ce  changement  d'influence.  En  534,  les  fils  de 
Clovis  s'étaient  emparé  du  royaume  de  Bourgogne  qui,  au  sud, 
s'étendait  sur  la  rive  gauche,  jusqu'à  Valence,  Die,  Grenoble  et 

d.  Achard,  Géographie  de  la  Provence,  i.  I;  Aix,  Calmen,  1787,  p.  241. 

2.  Diichesne,  t.  1,  pp.  137-138. 

3.  Duchesne,  t.  I,  p.  252. 


LA    PROVINCE    ROMAINE  25 

jusqu'en  Tarentaise  '.  Ce  royaume  survécut,  d'ailleurs,  aux  Bur- 
goiides  qui  l'avaient  créé  :  le  mérovingien,  qui  le  gouverna, 
régna  comme  roi  de  Bourgogne.  Mais,  sur  la  rive  droite.  Viviers 
en  fut  démembré  :  cette  cité,  au  lieu  de  continuer  à  dépendre  du 
royaume  de  Bourgogne,  se  trouva  rattachée  avec  l'Auvergne  au 
royaume  franc  d'Austrasie. 

1.  534.  ((  Regcs  Francorum  Childebertus,  Chlotarius  etTheudebertusBur- 
gundiam  obtinuerunt  et  fugato  Godomaro  rege  regnum  ipsius  diviserunt  » 
[Marii  episcopi  Aventicensia  Chronica  ;  Mon.  Germ.  hist.  Auct.  Antiqiiiss., 
t.  XI;  Chronica  minora,  1893,  p.  235). 


CHAPITRE  II 

LA     PROVENCE     FRANQUE     ET    SES    PATRICES 

(536-751) 


I 

La   Provence  franco-auvergnate  et  la  Provence    franco- 
bourguignonne 

(561-679) 

En  536  ^,  la  Provence  passa,  à  son  tour,  des  Ostrogoths  aux 
Francs  :  la  répartition  fut  la  même.  Toute  la  rive  gauche  fut  rat- 
tachée au  royaume  de  Bourgogne;  mais  la  cité  d'Uzès,  sur  la  rive 
droite,  se  trouva  jointe  à  Viviers  et  à  TAuvergne  austrasienne. 
Contran,  roi  de  Bourgogne  (561-592),  obtint  en  576  de  TEmpire 
et  des  Lombards  la  cession  des  pays  alpins  les  plus  rapprochés 
de  son  royaume.  Il  annexa  ainsi  Suse,  Briançon  et  la  Maurienne 
qui  dépendaient  des  Alpes  Cottiennes,  Aoste  qui  complétait  les 

1.  Procopii  Historiarum  libri  VIII  ;  I,  c.  13;  III,  c.  33;  Corp.  script.  Hist. 
Byz.,  t.  XVI,  pp.  71-73,  416-417. 

Marcellini  Chronicon,  536;  Mon.Germ.  hist.  Auct.  Antiquiss.,i.  XI,  p.  104. 

539.  «  Theudebertus  rex  Francorum  Italiam  ingressus  Liguriam  yEmi- 
liamquedevastavit  »  [ibicl.,  p.  236),  Puisque  Théodebert  pénètre  par  la  Ligu- 
rie  en  Italie,  c'est  qu'il  possédait  depuis  peu  la  Provence. 

539.  «  Theudibertus  Francorum  rex  cum  magno  exercitu  adveniens  Ligu- 
riam totamque  depraedat  ^Emiliam  Genuam  oppidum  in  litus  Tyrrheni  maris 
situm  evertit  ac  prsedat...  paciscens  cum  Belisario  ad  Gallias  revertitur  » 
(Marcellini  V.  C.  comitis  chronicon.  Addilamentmn  535-548;  Mon.  Germ, 
flist-  Auct,  Antiquiss.,  t.Xl',  (^hronic^  minora,  vol.  II,  1893,  p.  106). 


LA    PROVENCE    FRANQUE  ET    SES    PATRICES  27 

Alpes  Pœnines  déjà  entre  ses  mains  K  Mais^  par  contre,  l'Aus- 
trasie,  qui  possédait  Viviers  et  Uzès,  voulait  avoir  un  accès  à  la 
mer.  Pour  cela,  dès  le  début  de  son  règne,  Contran  avait  dû  lui 
céder  les  territoires  d^Avignon,  d'Aix  et  la  moitié  de  celui  de  Mar- 
seille -.  Désormais,  il  y  eut  une  Provence  bourguignonne  et  une 
Provence  austrasienne  :  Grégoire  de  Tours  nomme  celle-ci  la 
Provence  marseillaise,  par  opposition  à  la  Provence  artésienne. 
Il  serait  plus  exact  de  la  dénommer  auvergnate  qu  austrasienne, 
car  cette  part  de  la  Provence  se  reliait  directement  à  l'Au- 
vergne par  Uzès  et  Viviers.  L'Auvergne,  de  son  côté,  dépen- 
dait du  royaume  d'Austrasie  ;  mais  elle  en  était  séparée  par  la 
Bourgogne.  L'Auvergne  et  la  Provence  auvergnate  formaient  donc 
un  territoire  d'un  seul  tenant  dont  le  centre  politique  était  forcé- 
ment l'Auvergne,  pays  plus  considérable  et  plus  rapproché  de 
l'Austrasie  :  la  partie  de  la  Provence  qui  lui  était  jointe  en  for- 
mait la  marche^  c'est-à-dire  l'extrémité  la  plus  éloignée  ^.  La 
Provence  burgonde  était  gouvernée  par  un  haut  fonctionnaire 
auquel  on  donne  soit  le  titre  franc  de  duc,  soit  plutôt,  en  raison  de 
l'empreinte  romaine  gardée  par  ce  pays,  le  titre  impérial  de 
patrice.  La  Provence  austrasienne  en  avait  un  de  même  rang.  A 
l'égard  de  celle-ci,  la  prédominance  auvergnate  se  révèle  nette- 


d.  «In  compositione  Aug-ustam  et  Secusiam  civitates  cum  integro illorum 
territorio  populo  et  partibus  Guntechramno  tradiderunt  »  (Fredegarii 
Chron.^  1.  IV,  cap.  45  ;  Mon.  germ.  hist.  Script,  rer.  merov.,  t.  II,  p.  143). 

2.  Duchesne,  t.  I,  pp.  81  et  82,  note   l. 

3.  581.  «  Eo  anno  Mummolus  patricius  cum  uxore  et  filiis  et  multitudine 
familiœ  ac  divitiis  multis  in  marca  Childiberti  régis,  id  est  Avinione,  confu- 
git  »  [Marii  episcopi  Aventicensis  chronica ,  455-681;  Mon.  Germ.  histor. 
Auctor  Antiquiss.,t.  XI;  Chronica  minora,  1893,  p.  239).  Mummole,  patrice 
de  la  Provence  bourguignonne,  se  réfugie  ainsi  dans  la  Provence  auver- 
gnate et  austrasienne,  qualifiée  de  marca  pour  la  première  fois.  La  Pro- 
vence auvergnate  était  la  marche  de  l'Auvergne  et  de  l'Austrasie  comme 
la  Provence  bourguignonne  était  la  marche  de  la  Bourgogne  franque. 

585.  «  Igitur  Guntchrammus  rex...  omnem  ei  provinciam  Arelatensem 
commisit...  Anno  quoque  duodecimo  Childeberti  régis  [587],  Nicecius 
Arvernis  rectur  Massiliensis  provincie...  est  ordinatus.  »  (Greg.  Tur.,  Hist, 
Franc,  VIII,  30,  43  ;  cf.  II,  32  ;  IV,  5,  44,  IX,  ^  ;  X,  35). 


28  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU  XII*^    SIÈCLE 

ment.  Les  patrices  de  la  Provence  marseillaise,  Gontran-Boson 
en  582,  Nizier  en  587,  venaient  d'Auvergne.  Saint  Prix,  évêque 
d'Auverg-ne,  fut  massacré  à  Volvic,  le  25  janvier  676  ;  il  était 
allé  célébrer  avec  Ghildéric  II,  roi  d'Austrasie,  les  fêtes  de  Pâques 
à  Autun  l'année  précédente  K  Son  assassinat  fut  une  vengeance 
provenant  de  ce  que  Ghildéric,  peut-être  sur  l'avis  de  Févêque, 
avait  mis  à  mort  Hector,  son  patrice  de  Provence.  L'évéque  tué 
fut  remplacé  par  Avitus  II  et  le  propre  frère  d'Avitus  II,  nommé 
Bonnet,  fut  nommé  patrice  de  la  Provence  austrasienne.  Ges 
faits  suffisent  à  prouver  l'influence  auvergnate. 

La  Provence  austrasienne  se  composait  ainsi  de  Viviers, 
d'Uzès,  d'une  part  du  terroir  d'Avignon,  de  tout  le  pays  d'Aix 
et  de  la  moitié  de  celui  de  Marseille.  Il  est  clair  que  le  roi  de 
Bourgogne  avait  tenu  à  se  réserver  le  territoire  du  grand  port 
d'Arles,  capitale  de  la  Provence.  De  plus,  il  n'avait  voulu  céder 
qu'une  moitié  de  celui  de  Marseille,  comme  accès  à  la  mer. 
Mais,  pour  relier  à  la  rive  droite  du  Rhône  le  littoral  cédé,  il 
avait  dû  donner  la  banlieue  d'Avignon  et  Aix  :  Arles  se  trou- 
vait donc  isolé  du  reste  de  la  Provence  bourguignonne. 


§  1®^.  —  Les  terres   adjacentes^   enclaves  de    la    Provence 

bourguignonne. 

Le  territoire  d'Arles,  dans  l'organisation  administrative  de  la 
Provence,  telle  qu'elle  dura  jusqu'à  la  Révolution,  faisait  bien  par- 
tie de  la  province  de  Provence,  mais  non  pas  du  «  pays  et  comté  » 
de  Provence.  La  province,  dont  la  capitale  était  Arles,  compre- 
nait non  seulement  le  «  pays  et  comté  »,  dont  le  chef-lieu  était 
Aix,   mais  encore  les  a  terres  adjacentes  »  2.  Or,  à  première  vue 


1.  Duchesne,  t.  II,  p.  37. 

2.  La  province  comprenait,  au  xiii^  siècle,  les  comtés  deNice,  de  Dioiset  de 
Forcalquier,  le  Comtat  Venaissin,  chef-lieu  Carpentras,  la  principauté  d'O- 
range, l'état  d'Avignon,  les  terres  adjacentes  et  le  comté  de  Provence,  chef- 
lieu  Aix.  Le  Comtat,  la  principauté,  Avignon  et  Nice  ayant  passé  sous  une 


LA  PROVENCE  PRANQUE  ET  SES  PATRICES  29 

on  ne  distingue  pas  la  raison  pour  laquelle,  à  l'époque  moderne, 
les  terroirs  d'Arles,  des  Baux,  de  Salon  et  de  Marseille  faisaient 
partie  de  ces  terres.  L'origine  et  l'explication  de  cet  état  de  choses 
doivent  remonter  à  la  séparation  de  la  Provence  en  Provence 
bourguignonne  et  Provence  austrasienne,  c'est-à-dire  au  temps  de 
Contran.  En  effet,  les  Baux,  Salon  et  Arles  étant  désormais  séparés 
du  reste  de  la  Provence  bourguignonne,  leur  terroir  se  trouva  dans 
la  position  d'une  terre  adjacente  ;  ainsi,  plusieurs  siècles  plus  tard 
Grignan  et  Mondragon  le  devinrent,  en  raison  de  la  domination 
papale  sur  le  Gomtat.  Si  donc  le  terroir  de  Marseille  a  été  rangé 
comme  celui  d'Arles  parmi  les  terres  adjacentes,  c'est  qu'il  était 
de  même  séparé  par  la  Provence  austrasienne  du  reste  de  la 
domination  bourguignonne  :  on  sait  que  le  roi  de  Bourgogne  en 
avait  cédé  la  moitié.  Pour  se  rendre  compte  des  limites  exactes 
de  la  Provence  bourguignonne,  il  faut  consulter  une  carte  de 
la  province  dressée  avant  la  Révolution.  Celle  qui  est  due 
à  Cuillaume  de  Tlsle,  plus  détaillée  que  les  précédentes,  peut 
suffire  1  :  elle  donne  à  la  fois  les  limites  des  diocèses  provençaux 
et  celles  des  circonscriptions  administratives  qui  y  correspon- 
daient plus  ou  moins.   Les  21   diocèses  du  comté  et  des  terres 

domination  étrang^ère,  le  Diois  et  une  partie  du  comté  de  Forcalquier  ayant 
été  annexés  au  Dauphiné  ne  firent  plus  partie  de  la  province  que  de  nom  : 
elle  continua  à  comprendre  les  terres  adjacentes  et  le  comté.  Les  terres 
adjacentes  formaient  trois  groupes  :  1"  Arles,  les  Baux,  Salon,  Marseille  et 
leur  terroir;  2"  le  comté  de  Grignan,  avec  Chantemerle,  Colonzelles,  Mont- 
ségur,  Réauville  et  Salles;  la  terre  d'AUan;  la  baronnie  de  Mondragon; 
3°  la  préfecture  de  Barcelonnette  et  de  sa  vallée.  Les  terres  adjacentes, 
comme  le  comté,  ressortissaient  au  parlement  de  la  province  et  à  la  géné- 
ralité; mais  le  comté  était  administré  par  les  procureurs  du  pays,  tandis 
que  les  terres  adjacentes  étaient  administrées  directement  par  l'intendant 
de  la  province.  Si  Barcelonnette  fait  partie  des  terres  adjacentes,  c'est  en 
raison  de  sa  longue  dépendance  des  comtes  de  Savoie  ;  si  Grignan,  Allan 
et  Mondragon  en  font  également  partie,  c'est  parce  que  le  Gomtat  Venaissin 
devenu  étranger  les  séparait  du  Comté  de  Provence. 

1.  Carte  de  Provence  et  des  terres  adjacentes.  Par  Guillaume  de  l'Isle 
de  l'Académie  Royale  des  sciences  à  Paris.  Amsterdam,  chez  Jean  Cdvens 
et  Corneille  Mortier.  Géographes,  592  "^"^  de  large  et  471  ™°^  de  haut.  On  peut 
contrôler  les  limites  données  aux  vigueries  dans  cette  carte  par  un  document 
officiel  :  Affoiiarjeinent  des  villes  et   lieux  du  pays  et  comté  de  Provence 


30  LA   PROVENCE    DV    PREMIER   AU    XII^    SIÈCLE 

adjacentes  1  se  répartissaient,  dans  le  comté,  en  10  sénéchausT 
sées^,  22  vigueries  3  et  2   vallées^;  dans  les    terres  adjacentes, 

suivant  les  Procédures  faites  en  1728,  1730,  1731  et  1733,  et  les  Délibéra- 
tions prises  dans  les  Assemblées  générales  des  Communautés,  et  suivant, 
les  réductions  et  suspensions  de  Feux  accordées  par  les  Assemblées  sui- 
vantes, et  notamment  par  l'Assemblée  de  Messieurs  les  Procureurs  du  Pays 
nés  et  joints  des  mois  de  Mai,  Juin  et  Juillet  1776,  ratifiée  par  l'Assemblée 
générale  des  Communautés  publiée  le  7  Décembre  suivant.  A  Aix,  Chez 
Esprit  David,  Imprimeur  du  Roi,  du  Pays  et  de  la  Ville,  1777,  in-4  de  42  pp. 
La  ville  d'Arles  était  affouagée  pour  200  feux  ;  celle  d'Aix,  capitale  du  pays 
et  comté,  était  laissée  à  93  feux  en  raison  de  ses  privilèges. 

1 .  Die  (Grignan  et  Salles  ;  Rémuzat),  Saint-Paul  (AUan  ;  Réauville,  Chante- 
merle,  Golonzelle,  Montségur),  Orange  (Mondragon)  ;  Carpentras  (Aurel/Sault 
Monieux,  Saint-Lambert,  Bezaure,  Murs)  ;  Cavaillon  (Cordes,  Goult,  Beau- 
mettes,  Mérindol)  ;  Avignon  (rive  gauche  de  la  Durance)  ;  Arles  (rive  gauche 
du  Rhône  et  Camargue);  Marseille,  Toulon,  Aix,  Fréjus,  Grasse,  Vence, 
(saufBouyon,  «Château  Faraon»,  c'est-à-dire  le  clos  Martel,  le  Broc,  Carros 
et  Gattières),  Senez,  Glandèves  (sauf  Péone,  Beuil,  Rigaud,  Puget-Théniers 
en  partie,  Ascros,  Pierrefeu,  Malaussène,  Revest,  Bonson,  Gilette,Tourette, 
Toudon,  les  Ferres,  Conségudes,  les  deux  Roquestéron,  Sigale,  Aiglun  et  le 
Mas);  Embrun  (vallée  de  Barcelonnette  et  rive  gauche  de  la  Durance  depuis 
Pontis,  sauf  Rochebrune  et  Beaufort),  Digne,  Riez,  Gap  (rive  gauche  de  la 
Durance,  sauf  fraction  de  la  commune  de  Tallard;  en  plus,  sur  la  rive 
droite:  Esparron,  Barcillonnette  et  Vitrolles;  fraction  delà  commune  de 
Sisteron  placée  sur  la  rive  gauche  du  Buëch  et  Mison  ;  Eygalayes,Sederon  et 
Barret-de-Lioure,  Lemps,  La  Charce,  Pommerol,  Cornillon  et  Cornillac), 
Sisteron  (sauf  Curel  et  le  petit  Diocèse,  mais  cependant  Saint-May),  Apt 
(sauf  Bonnieux).  Les  diocèses  de  Viviers,  d'Uzès  et  de  Nice  ne  donnaient 
rien  au  comté  ni  aux  terres  adjacentes.  Par  l'art.  X  du  traité  du  24  mars 
1760,  la  Provence  perdit,  au  diocèse  de  Glandèves,  Guillaumes,  Daluis, 
Auvare,  Saint-Léger,  la  Croix  et  Puget-Rostang,  la  Penne,  Saint-Antonin, 
Cuébris  et  Roquestéron  (rive  gauche).  Elle  acquit,  au  même  diocèse,  Aiglun, 
Roquestéron  (rive  droite),  Conségudes,  les  Ferres  et,  au  diocèse  de  Vence, 
Bouyon,  le  Broc,  Carros,  Gattières. 

2.  Aix,  Forcalquier,  Draguignan,  Digne  (1535),  Hyères  (1542-1618,  1619- 
1642,  1665),  Grasse  (1574),  Brignoles  (1575-1575,  1578),  Sisteron,  Castel- 
lane  (1639),  Toulon  (1618-1619,  1642).  Sur  les  sénéchaussées,  voir  V^«  de 
Gérin,  Notice  sur  les  sénéchaussées  de  Provence,  suivie  de  la  liste  des 
sénéchaux  et  de  celles  des  lieutenants  généraux  et  particuliers.  Avi- 
gnon, Seguin,  1889.  Il  y  a  eu  d'abord  un  grand  sénéchal,  puis  le  26  jan- 
vier 1307  trois  sénéchaussées,  six  en  mars  1535,  sept  en  1542,  huit  en 
1574,  neuf  en  1575,  onze  en  1639  et  douze  à  partir  de  1665. 

3.  Aix,  Tarascon,  Forcalquier,  Sisteron,  Grasse,  Hyères,  Draguignan, 
Toulon,  Digne,  Saint-Paul,  Moustiers,  Caslellane,  Apt,  Saint-Maximin, 
Brignoles,    Barjols,    Annot,    Colmars,  Seyne,  Lorgnes,  Aups,   Guillaumes. 

4.  Val-de-Barreme  et  Val-de-Sault.  La  vallée  de  Sault  contribuait  avec 


LA  PROVENCE  FRANQLE  ET  SES  PATRICES  31 

en  2  sénéchaussées,   2   vallées  et  2  baronnies  ^  Il   a  été  dit  que 
l'Austrasie  avait  reçu  une  part  du  territoire  d'Avignon,  celui  d'Aix 
avec  la  moitié  de  celui  de   Marseille,  afin   d'accéder  à  la  mer  2. 
Ceci  posé,  quand  on  a  la  carte  de  Guillaume  de  Tlsle  sous  les 
yeux,  il  devient  à  peu  près  évident  que  la  Provence  auvergnate 
a  été  exactement   composée   alors  de  l'Etat  d'Avignon,   sur  la 
rive  droite    de  la  Durance,   des  vigueries  de  Tarascon  et  d'Aix, 
sur  sa  rive  gauche,  auxquelles  il  faut  très  probablement  joindre 
celles  de  Saint-Maximin  et  de  Brignoles.  En  effet,  l'Etat  d'Avi- 
gnon, placé  hors  du  Gomtat  Venaissin,  ne  comprenait  sur  la  rive 
gauche  du  Rhône  et  la  rive  droite  de  la  Durance  que  les  terroirs 
d'Avignon  et  de  Morières.  Au  nord  de  la  Durance  et  à  l'est  du 
Rhône,  le  reste  du  territoire  de  l'ancienne  cité,  c'est-à-dire  du  dio- 
cèse d'Avignon  encore  existant  à  l'époque  du  géographe  consulté, 
faisait  expressément  partie  du  Gomtat  Venaissin.  Les  biens  de  l'ar- 
chevêché formaient  seuls  exception,  en  raison  de  ce  que  l'arche- 
vêque avait  le  privilège  de  l'immédiateté.  Sur  la  rive  gauche  de  la 
Durance,  la  viguerie  de   Tarascon  comprenait  la  circonscription 
du  diocèse  d'Avignon,  auquel  se  joignaient   le  surplus   du  ^terri- 
toire de  la  commune  de  Tarascon,  les    communes  de  Maillanne, 
du  Masblanc  et  de  MoUèges  qui  dépendaient  du  diocèse  d'Arles. 
Deux  enclaves  extérieures  se  rattachaient  à  la  viguerie  de  Taras- 
con :  la  première  comprenait  la  commune  actuelle  de  Gornillon,  où 
se  trouvent  Gornillon  proprement  dit  qui  dépendait  d'Arles,  et 
Gomphoux  qui  dépendait  d'Aix.  La  seconde  comprenait  le  terroir 
d'Albaron,  sur  le  petit  Rhône  et  dans  la  Gamargue,  qui  dépendait 
du  diocèse  d'Arles.  Quant  à  la  viguerie  d'Aix,  elle  ne  comprenait 
qu'une  partie  du  diocèse  d'Aix  :  en  effet,  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance,  seul  le  terroir  de  Pertuis  en  dépendait.  Les  vigueries 

la  viguerie  d'Apt  ;  la  vallée  de  Gornillon,  comme  Lemps,  Sederon,  Eyga- 
layes  eL  Barret,  dépendait  de  la  viguerie  de  Sisteron  ;  Les  Omerg-ues,  de 
la  viguerie  de  Forcalquier. 

1.  Sénéchaussées  d'Arles  et  de  Marseille  :  vallées  de  Barcelonnette  et 
d'Entraunes;  baronnies  de  Grignan  et  de  Mondragon. 

2.  Duchesne,  t.  I,  p.  82,  note  1.  —  Gregorii  Tur.,  IlisL  Franc, ,YV,  44;  VI, 
2,   11,  31  et  33;  IV,  30;  VI,  1,  43,  45;  Gloria  conf.  60. 


32  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®  SIÈCLE 

d'Apt  et  de  Forcalquier  se  partageaient  le  reste,  la  première  du 
Puget  à  Villelaure,  la  seconde  de  la  Tour  d'Aiguës  i  à  Sainte- 
Tulle  ~.  Sur  la  rive  gauche  de  la  Durance,  la  viguerie  d'Aix  ne 
comprenait  pas  davantage  tout  le  diocèse.  Les  vigueries  de  Bar- 
jols,  de  Brignoles  et  surtout  de  Saint-Maximin  s'en  parta- 
geaient une  notable  portion  '^.  Par  suite,  en  quittant  la  Durance 
à  l'est,  les  localités  extrêmes  englobées  par  la  viguerie  d'Aix 
du  nord  au  sud  étaient  Saint-Paul^,  Rians,  Artigues,  Puylou- 
bier  et  Trets  ;  là,  sa  limite  rejoignait  à  angle  droit  la  limite 
méridionale  du  diocèse.  A  Touest,  au  contraire,  la  viguerie  d'Aix 
suivait  exactement  la  frontière  du  diocèse  du  nord  au  sud  par 
Mallemort,  Atteins,  Aurons,  Pélissanne  et  Lançon.  Elle  englo- 
bait  donc   les   enclaves    du   Vernègues,  dépendant    du    diocèse 

1 .  Les  localités  de  la  Tour  d'Aiguës,  Gabrières  d'Aiguës  et  Peypin 
d'Aiguës  tirent  leur  surnom  du  fait  qu'elles  dépendaient  de  la  cité  et  du 
comté  d'Aix.  L'acte  de  Saint- Victor,  n°  460,  daté  de  1060-1064,  porte:  Ego  Ugo 
Fulconisde  Tiirri  de Aquis.  Il  nefaut  donc  pas  écrire  :1a  Tour  d'Aiguès,  mais 
bien  la  Tour  d'Aiguës.  Le  pays  d'Aix,  c'est  l'Aixoiset  non  pas  r«  Aiguès  », 
nom  qui  n'existe  pas.  Un  acte  de  Montmajour  daté  à  peu  près  de  la  même 
époque  que  celui  de  Saint- Victor,  c'est-à-dire  de  mars  1032,  suffît  à  le  prou- 
ver :  in  comitatu  Aquense  seu  Assuense  (Chantelou,  Hisl.  de  Montmajour, 
Rev.  de  Provence,  1'"^  année,  p.  129).  Dès  le  24  juin  840,  les  chartes  de 
Saint-Victor  donnent  in  page  Aquense  seu  Exuense  [Cart.  de  Saint-Victor 
n«  28). 

2.  Jusqu'au  xii^  siècle,  au  moins,  Sainte-Tulle  a  dépendu  du  diocèse 
d'Aix;  plus  tard,  cette  localité  a  été  rattachée  au  diocèse  de  Sisteron. 

3.  La  viguerie  de  Barjols  comprenait  surtout  des  localités  tirées  des 
diocèses  de  Fréjus  et  de  Riez  ;  d'Aix,  elle  n'avait  que  Gadarache,  Vinon, 
Ginasservis,  Brue-Auriac  et  Châteauvert. 

La  viguerie  de  Brignoles  était  tirée  des  diocèses  de  Fréjus,  Toulon 
et  Marseille,  mais  surtout  du  diocèse  d'Aix  dont  elle  avait  Correns,  le  Val, 
Brignoles,  Gamps,  Besse,  Garéoult,  La  Roquebrussane  et  la  Celle.  A  Mar- 
seille, elle  empruntait  Méounes,  Signes.  A  Toulon,  elle  prenait  Néoules. 
A  Fréjus,  Flassans,  Gabasse,  Garces,  Montfort  et  Vins.  Enfin  la  viguerie 
de  Saint-Maximin  était  tirée  presque  entièrement  du  diocèse  d'Aix,  auquel 
elle  joignait  quelques  localités  du  diocèse  de  Marseille.  Aix  lui  fournissait 
Mazaugues,  Rougiers,  Tourves,  Saint-Maximin,  Bras,  Seillons,  Saint-Mar- 
tin, Esparron,  OUières,  Pourrières  et  Pourcieux. 

Marseille  fournissait    Saint-Zacharie,  Nans,  le  Plan  d'Aups   et   Riboux. 

4.  En  partie  seulement,  car  la  fraction  de  Gadarache  sur  cette  commune 
appartenait,  semble-t-il,  à  la  viguerie  de  Barjols. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  33 

d'Arles,  et  de  Saint-Cannat  dépendant  du  diocèse  de  Marseille. 
A  partir  de  Lançon,  se  manifeste  une  tendance  contraire  à 
celle  qu'on  a  observée  au  nord  et  à  l'est  de  la  viguerie  :  au  lieu 
de  laisser  en  dehors  de  ses  limites  une  fraction  notable  du  dio- 
cèse, elle  empiète  sur  le  diocèse  voisin  d'Arles,  avec  le  but  évi- 
dent d'embrasser  l'étang-  de  Berre  et  d'atteindre  le  golfe  de 
P'os,  c'est-à-dire  l'embouchure  du  grand  Rhône.  Pour  cela,  sa 
limite  abandonne,  à  partir  de  Lançon,  la  direction  nord-sud;  elle 
tourne  à  l'ouest  en  suivant  les  terroirs  de  Grans,  Miramas, 
Istres  et  Fos.  La  viguerie,  entre  Lançon,  Grans,  Miramas  et 
Saint-Chamas,  contenait,  on  l'a  vu,  une  enclave  de  Tarascon  qui 
comprenait  Comphoux  et  Cornillon. 

Le  terroir  d'Istres  dépendit  finalement  du  diocèse  d'Aix,  mais  la 
création  de  cette  enclave  doit  remonter  à  1054  seulement.  De 
plus,  au  début  du  xii*^  siècle,  Arles  et  Aix  se  contestaient  Cornil- 
lon et  Miramas  *  ;  ces  dernières  prétentions  d'Aix  sont  forcément 
postérieures  à  la  création  de  l'enclave  d'Istres.  Avant  1054,  toutes 
les  localités  qui  bordent  l'étang  de  Berre  dépendaient  du  diocèse 
d'Arles,  même  Saint-Chamas.  Cette  paroisse  dépendait  tempo- 
reilement  du  comté  d'Aix;  au  point  de  vue  spirituel,  elle  rele- 
vait, comme  les  autres,  de  l'église  d'Arles  -.  L'évêque  d'Aix 
n'avait  donc  rien  autour  del'étang,  à  mi-chemin  d'Aix  et  d'Arles  : 
il  s'en  plaignit  et  c'est  pour  cela  que  l'archevêque  d'Arles,  en 
1054,  lui  concéda  Istres. 

En  somme,  le  diocèse  d'Arles,  si  réduit  qu'on  le  veuille,  a 
toujours  compris  le  littoral  depuis  Fos  jusqu'à  Carrj  et,  depuis 
1054,   il    s'est    réservé    le   pourtour  méridional   de   l'étang   de 


1.  Albaiiès,  Gallia  christiana  novissima.  Arles,  n°  389,  col.  164-165. 
Latran  7    avril    [1123].   ((   (>alistus...   arcliiepiscopo  Agiensi...  occasione 

duarum  ecclesiarum  de  Castro  Miramas  et  de  Cornelione...  si  aiitem  prse- 
dictasduas  ecclesias  de  tua  esse  diœcesi  asscris,  cum  Arelateiisi  archiepis- 
copo,  qui  easdem  similiter  vendicat,  inde  contendes...  »  (Chantelou, 
Hist.  de  Montmnjour,  Rev.  hislor.  de  Provence,  l^"" année,  p.  237). 

2.  Arles,  l*""  mars  [969].  «  castrum  vetustissimum  in  comitatu  Aquense... 
Sanctum  Amantium...»  [Gall.  noviss.  Arles,  n*'  271,  col.  116-117).  Il  dépen- 
dait dès  lors  de  l'archevêque  et  de  l'église  d'Arles. 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes.  —  VII.  3 


34  LA    PROVENCE   DÛ    PREMIER   AU    Xll*^    SIÈCLE 

Berre,  depuis  Martigues  jusqu'à  Berre,  en  abandonnant,  à  litre 
d'enclave,  le  pourtour  septentrional  de  cet  étang  au  diocèse 
d'Aix.  Ainsi  la  viguerie  d'Aix  empiétait  sur  le  territoire  arlé- 
sien  pour  obtenir  l'accès  de  la  mer  et  du  Rhône.  Au  sud,  cette 
tendance  de  la  viguerie  à  empiéter  hors  du  diocèse  est  encore 
plus  manifeste  :  elle  englobe,  toujours  pour  accéder  à  la  mer,  les 
trois  quarts  du  diocèse  de  Marseille.  A  l'occident,  ce  ne  sont  que 
quelques  localités,  pour  lui  permettre  de  voisiner  avec  la  rade  de 
Marseille  :  le  Rove,  sur  le  littoral,  puis  les  Pennes,  Saint-Victoret 
et  Septèmes.  Mais  à  l'orient,  la  viguerie  d'Aix  absorbe  àr  peu  près 
tout  le  diocèse  de  Marseille,  sauf  les  localités  de  Saint-Zacharie, 
Nans,  le  Plan  d'Aups  et  Riboux  qu'elle  laisse  à  la  viguerie  de 
Saint-Maximin  ;  sauf  aussi  celles  de  Méounes  et  Signes  qu'elle 
laisse  à  la  viguerie  de  Brignoles.  Elle  empiète  même  sur  le 
diocèse  de  Toulon  à  qui  elle  emprunte  les  localités  d'Evenos, 
Ollioules,  Sanary  et  Bandol.  A  partir  de  Trets,  dernière 
localité  du  diocèse  d'Aix,  la  limite  de  la  viguerie  passe  en 
effet  par  Auriol,  Gemenos,  Cuges,  le  Castellet,  le  Bausset, 
dans  le  diocèse  de  Marseille,  et  Evenos,  Ollioules,  Sanary 
dans  le  diocèse  de  Toulon.  Par  Ollioules,  elle  voisinait  avec  la 
baie  de  la  Seyne  et  Toulon  à  l'est;  elle  aboutissait  à  la  mer  par 
les  baies  de  Sanary  et  de  Bandol. 

Ainsi  Marseille  ne  conserve  que  sa  banlieue  :  seules  les 
localités  qui  actuellement  sont  placées  sur  le  territoire  de  sa 
commune  continuent  à  en  dépendre.  La  viguerie  d'Aix  s'éten- 
dait donc  sur  le  littoral  du  golfe  arlésien  de  Fos  au  port  mar- 
seillais de  Niolon  i,  puis  du  port  marseillais  de  Cassis  au  port 
toulonnais  de  Bandol  et  Sanary.  Par  contre,  elle  abandonnait  tout 
ce  qui  dépendait  du  diocèse  au  delà  de  la  Durance,  sauf  Pertuis. 
Cette  circonscription  répond  merveilleusement  aux  besoins  qui 
firent  se  constituer  la  Provence  auvergnate  au  profit  de  l'Aus- 
trasie.  La  banlieue  d'Avignon,  qui  plus  tard  formera  l'Etat  pon- 
tifical d'Avignon,  jointe  à  la  partie  de    son  diocèse  placée  sur  la 

i.  Sur  la  commune  du  Rove. 


LA   PROVEiNCE    FRANQUE    ET    SES    PATRICES  35 

rive  droite  du  Rhône,  permettait  aux  Austrasiens  de  franchir 
ce  fleuve  et  d'en  dominer  le  cours.  La  viguerie  deTarascon  avec 
la  station  d'Albaron  enclavée  en  Camargue  leur  permettait  de 
descendre  le  Rhône  jusqu'en  face  d'Arles,  puis  de  relâcher 
le  long-  du  petit  Rhône,  avant  d'aboutir  à  la  mer.  La  viguerie 
d  Aix  laissait  de  côté  le  territoire  placé  au  delà  de  la  Durance 
qui  ne  leur  était  d'aucune  utilité,  sauf  la  station  de  Pertuis  placée 
sur  ce  cours  d'eau  ;  elle  faisait  d'eux  les  maîtres  absolus  de 
l'étang  de  Berre,  les  voisins  de  l'embouchure  du  grand  Rhône 
et  du  port  de  Marseille  dont  ils  occupaient  la  rade  en  partie  ; 
enfin,  elle  leur  donnait  la  baie  de  la  Giotat  et  le  voisinage  de 
Toulon.  Les  cités  de  Marseille  et  d'Arles  devenaient  des  enclaves 
bourguignonnes,  des  «  terres  adjacentes  »  de  la  Provence  qui 
demeurait  à  Contran  K  Pour  bien  apprécier  ce  partage  de  la 
Provence  amené  par  le  souci  d'ouvrir  à  l'Austrasie  la  voie 
commerciale  du  Midi,  il  faut  se  rappeler  que  les  principaux 
bureaux  de  douane  étaient,  pour  le  commerce,  Toulon,  Marseille, 
Fos,  Arles,  Avignon,  Soyons,  Valence,  Vienne,  Lyon  etChalon  -. 


§  2.  —  Les  postes  militaires  auvergnats  aux  frontières. 

La  domination  austrasienne,  exercée  par  l'intermédiaire  de  l'Au- 
vergne, n'est  pas  sans  avoir  laissé  des  traces.  Mont-de- Vergues, 
élévation  placée  à  l'extrémité  du  terroir  de  l'Etat  d'Avignon,  vers 
l'orient,  est  le  souvenir  d'un  montem  Alvernicum  '^.  Plus  bas, 
dans  la  viguerie  d'Aix,  à  proximité  de  la  terre  adjacente  la  plus 
orientale,  se  trouve  le  Vernèguesqui  répond  à  un  castrum  Alver- 


4.  Le  terroir  de  Salon  n'est  pas  une  enclave  :  il  se  relie  directement  entre 
Grans  (viguerie  d'Aix)  et  Eyguières  (viguerie  de  Tarascon),  au  terroir  de  la 
commune  d'Arles  et  autres  terres  adjacentes  arlésiennes. 

2.  Mavculû,  Formularum  supplementum,no  i.  —  Mon.  Germ.  histor.Legum 
Sectio  V.  Foi^mulse.,  éd.  Zeumer,  1886,  p.  107. 

3.  Guérard,  Cart.  de  Saint- Victor^  n°  431. 


36  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl''    SIÈCLE 

nicum  ^.  Ce  sont  là,  sans  aucun  doute,  deux  postes  placés  sur  les 
frontières  de  la  Provence  austrasienne  et  chargés  de  veiller  sur  elles. 
L'un,  sur  la  rive  droite  de  la  Durance  en  face  de  Gaumont  et 
de  Gavaillon,  couvre  Avignon  et  domine  la  voie  de  Milan  à 
Arles.  L'autre,  sur  la  rive  gauche  en  face  de  Salon  et  d'Arles, 
couvre  Aix  à  l'occident  et  domine  la  voie  aurélienne.  Il  serait 
nécessaire  de  reconnaître  un  troisième  établissement  de  ce 
genre  pour  couvrir  Aix  à  l'orient  et  à  proximité  de  la  même 
voie  :  le  système  défensif  des  voies  de  terre  serait  ainsi  com- 
plet. La  localité  de  Vauvenargues  se  trouve  bien  sur  les  limites 
de  la  viguerie  à  l'est  :  elle  n'est  pas  trop  éloignée  de  la  voie  en 
question.  Mais  son  site  n'est  pas  dominant  et,  phonétique- 
ment, elle  répond  à  une  vallis  Veranica  ^  ;  il  paraît  impossible 
de  dire  que  ce  Veranica  dérive  de  V Alvernica  voulu.  A  défaut 
de  Vauvenargues,  une  localité  attire  l'attention.  Ce  sont  les 
Vernes,  castr^am  de  Vernis,  dans  la  commune  d'Artigues,  sur  la 
frontière  orientale  de  la  viguerie  d'Aix,  au  point  où  celles  de 
Barjols  et  de  Saint-Maximin  y  touchaient  elles-mêmes,  la  pre- 
mière par  Ginasservis  et  la  seconde  par  Esparron.  On  pourrait  y 
joindre  le  moulin  de  Vergue,  dans  la  commune  de  Peyrolles  et 
sur  la  rive  gauche  de  la  Durance,  en  face  de  la  Bastidonne  et 
de  Mirabeau  où  aboutissait  la  viguerie  de  Forcalquier.  On  pour- 
rait, à  ce  compte,  y  joindre  aussi  la  Verne,  dans  la  commune  de 
Collobrières  et  la  viguerie  d'Hyères,  à  l'extrémité  du  diocèse  de 
Toulon,  vers  celui  de  Fréjus.  Ces  trois  localités  compléteraient 
le  système,  exactement  sur  les  limites  où  elles  se  trouvent  : 
mais,  pour  elles,  il  y  a  incertitude  parce  que  ces  trois  derniers 
noms  peuvent,  au  lieu  de  rappeler  l'Auvergne,  indiquer  tout 
bonnement  l'existence  d'aulnes  disséminés  dans  les  quartiers 
humides  du  pays. 

La  Provence  auvergnate  doit  avoir  embrassé  les  vigueries  de 
Saint-Maximin  et  de  Brignoles  puisqu'elles  étaient  formées,  en 


1.  Guérard,  Cart.  de  Saint-Victor,  n°  219, 

2.  Ibid.,  no«  230,  233,  950. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  37 

majeure  partie,  de  localités  aixoises.  Elle  ne  doit  pas  avoir 
embrassé  celles  de  Toulon  et  d'Hyères.  En  effet,  l'évêque  de 
Toulon  assista  au  concile  de  Paris  en  573.  Si  ces  dernières  en 
ont  fait  partie,  c'est  qu'elles  y  ont  été  jointes  après  cette  date. 
Ainsi,  de  la  Durance  à  la  mer,  la  frontière  orientale  de  la 
Provence  austrasienne  a  dû  être  formée,  du  nord  au  sud,  dans 
la  viguerie  d'Aix,  par  les  localités  de  Saint-Paul,  Rians  et 
Artigues,  dans  la  viguerie  de  Saint-Maximin  par  celles  d'Espar- 
ron,  Saint-Martin,  Seillons^  Saint-Maximin,  Bras,  dans  la  vigue- 
rie de  Brignoles  par  celles  du  Val,  de  Gorrens,  Montfort,  Garces, 
Gabasse,  Flassans,  Besse,  Gamps,  Brignoles,  Néoules,  Méounes 
et  Signes,  dans  la  viguerie  d'Aix,  par  celles  d'Evenos,  Ollioules 
et  Sanary.  Ges  localités  appartenaient  au  diocèse  d'Aix,  de  Saint- 
Paul  à  Gorrens,  à  celui  de  Fréjus  de  Montfort  à  Flassans,  à  celui 
d'Aix  de  Besse  à  Brignoles,  à  celui  de  Toulon  pour  Néoules,  h 
celui  de  Marseille  pour  Méounes  et  Signes,  enfin  à  celui  de 
Toulon  d'Evenos  à  Sanary. 


§  3.  — Les  saints  auvergnats  protecteurs  des  frontières  et 
les  légendes  provençales. 

L'influence  de  l'Auvergne  sur  la  Provence  austrasienne  ne  fut 
pas  toute  militaire,  cela  va  de  soi.  Mgr  Duchesne,  puis  Dom  Ger- 
main Morin  se  sont  occupés  des  légendes  saintes  de  Provence  ^ 
que  le  martyrologe  transcrit  officiellement  vers  1120  pour  l'église 
cathédrale  de  Toulon  ignorait  encore  ou  voulait  ignorer. 
On  sait  que  ces  légendes,  dès  1190,  groupaient  Lazare  le  ressus- 
cité,  ses   sœurs  Marthe  et  Marie  de  Béthanie,    avec   Marie   de 

1.  Duchesne,  Fastes  épiscopaux^  t.  1,  1894,  pp.  310-344;  Georges  de 
Manteyer,  Les  légendes  saintes  de  Provence  et  le  martyrologe  d\Arles- Toulon 
(vers  1120),  Mél.  d'arch.  et  d'hist.,  t.  XVII,  pp.  467-489.'  Rome,  Cuggiani, 
1897  ;  Dom  Germain  Morin,  Saint-Lazare  et  Saint-Maximin  ;  recherches 
nouvelles  sur  plusieurs  personnages  de  la  «  tradition  provençale  »  [Mém.  de 
la  Soc.  nat.  des  Antiquaires  de  France,  t.  LVI,  Paris,  1897,  pp.  27-51. 


38  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

Magdala,  Sidoine  Taveugle-né,  etc.  K  Elles  confondaient  les  deux 
Maries.  En  réalité,  ce  groupement  était  récent  :  les  provenances 
étaient  diverses.  La  sépulture  de  Lazare,  évêque  d'Aix,  ordonné 
vers  408,  au  détriment  de  Remj,  par  Proculus  de  Marseille,  se 
trouvait  à  Saint- Victor  de  Marseille.  Voici  pourquoi  :  ayant 
dû  se  démettre,  vers  412,  de  son  évéché,  il  s'était  rendu  en  Pales- 
tine où  on  le  trouve  en  415;  puis  il  était  venu  se  retirer  auprès 
de  son  consécrateur  et  il  était  mort  dans  cette  retraite  -.  Quand 
les  bénédictins  de  l'abbaye  firent  dédier  leur  église  par  Benoît  IX, 
le  15  octobre  1040,  en  présence  de  tout  Tépiscopat  provençal,  ils 
déclarèrent  que  leur  monastère,  fondé  près  de  Marseille  à 
l'époque  d'Antonin,  était  illustré  non  seulement  par  saint  Victor 
et  ses  compagnons,  mais  encore  d'une  manière  spéciale  par  Her- 
mès et  Hadrien,  auxquels  il  fallait  joindre  Lazare  le  ressuscité  3. 
Évidemment,  l'épitaphe  du  Lazare,  qui  était  venu  de  Palestine 
à  Marseille  vers  416  et  dont  ils  possédaient  la  tombe,  leur  avait 
donné  l'idée  de  l'identifier  avec  le  ressuscité.  Cette  épitaphe  note 
que  Lazare  avait  été  évêque;  ils  en  firent  le  premier  évêque  de 
Marseille  où  il  reposait  ^. 

1.  Guy  de  Bazoches,  chantre  de  la  cathédrale  de  Châlons,  en  1190,  s'em- 
barqua pour  aller  en  Terre-Sainte  ;  passant  à  Marseille  il  y  recueillit  la  tra- 
dition :  ((  Adhanc  urbem  postascensionein  Domini  sub  persecutione  judaïca 
divina  providentia  transfretantes  applicuisse  leguntur  beatus  ex  discipulo- 
rum  numéro  Maximinus,  sanctus  quoque  Lazaruspost  quatriduuma  Domino 
suscitatus,  sed  et  Maria  Magdalena  cum  Martha  venerande  sorores  ipsius 
et  quem  Dominus  illuminavit  ex  sputo  Cidonius  nomine,  cecus  natus.  E 
quii)us  S.  Maximinus  primus  Aquensis  provincie  metropolitanus.  Sanctus 
Lazarus...»  [Neues  Archiv,  1890,  t.  XVI,  p.  104). 

2.  Lazare  avait  d'abord  été  condamné  au  concile  de  Turin  vers  398, 
comme  calomniateur  de  Tévêque  de  Tours  Brice  (Mandements  du  21  et  du 
22  septembre  417.  —  Migne,  t.  XX,  col.  654,  661). 

Hic  jacet  bone  memorie  papa  Lazarus  qui  vixit  in  timoré  Dei  plus  minus 
annos  LXX  et  requievit  in  pace.  (Albanès,  Gall.  Christ,  noviss.,  t.  I,  1895. 
Aix,  col.  27-29). 

3.  Albanès,  Gallia  Christiana  novissima.  Marseille,  col.  55,  n°  104. 

4.  A  la  suite  de  cette  identification  du  Lazare  de  Saint-Victor  avec  le 
ressuscité,  l'église  cathédrale  de  Marseille  ne  manqua  pas  de  demander  à  l'ab- 
baye une  parcelle  du  corps.  Cette  parcelle  jRgure  au  nombre  des  reliques 
que  l'évêque  Raimond  renferma  dans  une  châsse  avec  le  corps  de  saint 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  39 

A  la  même  époque,  l'abbaye  de  Vézelay  dans  le  diocèse  d'Au- 
tun  se  restaurait  sous  la  direction  de  Glunj.  L'abbé  Geoffroy, 
installé  en  1037,  et  ses  moines  se  persuadèrent  de  leur  côté  qu'ils 
possédaient  sainte  Marie  Madeleine  :  la  chose  était  reconnue  dès 
le  27  avril  1050  K  Mais  il  fallait  expliquer  comment  ils  avaient 
acquis  des  reliques  aussi  vénérables.  L'Orient  jusqu'alors  en 
revendiquait  la  possession  :  en  effet,  elles  avaient  été  transférées 
d'Ephèse  à  Gonstantinople  en  899  par  l'empereur  Léon  VI,  en 
même  temps  que  celles  de  son  frère  Lazare  amenées  de  Larnaca 
en  Ghypre  -.  Les  moines  de  Vézelay  n'ignoraient  pas  cette  double 
translation  assez  gênante,  mais  ils  se  prévalurent  de  l'ignorance 
du  public  de  leur  pays  assez  naturelle  sur  ce  point.  L'alternative 
extrême  qui  s'offrait  à  eux  était  de  prétendre  qu'ils  étaient  aller 
chercher  le  corps  de  la  sainte  en  Orient,  ou  bien  que  Marie- 
Madeleine  était  venue  tout  exprès  de  Palestine  en  Gaule  pour 
mourir  à  Vézelay.  L'un  et  l'autre  leur  parut  excessif.  Réflexion 
faite,  ils  s'arrêtèrent  à  un  moyen  terme  moins  compromettant  en 
créant  une  tierce  station  sur  la  route  intermédiaire  ou  en  l'uti- 
lisant :  ils  se  bornèrent  à  assurer  que  la  sainte  avait  fait  presque 
tout  le  chemin,  jusqu'à  Saint-Maximin  en  Provence  où  elle  était 
morte,  et  qu'eux-mêmes  avaient  pu  en  faire  opérer  la  translation 
de  Provence  à  Vézelay,  sous  le  roi  Garloman  et  du  temps  de 
l'évêque  d'Autun  Augier.  Qu'on  veuille  bien  se  rappeler  ici  que 
Garloman  a  régné  de  879  à  884,  que  le  pontife  en  question,  sacré 
en  875,  est  mort  en  893  ^  :  à  quinze  ans  près,  cette  prétendue 
translation  coïncide  avec  la  translation  réelle  d'Ephèse  à  Gons- 
tantinople. Evidemment,  elle  était  calquée  sur  elle  de  manière 
à  paraître  quelque  peu  antérieure  et,  par  conséquent,  préférable. 

Cannai  le  15  août  1122  (Albanès,  Gall.  Christ,  novissima.'  Marseille,  n»  139, 
col.  64-65). 

1.  Duchesne,  t.  I,  p.  317.  Ajouter  le  privilège  d'Etienne  IX  pour  Cluny 
du  6  mars  1058  :  «  Abbatiam  Viziliacensem  ubi  sancta  Maria  Magdalene 
requiescit  tibi  concedimusin  possidendum.))(Pa^r.  /a^.,t.l43,  col,883;  Jaffé, 
2e  édition,  n°  4385). 

2.  Duchesne,  t.  I,  pp.  314-315  et  note  1, 

3.  Duchesne,  t.  II,  p.  182, 


40  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

Les  chanoines  d'Autun  étaient  sans  doute  heureux  de  voir  Made- 
leine dans  leur  diocèse  ;  mais  ils  eussent  préféré  la  montrer  chez 
eux  plutôt  que  d'aller  en  pèlerinage  à  l'abbaye  où  on  prétendait 
l'avoir.  N'ayant  pas  Madeleine  que  l'on  confondait  avec  Marie  de 
Béthanie,  l'église  cathédrale  ne  pouvait  moins  faire  que  d'avoir  le 
frère  de  celle-ci,  c'est-à-dire  Lazare.  Par  un  heureux  concours  de 
circonstances,  cette  église  était  dédiée  à  saint  Nazaire.  C'était 
presque  une  homonymie  :  il  était  tout  indiqué  d'établir  une  confu- 
sion ou  tout  au  moins  un  rapprochement  entre  les  deux  bienheu- 
reux. L'église,  ayant  été  rebâtie,  fut  consacrée  par  Innocent  II  en 
1131  :  finalement  en  1147,  le  13  des  calendes  de  novembre  ^,  le 
corps  d'un  évêque  d'Autun  fut  découvert  et  il  servit  à  faire  l'in- 
vention des  reliques  de  saint  Lazare,  le  patron  ambitionné.  Les 
chanoines  d'Autun  ne  se  souciaient  guère  du  corps  de  Lazare 
transféré  de  Larnaca  à  Gonstantinople  en  899  ;  pour  finir,  avant 
i  190,  les  gens  d'Avallon  produisirent  le  leur,  soi-disant  transféré 
de  Marseille  à  Avallon  par  le  duc  de  Lyonnais  Girard  (853,  •]■  873) 
et  dont  quelque  chose  subsistait  à  Marseille,  en  1190,  selon 
Ricahrd  Fitz  Neal  ~.  Le  ressuscité  avait  donc  désormais  quatre 
squelettes  bien  complets  et  bien  distincts  qui  s'offraient  à  la 
vénération.  En  1482,  on  dira  à  Autun  que  le  corps  de  saint  Lazare 
avait  été  apporté  de  Marseille  par  l'évêque  Girard  (968-976)  et 
que  les  Provençaux  en  avaient  conservé  seulement  la  mâchoire  •^. 
Il  fallait  une  compensation  à  la  Provence.  Le  sanctuaire  de  Made- 
leine à  Vézelay  ayant  réussi  à  s'imposer,  les  Provençaux  eurent 
connaissance  des  légendes  bourguignonnes  qui  les  concernaient. 
Puisqu'on  leur  affirmait  que  Madeleine  était  venue  mourir  chez 
eux  et  que  son  corps  était  resté  parmi  eux  j  usqu'à  la  fin  du  ix®  siècle, 
ils  devaient  forcément  regretter  que  des  Bourguignons  le  leur 


1.  Albanès,  Gall.  Christ,  noufss.,  Marseille,  col.  5-6,  n<»  4, 

2.  Ibid.,  col.  6,  11°  5  ;  Mon.  Germ.  hist.  Script.,  t.  XXVII,  p.  115. 

3.  [F aillon],  Monuments  inédits  sur  V apostolat  de  sainte  Marie-Madeleine 
en  Provence,  i.  II,    1848,  col.  1291-1292,  n»  236  ;  Hist.  de  l'église  d'Autun 
Autun,  Dejussieu,  1774,  pp.  88-90, 


LA  PROVENCE  FRAKQUE  ET  SES  PATRICÊS  41 

eussent  enlevé  K  En  1190,  ils  croyaient  encore  à  cet  enlèvement. 
Guy  de  Bazoches,  chantre  de  Ghâlons,  passant  à  cette  date  par 
Marseille,  déclare  que  les  corps  de  Lazare  et  de  Madeleine  sa 
sœur  avaient  été  transportés  à  Avallon  par  le  duc  Girard  ^.  Peu 
à  peu,  les  Provençaux  furent  d'accord  pour  dire  qu'ils  possédaient 
toujours  la  sainte;  enfin,  le  9  décembre  1279,  l'invention  du  corps 
de  Madeleine  fut  faite  à  Saint-Maximin.  Des  squelettes,  on  en 
trouve  toujours  :  cependant  il  manquait  une  jambe  à  celui-ci  3.  Pris 
d'inquiétude  devant  la  concurrence  qui  s'éveillait,  les  gens  de 
Vézelay  avaient  fouillé  de  leur  côté  en  1265;  leur  squelette  h  eux, 
authentiqué  par  un  pseudo-mandement  de  Charles  le  Chauve  du 
style  le  plus  extraordinaire,  était  accompagné  de  cheveux  de 
femme  et  cela,  pensaient-ils,  devait  lever  tous  les  doutes  en  leur 
faveur.  Cependant  le  cardinal-légat,  qui,  en  1267,  assista  à  la 
translation  solennelle  de  cette  Madeleine  de  Vézelay,  était  devenu 
pape,  sous  le  nom  de  Martin  IV.  Le  24  septembre  1281,  il  donna 
nettement  tort  aux  Provençaux  en  approuvant  le  culte  de 
Vézelay  ^.  Son  successeur,  Boniface  VIII,  par  une  attitude  con- 
traire, prit  ouvertement  parti  en  faveur  des  Provençaux.  Pen- 
dant près  de  cent  cinquante  ans,  les  papes  avaient  reconnu 
Madeleine  à  Vézelay  ;  désormais  ils  la  reconnaîtront  à  la 
Sainte-Baume.  L'influence  politique  des  Angevins  explique 
ce  changement  favorable  à  la  Provence,  comme  l'influence 
de  Cluny,  jadis  plus  puissante,  avait  favorisé  Vézelay.  Le 
Il  juin  1281,  trois  mois  avant  la  décision  défavorable  de 
Martin  IV,  le  prince  de  Salerne,  à  Aix,  montrait  le  crâne  de 
Madeleine  et    sa  mâchoire  aux    archevêques    d'Arles,  d'Aix  et 


1.  Dès  la  seconde  moitié  du  xi°  siècle,  il  existe  dans  Avignon  une  église 
dédiée  à  sainte  Marie-Madeleine  :  on  ne  peut  dire  si  elle  fut  élevée  avant 
ou  après  la  propagation  des  légendes  de  Vézelay. 

2.  «  Sanctus  Lazarus  primus  Massiliensium  episcopus  est  effectus.  Sed, 
post  longa  temporum  spacia  cum  gloriosa  sorore  Maria  per  prefatum  Bur- 
gundie  principem  Gerardum  apud  Avalonem  castrum  suum  est  inde 
transvectus.  »  [Neues  Archiv,  XVI,  104). 

3.  Duchesne,  t.  I,  p.  333. 

4.  Paillon,  t.  II,  col.  761-764,  n°  63. 


42  LA    PROVENCE    DU    PREMIER  AU    XII®    SIÈCLE 

d'Embrun  ^.  En  avril  1295,  après  la  mort  de  Martin  IV,  il  se  con- 
tenta de  porter  le  crâne  à  Boniface  VIII,  pour  gagner  celui-ci  à  sa 
cause  :  le  pape  Gaetani  s'empressa  de  prévenir  le  prince  qu'on  gar- 
dait au  Latran,  non  pas  la  jambe  qui  manquait,  mais  la  mâchoire 
de  Madeleine.  Au  témoignage  de  Philippe  de  Cabassole,  il  la  lui 
offrit  et  elle  s'adapta  fort  bien-.  A  partir  de  ce  moment,  personne 
ne  parle  plus  de  la  mâchoire  provençale  trouvée  en  1279  el 
montrée  en  1281.  Si  cette  mâchoire  du  Latran  avait  été  apportée 
de  Vézelay  par  Martin  IV,  il  faut  avouer  que  Taventure  est  plai- 
sante. Elle  pourrait  provenir  d'ailleurs  encore  :  c'est  ainsi  qu'on 
prétendait,  dans  un  monastère  de  Châlons,  conserver  la  langue 
de  Madeleine  dans  un  excellent  état  de  conservation  ^.  Les  Pro- 
vençaux avançaient  que  le  corps  avait  été  transféré  d'un  sarco- 
phage précieux  dans  un  autre  plus  ordinaire  de  la  même  crypte, 
par  crainte  des  Sarrasins,  sous  le  roi  Eudes.  Le  procès-verbal, 
retrouvé  le  9  décembre  1279,  mal  lu  ou  incorrect,  notait  l'an- 
née DCGX  ^  et  le  6  décembre,  pour  la  date  de  cette  translation 
primitive.  Il  serait  exact  de  dire,  peut-être,  que  les  arrangements 
préparatoires  et  la  rédaction  de  ce  procès-verbal  sur  un  parchemin 
tombant  de  vétusté  avaient  été  opérés  trois  jours  et  non  pas  cinq 
siècles  avant  l'invention  ménagée  au  prince  de  Salerne,  c'est-à-dire 
le  6  décembre  1279  et  non  pas  le  6  décembre  710.  En  Provence, 
l'évocation   des  Sarrasins  s'imposait  ;  mais    celle   du  roi  Eudes 


1.  «  Noveritis  quod...  ipse  princeps  nobis  ostendit...  caput  béate  Mariae 
Magdalense  cum  mento  seu  mandibula  inferiori  ab  invicem  separata...  » 
(Faillon,  t.  Il,  col.  803-806,  n°  85).  La  note  a  de  la  col.  804  rend  bien  compte 
de  l'embarras  où  ce  texte  clair  met  l'éditeur. 

2.  «  Rex...  Romam  venit...  cum..  occurreret...  ut  rex  caput  tune  scriniis 
pontifex  mandibulam   in  Lateranensi   sacrario  se  liabere  suis  sermonibus 

affîrmarent...    additur  demum  mandibula    conformis  capiti ipsam  vero 

mandibulam...  Bonifacius  régi  suscipienti  hilariter  et  dévote  liberaliter 
contulit.  Et  ipse...  monasterio  monialium  de  Prulhano  eam...  assignavit  » 
(Ibid.,  t.  II,  col.  793-794). 

3.  «  Ac  si  nunc  a  vivente  extracta  ».  (J.  Ferrandi,  Disquisitio  reliquiaria, 
p.  148.) 

4.  Il  faut  restituer  évidemment  DCCCXC  ou  quelque  chose  d'appro- 
chant ;  les  Sarrasins  et  Eudes  réunis  y  obligent, 


LA    PROVENCE    FRANQUE    ET    SES    PATRICES  43 

révèle  une  main  proprement  angevine.  Ce  procès- verbal  de  710 
vaut  le  certificat  de  Charles  le  Chauve,  trouvé  à  Vézelay.  Le 
5  mai  1280,  jour  fixé  pour  lelévation  du  corps,  on  mit  au  jour 
un  second  authentique  moins  compromettant  mais  plus  vague. 
Celui-ci  peut  se  comparer,  comme  valeur,  à  Fépitaphe  sculptée, 
disait-on,  de  la  main  même  de  saint  Pierre  sur  la  tombe  de  sa 
fille  Pétronille  K  On  sait  que  le  roi  Eudes  a  régné,  non  pas  en 
Provence,  mais  en  France,  de  888  k  898.  Comment  ne  pas 
noter  que  cette  pseudo-translation  est  ainsi  reportée  exactement 
à  la  même  époque  que  la  pseudo-translation  de  Marseille  k 
Avallon,  que  la  pseudo-translation  de  Saint-Max imin  à  Vézelay 
et  que  la  translation  authentique  d'Ephèse  à  Constantinople; 
le  synchronisme  de  ces  quatre  translations  est  criant.  Les  gens 
de  Vézelay  au  xi®  siècle  prétendaient  déjà  que  la  translation 
orientale  n'était  pas  authentique,  puisque  la  leur,  qui  naturellement 
était  la  bonne,  avait  eu  lieu  au  même  moment  et  même  un  peu 
plus  tôt,  sous  l'évêque  d'Autun  Augier.  Au  xii*'  siècle,  les 
gens  d'Avallon  confondent  Vézelay  par  le  même  procédé  en 
disant  que  la  translation  avait  été  faite  de  Marseille  chez  eux 
encore  un  peu  plus  tôt  par  le  duc  Girard.  Au  xiii®  siècle  main- 
tenant, ce  sont  les  Provençaux  qui  rétorquent  l'argument  de 
Vézelay  et  d'Avallon  en  affirmant  à  leur  tour  que  les  translations 
à  Vézelay  et  à  Avallon  sont  un  mythe  pour  la  raison  péremptoire 
que  leurs  ancêtres,  au  moment  où  elles  auraient  eu  lieu, 
avaient  soustrait  la  sainte  aux  Sarrasins.  Sur  Léon  VI,  s'étaient 
greffés  l'un  après  l'autre,  Carloman,  Girard  et  Eudes.  A  malin, 
malin  et  demi. 

Ces  déformations  successives  et  semblables  permettent  à 
elles  seules  de  rétablir  la  vérité.  Selon  le  proverbe  italien,  le 
hugie  hanno  le  gambe  cor  te.  Quatre  translations  simultanées 
du  même  corps  auraient  donc  eu  lieu  :  d'Ephèse  à  Constantinople 

d.  «  Corpus  S.  Petronillae  Pétri  apostoli  fîUœ...  in  cujus  marmoreo  sar- 
cophage ipsius  apostoli  Pétri  manu  sculptum  legebatur  :  AVREyE  PETRO- 
NILLAE DILEGTISSIMAE  FILIAE  »  (J.  Yerva^nàuDisquisitio  relicjuiaria^ 
p.  205,  d'après  Sigebert,  Chron.,  767). 


44  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll''    SIÈCLE 

SOUS  Léon  VI,  de  Saint-Maximin  à  Vézelay  sous  Carloman,  de 
Marseille  à  Avallon  par  Girard,  à  Saint-Maximin  même  d'un 
sarcophage  dans  l'autre  sous  Eudes.  C'est  trop  de  trois  :  une 
seule  est  possible,  Or,  celle  d'Ephèse  est  mentionnée  immédia- 
tement, dès  le  x^  siècle  ;  celle  de  Vézelay  ne  l'est  pas  avant  la 
seconde  moitié  du  xi''  siècle  ;  celle  d'Avallon  ne  l'est  pas  avant  la 
fin  du  xii^  siècle,  celle  de  Saint-Maximin  ne  l'est  pas  avant  le 
9  décembre  1279.  La  conclusion  s'impose  :  seule,  celle  de  Léon  VI 
est  acceptable.  Quant  aux  gens  de  Vézelay,  au  xi®  siècle  ils  connais- 
saient forcément  cette  translation  authentique,  puisqu'ils  la  visent 
sans  la  nommer.  De  même,  ceux  d'Avallon  au  xii^  siècle  et  de 
même  ceux  de  Saint-Maximin  en  1279  connaissaient  la  pseudo- 
translation de  Vézelav.  Donc,  ni  les  uns  ni  les  autres  n'étaient 
sincères  en  calquant  une  nouvelle  translation  supposée  sur  la 
précédente. 

Jusqu'à  présent,  on  n'a  pas  trouvé  trace  de  l'Auvergne  en 
tout  cela  ;  mais  l'invention  de  1279  fait  noter  la  présence  dans  la 
crypte  de  Saint-Maximin  du  corps  de  saint  Sidoine.  Son  sarcophage 
serait  devenu  celui  de  Madeleine  lors  de  la  pseudo-translation  pro- 
vençale du  IX®  siècle.  Du  moment  où  on  a  cru  en  Provence  que 
Madeleine  avait  vécu  à  la  Sainte-Baume  et  qu'elle  était  inhumée 
dans  la  crypte  des  saints  Maximin  et  Sidoine,  il  avait  paru  tout 
naturel  de  reconnaître  en  Maximin,  titulaire  du  lieu,  le  premier 
évêquedu  diocèse  où  se  trouvait  cette  crypte  et  le  compagnon  de 
Madeleine.  Par  suite,  Sidoine,  identifié  avec  Faveugle-né  dès  1 1 90, 
était  devenu,  non  moins  naturellement,  le  successeur  de  Maxi- 
min et  le  deuxième  évêque  du  même  diocèse.  C'est  ainsi  que 
Lazare,  enseveli  à  Marseille,  avait  été  pris  pour  le  premier  évêque 
de  cette  cité,  du  moment  où  on  l'avait  identifié  avec  le  res- 
suscité. 

En  réalité,  saint  Sidoine  était  titulaire  de  plusieurs  églises  en 
Provence  dès  le  xi^  siècle  tout  au  moins.  La  première  est,  au 
diocèse  de  Toulon,  à  peu  de  distance  de  celui  d'Aix.  Elle  est 
placée  dans  la  viguerie  d'Hyères,  mais  dans  une  localité  limi- 
trophe de  la  viguerie  aixoise  de  Brignoles,  et  elle  paraît  par  un 


LA   PROVENCE   FRANQUE   ET    SES    PATRICES  45 

acte  de  donation  daté  de  1060  K  C'est  l'église  Saint-Sidoine  du 
Puget  dont  une  partie  est  alors  donnée  à  Saint- Victor.  La 
deuxième  se  trouvait  sous  le  château  de  Barayol,  dans  le  Val,  à  la 
limite  du  diocèse  de  Fréjus  vers  celui  d'Aix  et  à  la  limite  de  la 
viguerie  deBrignoles  vers  celle,  bourguignonne,  de  Barjols.  Elle 
était  dédiée  en  l'honneur  de  N.-D.,  de  Saint-Jean-Baptiste  et  de 
rÉvangéliste,  de  saint  Etienne,  premier  martyr  du  Christ,  et 
de  saint  Sidoine.  Rebâtie  par  Balde, elle  fut  consacrée  le  10  janvier 
1068/9  par  Guillaume,  évêque  de  Carpentras,  et  Guillaume,  évêque 
de  Toulon,  au  nom  de  Rostang,  archevêque  d'Aix  '^.  Enfin,  Téglise 
de  Saint-Maximin  possédant  deux  autels  secondaires,  le  premier 
était  consacré  à  saint  Michel,  le  second,  c'est-à-dire  probablement 
celui  qui  se  trouvait  du  côté  de  l'épître,  à  saint  Sidoine  ^.  Pierre, 
archevêque  d'Aix,  donna  cette  église  à  saint-Victor,  le  5  juillet 
1093.  Saint-Maximin  se  trouvait,  on  le  sait,  dans  le  diocèse  d'Aix 
et  dans  la  viguerie  de  ce  nom,  aux  confins  de  la  viguerie  bour- 
guignonne de  Barjols.  Cette  dédicace  d'un  autel  secondaire  à 
Sidoine  est  vraisemblablement  la  raison  pour  laquelle,  en  1279, 


1 .  1060.  «  dono. . .  partem  meani. . .  in  VI  ecclesiis. . .hoc  est  :  in  ecclesia sancte 
Marie  de  Descensa  et  in  sancto  Sidonio  et  sancto  Laurentio  et  sancto  Mar- 
tine ad  Gateiras  et  sancto  Johanne...  que  omnessuntin  terri torio de  Poieto 
et  de  Petrafoco...  et  in  sancta  Maria  de  Colobreria...  »  [Cart.  de  Saint-Vic- 
tor, t.  I,  p.  473,  n°  470;  cf.  t.  II,  p.  923).  Ce  sont  les  églises  N.-D.  (com- 
mune de  Carnoules  ?),  Saint-Sidoine  (commune  du  Puget?),  Saint-Laurent 
(commune  Guers),  Saint-Martin  (commune  Guers),  Saint-Jean  (commune 
Pierrefeu),  N.-D.  (commune  Gollobrières),  Puget-Ville,  cant.  Guers,  arr. 
Toulon,  Var;  Pierrefeu,  cant.  Guers. 

2.  lOjanv.  1068/9,  ind  6.  aDevota  dei  famula,  nomine  Balda...rehedifica- 
vit  ecclesiam  in  comitatu  Aquensi,  sub  castello...  Paracollus...  conditam 
in  honorem  Dei  genitricis  Marie  vel  S .  Joannis  Baptiste  sive  Evange- 
liste  necnon  et  S.  Stephani  prothomartyris  Ghristi  atque  sancti  Sydonii...» 
(Ghantelou,  Hist.  de  Montinajour.  —  Rev.  hist.  de  Provence,  l""®  année, 
pp.  187-188).  Barayol  est  sur  le  terroir  de  Carcès,  au  diocèse  de  Fréjus  et 
dans  la  viguerie  de  Brignoles.  Le  Val  (cant.  et  arr.  Brignoles,  Var),  au 
diocèse  d'Aix,  dépendait  de  Barayol. 

3.  5  juillet  1093.  «  Item  ecclesiam  sancti  Maximini  cum  altaribus  sancti 
Micahelis  et  sancti  Sedonii...  in  territorio  castri  Rodanis,  in  loco  qui  voca- 
tur  Vallis  sancti  Maximini...  »  (Cart.  de  Saint-Victor,  t.  I,  p.  247,  n°  222). 
Saint-Maximin,  arr.  Brignoles,  Var. 


46  LA   PROVENCE   BU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

on  voulut  reconnaître  son  corps  dans  un  des  sarcophages  de  la 
crypte;  car,  à  celui  de  saint  Michel  il  fallait  bien  renoncer.  Si 
on  voulait  trouver  le  corps  d'un  saint  dans  toutes  les  églises 
qui  lui  sont  consacrées,  la  multiplication  serait  un  peu  forte.  On 
le  lit  pour  saint  Sidoine  à  Saint-Maximin  en  1279,  parce  qu'il 
était  titulaire  d'un  autel  secondaire  ;  on  aurait  pu  le  faire  aussi 
au  Val  et  encore  mieux  au  Puget  où  il  figurait  comme  seul  patron 
de  Téglise  i.  Dom  Germain  Morin  a  démontré  que  ce  saint 
Sidoine,  honoré  ainsi  dans  les  diocèses  d'Aix  et  de  Toulon, 
n'est  autre  que  Sidoine  Apollinaire,  devenu  évêque  d'Auvergne 
vers  470  après  avoir  été  préfet  de  Rome  et  patrice  en  468  -. 
L'identification  s'impose  absolument  :  le  Propre  du  diocèse  d'Aix 
et  l'abbé  Albanès  sont  témoins  que  la  fête  du  Sidoine  d'Aix  se 
célèbre  le  23  du  mois  d'août  3.  Or,  Sidoine  Apollinaire  est  mort 
le  21  août  479,  date  fournie  par  son  épitaphe.  Son  anniversaire, 
qui  correspond  sans  doute  à  la  date  de  son  inhumation,  est  fêté 
le  23  août  dans  le  martyrologe  hiéronymien  ^. 

Tout  cela  se  corrobore  du  fait  important  que,  parmi  les 
cinq  églises  élevées  sur  le  plateau  du  Vernègues  ou  dans  le 
terroir  qui  en  dépendait,  la  plus  ancienne  ou  la  plus  importante 
après  celle  de  N.-D.  était  celle  dont  il  reste  encore  un  tas  de 
pierres  appelé  la  chapelle  de  Saint-Sens.  Saens,  ou  Sens,  est 
une    forme    dérivée  de    Sidonius.  Au  xi®  siècle,  on   avait  déjà 

1.  Dès  le  début  du  ix^  siècle,  le  pouillé  de  l'évêché  de  Marseille,  rédigé 
en  813  et  814,  permet  de  relever  le  nom  de  Sidonius  porté  par  deux  hommes 
et  celui  de  Sidonia  par  deux  femmes,  soit  un  colon  à  Lambesc  dans  le  dio- 
cèse d'Aix,  une  femme  à  Chaudoldans  le  diocèse  de  Digne  et  les  deux  autres 
dans  le  diocèse  de  P'réjus  à  Sillans  [Cart.  de  Saint-Victor,  t.  II,  pp.  634,647, 
654). 

2.  Duchesne,  t.  II,  p.  34. 

3.  23  août  :  «  Sidonii  archiepiscopi  Aquensis  duplex  majus  [Officia  propria 
ecclesie  et  diœcesis  Aquensis...  Aquis  Sextiis,  apud  loannem  Tholosanum 
et  Stephanum  David  MDCXXVII  ;  voir  cette  mention  au  Calendarium  en  tête 
et  l'office,  p.  85-89).  Cf.  Albanès,  Gallia  Christiana  novissima,  t.  I,  Aix, 
col.  25.  Montbéliard,   1895. 

4.  «XI.  KL.  Sept...  ARVERNus  Sci  Sidonii  epi...  »  (loh.  Bapt.  de  Rossi  et 
Ludov.  Duchesne,  Martyrologiuni  hieronymianum,p.  [109]  :  Cod.  Bern.).  Cf. 
Duchesne,  t.  II,  pp.  34-35. 


LA  PROVENCE  FKANQUE  ET  SES  PAïRICES  47 

oublié  quel  était  le  patron  réel  de  cette  chapelle,  puisque  le 
rédacteur  arlésien  d'un  acte  du  xi''  siècle  est  réduit  à  en  calquer 
le  nom  latin  sur  la  forme  vulgaire  courante  et  Tattribue  à  un 
pseudo-martjr,  saint  Sinnius  ^,  par  analogie  probablement  avec 
les  Sisinnius  cités  hors  des  Gaules  par  le  martyrologe  hiérony- 
mien.  Les  tombes  assez  nombreuses  creusées  sur  le  plateau  supé- 
rieur et  recouvertes  de  dalles  peuvent  être  de  l'époque  franque. 
La  constatation  qui  s'impose  est  que  le  culte  auvergnat  de 
Sidoine  fut  transporté  en  Provence  antérieurement  au  xi®  siècle. 
Ce  culte  se  rencontrant  aux  frontières  sud-est  du  diocèse  d'Aix 
et  dans  le  poste  auvergnat  du  Vernègues,  poste  placé  entre  les 
diocèses  d'Avignon,  d'Aix  et  d'Arles,  il  est  tout  indiqué  que  le 
transport  de  ce  culte  se  soit  fait  dans  la  Provence  austrasienne, 
pour  protéger  ses  frontières,  quand  elle  se  trouvait  sous  l'in- 
fluence de  l'Auvergne.  Certes,  les  patrices  austrasiens  ne  prove- 
naient pas  tous  d'Auvergne  et  ces  grands  personnages  ne 
devaient  pas  tous  s'intéresser  personnellement  à  la  diffusion  du 
culte  des  saints.  Mais  cette  probabilité  même  sert  à  préciser 
les  choses  :  parmi  les  patrices  de  la  Provence  austrasienne,  il  y 
en  a  eu  au  moins  un  d'origine  auvergnate  incontestable,  c'est  le 
patrice  Bonnet.  Saint  Prix,  évêque  d'Auvergne,  ayant  été  assas- 
siné le  2o  janvier  676,  en  représailles  de  la  mort  du  patrice  Hector, 
ce  fut  Avitus,  2^  du  nom,  frère  de  Bonnet,  qui  fut  élu  pour  lui  suc- 
céder sur  le  siège  pontifical.  De  son  côté,  Bonnet,  que  le  roi  avait 
auprès  de  lui  comme  grand  échanson,  puis  comme  référendaire,  ne 
tarda  pas  à  être  envoyé  en  Provence  comme  patrice.  Ce  Bonnet  était 
lui-même  un  homme  pieux.  En  effet,  Avit  étant  mort  en  691  après 
avoir  fondé  à  Volvic  un  monastère  sur  le  tombeau  de  saint  Prix, 
ce  fut  lui  qui,  renonçant  au  monde,   devint  à  son  tour  évêque 


1.  Reynaud,  Le  Vernègues  et  la  chapelle  de  Saint-Césaire  (Congrès  archéo- 
logique de  France,  XLIIP  session  :  Arles.  Tours,  P.  Bouserez,  1877, 
pp.  657-671,  notamment  p.  658,  et  pièce  n»  III,  aux  pp.  670-671).  Il  existe 
encore  une  chapelle  Saint-Sidoine  à  l'extrémité  du  diocèse  de  Vaison,  dans 
la  commune  de  Beaumont  sur  le  Ventoux  :  on  ignore  à  quelle  date  elle 
remonte. 


48  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*^    SIÈCLE 

d'Auvergne  en  remplacement  de  son  frère.  Qui  plus  est,  ce  ne 
fut  pas  un  évêque  de  religion  médiocre;  car,  ayant  abandonné 
Tépiscopat  vers  700  et  ayant  quitté  l'Auvergne,  il  mourut  à 
Lyon  et  se  trouve  vénéré  comme  saint  le  15  janvier  i.  Que  ce 
bienheureux  se  soit  occupé,  quand  il  était  patrice  de  la  Provence 
austrasienne,  d'y  introduire  le  culte  de  saint  Sidoine  Apollinaire, 
le  fameux  évêque  d'Auvergne,  ce  fait  paraît  bien  probable. 

Gela  ne  veut  pas  dire  qu'il  y  ait  opéré  la  translation  de  son 
corps.  A  cette  époque,  en  Occident,  on  vénérait  encore  les  saints 
au  point  qu'on  n'osait  guère  toucher  à  leurs  ossements.  Le 
siège  apostolique  maintenait  ce  respect  avec  force  contre  les 
demandes  indiscrètes  des  barbares  et  des  princes  orientaux  ~.  Ce 
n'était  pas  en  Provence  et  en  Auvergne,  où  l'empreinte  romaine 
subsistait  le  plus  fortement,  qu'on  aurait  tenté  d'y  contrevenir. 
Si  l'on  laisse  de  côté  les  transports  ordonnés  chez  eux  par  les 
Mérovingiens  conquérants  et  quelques  tentatives   isolées  ^^  c'est 

1.  Duchesne,  t.  II,  pp.  37-38;  Acta  Sanctorum  Januarii,i.  II,  pp.  351-352. 

2.  Lettre  du  pape  saint  Grégoire  :  «  Cognoscat  tranquillissima  domina 
quia  Romanis  consuetudo  non  est,  quando  sanctorum  reliquias  dant  ut 
quidquam  tangere  prœsumant  de  corpore;  sed  tantummodo,  in  pyxide 
brandeum  mittitur  atque  ad  sacra tissima  corpora  ponitur.  Quod  levatum  in 
ecclesiâ  quœ  est  dedicanda  débita  cum  veneratione  reconditur  et  tantae 
per  hoc  ibidem  virtutes  fiunt  acsi  illuc  specialiter  eorum  corpora  deferan- 

tur in   Romanis  namque  vel  totius  Occidentis  omnino  intolerabile   est 

atque  sacrilegum  si  sanctorum  corpora  tangere  quisquam  fortasse  prœsumat 
quod,  si  prsesumpserit,  certum  est  quia  hœc  temeritas  impunita  nullomodo 
remanebit  »  (Joannis  Ferrandi  Aniciensis  e  Societate  Jesu  ih.eo\ogï,  Disqui- 
sitio  reliquiaria  sive  de  suspicienda  et  suspecta  earunidem  numéro  reliquia- 
rum  quse  in  diversis  ecclesiis  servantur  multitudine  nunc  primùin  prodit. 
Lugduni,  sumptibus  Laurentii  Anisson  et  Soc.  MDC.XLVII,  pp.  127,  128). 

3.  Grégoire  de  Tours  cite  une  femme  de  Maurienne  qui  voulut  se  pro- 
curer une  partie  du  corps  de  saint  Jean  {Ihid.,  p.  292).  Au  sépulcre  du 
saint,  on  lui  dit  que  cela  était  impossible.  Au  bout  d'une  semaine  de  prières 
obstinées,  un  doigt  se  présenta  à  elle  sur  Fautel  par  miracle.  Avec  une 
foi  touchante,  elle  l'emporta  en  Maurienne  dans  une  boîte  d'or.  Trois 
évêques  voisins  voulant  se  le  partager  ne  purent  y  réussir.  Par  un  nou- 
veau miracle,  ils  en  obtinrent  chacun  une  goutte  de  sang.  Enfin,  ayant 
voulu  enlever  le  doigt  à  la  Maurienne  pour  le  porter  à  Turin  dont  cette 
vallée  dépendait,  l'archidiacre  de  Turin  eut  à  peine  porté  la  main  sur  le 
reliquaire  d'or  qu'il  fut  saisi  de  la  fièvre  et  expira,  de  sorte  que  personne 


LA  PROVENCE  FRANQLE  ET  SES  PATRICES  49 

seulement  à  l'époque  de  Texpansion  carolingienne  en  Italie  que 
Rome  fléchit  devant  les  désirs  de  ses  nouveaux  maîtres  ^  Les 
pays  qui  avaient  trop  de  saints  en  donnèrent  systématiquement  à 
ceux  qui,  jusqu'alors,  n'en  avait  pas  eu  assez. 

Au  VI*'  siècle,  puisqu'on  n'osait  pas  toucher  aux  corps  saints, 
à  plus  forte  raison  aurait-on  répugné  à  les  dépecer.  Quand  on 
voulait  dédier  un  autel,  le  propriétaire  de  l'église  nouvellement 
construite  s'adressait  au  pape  pour  qu'il  enjoignît  à  l'ordinaire 
de  lui  procurer  des  reliques  du  saint  en  l'honneur  de  qui 
l'autel  devait  être   dédié  -.    Mais,    certainement,  ces  reliquise  ou 

n'osa  plus  y  toucher  (Mgr  Alexis  Billiet,  Mémoires  sur  lespremiers  évêques 
du  dioc.  de  Maurienne,pp.6-1  ;  Greg.Tur.,  De  Gloria  Martyr.,  lib.  I,ca|3.XIV). 

1.  «  Ex  eo  tempore  quo  Franci  Longobardosbello  victos  exitalia  deiece- 
runt.  cœpit  iiitroduci  mos  ut  etiam  per  occidentem  ossa  et  corpora  marty- 
rum  transferrentur  aliô  »  (J.  Ferrandi,p. 213;  cf.  Azor,  Inst.  mor.,  1. 1,  1.  9, 
c.  8,  q.  11,  Romœ,  1600). 

2.  «Domino  sanctoet  beatissimo  patri  patruni  ill,  pape  ill.  famulus  ves- 
ter...  Ad  augmentum...  in  predio...  juris  mei  basilicam  sumpto  proprio  me 
suggero  construxisse  quam  in  honore  sanctorum  ill.  et  ill.  martyrum  desi- 
dero  consecrari...  Quapropter  queso  apostolatum  vestrum  ut,  datis  precep- 
ionibus  vestris  ad  ill.  virum  venerabilem  civitatis  ill.  antistitem  quatenus 
supramemoratam  basilicam  debeat...  consecrare...  Pari  prece  deposco  ut, 
datis  aflatibus  vestris  ad  ill.  virum  venerabilem  ill.  civitatis  episcopum 
quatenus  possit  mihi  reliquias  supramemoratorum  sanctorum  solemniter 
contradere...  (Th.  E.  ab  Sickel,  Liber  diurnus  romanorum  pontificum... 
Vindobonse,  apud  C.  Geroldifilium,  1889,  pp.  9-10,  n°  X.  Petitio  dedica- 
tionis  oratorii).  —  Par  la  formule  XI,  Responsum  oratorii  dedicandi,  le 
pape  donne  ses  instructions  à  l'évêque  du  diocèse  pour  dédier  la  basilique 
dont  il  s'agit.  Il  termine  en  disant  lasanctuaria  vero  suscepta  sui  cum  rcve- 
rentia  collocabis  »  [ibid.,  pp.  10-11,  n°  XI).  —  La  formule  XII,  Besponsum 
de  speranda  sanctuaria,  est  celle  par  laquelle  le  pape  s'adresse  à  l'évêque 
dans  le  diocèse  duquel  se  trouvent  les  tombeaux  dont  le  constructeur  a 
demandé  des  reliques  :  «  111.  sanctuaria  beati  ill.  oblata  petitione  sibi  pos- 
tulat debere  concedi  quatenus  in  ejus  nomine  basilicam  propriis  constructam 
sumptibus  possit  sollemniter  consecrari  et  ideo  frater  karissime....  te... 
convenit  obœdire  »  {Ibid.,  p.  11,  n»  XII).  —  La  formule,  XIII,  De  dandis 
sanctuariis,  a  pour  objet  de  faire  déposer  sous  l'autel  de  la  basilique  les 
reliques  reçues  :  «..in  oratorio  ab  ill.  constructo  quod...  in  honore  beato- 
rum  ill.  et  ill.  dicitur  consecratum,  beati  martyris  ill.  accepta  sanctuaria 
dilectio  tua...  constituât  »  {Ibid.,  p.  11,  n°  XIII).  —  La  formule  XIV,  De 
danda  bénéficia  sancti  angeli,  prévoit  le  cas  d'un  autel  dédié  à  l'archange  . 
u  ill.  ut  bénéficia  beati  archangeli  oblata  petitione  sibi  postulat  debere  con- 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Charles.  —  VIT.  4 


50  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

sanctuaria  d'un  saint  ne  doivent  pas  être  confondues  avec  son 
corps.  Les  formules  officielles  du  Liber  Diurnus  ne  laissent 
aucun  doute  à  cet  égard.  C'étaient,  le  plus  souvent,  des  frag- 
ments d'étoffes  de  prix  qu'on  faisait  venir  du  pays  où  le  corps 
du  saint  reposait  réellement.  Ces  étoffes,  ou  objets  analogues, 
avaient  été  placées  pendant  quelque  temps  au-dessus  de  son  tom- 
beau et  cette  proximité  momentanée  suffisait  pour  leur  com- 
muniquer toutes  les  vertus  que  le  corps  lui-même  -était  capable 
de  posséder.  Quand  l'autel  devait  être  dédié  à  un  saint  ange, 
l'absence  forcée  de  corps  ne  paraît  pas  avoir  modifié  essentiel- 
lement la  procédure  :  ne  pouvant  avoir  de  reliques  proprement 
dites,  on  se  procurait  par  analogie  des  bénéficia  qui  rappelaient 
l'esprit  céleste.  Dès  que  ces  reliqiiiœ  ou  ces  bénéficia  étaient  en 
la  possession  du  propriétaire  de  l'église  nouvelle,  Tévêque  du 
diocèse,  en  qucilité  de  mandataire  du  pape,  se  trouvait  tenu  de 
les  déposer  sous  l'autel  et  de  consacrer  l'église.  Maintenant, 
dans  les  cas  exceptionnels  où  un  corps  saint  se  révélait  en  quel- 
que pays,  on  bâtissait  une  église  et  on  y  élevait  un  autel  pour 
le  recevoir.  Mais  alors  il  va  de  soi  que  les  reliquise  ne  sont 
plus  en  question  et  la  formule  parle  nettement  du  corpus.  De 
plus,  dans  ce  cas,  la  disposition   matérielle  de  l'autel  se   com- 

cedi,  quateniis  in  ejus  nomine  oratorium...possiL..consecrari.  Et  ideo,  fré- 
ter karissime...te...convenit  obœdire  [Ibid.,  p.  12,  n°  XIV).  —  La  formule 
XXII,  Item  responsum,  précise  ce  que  sont  les  sanctuaria  des  apôtres  :  «  basi- 
licam  quam  dilectio  tua  in  honore  beatorum  apostolorum  ill.  et  ill.  nuper 
fabricasse  commémorât  facuUatemtribuimusdedicandi...in  qua  etiam  bene- 
dictionem  de  sanctuariis  apostolicis,  id  est  palliola  deeorum  confessionibus 
providimus  collocanda...  »  [Ibid.,p.  16,  n°  XXII).  —  La  formule  XXVI,  De 
recondendo  corpore  sanctorum,  règle  enfin  le  cas  exceptionnel  où  il  s'agit 
d'une  basilique  qui  contiendra  un  corps  saint  récemment  trouvé  dans  les 
environs.  Le  Liber  diurnus  ne  prévoit  pas  que  ce  cas  puisse  se  produire 
pour  un  simple  particulier  ;  sa  formule  s'adresse  en  effet  à  un  prince  : 
«m.  filius  noster...  indicavit  in  partibus  ill.  corpus  beati  ill.  noviter  fuisse 
repertum  et  ill.  gloriosus  genitor  ejus  in  basilicam  quam  noviter  edificavit 
eundem  corpus  statuit  coUocandum  petiitque  ut  eadem  ecclesia  sollem- 
niter  debeat  consecrari.  Ideoque,  frater  karissime,  si...  nullum...  corpus 
ibidem  constat  humatum...  eandem  ecclesiam,  convocatig  aliis...  coepisco- 
pis  nostris  tibi  vicinantibus  stude  sollemniter  dedicare...  »  {Ibid.,  pp.  18-19, 
n»  XXVI). 


LA    PROVENCE    FKAISQUE    ET    SES    PATRICES  51 

plique  de  la  conslruclion  du  tombeau.  Le  corps  est  placé  dans 
une  crypte  souterraine  et  close  qui  le  protège  réellement  contre 
toute  approche  indiscrète.  L'autel  est  disposé  dans  l'église 
ouverte,  exactement  au-dessus  du  sarcophage  inaccessible  où 
repose  le  corps.  La  crypte,  ainsi  mise  à  Tabri,  communique  verti- 
calement avec  une  chambre,  ménagée  sur  le  sol  de  l'église  et 
sous  l'autel,  par  un  petit  puits  à  ouverture  circulaire  dénommé 
umbilicus  qui  y  débouche  au  niveau  du  sol.  Une  fois  par  an,  on 
ouvrait  l'orifice  de  ce  puits  et  l'officiant  y  plaçait  un  encensoir 
dont  les  charbons  ardents  faisaient  fumer  l'encens  ;  cet  encensoir 
y  restait  jusqu'à  l'année  suivante.  Non  loin  de  l'orifice  de  cet 
ombilic  et  à  son  niveau,  dès  le  iv®  siècle,  on  avait  pris  l'habitude 
de  creuser  dans  la  dalle  horizontale  du  sol  une  niche  rectangu- 
laire. Cette  niche  communiquait  indirectement,  par-dessous, 
avec  le  puits  ;  mais  elle  en  était  séparée  par  une  grille  ou  cataracta 
et  elle  servait  à  recevoir  les  étoffes  ou  objets  destinés  à  être  dis- 
tribués plus  tard  comme  reliques  du  saint.  Ce  dispositif  de  l'om- 
bilic dans  la  dalle  subsiste  encore  maintenant  à  Rome  dans  les 
basiliques  patriarcales  de  Saint-Pierre  et  de  Saint-Paul  où  il 
remonte  au  début  du  iv®  siècle  :  au  lieu  d'une  seule  cataracta,  ces 
tombes  illustres  en  supportent  deux,  qui  durent  y  être  creusées 
après  coup,  dans  le  courant  du  iv^  siècle,  et  c'était  une  grande 
faveur  que  de  recevoir  des  reliques  provenant  de  la  grille  la  plus 
rapprochée  de  l'ombilic  i.  Ce  dispositif  s'est  retrouvé  en  1873 
dans  l'église  romaine  des  Saints-Apôtres,  à  l'autel  des  apôtres 
Philippe  et  Jacques  (561-574)  :  il  existait  également  à  Rome 
dans  l'église  des  Saints-Côme-et-Damien  (526-530).  A  Ravenne, 
des  autels,  qui  remontent  au  même  siècle,  offrent  la  même 
disposition;  notamment,  celui  de  saint  Appollinaire  in  classe. 
Entre   1087   et  1089,  se   construit  encore   ainsi  le  tombeau   de 


i .  H.  Grisar,  Le  tombe  apostoliche  al  Vaticano  ed  alla  via  Osliense 
[Analecla  romana,  dissertazioni,  testi,  monumenti  delV  arte  ricjuardanti 
principalmente^  la  storia  di  Roma  e  dei  papi  nel  inedio  evo.  Volume 
primo,  Roma,  Desclée  Lefebvre  e  C\  1899,  n°  VI,  pp.  259-306,  e  tav. 
VII,  VIII). 


52  LA    PROVENCE    DU    PREMJER    AU    XIl^    SIÈCLE 

saint  Nicolas,  à  Bari.  Le  puits  et  la  grille  placés  sous  l'autel 
étaient  eux-mêmes  protégés  contre  un  accès  trop  facile.  A  cet 
effet,  l'autel  formait  la  table  supérieure  d'une  arca^  ou  chambre 
vide,  dont  les  quatre  parois  se  composaient  de  dalles  verticales 
et  dont  la  base  coïncidait  avec  la  dalle  du  sol  percée  par  l'orifice 
du  puits.  L'ensemble  de  la  chambre  pouvait  également  se  trou- 
ver taillé  dans  un  monolithe.  A  la  paroi  antérieure  et  verticale, 
on  se  bornait  à  ménager  une  ouverture  assez  étroite  et  à  ferme- 
ture mobile,  par  où  les  fidèles  pouvaient  prier  en  apercevant 
l'orifice  du  puits  dans  l'intérieur  de  la  chambre  ^  Si  l'autel  ne 
recouvrait  qu'un  cénotaphe,  c'est-à-dire  un  simulacre  de  tombeau 
où  se  trouvaient,  à  défaut  du  corps,  déposées  de  simples  reliques, 
la  crypte  et  le  puits  devenaient  inutiles.  On  se  bornait  à  déposer 
dans  l'arca,  sous  l'autel,  les  linges  qui  étaient  les  reliques  du 
saint,  ou  bien  encore  les  bénéficia  de  Fange.  Ces  reliques  possé- 
daient, selon  la  doctrine  de  l'Eglise,  les  mêmes  vertus  que  le 
corps  :  quelquefois  même,  elles  valaient  davantage.  On  prati- 
quait donc  une  fenestella  pour  pouvoir  prier  en  leur  présence. 

Les  textes  font  connaître  deux  exemples  certains  de  cette 
coutume. 

Le  corps  de  saint  Etienne  était  enseveli  à  Jérusalem  ;  on  en 
tirait  naturellement  des  reliquise  en  grand  nombre  pour 
suffire  à  son  culte  très  répandu.  Le  R.  P.  Ferrand  observe  à 
son  sujet  que,  si  ce  grand  saint  faisait  d'innoml^rables  miracles 
dans  les  pays  d'occident  où  se  trouvaient  de  ses  reliques, 
jamais  il  n'en  avait  fait  à  Jérusalem  où  cependant  il  était 
enterré.  Cela,  sans  doute,  pour  justifier  la  parole  que  personne 
n'est  prophète  dans  son  propre  pays  -.  Le  R.  P.  Ferrand  aurait 
pu  dire,  avec  autant  de  justesse,  que  les  miracles  du  Christ  suffi- 
saient à  Jérusalem.  Il  existait  donc  des  reliques  du  premier  mar- 
tyr un  peu  partout;  il  y  en  avait  dans  les  Gaules  et  en  Italie, 

1.  H.  Grisar,  Il  primitivo  altare  délia  cliicsa  romana  dei  santi  (XII) 
Apostoli  (^AiaZecia,  n*'  XIV.  Vanastasis  e  l'apostoleioii  cli  Roma,pp.  595-626, 
§  6,  pp.  619-624). 

2.  J.  FeiTandi,  DisquisUlo  relifjiiaria,  p.  448. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICKS  53 

il  y  en  avait  dans  l'île  de  Minorque,  il  y  en  avait  en  Afrique. 
La  relique  d'Ancône  était  particulièrement  vénérable  :  c'était, 
selon  saint  Augustin,  l'une  des  pierres  qui  avaient  servi  à  lapider 
Etienne  ^.  A  propos  des  reliques  d'Afrique,  Augustin  note  que 
les  prières  et  les  offrandes  s'adressaient  au  saint  per  fenestellam 
mémorise  ad  interiora  loca  sanctarum  reliquiariim.  2.  Ce  texte  est 
aussi  clair  que  possible,  sachant  le  sens  précis  que  le  ternie  de 
reliquiae  possède  3,  sens  qu'il  gardera  encore  à  l'époque  de 
la  rédaction  du  Liber  Diurnus.  En  même  temps  que  saint 
Augustin^,  Evodius,  un  autre  évêque  d'Afrique,  parle  de  la 
vogue  des  reliques  de  saint  Etienne  •^.  Or,  saint  Augustin,  devenu 
évêque  de  Bône  en  395,  est  mort  le  28  août  430  :  quant  à  saint 
Evodius,  devenu  évêque  à'Uzal  en  397,  il  est  mort  le  16  octobre 
42  i.  On  sait  que  l'invention  du  corps  de  saint  Etienne  se  fît 
pour  la  première  fois  le  3  août  415  et  qu'il  fut  transféré  en  460  ^\ 
Ainsi,  les  écrits  d'Augustin  et  d'Evodius  relatifs  à  saint  Etienne 
se  placent  entre  415  et  424.  A  cette  époque,  il  existait  donc  des 
autels  à  fenestella  sur  de  simples  reliques. 

Un  siècle  plus  tard,  en  519,  on  voit  le  futur  empereur  Justinien 
demander  au  pape  Hormisdas  quelque  parcelle  du  corps  des  saints 
apôtres  Pierre  et  Paul  destinés  à  l'autel  d'une  basilique  nouvelle 
qu'il  érigeait  à  Constantinople  en  leur  honneur.  Rome  repousse, 
bien  entendu,  sa  demande  ;  mais  elle  lui  concède  des  reliques,  c'est- 
à-dire  des  étoffes  précieuses  qui  auront  été  déposées  par  grâce  spé- 


1.  J.  Ferrandi,  p.  112;  d'après  saint  Augustin,  Serin.  32  de  divers. 

2.  H.  Grisar,  Analecta,  p.  273;  d'après  saint  Augustin,  De  miraculis 
S.  Stephani,  1.  2,  c.  12  (Migne,  t.  41,  p.  840). 

3.  ((  Plerumque,  in  ipsis  quoque  patrociniis  martyrum  sic  esse  sentimus 
ut  non  tanta  per  corpora  sua  quanta  bénéficia  per  reliquias  ostendant  alque 
illic  majora  signa  faciant,  ubi  minime  per  semetipsos  jacent  ?  »  (S.  Greg. 
magn.,  lib.2;  Dialog.,  c.  38  ;  J,  Ferrandi,  p.  448). 

4.  J.  Ferrandi,  p.  313,  d'après  saint  Augustin,  Confess.,  lib.  9,  cap.  7;  De 
civit.,  \ib.  22,  cap.  8;  ibid.,  pp.  488-489,  d'après  saint  Augustin,  Serm.  29, 
30,    31. 

5.  Ibid., p.  155,  d'après  Evodius,  De  mirac.  S.  Stephani,  lib.  1,  cap.  2. 

6.  Ul.  Chevalier,  Répertoire  des  sources  historiques  du  moyen-âge.  Bio- 
bibliographie, 1903-1904,  col.  871,1441,  1375. 


54  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

ciale,  à  cette  intention,  sur  la  grille  la  plus  rapprochée  du  puits 
communiquant,  sous  l'autel,  avec  la  confession  des  deux  saints  ^ 
Les  reliques  envoyées  et  la  basilique  dédiée,  on  voit  trente  ans  plus 
tard,  c'est-à-dire  le  5  février  5o2,  à  propos  d'une  nouvelle  affaire, 
le  pape  Vigile  parler  de  faire  déposer  à  l'autel  de  cette  basilique 
byzantine  et  sur  sa  grille,  comme  à  l'endroit  le  plus  vénérable 
de  Constantinople,  un  écrit  qui  l'intéressait-.  11  existait  donc  à 
Byzance  sur  le  simulacre  du  tombeau  des  apôtres,  exactement 
comme  à  Rome  sur  leur  tombeau  véritable,  un  autel* surmontant 
une  chambre  et,  au  fond  de  cette  chambre,  c'est-à-dire  au 
niveau  du  sol,  une  niche  grillée  où  se  déposaient  les  objets  à 
sanctifier  au  contact  des  reliques.  Pour  accéder  à  cette  grille,  il 
fallait  bien  une  fenesiella  à  Byzance  aussi  bien  qu'à  Rome. 

La  conclusion  est  que,  si, -aux  v^  et  vi''  siècles,  la  fenesiella 
implique  forcément  un  autel  surmontant  des  reliques,  seul  Vom- 
bilic,  faisant  communiquer  une  crypte  avec  la  chambre  de  l'autel, 
suppose  l'existence  forcée  du  corps  saint  lui-même.  La  grille  peut 
exister  avec  de  simples  reliques  comme  avec  le  corps. 

Ceci  dit,  on  peut  examiner  ce  qui  subsiste  à  l'heure  actuelle  de 
l'église  primitive  de  Saint-Maximin.  L'église  basse  est  mainte- 
nant surmontée  d'un  édifice  rebâti  à  la  fin  du  xm^  siècle.  On  y  a 
conservé  quatre  sarcophages  qui  paraissent  remonter  au  iv® 
siècle  et  quatre  dalles,  de  facture  plus  barbare,  qui  dénotent  le 
VI®  siècle  environ  par  leur  style  •^.  L'inscription  qui  décore  Tune 
d'elles  est  manifestement  en  latin  de  basse  époque.  On  peut  penser 
qu'une  église  a  été  bâtie  vers  le  vi®  siècle  dans  cette  localité  et 
qu'on  y  a  utilisé,  soit  immédiatement,  soit  successivement  quatre 
sarcophages  de  l'école  arlésienne  déjà  vieux  de  deux  siècles. 

Deux  de  ces  sarcophages  mesurent,  l'un,  2  •"  50  ^,  et  l'autre, 

1.  H.  Grisar,  Analecta^  p.  271  ;  d'après  Epist.  legatorum  ad Ilorinisdam 
papam  (Migne,  t.  63,  col.  474). 

2.  Ihid.,  p.  284;  d'après  Migne,  t.  69,  col.  55,  et  Jaffé,  n°  931. 

3.  L.  et  Ph.  Rostan,  Monuments  iconographiques  de  l'église  de  Saint- 
Maximin  [Var]  ;  Monuments  et  sarcophages  de  la  crypte.  Chalon-sur-Saône, 
J.  Dejussieu,  1862. 

4.  ihid.,    pp.  8-H,  pi.  IV,  V  et  VI. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICKS  55 

2  mètres  de  long  ^.  Celui-ci  est  coiffé  d'un  couvercle  légèrement 
débordant,  long  de  2  "^  12,  sur  le  milieu  duquel  est  percée  une 
fenestella.   Avec  ce  couvercle,  le  sarcophage  mesure  1  ™  28  de 
haut.  Le  plus  grand,  dont  la  longueur  est  de  2  ™  50,  a  perdu  son 
couvercle  :  il  est  donc  difficile  de  dire  s'il  avait  jadis  une  fenes- 
tella. Récemment,  on  a  cru  cependant  retrouver,  sur  l'une  de  ses 
parois,  une  fenestella  bouchée  ~.  Quant  aux  deux  derniers  sarco- 
phages, mesurant  l'un  2  mètres  3,  et  l'autre  2  "^  20  ^  de  long,  ils 
sont  encore  coiffés  de  leur  couvercle  et  ils  paraissent  ne  jamais 
avoir  eu  de  fenestella.  Restent  les  quatre  dalles  '^.  La  première, 
large  de  0™66,  représente  le  sacrifice  d'Abraham.   Elle  devait 
mesurer  4  mètre  de  haut  ou  un  peu  plus  :  mais  le  sommet  en  est 
cassé.    La   seconde   représente  Daniel,  dans  la  fosse  aux  lions, 
élevant  ses  mains  vers  Dieu  :  elle  a  1  •"  05  de  haut  et  0  •"  85  de 
large.  La  troisième  mesure  0  ■"  80  de  large  et  1  ""  20  de  haut,  sans 
compter  0  *"  30  engagés  à  la  base  dans  la  maçonnerie  où  elle 
est  fixée  :  elle  représente  une  jeune  fille,  les  cheveux  dénoués  sur 
les  épaules,  en  posture  d'orante.  Gomme  le  type  eût  été  insuffi- 
sant à  indiquer  la  pensée  du  sculpteur,  celui-ci  l'a  surmonté  d'une 
légende.  C'est  une   représentation   de  la  Vierge  Marie,  servant 
dans  le  temple  de  Jérusalem.  Enfin  la  quatrième  dalle,  dont  le 
sommet  manque,  représentait  une  orante  ordinaire.  De  ces  quatre 
dalles,  l'une  éveille  l'idée  du  sacrifice  et  trois  celle  de  la  prière. 
Il  est  incontestable    qu'il  faut   reconnaître   en    elles  les  quatre 
parois  verticales  de  la  chambre  d'un  autel,  encastrées  sans  doute 
au  début  dans  quatre  colonnes  d'angle.    Cette  chambre  devait 
donc    mesurer   environ    1    mètre    de   long,    0  ™  80  de  large    et 
1  "'  20   de  haut,  sans  compter  la  table  supérieure  de  l'autel  qui 
débordait.  Au-dessus  de  l'une  de  ces  parois,  probablement  sur  celle 
du  sacrifice  d'Abraham,  devait  être  ménagée  muq  fenestella. 

1.  L.  et  Ph.  Rostan,   pp.  19-23,  pi.  X,  XI,  XII  et  XIII. 

2.  Joseph  Bérenger,  Les  traditions  provençales.  Réponse  aux  arguments 
de  M.  Vabbé  Duchesne,  membre  de  r Institut.  Marseille,  impr.  Marseillaise, 
1904,  pp.  144  et  190. 

3.  L.  et   Ph.  Rostan,  Ihid.,  pp.  12-14,  pl.  VII. 

4.  Ibid.,  pp.  15-18,  pl.  VIII  et  IX. 

5.  Ibid.,  pp.  3-5,  pl.  I,  II  et  III. 


S6  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

Gomme  les  deux  sarcophagevS  à  fenestella  ont  été  certainement 
aussi  des  autels,  on  voit  qu'il  reste  dans  l'église  actuelle  de  Saint- 
Maximin  trois  autels  mis  en  usage  au  vi^  siècle.  Les  deux  sarco- 
phages sans  fenestella  ne  peuvent  être  autre  chose  que  des  tom- 
beaux d'évêques  d'Aix,  sinon  de  grands  fonctionnaires  et  pro- 
priétaires laïques,  qui  ont  voulu  se  faire  enterrer  dans  cette  église. 
Le  sol  de  la  crypte  a  certainement  servi  de  cimetière  à  des  morts 
moins  importants  de  la  même  époque,  puisque,  en  1859,  on  en  a 
trouvé  trois  sous  le  pavé;  deux  en  pierre  et  un-  en  grandes 
briques  K 

En  somme,  le  5  juillet  1093,  l'église  de  Saint-Maximin  conte- 
nait trois  autels  :  c'est-à-dire  ceux  de  saint  Michel  et  de  saint 
Sidoine  avec  celui  du  patron  principal  -.  Par  conséquent,  il  ne 
faut  pas  être  trop  surpris  de  retrouver  encore  maintenant  trois 
autels  du  vi®  siècle  dans  cette  église.  Les  plaques  doivent  prove- 
nir de  l'autel  de  Saint-Maximin,  le  sarcophage  dont  la  fenestella 
a  été  bouchée  doit  représenter  celui  de  saint  Michel,  et  le  sarco- 
phage à  fenestella  ouverte  doit  représenter  celui  de  saint  Sidoine. 
Tous  trois  ont  dû  contenir  les  reliquise  et  les  bénéficia  qu'il  était 
d'usage  de  placer  alors  sous  les  autels. 

A  vingt  kilomètres  de  là,  le  culte  de  la  Madeleine  s'était 
établi  à  la  Sainte-Baume;  il  se  peut  que  la  plaque  de  la 
Vierge  Marie  ait  fait  penser  que  le  tombeau  de  Marie-Madeleine 
se  trouvait  dans  l'église  où  existaient  ces  sarcophages.  De  là  à 
prétendre  que  son  corps  avait  été  transféré  dans  le  sarcophage  de 
l'autel  dédié  à  saint  Sidoine,  il  n'y  avait  qu'un  pas.  Mais  en  1093, 
cela  n'était  pas  encore  admis.  En  somme,  les  prétentions  du  clergé 
de  Provence  furent  tardives  et  modestes.  Tardives,  puisque 
l'église  de  Saint-Maximin,  en  1093,  ne  prétendait  pas  encore 
avoir  le  tombeau  de  sainte  Madeleine  :  qui  dit  tombeau  de  saint 
dit  autel.  Modestes,  car,  après  tout,  ce  clergé  n'avait  qu'à  se  baser 
littéralement   sur  le   témoignage  des   pierres    pour   dire  que   la 


4.  L.  et  Ph.  Rostan,  p.  8,  n.  2. 
2.  Cari,  de  Saint-Victor,  n«  222. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  57 

Vierge  Marie,  mère  du  Sauveur,  était  venue  mourir  en  Provence, 
pour  ajouter  que  Lazare  était  pape  à  Marseille  au  moment  où 
Pierre  était  pape  à  Rome. 

Ce  n'est  pas  tout  :  en  effet,  outre  les  légendes  saintes  de  Pro- 
vence qui  viennent  d'être  passées  en  revue,  il  reste  celle  des  saintes 
Maries  et  celle  de  sainte  Marthe.  Tout  à  Test  de  la  Camargue, 
sur  le  bord  de  la  mer,  vers  l'embouchure  actuelle  du  petit 
Rhône  ^  et  à  Touest  de  l'étang  Impérial,  il  existe  un  village 
dont  l'église,  comme  tant  d'autres,  était  dédiée  à  Notre-Dame  2. 
Quand  les  légendes  de  Vézelay  eurent  reçu  leur  diffusion  en 
Provence  et  qu'on  y  eut  admis,  par  conséquent,  la  venue  de 
Marie -Madeleine,  on  chercha  à  préciser  l'endroit  où  elle  avait 
pris  pied.  Tout  d'abord,  en  raison  de  Lazare  qu'on  supposait 
évêque  de  Marseille,  on  pensa  que  Madeleine  et  ses  compagnons 
avaient  abordé  à  Marseille  même.  En  1190,  Guy  de  Bazoches 
relève  cette  croyance.  Puis  les  idées  se  modifièrent  et,  en  1212, 

1.  Ce  serait  sous  le  règne  de  François  I^""  que  le  petit  Rhône  aurait  pris 
son  écoulement  actuel  aboutissant  aux  Saintes-Mariés  (Gautier-Descottes, 
Etude  sur  la  formation  de  la  Camargue,  à  propos  de  Vinscription  des 
Saintes-Mariés,  Congrès  archéologique  de  France,  XLIII®  session  :  Arles. 
Tours,  Bouserez,  1877,  pp.  331-360,  et  2  pi.  hors  texte.  Voir  p.  343). 

2,  [920-961].  «Brève  de  terris  quas  Manasses  archiepiscopus  in  dominio 
suo  tenuit...  omnes  piscarias...  fiscum  de  Ratis...  silvam  cum  ecclesia  sancte 
MariedeRatis.  ..«(Albanès,  Gall.  Christ,  novissima.  Arles,  col.  109-110,  n"261). 

Février  1061/2.  «Ego  Raiambaldus  archiepiscopus  et  Fulco  frater  meus... 
donamus...  canonicis...  aliquid  de  nostris  beneficiis...  in  comitatu  Arelatensi 
et  in  insula  Camaricas,  hoc  est  ecclesia  sancte  Dei  genitricis  semperque  virgi- 
nis  Marie  de  Ratis  et  ecclesiam  sancti  Martini  (Chantelou,  Hist.  de  Mont- 
majour,  Rev.  hist.  de  Provence,  i^^  année,  pp.  174-175). 

[Février  1061/2  ?].«  Ego  Bertrannus  comes  et  mater  mea  Stéphanie  simul- 
que  conjux  mea  Matildis...  reddimus.. .  [ecclesiamj  sanctœ  Dei  Genitricis 
virginisque  MarisR  de  Rads...  canonicis  »  [Ihid.,  p.  219). 

[1074?]  «  nos  sanctse  Arelatensis  matris  ecclesise  filii  donamus...  beatse 
Mariœ  et  beato  Petro  Montismajoris...  ecclesiam  sanctœMarise  de  Ratis...  tali 
conditione  ul  unoquoque  anno,  in  festivitate  omnium  sanctorumtrigintasoli- 
dos  Melgorienses...  persolvant  et  duas  candelas  in  consecralione  ipsius 
ecclesiœ  béate  Mariée  et  alias  duas  in  ejus  Assumptione,  videlicet  melio- 
res  »  {ibid.,  pp.  217-218).  Dès  l'époque  de  l'archevêque  Raimbaud,  les  moines 
de  Montmajour  réclamaient  d'ailleurs  des  droits  sur  cette  église  [ibid., 
pp.  147  et  197).  —  Cf.  le  testament  de  saint  Césaire  (Albanès,  Gall.  noviss. 
Arles,  n»  131). 


58  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    Xll®    STÈCLE 

Gervais  de  Tilbury  s'en  fait  l'écho.  On  pensa  dorénavant  qu'elle 
avait  dû  remonter  le  Rhône  vers  Arles  et  Avignon  :  aussi,  l'ég-lise 
de  Notre-Dame,  placée  alors  à  l'entrée  du  Rhône  de  Saint- 
FerréoP,  parut  être  le  point  où  avait  accosté  la  barque  qui 
l'amenait  d'Orient.  Le  bras  du  Rhône  de  Saint-Ferréol  était  navi- 
gable encore  au  xii®  siècle.  A  dater  du  moment  où  cette  identi- 
fication fut  faite,  le  titre  de  l'église  en  question  tendit  à  passer  du 
singulier  au  pluriel  :  ce  ne  fut  plus  l'église  de  sainte  Marie,  mère 
du  Christ,  mais  l'église  des  saintes  Maries.  Cette  église  est  men- 
tionnée dès  le  milieu  du  vi®  siècle  sous  le  nom  de  Notre-Dame  de 
Bâtis.  Il  faut  remarquer  que  les  étangs  de  Malagroy,  de  Monro,  du 
Fournelet,  de  la  Dame,  du  Lion  et  Impérial,  lesquels  dépendentdu 
grand  étang  du  Valcarès,  sont  parsemés  d'îles  grandes  ou  petites. 
Quand  l'île  est  grande,  comme  l'île  de  Mornes,  il  n'y  a  rien  à 
remarquer;  quand  l'île  est  petite,  un  peu  à  l'écart  et  isolée,  bien 
en  vue,  elle  reçoit  le  nom  imagé  de  radeau.  Or,  les  «  radeaux  » 
sont  surtout  nombreux  dans  l'étang  Impérial  qui  avoisine  Notre- 
Dame  de  ratis  :  il  est  probable  que  le  diminutif  «  radeau  »  a  rem- 
placé dans  l'usage  le  terme  de  «  rad  »,  «  rau  »,  conservé  dans 
la  dénomination  de  l'église  Notre-Dame  des  «  raus  »  2.  De  tout 
temps,  on  a  navigué  par  radeaux  sur  la  Durance  et  il  en  a  été 
de  même  sur  le  Rhône,  plus  spécialement  peut-être  sur  le  Rhône 

1.  Le  Rhône  de  Saint-Ferréol,  ou  brassière  de  la  Cape,  fui  abandonné 
par  le  courant  au  milieu  du  xiii«  siècle  et  fermé  en  1440.  Il  est  représenté 
actuellement  parla  roubine  de  la  petite  Montlong-  qui  part  du  grand  Rhône 
sur  la  rive  droite,  à  côté  du  Fort  de  Pâques,  traverse  la  Camargue,  entre  la 
Grand'  Mar  et  l'étang  de  Valcarès,  puis  tombe  dans  le  lit  encore  apparent 
du  Rhône  de  Saint-Ferréol,  suivant  la  levée  de  terre.  Il  aboutissait  à  la 
mer  tout  près  des  Saintes-Mariés  à  l'est,  au  grau  des  Arts  (Gautier-Descottes 
pp.  345-347). 

2.  Radeaux  Redonière,  Besson,  deMergues.  Cf.  Caries  de  V intérieur,  xxi-34 
et  xxi-35.  Le  latin  ratis  aura  donné  le  bas  latin  *ratus,  i,  en  vieux  français 
râ,  puis  le  diminutif  *ratellus,  qui  est  l'origine  du  provençal  radelh,  du 
français  radeau  (Gustav  Kôrting,  Lateinisch-romanisches  Wôrterbuch. 
Paderborn,  Ferd.  Schôningh,  1891,  col.  604,  n»  6686,  et  col.  605,  n^  6691). 
—  Cf. l'île  des  Rats, dans  le  Rhône,  enface  duconfluentdel'Aiguesfcommune 
Piolenc)  et  d'Orange.  Si  vadum  a  donné  gué  en  français,  gua  dans  l'Ar- 
dèche  et  l'Isère,  gradus  a  donné  gré  en  français,  gras  en  provençal  ordi- 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  59 

Saint-Ferréol  :  cela  explique  que  le  nom  de  radeau  ait  été  donné 
aux  petites  îles  de  l'étang  voisin  et  que  le  voisinage  aussi  ait  servi 
à  dénommer  l'ég-lise.  Cette  église  avait  été  bâtie  sur  une  dépen- 
dance du  fisc  royal,  elle  avait  été  donnée  par  saint  Césaire  à  l'ar- 
chevêché. Au  x^  siècle  encore,  elle  faisait  partie  de  la  mense  archi- 
épiscopale d'Arles.  En  1061,  Tarchevêque  Raimbaud  en  fît  don  à 
la  mense  du  chapitre  ;  de  son  côté  le  comte  de  Provence  aban- 
donna à  cette  mense  ses  droits  sur  l'église.  Finalement,  du 
temps  de  l'archevêque  Aicard,  le  chapitre  concéda  Notre-Dame 
((  des  raus  »  à  Montmajour.  11  n'est  jamais  question  jusque  là 
que  de  Notre-Dame,  et  non  pas  des  Saintes  Maries  :  les  pan- 
cartes confîrmatives  d'Eugène  III,  d'Innocent  III,  d'Alexandre  IV 
ne  parleront  jamais  jusqu'au  milieu  du  xiii^  siècle,  en  se  répétant, 
que  de  l'église  Notre-Dame  de  la  mer  ^.  Mais,  entre  1190  et 
1212,  c'est-à-dire  entre  l'époque  de  Guy  de  Bazoches  et  celle  de 
Gervais  de  Tilbury,  la  tradition  s'était  établie,  aux  dépens  de 
Marseille,  que  Madeleine  avec  ses  compagnons  y  avait  débarqué, 
que  six  d'entre  eux  y  avaient  reçu  leur  sépulture,  parmi  lesquels 


naire  et  grado  en  italien  ;  on  n'a  qu'à  consulter  une  carte  pour  voir  qu'en 
basse  Provence  et  spécialement  à  l'embouchure  du  Rhône,  gradus  a 
donné  grau  :  donc,  si  *ratus  s'était  conservé  et  n'avait  pas  été  remplacé 
par  son  diminutif  *ra^eZ/ws,  il  y  aurait  donné  rau.  Voir  de  Fos  à  Palavas 
toutes  les  embouchures  ou  ouvertures  dénommées  les  graus  du  Galejon, 
de  Gloria,  de  Pégoulier,  de  Giraud,  de  la  Dent,  de  Saint-Bequin,  de  Beau- 
duc,  des  Batayolles,  du  Rousty,  des  Arts,  d'Orgon  et  du  Roi. 

Groupant  N.-D.  de  ratis  avec  l'Ile  de  Ré  et  le  pays  de  Retz,  M.  Camille 
Jullian  s'est  demandé  si  ces  noms  n'indiqueraient  pas  des  landes  garnies 
de  fougères.  Il  se  peut  bien  que  des  fougères  croissent  dans  ces  loca- 
lités :  mais,  ce  qui  les  caractérise  avant  tout,  c'est  leur  proximité  de  la 
mer.  D'ailleurs,  la  fougère  se  dénomme  en  latin  ruta,  en  provençal  rude  : 
pour  y  répondre,  il  faudrait  que  les  textes  parlent  de  N.-D.  de  rutis  et  ce 
n'est  pas  le  cas,  puisqu'on  a  la  forme  de  ratis  (C.  Jullian,  Notes  gallo- 
romaines,  l^-e  série,  Bordeaux,  Feret,  pp.  336-337,  342-343). 

1.  Avril  1152.  «  in  Arelatensi  parrochia...  ecclesiam  sancte  Marie  de  Mari  » 
(Chantelou,  p.  250).  —  29  novembre  1204.  «  in  comitatu  Arelatensi...  eccle- 
siam sancte  Marie  de  Mari  cum  omnibus  pertinentiis  suis  »  {ihid.,  p.  296). 
—  17  mars  1258.  «  ecclesiam  sanctse  Mariée  de  Mari  cum  omnibus  perti- 
nentiis suis  »  [ibid.,  p.  355). 


60  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XTI^    SIÈCLE 

deux  Maries  K  Comme  il  ne  peut  être  question  ni  de  la  Vierg-e, 
ni  de  Madeleine,  ces  deux  Maries  sont  Marie,  fille  de  Jacques,  et 
Marie  Salomé  -.  Ce  nouvel  itinéraire,  en  remontant  le  Rhône, 
conduit  vers  Arles  et  vers  Avignon  ;  il  montre  que  la  légende 
des  saintes  Maries  dépend  d'abord,  comme  celles  de  Saint- 
Maximin,  des  légendes  de  Vézelay  relatives  à  Madeleine  et  aussi 
de  celle  plus  tardive  de  sainte  Marthe.  L'église  actuelle  doit  dater 
du  XII®  siècle  et  elle  fut  bâtie  en  pierres  de  Beaucaire^.  A  Tarascon, 
également  sur  le  Rhône,  se  trouvait  en  effet  une  autre  église  destinée 
à  devenir  célèbre  :  c'est  celle  dédiée  à  sainte  Marthe,  Cette  église 
était  placée  dans  un  bourg  important,  sur  la  voie  de  Milan  en  Espa- 
gne, au  point  où  celle-ci  franchissait  le  Rhône  '•  ;  elle  existait  dès  le 
X®  siècle.  Au  xi®,  elle  figure  parmi  les  biens  de  la  mense  du  chapitre 
d'Avignon,  et  au  premier  rang  "^  Vézelay  et  Autun  ayant  déclaré 
avoir  Marie-Madeleine  et  Lazare,  morts  en  Provence,  les  gens  de 
Tarascon  durent  penser  bientôt  que,  si  la  Bourgogne  ne  revendi- 
quait pas  Marthe  avec  son  frère  et  sa  sœur,  c'est  que  le  corps  de  celle- 
ci  était  resté  en  terre  de  Provence.  A  ce  compte,  il  devait  forcément 
se  retrouver  dans  l'église  qui,  chez  eux,  lui  était  dédiée.  De  fait, 
l'invention  des  reliques  de  Lazare  ayant  été  faite  à  Autun  le 
20  octobre  1147,  celle  des  reliques  de  Marthe  eut  lieu  en  1187,  à 
Tarascon.  A  cette  occasion,  on  rebâtit  son  église  qui  fut  dédiée  le 
l®"*  juin  1197.  Cette  coïncidence  d'une  construction  nouvelle  et 
d'une  invention  de  reliques  locales  est  un  fait  fréquent  et  naturel  : 
on  l'observe  à  Tarascon,  comme  on  l'a  observé  à  Autun,  à  Vézelay 
et  à  Saint- Victor.  La  création  d'un  culte  nouveau,  ou  la  recrudes- 

1.  Duchesne,  1. 1,  p.  329,  note  1. 

2.  Dès  le  22  octobre  109.3,  les  chartes  de  Saint-Victor  donnent  un  exemple 
du  nom  de  Salomé  porté  par  la  femme  de  Pons  Mainier,  à  Ollières  et  Bel- 
codène,  c'est-à-dire  près  de  Saint-Maximin,  dans  le  diocèse  d'Aix  [Cart. 
Saint- Victor,  n»  138). 

3.  Gautier-Descottes,  Etude  sur  la  formation  de  la  Camargue,  à  propos 
de  l'inscription  des  Saintes-Mariés  (Congrès  archéologique  de  France . 
XLIIIe  session  :  Arles,  p.  347). 

4.  On  doit  noter  que  Saint-Maximin  et  le  Val  où  se  trouvaient  un  autel 
et  une  église  dédiés  à  saint  Sidoine  sont  deux  localités  situées  également 
sur  la  voie  aurélienne  de  Rome  en  Espagne. 

5.  Avignon,15  septembre  [1095]. Privilège  d'Urbain  II  (Jafîé,  2»  éd.,  n°5578). 


LA  PROVENGE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  61 

cence  d'un  culte  ancien,  amène  forcément  un  essort  matériel:  elle 
le  seconde,  s'il  existe  déjà.  Sainte  Marthe  étant  mise  au  jour,  il 
fallut  écrire  sa  vie  pour  la  faire  connaître  aux  fidèles  qui  venaient 
la  vénérer.  L'auteur  de  ce  texte  ne  se  contenta  pas  des  légendes 
créées  à  Vézelay,  répandues  à  Marseille  et  à  Aix.  Ce  n'étaient  plus 
seulement  Lazare  et  ses  deux  sœurs,  Maximin  et  Sidoine  qui  étaient 
venus  d'Orient  à  Marseille  :  on  leur  adjoignit  une  vingtaine  de 
personnes,  parmi  lesquels  quatorze  évêques,  de  manière  à  ratta- 
cher directement  aux  disciples  du  Christ  l'origine  des  églises 
d'Arles,  de  Narbonne,  de  Toulouse,  de  Limoges,  de  Saintes,  du 
Mans,  de  Bourges,  de  Tours,  de  Lyon,  de  Besançon,  d'Orange, 
de  Périgueux,  du  Puy  et  de  Paris.  Tout  Capharnaiim  se  trans- 
portait en  Provence.  Comme  le  remarque  Mgr  Duchesne,  ces 
divers  évêques  ont  vécu  réellement  en  divers  siècles,  du  n®  au 
vii*^*.  Le  but  à  atteindre,  c'était  que  désormais  les  Gaules 
entières  dussent  s'intéresser  à  Tarascon,  où  reposait  Marthe.  Taras- 
con  dépendait  du  diocèse  d'Avignon  :  on  pourrait  être  un  peu  sur, 
pris  de  ne  pas  voir  le  premier  évêque  du  diocèse  figurer  au  nombre 
de  tous  ces  compagnons  de  la  sainte.  Voici  pourquoi  :  c'est 
qu'elle-même  se  réserva  de  prêcher  l'évangile  dans  Avignon,  où 
elle  fit  des  miracles.  On  raconta  plus  tard  qu'elle  bâtit  l'église 
cathédrale  sous  les  auspices  de  la  Vierge  encore  vivante  :  à  cette 
chaire  il  ne  manquait  qu'un  évêque,  la  main  de  Dieu  lui- 
même  vint  la  consacrer.  A  force  de  l'entendre  dire,  les  papes 
finirent  par  le  croire  :  Sixte  IV  en  est  témoin  -.  Dans  ces 
conditions,  l'absence  du  premier  évêque  à  côté  de  Marthe  s'ex- 
plique bien  clairement.  C'est  Marthe  qui  en  tient  lieu  :  elle  vaut 
mieux.  Quand  elle  mourut,  le  Christ  lui-même  vint  l'ensevelir, 
avec  l'aide  du  premier  évêque  de  Périgueux.  Grâce  à  ces  prodiges, 

1.  Duchesne,  t.  I,  p.  327. 

2.  1475.  ((  Cum  itaque,  sicut  accepimus,  Ecclesia  Avenionensis,  ordinis 
sancti  Augustini,  quae  inter  cœteras  cathédrales  ecclesias  illarum  partiuni 
claret,  a  beata  Martha  Jesu  Christi  hospita,  ad  laudem  ejus  et  gloriosœ  vir- 
ginis,  manu  Dei,  utfama  est  et  antiquorum  habet  relatio  et  aliquorum  roma- 
norum  pontificum  litterœ  attestantur  consecrata  existit  »  (Fr.  Nou- 
^uier,  Hist.  d'Avignon,  pp.  7  et  11). 


62  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    X1I«    SIÈCLE 

le  bourg  de  Tarascon  pouvait  traiter  la  cité  d'Avignon  comme  une 
mère-église  traite  sa  fille.  Il  n'en  faut  pas  plus  pour  établir  que 
l'auteur  de  la  vie  était  avant  tout  un  tarasconnais  de  Tarascon.  Le 
culte  de  sainte  Marthe  se  développe  ainsi  à  dater  de  1187. 
Cependant,  quoique  son  église  ne  soit  citée  qu'à  partir  du  x^  siècle, 
il  est  bien  probable  qu'elle  existait  sous  ce  titre  dès  le  vu®  siècle. 
En  effet,  le  nom  de  Marthe  figure  sur  l'épitaphe,  conservée  à 
Arles,  d'une  femme  morte  à  Tage  de  trente-cinq  a'ns,  le  23  sep- 
tembre d'une  année  qui  n'est  datée  que  par  la  VP  indiction.  L'ab- 
sence du  consulat  ou  du  post-consulat  permet  de  penser  que  cette 
épitaphe  ne  peut  guère  être  antérieure  au  vn®  siècle  :  d'autre 
part,  sa  rédaction  doit  être  antérieure  au  viii^.  Le  nom  de 
Marthe  était  porté  au  début  du  ix®  dans  le  pays  arlésien  d'Ar- 
gence  placé  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  en  face  de  Tarascon  K 

1.    HIC   IN   PAGE  REQVIESCIT.B.M.MAUTA    QVvE   VIXIT  PL.MS.  ANN.   XXXV.  OBIIT   SVB 

D.vii.KAL.  ocTOR.  iND.  VI  (Musée  d^Arles  ;  Joseph  Bérenger.  Les  traditions 
provençales,  p.  171).  —  7  novembre  824.  Echange  entre  Noton,  archevêque 
d'Arles,  et  le  comte  Leybulfe  :  «  in  pago  Arelatense,  infra  agro  Argen- 
tea...  Id  similiter,  infra  Argentea,  donat...  Leybulfus...  inter  tria  loca 
qui  vocantur  Gaugiaco,  Evericus  et  Occisionem...  et  illa  terra  ad  Occi- 
sionem  est  inter  consortes...  ab  aHo  fronte  terra  sancte  Marie  Ucetice. 
Et...  Leybulfus...  in...  villa  Campopuplico,..  inter  consortes  :  ab  une 
latere  vineam...  ecclesie  sancti  Pétri,  ab  alio  latere  Gondesindam,  ab 
uno  fronte  meipsum  donatorem  et  heredes  Doda,  ab  alio  fronte  Martha 
et  heredes  Martinum  vel  ex  agro  commune  (H.  Moris,  Edm.  Blanc, 
Cart.  de  Lerins,  pp.  256-258,  n»  247).  Le  village  de  Campopuplico  ne 
peut  s'identifier  ;  il  était  placé  dans  le  canton  d'Argence.  Aujourd'hui, 
le  grand  et  le  petit  Argence  sont  simplement  deux  quartiers  de  la 
commune  de  Fourques,  sur  la  rive  droite  du  petit  Rhône.  Jadis,  le 
canton  de  ce  nom  comprenait  probablement  tout  le  pays  arlésien  de 
la  rive  droite,  de  Fourques  à  Meynes,  puisque  les  confronts  d'Occisio- 
nem  sont,  d'autre  part,  les  terres  de  N.-D.  d'Uzès.  Le  nom  de  Marthe  est 
donc  celui  d'une  propriétaire  de  terrain  en  face  de  Tarascon,  en  824.  Ce 
nom  étant  peu  répandu,  on  peut  penser  que,  lors  de  sa  naissance,  elle  l'avait 
tiré  de  la  patronne  de  Tarascon.  Le  pouillé  de  l'évêché  de  Marseille,  dressé 
en  813  et  814,  indique  cinq  femmes  portant  ce  nom  :  la  première  dans  les 
dépendances  de  la  villa  de  Lambesc,  au  diocèse  d'Aix  ;  la  seconde  au  diocèse 
d'Aix,  dans  une  villa  Virgonis  {le  Vergon,  comm.  Aix?)  dont  dépendaient 
ad  Fonte  (Fontrousse  ?),  i?uacinis  (Rians?)  et  Canagohia  (Garagoby,  comm. 
Saint-Paul-lès-Durance?)  ;  les  trois  dernières  au  diocèse  de  Fréjus,  dans 
les  villas   de  Barjols(?)     et  de  Sillans  (?)   (Cari,  de  Saint-Victor^  i.  II,  pp. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  63 

Il  Tétait  aussi,  d'ailleurs,  dans  les  dépendances  de  l'évêché  de 
Marseille.  On  serait  porté  à  en  trouver  l'origine,  comme  pour 
celui  de  saint  Sidoine,  dans  l'influence  du  patrice  auvergnat 
Bonnet,  alors  qu'il  gouvernait  la  Provence  austrasienne.  Son 
frère,  l'évêque  Avitus,  deuxième  du  nom  (676-691),  avait  fondé 
un  monastère  à  Volvic  sur  le  tombeau  de  son  prédécesseur 
saint  Prix  {-l*  25  janvier  676)  ^.  Jusqu'alors  saint  Aus- 
tremoine,  le  premier  évêque  d'Auvergne,  avait  reposé  à 
Issoire  ~  :  la  troisième  vie  de  ce  saint,  dont  le  texte  se  rencontre 
dans  un  manuscrit  du  xi®  siècle  ^,  dit  que  l'évêque  A  vit  le  fît 
porter  d'issoire  à  Volvic.  Cette  première  translation  ne  peut  être 
attribuée  à  A  vit  P"*  qui  siégeait  pendant  le  dernier  quart  du 
vi^  siècle,  mais  forcément  à  Avit  II  puisque  Volvic  ne  fut  fondé 
que  par  celui-ci,  après  la  mort  de  saint  Prix.  A  la  vérité,  ni  la 
première  ni  la  deuxième  vie  d'Austremoine  ne  précisent  ainsi  la 
translation  d'issoire  à  Volvic  ;  mais  elle  eut  lieu  forcément  entre 
676  et  863.  En  efPet,  k  cette  dernière  date,  Austremoine  fut  trans- 
féré une  seconde  fois  et  de  Volvic  à  Mozac  '*  :  d'autre  part,  Avit  II® 

635,  649.  651,  652^  653).  Le  Cartulaire  de  Saint-Victor  mentionne  aussi 
une  Fons  Marthœ,.  près  de  Salernes,  au  diocèse  de  Fréjus(Car^.  de  Saint- 
Victor^  n"^*  508  et  520).  Au  diocèse  d'Avignon,  dans  la  commune  d'Orgon, 
la  carte  indique  le  lieu  dit  Font-de-Marthe.  Dès  le  x®  siècle,  le  nom  de 
Marthe  se  rencontre  dans  le  comté  d'Uzès  (Chartes  de  Cluny,  n**  817). 

1.  Duchesne,  t.  II,  p.  38. 

2.  Ihid.,  p.  33;  Greg.  Tur.,  Franc.  Hist.,l,  30;  De  Glor.  confess.,  29. 

3.  Bibl.  Vatic.  Reg.  486.  Il  est  facile  de  voir  que  ce  manuscrit  est  du 
xi^  siècle  et  non  pas  du  ix*',  comme  une  erreur,  probablement  d'impression, 
l'a  fait  dire  aux  Bollandistes  {Acta  SS.  Novenibris,t.  I,  p.  61).  La  3*'  vie  de 
saint  Austremoine  qui  y  figure  emprunte  un  exemple  à  la  vie  des  saints  : 
((  Quia  vero  exemplo  Marthte  in  actuali  vita  diu  Chris to  régi  libenti  animo 
ministraverat,  cœpit  cordetenusmeditari  de  laudabili  studio  Marise...»  [Ibid., 
p.  66,  2*'  col.)  et  plus  loin  :  «  Imitari  satagebat  Martham  ut  nequaquam  negli- 
geret  Mariam  »  (Ibid.,  p.  179).  Déjà,  dans  la  vie  de  saint  Amator,  évêque 
d'Auxerre  (fl'^'"  mai  418),  qui  fut  écrite  à  la  fin  du  vi^  siècle  par  un  évêque  afri- 
cain du  nom  d'Etienne,  sur  la  demande  de  son  successeur  Aunachaire 
(Duchesne,  t.  II,  pp.  427  et  440),  on  invoque  la  résurrection  de  Lazare  et 
on  parle  de  Marthe  {Acta  SS.  Mai,  t.  I,  Palmé,  p.  58)  ;  mais  ce  qui  est  sur- 
prenant, ce  n'est  pas  de  pouvoir  noter  ces  allusions  aux  deux  saints  en 
question,  c'est  de  ne  pas  en  rencontrer  bien  davantage  qui  les  concernent 
dans  les  textes  hagiographiques. 

4.  La  translation  eut   lieu  sous  l'évêque  Adebert  et  l'abbé  de  Mozac  Lan- 


64  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XU^    SIÈCLE 

ayant  fondé  l'abbaye  de  Volvic,  il  est  tout  naturel  qu'il  ait  eu 
aussitôt  la  pensée  de  réunir  Austremoine  et  Prix.  Quoi  qu'il  en 
soit,  lors  de  la  première  translation  opérée  d'Issoire  à  Volvic, 
les  porteurs  du  corps  eurent  la  pensée  de  couper  leur  route  en 
se  reposant  dans  un  couvent  de  religieuses  dédié  à  Marie-Made- 
leine et  à  sa  sœur  Marthe  i.  Ils  y  furent,  entre  parenthèses,  fort 
mal  reçus  et  même  mis  à  la  porte;  ce  qui  amène  le  moine  de 
Mozac,  auteur  du  récit,  à  faire  le  grincheux  et  à  tracer  de  ses 
sœurs  en  religion  un  portrait  peu  flatteur.  Ces  malheureuses  se 
virent,  naturellement,  punies  de  leur  manque  de  respect  envers  l'il- 
lustre Austremoine  :  elles  moururent  de  fièvres  et  de  dysenteries 
opiniâtres.  Quand  bien  même  il  ne  faudrait  voir  dans  le  récit  tardif 
de  cette  translation  que  l'écho  de  la  situation  existant,  au  plus 

frid.  Le'Gallia  Christiana  (t.  II,  col.  351)  relève  deux  abbés  de  ce  nom,  le 
premier  en  764  au  temps  de  la  translation  en  question,  le  second  connu 
en  864  par  un  acte  du  Cartulaire  de  Brioude.  Il  est  évident  qu'on  a  calqué 
le  pseudo-Lanfrid  de  764  sur  celui  de  864,  ou  réciproquement.  Voir,  sur 
Lanfrid,  le  Neues  Archiv,  t.  XIX,  p.  24,  et  t.  XVIII,  p.  572.  Les  trois  vies 
d' Austremoine  ont  été  composées  à  Mozac  Tune  après  l'autre  (Duchesne, 
t.  II,  p.  119).  Ce  monastère,  dédié  à  saint  Pierre  et  à  saint  Caprais  [Gall. 
Christ.,  t.  II,  col.  351),  aurait  été  fondé  par  Pépin  le  Bref  el,  avant  1095,  il 
fut  uni  à  Cluny.  Dans  saint  Caprais,  il  faut  reconnaître  sans  doute  saint 
Caprais    honoré  à    Agen  (Duchesne,    t.  II,  pp.  144-145). 

Mozac,  cant.  et  arr.  Riom.  Puy-de-Dôme.  Carte  du  service  de  Vinlérieur, 
xviii-25.  Un  récent  mémoire  de  M.  L.  Levillain  (La  translation  des  reli- 
ques de  saint  Austremoine  à  Mozac  et  le  diplôme  de  Pépin  II  d'Aquitaine, 
863  ;  Le  Moyen  Age,  1904,  pp.  281-337)  prouve  que  le  précepte  attribué  à 
Pépin,  fils  de  Louis  le  Pieux  (Gall.  Christ.,  t.  II,  col.  108-109),  est  en 
réalité  de  Pépin,  neveu  de  Charles  le  Chauve,  et  qu'il  fut  fait  à  Clermont  le 
^cr  février  Sù-i,  en  présence  d'Ado,  ou  Adebert,  évêque  de  Clermont  (862- 
864),  chancelier  de  Pépin,  du  sous-diacre  Joseph,  notaire  de  la  chancel- 
lerie royale,  et  de  Lanfroi,  abbé  de  Mozac.  Selon  les  documents  hagiogra- 
phiques, ces  trois  personnages  ayant  également  assisté  à  la  translation 
qui  eut  lieu  à  la  fin  de  janvier,  la  translation  de  Volvic  à  Mozac  se  date 
donc  de  la  fin  de  janvier  863. 

1.  «  Levantes  itaque  sancti  martyris  glebam...perveniunt,  comitanteDeo, 
in  quodam,  non  dicam  puellarum  sed  pullarum,  monasterio  ;  quia  nigridinem 
quam  habitu  gestabant,  comitante  diabolo,  in  corde  gerebant;  ibique 
divertuntur  hospitandi  gratia.  Ipsum  quoque  monasterium  constructum 
fuerat  in  honore  peccatricis  Mariée  et  Marthœ  sororis.  Tum  ille  chelydrus 
qui  Adam...  depulerat...  immittendo  se  in  aliquarum  sororum  cordibus,  lin- 
gua  viperea...  »  {Acta  SS.  Novembr.,  t.  I,  p.  78). 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  65 

tard  pendant  le  xi^  siècle,  au  moment  où  Austremoine  reposait  à 
Mozac,  il  n'en  est  pas  moins  établi  qu'il  existait  alors  entre 
Issoire  et  Volvic  un  monastère  déjà  ancien  de  filles  dédié  aux 
saintes  revendiquées  plus  tard  par  Saint-Maximin  et  Tarascon. 
Probablement,  il  s'agit  de  l'abbaye  de  Chamalières  *  :  si  l'on  par- 
court la  liste  des  abbayes  relevées  par  les  auteurs  du  Gallia  dans 
le  diocèse  de  Glermont,  celle  de  Chamalières  est  en  effet  la  seule, 
soit  comme  ancienneté,  soit  comme  situation  topographique,  qui 
puisse  convenir.  Elle  fut  fondée,  paraît-il,  vers  665,  par  Genesius, 
du  conseil  de  l'évêque  saint  Prix  (-j-  25  janvier  676),  avec  celle 
de  Saint-Pierre-de-Beaumont,  près  de  Glermont,  sous  la  règle  des 
saints  Benoît,  Césaire  et  Golomban  -.  L'évêque  fondateur  y  ins- 
talla l'abbesse  Gundilana.  L'église  de  Ghamalières  fut  plus  tard 
dédiée  à  Notre-Dame.  Si  elle  l'était  d'abord  à  une  sainte  Marie, 
on  pourrait  y  reconnaître  l'emplacement  du  couvent  mal  vu  de 
Mozac. 

Ge  doit  donc  bien  être  le  patrice  Bonnet  qui  a  introduit  dans 
la  Provence  austrasienne  les  cultes  auvergnats  de  Sidoine 
Apollinaire,  des  sœurs  Marie-Madeleine  et  Marthe,  comme  aussi 
ceux  de  Maximin,  de  Marcelle  et  des  Innocents  ^  :  ces  cultes  se 

1.  Issoire,  Puy-de-Dôme. 

Volvic,  cant.  et  arr.  Riom,  Puy-de-Dôme. 

Voir  les  Cartes  du  service  de  Vlntérieur^  xviii-25  et  xviii-26.  En  passant  de 
la  première  à  la  seconde  de  ces  localités,  les  porteurs  de  saint  Austremoine 
ont  pu,  en  effet,  s'arrêter  à  Chamalières  (cant.  et  arr.  Clermont-Ferrand). 
Dans  cette  commune  se  remarque  le  lieu  dit  Saint-Mart.  Ce  nom 
paraît  provenir,  selon  M.  A.  Vernière,  de  Martius  qui  vivait  au  vi*^  siècle  et 
qui  était  honoré  en  Auvergne  (Lettre  du  21  septembre  1905). 

2.  Gall.  Christ.,  t.  Il,  col.  321-324.  On  a  la  vie  de  saint  Prix  par  un 
contemporain  (Duchesne,  t.  II,  p.  38  ;  Acta  SS.  ianuarii,  t.  III,  p.  243; 
Neues  Archiv,  XVIII,  629). 

3.  Dom  Morin  a  rencontré  le  culte  de  Sidoine  et  des  deux  Innocents  à 
Aydat,  celui  de  Maximin  à  Billom,  celui  de  Marcelle  à  Chauriat;  celui  de 
Marthe  et  de  Madeleine,  qui  a  échappé  à  ses  recherches,  se  rencontrant 
aussi  à  Chamalières,  on  voit  bien  que  toutes  ces  localités  sont  dans  l'ancien 
diocèse  de  Clermont  ;  on  voit  que  le  culte  de  Sidoine,  en  particulier,  est 
forcément  d'origine  auvergnate  et  que  les  autres  ont  dû  être  propagés  en 
Provence  de  la  même  manière  que  le  sien. 

L'église    de   Billom   honorait   saint  Cerneuf  ou  Sirénat,  saint  Juvénal  et 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes.  —  VII.  5 


66  LA    PROVENCE    DU  PREMIER    AU    XIl°    SIÈCLE 

trouvaient  groupés  à  Aj^dat,  à  Ghamalières,  à  Billom  et  à  Chau- 
riat,  c'est-à-dire  dans  la  vallée  de  l'Allier  et  à  l'est  de  Glermont. 

A  Tarascon  s'élève  une  église  dédiée  à  sainte  Marthe,  à  Avi- 
gnon une  église  de  la  Madeleine.  Dans  le  diocèse  d'Aix,  au  Val, 
puis  entre  ce  diocèse  et  celui  de  Toulon,  au  Puget,  s'élèvent  deux 
autres  églises  à  Sidoine.  Enfin,  une  chapelle  est  dédiée  à  ce 
saint  au  Vernègue,  entre  les  diocèses  d'Avignon,  d'Aix  et 
d'Arles. 

Dès  le  début  du  ix®  siècle,  au  plus  tard,  ces  noms  de  Sidoine 
et  de  Marthe  commencent  à  se  disséminer  de  la  Provence  aus- 
trasienne  dans  les  dépendances  marseillaises,  aux  diocèses  d'Aix 
et  de  Fréjus. 

Quand  Vezelay  revendiqua  le  corps  de  Marie-Madeleine,  cette 
abbaye  prétendit  l'avoir  enlevé  à  la  crypte  de  Saint-Maximin 
où  était  également  honoré  Sidoine  :  la  raison  peut  en  être  que 
des  traces  réelles  du  culte  de  la  pécheresse  existaient  en  Pro- 
vence, traces  dont  l'origine  serait  auvergnate  et  remonterait  à  la 
fin  du  vi"  siècle.    L'existence  d'une  église  à   Avignon  qui,   dès 

saint  Maximin.  Claude  Chastellain  marque  ce  Maximin  de  Billom  au  2  jan- 
vier; André  du  Saussay  et  Jean  van  BoUand,  au  23  février  (G.  Morin,  Saint- 
Lazare,  pp.  19-20  de  l'extrait).  Si  l'on  se  reporte  au  martyrologe  hiéro- 
nymien,  au  23  février,  on  n'y  trouve  pas  de  Maximin,  mais  seulement  un 
saint  de  Pannonie  dont  quelques  reliques  pouvaient  se  trouver  à  Bil- 
lom: «Vil  .KL.  mar.In  Pannoniis  natalis  sanctorumSeneroti...  In  Asia  Sino- 
rus...  Senertis...  »(éd.  Rossi  et  Duchesne,  p.  [24]).  Au 2  janvier,  à  la  suited'un 
saint  évêque,  de  nom  analogue,  honoré  à  Antioclie,  et  qui  a  pu  comme  Sene- 
rotus  donner  naissance  à  Sirénat,  se  trouve  un  Maximien,  dans  lequel  on  peut 
reconnaître    le  Maximin  dont  les  reliques  voisinaient  à  Billom  avec  celles 

de   Sirénat  :  «  IIII    .NON.  lAN.    Anthiochiâ    Siridoni   episcopi Maxi- 

miani Uitalis ))[Ihid.,  p.  [4]).  A  Aix,  c'est  le  8  juin  qu'on  fêtera  saint 

Maximin  et  le  8  avril,  sa  translation  (Officia  propina  ecclesiae  et  diœcesi- 
Aquensis,  Aquis  Sextiis  ap.  loann.  Tholosanum  et  Steph.  Dauic/.  MDCXXVII, 
pp.  1-2,  3-27). 

Aydat,  cant.  Saint- Amant-Tallende,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de- 
Dôme. 

Billom,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de-Dôme. 

Chamalières,  cant.  Vertaizon,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de-Dôme. 

Chauriat,  cant.  Vertaizon,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de-Dôme. 


LA    PROVENCE    FRANQUE    ET    SES    PATRICES  67 

le  xi^  siècle^  lui  était  dédiée,  ne  s'explique  guère  autrement  :  Tin- 
fluence  de  Yézelay  ne  peut  avoir  été  si  prompte  dans  le  pays,  à 
moins  qu'elle  n'y  ait  été  propagée  par  Cluny  et  que  la  Madeleine 
d'Avignon  ne  soitl'œuvre  des  Glunisiens  dans  la  seconde  moitié  du 
XI®  siècle.  Dès  la  fin  du  xi''  siècle  aussi,  on  trouve  le  nom  de 
Salomé  porté  près  de  Saint-Maximin  où  Vézelay  venait  de  localiser 
la  Madeleine  :  le  culte  des  Maries  a  donc  dû  s'y  éveiller,  bien 
avant  d'être  transporté  à  l'église  de  la  Camargue. 

Telles  paraissent  avoir  été  les  influences  auvergnates  :  aux  fron- 
tières de  la  Provence  austrasienne,  a  proximité  des  voies,  se  dres- 
sent le  mont  de  Vergues  et  le  Vcrnègue,  postes  militaires.  Aux 
frontières  également  et  à  proximité  des  voies,  s'établit  le  culte  de 
sainte  Marthe  dans  Tarascon,  celui  de  saint  Sidoine  au  Vernègue, 
dans  le  Val  et  au  Puget  :  le  premier  au  nord-ouest  dans  le  dio- 
cèse d'Avignon,  le  second  au  sud-est  et  au  nord- ouest  du  dio- 
cèse d'Aix.  Si  Arles  et  Marseille  sont  restées  terres  adja- 
centes hors  du  comté,  c'est  à  leur  séparation  du  reste  de 
la  Provence  bourguignonne  par  la  Provence  austrasienne  qu'elles 
le  doivent. 

On  ne  saurait  trop  y  insister  :  la  seule  tradition  qui 
dominait  en  Provence  au  vi^  siècle,  relativement  aux  origines 
du  christianisme  dans  ce  pays,  c'est  qu'il  avait  été  évangélisé 
par  Trophime  venu  de  Rome  comme  disciple  de  Pierre. 

Le  19  mars  416,  Rome  déclare  par  l'organe  du  pape  saint 
Innocent  :  «  praesertim,  cum  sit  manifestum  in  omnem  Italiam, 
Gallias,  Hispanias,  Africam  et  insulas  interjacentes  neminem 
instituisse  ecclesias  nisi  eos  quos  venerabilis  apostolus  Petrus 
aut  ejus  successores  constituerunt  sacerdotes  i.  »  C'est  dire  que 
le  patriarcat  du  siège  apostolique  s'étend  réellement  sur  toutes 
les  églises  d'Occident,  sans  exception  ;  en  ce  qui  concerne  plus 
spécialement  la  Provence  et  les  Gaules,  dès  le  22  mars  417,  le 
pape    saint   Zosime    précise   :  «  sane^    quoniam   metropolitanae 

1.  Migne,  t.  XX,  col.  552. 


68  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl*'    SIÈCLE 

Arelatensium  urbi  vêtus  privilegium  minime  derog-andum  est  ad 
quam  primùm  ex  hac  sede  Trophimus  summus  antistes  ex  cujus 
fonte  totœ  Galliœ  fidei  rivulos  acceperunt,  directus  est  K  »  En 
4o0,  la  requête  provençale  au  pape  saint  Léon  exprime  cette 
tradition  comme  bien  connue  de  tous  :  «  omnibus  etenim  regio- 
nibus  Gallicanis  notum  est,  sed  nec  sacrosanctœ  ecclesiœ  Romanœ 
habetur  incognitum  quod  prima  inter  Gallias  Arelatensis  civitas 
missum  a  beatissimo  Petro  apostolo  sanctum  Trophimum  habere 
meruit  sacerdotem  et  exinde  aliis  paulatim  regionibus  bonum 
fîdei  etreligionis  infusum  2.  »  Marseille,  Aix,  Narbonne  et  Vienne 
s'abstiennent  encore  de  souscrire  :  mais,  dès  463,  Marseille  et 
Aix  prennent  parti  pour  Arles  contre  Vienne  '^.  En  524,  529  et 
533,  Maxime  d'Aix  assiste  aux  conciles  arlésiens  dont  le  dernier 
se  tint  à  Marseille  même  ^.  Dès  lors,  au  plus  tard,  la  tradition 
arlésienne  paraît  admise  de  la  Provence  entière.  Enfin,  le  12 
août  595,  le  pape  saint  Grégoire  écrit  à  son  vicaire  Vigile, 
évêque  d'Arles  :  «  quia  cunctis  liquet  unde  in  Galliarum  regioni- 
bus  fides  sancta  prodierit,  cum  priscam  consuetudinem  sedis  apos- 
tolicae  fraternitas  vestra  repetit,  quid  aliud  quam  bona  soboles  ad 
sinum  matris  recurrit  ^  ?  »  En  résumé,  Rome  émet  en  416  ses  pré- 
tentions patriarcales  sur  tout  l'Occident.  Dès  417,  Arles  déclare 
avoir  servi  d'intermédiaire,  par  Trophime,  entre  Rome  et  toute 
la  Provence.  Dès  450,  la  province  d'Embrun  se  rallie  à  cette 
tradition.  Dès  524,  celle  d'Aix  également.  En  533,  au  plus  tard, 
toute  la  Provence  y  obéit.  Cette  tradition  arlésienne  et  romaine 
est  incompatible  avec  l'apostolat  de  Lazare,  Madeleine  et  Marthe. 
La  résistance  de  Marseille  et  d'Aix  prouve  d'ailleurs  qu'elle  ne 
remonte  pas  aux  temps  primitifs.  En  réalité,  le  nom  d'Eutychès, 
père  de  Volusianus,  à  Marseille  '^,  ceux  de  Trophime  à  Arles,  de 

1.  Migne,  t.  XX,  col.  644-645;  Albanès,  Gall.  Christ,  noviss.  Arles,  n°  37. 

2.  Ibid.,  t.  LIV,  col.  879  ;  Albanès,  ihid.,  n«  65. 

3.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  350. 

4.  Ihid.,  p.  272.  Le  concile  de  Marseille  est  du  20  mai  533  {ibid.,  p.  35J). 

5.  Migne,  t.  LXXVII,   col.  785-787  ;  Albanès,  Gall.  Christ,  noviss.  Arles, 
n»  164. 

6.  Volusianus,     fils  d'Eutychès,  et  Fortunat  souffrirent  le  martyre,  sans 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRTCES  69 

Demetrius  à  Aix,  à  Sisteron  et  à  Gap,  de  Pothin  et  d'Attale  à 
Lyon,  d'Aschandios  et  de  Pectorios  à  Autun  ^  parlent  très  clai- 
rement. Ils  sont  unanimes  à  indiquer  que  le  christianisme  vint 
aux  Gaules  d'Asie,  en  remontant  le  Rhône.  Au  second  siècle,  les 
Syriens  et  les  Grecs  ne  manquaient  d^ailleurs  pas  sur  le  siège 
apostolique  :  mais  le  pontife  romain  ne  devait  être,  semble-t-il, 
en  Provence  et  dans  les  Gaules,  que  l'ouvrier  de  la  troisième 
heure.  Attale  était  de  Pergame;  Irénée  venait  de  Smyrne.  Ces 
églises  d'Asie  étaient  celles  que  Paul  avait  fondées  en  56  et  que 
Jean,  après  lui,  développa.  De  Pergame  à  Smyrne,  entre  Lesbos 
et  Chios,  comme  de  Smyrne  à  Ephèse,  entre  Chios  et  Samos, 
s'étendait  la  côte  lydienne  d'Asie  ~.  Il  ne  faut  pas  être  trop  sur- 
pris, en  somme,  que.  dès  la  fin  de  la  première  heure  ou  dès  le 
début  de  la  deuxième^  les  ouvriers  du  Christ  soient  venus  direc- 
tement à  Marseille  du  pays  de  Phocée  travailler  la  vigne  du  père 
de  famille.  Beaucoup  plus  effacée  qu'à  Lyon,  la  conscience  de 
ces  origines  orientales  demeurera  pourtant  à  Marseille  et  à  Aix  ; 
à  défaut  du  souvenir  trop  oublié  de  leurs  premiers  apôtres  réels, 
les  noms  de  Lazare  et  de  Maximin,  de  Madeleine  et  de  Marthe 
serviront  à  faire  revivre  les  traditions  propres  de  ces  églises, 
quand  elles  pourront  réagir  contre  la  domination  exclusive 
d'Arles.  Lazare  paraît  à  Marseille  quand,  au  xi^  siècle,  les 
vicomtes  de  cette  cité  obtiennent  une  autonomie  presque  com- 
plète. Maximin  et  Madeleine  paraissent  à  Aix  quand,  à  la  fin  du 
xii^  siècle,  les  comtes  font  de  cette  cité  la  capitale  du  pays  de 

doute,  à  Marseille,  sous  Marc- Aurèle,  en  177  ;  leur  épitaphe  latine  a  été 
retrouvée  en  1837  au  bassin  du  Carénag-e  où  paraît  avoir  existé  un  cimetière 
chrétien.  M.  de  Rossi  a  jugé  que  l'aspect  de  la  pierre  rappelle  l'époque  de 
Hadrien  et  des  premiers  Antonins  (117-189).  En  voir  le  fac-similé  dans 
Bérenger  (Les  traditions  provençales,  pi.  hors  texte  entre  les  pp.  176  et  177). 

1.  L'épitaplie  grecque  d'Aschandios  due  à  Pectorios  a  été  trouvée  en  1839 
à  Saint-Pierre-l'Estrier,  près  d'Autun.  Elle  peut  être  de  la  fin  du  second 
siècle  (Otto  Pohl,  L'inscription  autunoise  de  richthys,  trad.  par  J.  Déchelette. 
Autun,  Dejussieu,  1901,  avec  fac-similé  hors  texte). 

2.  M.  Duchesne  a  dit  de  la  province  d'Asie:  «  Nul  pays  n'a  plus  d'impor- 
tance dans  l'histoire  chrétienne  primitive  jusqu'à  la  fin  du  second  siècle  » 
{Les  origines  chrétiennes.  Leçons  d'hist.  ecclésiast.  professées  à  l'Ec.  super, 
de  théologie  de  Paris,  l"^*^  partie,  nouv.  éd.,  Paris,  Blanc-Pascal,  p.  39). 


70  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU   XII^    SIÈCLE 

Provence,  laissant  Arles,  cité  impériale,  sous  la  garde  de  son 
primat.  C'est  ainsi  que  la  politique  fait  évoluer  les  légendes  :  sous 
leurs  aspects  changeants,  la  vérité  n'est  plus  nette.  Celle-ci  ne 
peut  mieux  plaire  aux  hommes,  semble-t-il,  qu'en  demeurant 
sous  les  voiles  dont  le  goût  ou  l'intérêt  de  chacun  d'eux  la  pare. 


II 

La  Provence  franque  et  les  derniers  patrices 

(679-751) 

A  partir  de  679,  la  dualité  des  deux  Provences  s'effaça  peu  à 
peu  :  en  effet,  le  même  souverain  fut  désormais  roi  des  Francs 
austrasiens  et  des  Bourguignons.  La  Provence  fut  de  nouveau 
administrée  par  un  seulpatrice,  comme  avant  la  création  de  la  Pro- 
vence austrasienne  et  suivant  le  système  de  l'empire  romain  trouvé 
en  vigueur  par  les  Barbares  au  v^  siècle.  On  connaît  la  plupart  de 
ces  patrices  ^  Ils  tendaient  à  s'arroger  des  prérogatives  sou- 
veraines qui  réduisaient,  sur  certains  points,  la  domination 
franque  à  un  simple  protectorat.  C'est  ainsi  que,  pour  le  mon- 
nayage, on  cessa  de  frapper  au  type  impérial,  sous  Héraclius  (610- 
641)  et  au  moment  précis  où  les  traditions  romaines  faisaient  place 
à  Constantinople  aux  usages  grecs.  Alors,  les  patrices  émirent  l'or 
à  leur  effigie  et  l'argent  à  leur  monogramme  dans  leur  atelier  de 
Marseille,  concurremment  avec  les  rois  des  Francs.  Les  monnaies 
impériales  étaient  remplacées  par  des  monnaies  royales  et  épisco- 
pales,  ou  frappées  par  de  simples  monétaires  locaux,  dans  le 
royaume  de  France  et  de  Bourgogne  ;  la  Provence  prouvait  son 
autonomie  relative  en  frappant  des  monnaies  -  qu'on  peut  appeler 

1.  En  voir  rénumération  dans  Kiener  [Ver fassungsgeschichie  der  Pro- 
vence, tableau  annexé  aux  pp.  2')3-2o5  avec  les  textes  réunis  pp.  255-265). 

2.  Voir  le  tiers  de  sou  d'or  à  l'effig-ie  de  Sirus  :  la  face  porte  le  buste  de 
profil  du  patrice  lauré  à  senestre,  avec  son  nom  en  lég-ende  SlRVS;la  pile 
porte,  avec  les  lettres  de  l'atelier  MA[ssilia],  le  type  classique  à  la  croix  de 
VICTORIA  AVGGV,  qui,  semble-t-il,  est  devenu  VICTORIA  PAT[ri.cii].  (Col- 
lection de  feu  M.  le  Marquis  de  C[lapiers].    Monnaies  françaises,  royales 


LA    PROVENCE    FRAiNQUE    ET    SES    PATRICES  71 

patriciales.  On  connaît  un  tiers  de  sou  d'or  du  patrice  Sirus,  sans 
doute  de  celui  que  les  textes  historiques  appellent  Siagrius 
(-j-  629).  Cet  état  de  choses  prit  fin  au  viii^  siècle:  à  cette  époque^ 
les  Provençaux  hésitaient  entre  la  demi-civilisation  des  Sarrasins 
d'Espagne  et  la  brutalité  franque.  Le  maire  du  palais,  Charles- 
Martel,  y  mit  bon  ordre.  Les  Sarrasins  étaient  arrivés  à  Nîmes  du 
19  mai  725  au  18  mai  726  ;  le  mercredi  22  août  731,  ils  entrèrent 
à  Autun.  Mais,  en  732^  ils  furent  écrasés  à  Poitiers  ^.  De  733 
à  737,  Charles  passâtes  dernières  années  de  sa  vie  à  assujettir  la 
Provence,  ce  pays  dont  la  splendeur  ancienne  attirait  les  con- 
voitises de  ses  bandes.  Le  sang,  le  feu  et  le  pillage,  voilà  ce  que 
les  Francs  apportèrent  dans  chaque  cité  pour  l'empêcher  de 
se  donner  aux  Musulmans,  qui  n'auraient  pu  se  faire  haïr 
davantage.  Les  Francs  se  ressentaient  encore  trop  de  leur 
origine  :  après  trois  siècles  écoulés,  ces  barbares  gallo-ger- 
mains étaient  dégrossis  seulement  à  moitié  par  leur  foi  nouvelle 
et  par  le  pays  plus  doux  où  ils  étaient  venus  se  fixer.  L'occu- 
pation de  Charles-Martel  compte,  en  somme,  au  nombre  des  inva- 
sions dont  la  Provence  gallo-romaine  eut  à  souffrir  :  cette  contrée 
avait  eu  moins  à  se  plaindre  des  Goths  ~.  Piller  ne  suffisant 
pas  à  ses  fidèles,  Charles-Martel  leur  distribua  les  terres  des  églises 
dans  la  région,  à  titre  de  bénéfices.  Le  patrice  provençal  Mau- 
ronte,  plutôt  que  de  se  soumettre,  s'était  enfui  dans  les  hauteurs 
qui  dominent  le  littoral-^.  Les  princes  Francs,  victorieux,  ne 
devaient  pas  tarder  à  se  revêtir  du  patriciat  pour  admi- 
nistrer plus   directement  le  pays.  Un  Gallo-Romain,  originaire 

et  féodales.  Vente...  29  avril...  l^r  mai  1901.  Paris,  J.  Florange,  in-8  de 
iv-34  pp.  H-  2  pi.  hors  texte,  n^  73,  et  pi.  I  :  vendu  50  francs.  Cf.  Belfort, 
n»  2729). 

1.  A.  Steyert,  Nouv.  hist.  de  Lyon,  t.  II.  Lyon,  Bernoux  et  Cumin,  1897, 
p.  86. 

2.  508.  Lettre  du  roi  Theodoric  (Cassiodori  senatoris  Variœ,  lib.  III, 
n"  XXXVIII;  Mon.  Gerni.  Auct.  Antiquiss.,  t.  XII,  p.  98,  1894). 

3.  L'histoire  des  campagnes  de  Charles-Martel  est  décrite  par  un  clerc 
placé  dans  l'entourage  de  son  frère  Childebrand  et  sur  l'ordre  de  celui-ci 
[Chronicarum  quse  dicuntur  Fredegarii  scholastici  continuationes ;  Mon. 
Germ.  hisior.,  Script,  rer.  merovlng.,  II,  1888,  pp.  175-182). 


72  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

des  Alpes  Gottiennes  et  dont  la  famille  était  ralliée  à  la  domi- 
nation franque,  paraît  avoir  été  muni  le  dernier  de  cette  dignité. 
Ce  grand  propriétaire,  Abon,  portait  un  nom  franc  :  il  en  était  déjà 
ainsi,  à  la  génération  précédente,  de  son  oncle  Dodon  qui  tenait 
le  sien  sans  doute  de  sa  mère  à  lui,  Dodina,  grand'mère  d'Abon. 
Mais  le  père  et  la  mère  d'Abon,  nommés  Félix  et  Rustique,  son 
autre  oncle  Symphorien,  sa  cousine  Honorée,  son  grand-père 
Morin  prouvent  tous  ensemble,  par  leurs  noms,  que  la  famille  était 
bien  de  souche  gallo-romaine.  D'ailleurs,  le  testament  d'Abon 
indique  qu'il  suivait  la  loi  romaine.  En  726,  le  30  janvier,  assisté 
des  évêques  Walchun  de  Maurienne,  Ragnomar  de  Grenoble, 
<^ochald  de  Vienne,  Leonius  et  Eusthacius,  Abon  était  simple  gou- 
verneur de  Maurienne  et  de  Suse  pour  les  Francs  ^  ;  mais  il  n'est 
pas  douteux  qu'il  soit  devenu  patrice  de  Provence,  avant  ou 
après  son  testament  daté  du  5  mai  739.  Les  différents  préceptes 
royaux,  qui  confirment  ce  testament  jusqu'au  xi®  siècle,  ne  lui 
donnent  pas  cette  qualité  ;  ils  n'ont  pas  à  la  lui  donner,  parce 
qu'il  ne  l'y  prend  pas  lui-même  et  que,  sans  doute,  il  ne  la  possé- 
dait pas  alors  ^.  Malgré  ce  silence,  il  est  certain  qu'il  l'eut  à  un 
moment  donné  :  un  plaid,  étranger  à  la  Novalaise  et  daté  du 
23  février  780,  rappelle  un  acte  de  l'administration  d'Abon,  en 
qualité  de  patrice,  du  temps  de  Gharles-Martel  (f22  octobre741  )3. 

1.  30  janvier  726  ^C.  CipoUa,  Monumenta  Novalicensia  vetustiora,  vol.  I, 
Rome,  1898,  pp.  7-13). 

2.  5  mai  739  [ibid.,  pp.  18-38)-26  juin  770.  Précepte  confirma tif  de  Car- 
loman  {ibid.,  pp.  43-46).  —  25  mars  773.  Précepte  confirmatif  de  Charle- 
magne(«7)if/.,pp.  49-51).  —  21  avril  972.  Privilège  de  Jean  XIU  [ibid.,  pp.  111- 
113).  —  Février  1014,  Privilège  de  Benoît  VIII.  C'est  le  premier  qui  recon- 
naisse là  qualité  de  patrice  à  Abon  [ibid.,  pp.  135-140). 

3.  Digne,  23  février  780.  «  missi  domni  nostri  Karoli  régis  Francorum  et 
Langobardorum  seu  et  patricii  Romanorum  [Cari,  de  Saint-Victor,    n»  31). 

D'ailleurs,  il  est  bien  possible  que  le  monogramme  crucigère  d'un 
denier  provençal  frappé  probablement  à  Arles  doive  se  lire  à  la  fois  -j-  A 
Relate  et  -|-  ABbo  (Pi'ou,  Cat.  des  monnaies  de  la  Bibl.  nat.  ;  Monnaies 
mérovingiennes,  p.  336,  n°»  1613  et  1614,  planche  XXIV,  n°  11)  suivant 
l'exemple  du  monogramme  également  crucigère  d'un  autre  denier  qui  se 
restitue  -{-    hEmfidius  [ibid.,  pp.  320-321,   n»  1479,  et  pi.  XXIII,  n»  29). 


CHAPITRE  III 

LA.     PROVENCE     CAROLINGIENNE 

(751-879) 


I 

Le  roi-pat rice  et  les  comtes 

(751-840) 

En  780,  il  ne  pouvait  plus  y  avoir  de  patrice  provençal  en  Pro- 
vence, car  c'était  le  roi  des  Francs  qui  avait  assumé  personnellement 
cette  dignité.  Le  pape,  en  754,  lui  avait  remis  le  titre  de  patrice  des 
Romains,  titre  précurseur  de  l'empire.  Dès  741,  il  l'avait  offert  à 
Charles-Martel  peu  avant  que  celui-ci  ne  mourût.  G  était  le  patriciat 
correspondant  au  duché  de  Rome  qu'il  lui  offrait  :  mais  l'occasion 
était  bonne  pour  le  roi  d'y  joindre  le  patriciat  de  Provence.  Les 
lois  étant  encore  personnelles  et  non  pas  territoriales,  le  titre  de 
roi  des  Francs  était  bon  pour  gouverner  les  Francs  ;  mais  il  ne 
valait  rien,  légalement,  pour  gouverner  les  Provençaux.  Cela  va  de 
soi.  Charlemagne  les  gouvernait  donc  en  qualité  de  patrice  des 
Romains  i,  en  attendant  de  gouverner  tous  ses  sujets,  quelle  que 
fût  leur  nationalité,  en  qualité  d'empereur.  Le  patrice-roi  était 
représenté  par  des  comtes  dans  la  Provence,  comme  dans  la  Bour- 
gogne. Chacun  d'eux,  apparemment,  administrait  une  importante 
cité  et  surveillait  tout  le  groupe  des  cités  moindres  qui  en  dépen- 

1.  12mars  781,  mars  790  {Saint- Victor,  n°«  83  et  8). 


74  LA    PROVENCE  DU  PREMIER   AU    XII^  SIÈCLE 

dail.  C'est  ainsi  que  Charles-Martel  avait  placé,  en  733,  à  Autun, 
son  frère  Childebrand  pour  administrer  cette  cité  et  pour  diriger 
de  haut  toute  la  partie  de  la  Bourgogne  rattachée  directement  au 
royaume  des  Francs  :  c'est-à-dire  Mâcon,  Chalon,  Auxerre,  etc. 
Childebrand  ne  porte  cependant  que  le  titre  de  comte.  De  même, 
en  753,  le  comte  Theudoin  administre" avec  Vienne  toute  la  Vien- 
noise ;  son  collègue  Ferry,  qui  s'unit  à  lui  pour  arrêter  en  Mau- 
rienne  Grifon,  est  comte  de  la  Transjurane,  c'est-à-dire  de  tous 
les  comtés  bourguignons  placés,  par  rapport  à  la  France,  au  delà 
du  Jura  K  Les  termes  du  chroniqueur  indiquent  qu'aucun  autre 
grand  commandement  n'existait  entre  le  sien  et  celui  de  Vienne  : 
celui-ci  par  conséquent  s'étendait  bien  à  toute  la  Viennoise.  En 
831,  le  comte  Abon  qui  rend  Albon  à  Saint-Maurice  de  Vienne 
devait  être  le  successeur  de  Theudoin  -.  De  même,  il  devait  exister 
à  Arles  un  comte  chargé  de  l'administration  du  pays  de  Pro- 
vence. En  780,  on  trouve  mentionné  à  Digne  le  comte  Mar- 
cellin,  sans  savoir  s'il  était  titulaire  de  cette  autorité  •^.  Au  début 
du  ix''  siècle,  ou  à  la  fin  du  viii^,  c'était  le  comte  Loup,  qui  exis- 
tait à  Arles.  En  824,  il  était  remplacé  par  Leyboux,  fils  de 
Gontieret  mari  d'Odda,  qui  était  artésien  de  naissance.  En  845 
et  peut-être  en  850,  c'est  le  comte  Albert  qu'on  verra    paraître  ^. 


1.  753.  (c  ad  Theudoeno  comité  Viennense  seu  et  Frederico  Ultraiurano. 
comité...  Maurienna  urbem  super  fluvium  Arboris  interfectus  »{Chronica- 
rum  Fredegarii  continuationes  ;  Mon.  Germ.  hist.  SciHpt.  rer.  meroving.,  t.  II, 
p.  183).  Dès  603-604,  on  rencontre  :  «  defuncto  Wandalmaro  duci,  in  pago 
Ultraiorano  et  Scotingorum,  Protadius  patriciiis  ordenatur  »  (Fredeg., 
Chron.,  1.  IV,  c.  24;  Mon.  Germ.  hist.  Script,  rer.  mer.,  t.    II,  pp.   130-131). 

2.  Aix,  3  mars  [831].  Précepte  de  Louis  le  Pieux  :  «  Abbo  comes  qui  et 
vicum  qui  dicitur  Eppaonis  qui  erat  ex  ratione  sancti  Mauricii,  ex  episcopatu 
Viennensi  ubi  nunc...  Bernardus  archiepiscopus  prsesul...  beneficiario 
munere  et  nostra  largitione  habebat  »  [Cart.  de  Saint-Maurice  de  Vienne, 
n»  U;Histor.  de  France,  VI,  570). 

3.  Digne,  23  février  780.  «  Comes  Marcellinus  firmavit  »  {Cart.  de  Saint- 
Victor,  n»  31). 

4.  Arles,  7  novembre  824.  Échange  entre  l'archevêque  d'Arles  et  «  illus- 
trem  virum  Leybulfum  comitem  »  (Moris  et  Blanc,  Cart.  de  Lérins, 
noCCXLVII).  — 3  janvier  [825].  Aix-la-Chapelle.  Précepte  confirmatif  [ibid., 


LA    PROVENCE    CAROLINGIENNE  75 

Leyboux,  ayant  opéré  un  échange  avec  l'archevêque  d'Arles  en 
824,  le  fait  confirmer  par  l'empereur  en  825,  grâce  à  l'entremise 
directe  de  l'archichapelain.  Rien  n'indique  alors,  entre  lui  et  le 
souverain,  l'existence  d'un  fonctionnaire  supérieur  chargé  de  la 
Provence  avec  un  titre  autre  que  celui  de  comte.  Le  comte  pou- 
vait être  suppléé  par  un  vicarius^  viguier,  pour  la  présidence  du 
tribunal  de  chaque  cité,  comme  précédemment  le  patrice  l'était 
par  un  vidame  i.  Bermond,  que  le  langage  littéraire  de  Nithard  ^ 
dénomme  préfet  de  la  province  de  Lyon,  gouvernait  en  8J  7  la 
région  de  Lyon,  exactement  comme Theudoin  en  753  ou  Abon  en 
831  gouvernaient  celle  de  Vienne,  comme  Leyboux  en  824  gou- 
vernait le  pays  d'Arles. 


II 

Les  duchés  carolingiens  de   Provence  et  de  Lyonnais 

(840  ?-879) 

Avec  Louis  le  Pieux,  l'aristocratie  gagne  du  terrain.  Depuis 
Charles-Martel  jusqu'à  lui,  on  a  vu  quatre  comtes  prééminents 
placés,  le  premier  à  Autun,  le  second  au  delà  du  Jura,  le 
troisième  à  Vienne,  puis  à  Lyon,  le  quatrième  à  Arles.  Cette 
répartition   répondait    à  la  division  réelle  de  l'ancien     royaume 

n»  GCXLVIII).  — 16  mars  [829],  l'an  15.  Donation  par  le  comte  Leybulf  qui 
parle  des  biens  de  son  père  à  Arles  et  du  comte  Loup  {ihid.,  n»  CCXLIX). 
2  juillet  845.  «  ante  Rothbertum  vicarium  de  viro  illustri  Adalberto 
comité  et tam  scavinis  tam  romanis quam  salicis...  temporibus  Leibulfi  comi- 
tis...  absque  blandimento  de  comitibus  vel  vicariis  Arelatensibus  »  [Saint- 
.Fic/or,no  26).  —  [850]  «  ind.  13.  Eldebertus  comes  »  {ibid.,  n°  291). 

1.  23  février  780.  «  Ansemundo  vicedomino  Massiliense...  Ansemundus 
vicedominus  per  ordinationem  Abbonis  patricii  condam  »  [Saint- Victor ^ 
n«  31). 

2.  Nithardl  Histor.,  1.  I,  cap.  2  [Mon.  Germ.  in  usum  schol.,  p.  2). 


76  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

des  Bourguignons  en  quatre  régions  bien  distinctes.  Mais 
ce  n'était  plus  un  patrice  ou  un  comte  qui  se  trouvait  à  la  tête  de 
chacune.  La  première,  avec  Autun,  correspondait  à  la  région 
nord-ouest  rattachée  au  royaume  des  Francs  ;  la  seconde  se  com- 
posait principalement,  au  nord-est,  du  pays  bourguignon  où  la 
langue  germanique  restait  dominante,  par  suite  de  l'irruption 
des  Alamans  qui  avait  précédé  la  chute  de  Rome.  La  troisième 
correspondait  à  la  région  bourguignonne  de  langue  latine,  restée 
entre  les  deux  précédentes  :  la  quatrième  enfin  se  trouvait 
formée  delà  Provence  plus  particulièrement  romaine.  Si  l'on  con- 
sidère ces  quatre  régions  bourguignonnes,  on  voit  que  chacune 
offrait  sa  physionomie  spéciale  et  formaitun  peuple  distinct  :  Bour- 
gogne franque,  Bourgogne  bourguignonne,  Bourgogne  allemande 
et  Provence.  Dans  la  décadence  carolingienne,  de  deux  choses 
l'une  :  ou  bien  un  peuple  est  indépendant  et  il  a  son  propre  roi, 
ou  bien  il  est  assujetti  à  un  autre  peuple  et  le  roi  de  celui-ci 
le  gouverne  par  l'intermédiaire  d'un  duc.  Ce  duc,  d'ail- 
leurs, possède  souvent  par  lui-même  un  comté  —  et  le 
plus  important  de  tous  —  dans  son  duché,  de  sorte  que  la  plupart 
des  actes  le  qualifient  simplement  comte.  De  plus,  si  son  duché 
se  trouve  sur  les  frontières  du  royaume,  il  porte  également  le 
titre  spécial  de  marquis.  Chacun  de  ces  trois  titres,  que  peut 
réunir  le  même  homme,  a  sa  raison  spéciale  d'être  et  on  aurait 
tort  de  les  croire  identiques.  En  841,  on  voit  mentionner 
Guérin  comme  duc  de  Provence  K  Ce  duc  paraît  avoir  eu 
d'abord  la  Bourgogne  franque,  car  on  le  voit  à  Mâcon  en  825,  à 
Chalon  en  834  ;  puis  il  y  joint  la  Bourgogne  bourguignonne  et  la 
Provence  qu'il  gouvernait  en  841 .  Le  traité  de  843  lui  fut  défavo- 
rable ;  cela  n'est  pas  surprenant,  puisqu'il  avait  battu  Lothaire  à 
Fontenoy.  Il  dut  se  retirer  dans  la  Bourgogne  franque,  son 
pays  d'origine,  où  il  mourut  en  853,  abbé  de  Flavigny  2.   En  845, 

1.  841.  Chronicon   Aquitanicum;  Mon.  Gerni.  hist.  Script.,  t.  II,  p.  253* 
Cf.  Poupardin,  Le  royaume  de  Provence,  p.  339,  note  4. 

2.  825.    Echange   avec   l'évêque  de  Mâcon,  en  Maçonnais,   Nivernais   et 
Auvergne;    le    comte  reçoit   Gluny   [GalL  Christ.,  t.  IV,  instr.    col.  265- 


LA    PROVENCE  CAROLINGIENNE  77 

paraît  un  nouveau  duc  d'Arles,  c'est-à-dire  de  Provence,  Fourrât 
ou  Fourras,  qui  cette  année-là,  se  met  à  la  tête  d'un  mouvement 
de  révolte  contre  Lothaire  :  la  Provence  cherchait  à  reconquérir 
une  autonomie  plus  complète,  mais  elle  dut  y  renoncer  K  Fourrât 
resta  d'ailleurs  à  sa  tête  et  se  retrouve  en  862  2.  Le  comte 
d'Arles,  Albert,  en  845  et  80O  était  donc  son  subordonné,  comme 
le  comte  Aldric  en  862.  En  même  temps  que  Fourrât  paraît  en 
Provence^  on  voit  Girard  paraître,  dès  846,  comme  duc  de  Lyon- 
nais, c'est-à-dire  de  la  Bourgogne  romane  :  il  y  reste  jusqu'en 
870  •^.  Peut-être  le  comte  Archimbaud,  qui  paraît  le  17  août  842 
et  le  3  avril  844  en  Viennois,  avait-il  été  son  prédéces- 
seur :  en  tout  cas,  le  comte  Guierry,  qui  paraît  en  853  égale- 
ment en  Viennois,  a  dû  lui  être  subordonné  ^.  En  855, 
le  comte  Hubert  est  nommé  duc  de  la  Bourgogne  jurane,  c'est- 
à-dire  de  la  Bourgogne  allemande  :  en  864,  il  y  sera  remplacé 
par  Conrad  ou  Gondré  II,  comte  d'Auxerre,  dont  la  dynastie  y 
restera  jusqu'à  la  fin  ^  Enfin,  dans  la  Bourgogne  franque,  la 
dynastie  carolingienne  de  Ghildebrand  se  maintient,  après 
Guérin,  jusqu'en  879,  malgré  quelques  dépossessions  momen- 
tanées. 

Vers  la  fin  du  règne  de  Charles    le   Chauve,    Boson    arriva    à 
réunir  trois  des  duchés  sur  quatre.  En  870,  il  reçoit  le  duché  de 

266).  —  Quierzy,  24  février  852  {Bibl.  de  VÉc.  des  Ch.,  t.  I,  pp.  212-213). 
Il  avait  épousé  Aubaine.  —  853.  «  obiit  Warinus  comis  »  {Ann.  Flavinia- 
censes;  Script.,  t.  III,  p.  152). 

1.  845.  «  Fulcradus  cornes  et  ceteri  Provinciales  ab  Hlothario  defî- 
ciunt  sibique  potestatem  tocius  Provinciœ  usurpant  »  (Ann.  Bertin).  — 
«  Hlutharius  Folcratum  ducem  Arelatensem  et  reliquos  comités  illarum 
partium  rebellare  molientes  in  deditionem  accepit  et  prout  voluit  Provin- 
ciam  ordinavit  »  [Ann.  Fuld.). 

2.  25 août  862.  Précepte  pour  Orang-e  {Bibl.  de  VÉc.  des  Ch.,  t.  I,  p.  495). 
Cf.  Poupardin,  p.  6,  note  8. 

3.  846.  Capitulare  Lotarii  {Mon.  Germ.  hist.,  t.  II,  p.  67),  Cf.  Poupardin, 
p.  12,  note  7.  — 870  [Ann.  Bertin). 

4.  17  août  842  {CaiH.  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  n»  126).  —  3  avril  844 
[ibid.,  n°  57).  —  853/8  [ibid.,  n°  99). 

5.  855  [Reginonis  chron.,  859).  —  864  [Ann.  Bertin;  Mon.  Germ.  hist. 
Script.,  l.  I,  pp.  466-467). 


78  LA   PROVEiNCE  DU  PREIVIIER    AU    XU^    SIÈCLE 

Lyonnais,  conquis  sur  Girard  ;  en  875,  il  reçoit  par  surcroît  la 
Provence  ;  enfin  en  879  il  succède  aux  cadets  des  Carolingiens 
dans  la  Bourgogne  franque  i.  Seule,  la  Jurane  lui  échappait. 
Possesseur  de  trois  duchés,  Boson  cherchait  comment  il  pouvait 
bien  définir  la  grandeur  nouvelle  et  imprévue  de  son  pouvoir  : 
ce  pouvoir,  il  le  tenait  de  la  grâce  divine,  mais  quel  pouvoir  était- 
ce  au  juste  ?  Ego  Boso,  Dei  gratia^  id  quod  sum  2.  Sa  femme  ne 
fut  pas  longtemps  à  le  persuader  que,  sans  doute,  avec  un  cercle 
ducal  d'or  pur  en  tête  et  deux  de  rechange  en  mains,  il  possé- 
dait assez  de  métal  pour  se  fabriquer  un  diadème  royal. 

Ainsi,  vers  840  et  à  la  fin  du  règne  de  Louis  le  Pieux,  on  a  vu 
les  comtes  placés  à  la  tête  des  quatre  régions  bourguignonnes 
recevoir  simultanément,  à  défaut  du  titre  de  patrice,  celui  de 
duc,  que  leur  attribuent  dès  lors  les  sources  narratives.  Un  demi- 
siècle  plus  tard,  nouveau  progrès  :  les  Carolingiens  perdent  tout 
à  fait  pied  en  Bourgogne  après  la  mort  de  Charles  le  Chauve  et 
les  ducs  montent  sur  le  trône.  Le  14  octobre  879,  c'est  Boson,  duc 
de  Provence  et  de  Lyonnais,  qui  est  élu  roi  de  Bourgogne-Pro- 
vence '^.  En  888,  c'est  Rodolphe,  duc  de  Jurane,  qui  est  élu  à 
son  tour  roi  de  Bourgogne  jurane  ^.  Boson  aurait  voulu  joindre 
à  sa  couronne  la  Bourgogne  franque;  mais  les  Carolingiens  lui 
firent  lâcher  prise  et  il  ne  put  que  la  passer  à  son  frère  Richard. 
Celui-ci  continua  à  la  gouverner  comme  duc,  sous  l'autorité  des 
rois  de  France.  Les  Carolingiens  vinrent  même  à  bout  d'enlever  le 
Lyonnais  et  presque  toute  la  Provence  à  Boson  :  mais  l'évolution 
survenue  était  plus  forte  qu'eux.  Le  royaume  de  Provence  était 
bien  perdu  désormais  pour  leur  race.  Leur  défaut  était  d'être  res- 


1.  870  [Ann.  Berlin).  —  875  {Reginon).  — 879  {Ann.  Berlin). 

2.  25  juillet  879  (André  Diichesne, //«s^.  de  Vergy,  Preuves,  p.  12).  Auxvi^ 
siècle,  Henri  d'Albret,  roi  de  Navarre  (1516-1555),  et  ses  successeurs  por- 
teront sur  leurs  monnaies  la  devise  analogue  :  -j-  gratia  dei  svm  id  qvod  svm 
(F.  Poey  d'Avant,  Monnaies  féodales  de  France,  2'^  vol.  Paris,  Rollin,  1860, 
pp.  186-202,  n««  3405-  3522). 

3.  Mantaille,  15  octobre  879  (Mon.  Gerni.  hisL,  Capilularia,  t.  II,  p.  365). 

4.  Saint-Maurice,  888  [Ann.  Fiildenses  et  Ann.  Vedaslini;  Mon.  Germ. 
hisl.  Scripl.,  t.  I,  pp.  405  et  525). 


LA   PROVENCE   CAROLINGIENNE  79 

tés  étrangers  à  ce  pays  dont  l'individualité  était  assez  forte  pour 
aspirer  à  se  gouverner  lui-même.  Quant  au  royaume  de  Bour- 
gogne jurane,  plus  éloigné,  il  ne  fut  même  pas  atteint  momenta- 
nément par  les  Carolingiens  évincés. 

En  résumé,  Autun,  capitale  du  duché  de  Bourgogne  franque,  a 
appartenu  à  la  branche  cadette  des  Carolingiens,  sauf  quelques 
exceptions,  de  733  avec  Childebrand  jusqu'en  879  avec  Thierry  ; 
puis,  de  879  à  960,  à  Boson  et  à  ses  collatéraux.  C'est  en  960 
que  les  Capétiens  y  prirent  pied  par  alliance  ^ .  Le  duché  de  Bour- 
gogne jurane  a  appartenu  de  855  à  864  à  Hubert,  puis  de  864  à 
1032  aux  descendants  de  Conrad  ou  Gondré,  comte  d'Auxerre, 
qui  se  faisaient  couronner  à  Lausanne  en  terre  romande  ^.  C'est  au 
partage  de  Prûm,  en  855,  que  le  duché  de  Lyonnais  et  celui  de  Pro- 

\  Autun  était  la  capitale  de  ce  duché,  comme  Arles  celle  de  Provence. 
Ce  fut  le  simple  château  de  Dijon  qui  remplaça  Autun  comme  capitale 
quand  les  Capétiens  eurent  le  duché.  Jusqu'alors  Autun  était  resté, 
semble-t-il,  la  capitale  traditionnelle  du  duché  de  Bourgogne  franque.  Le 
point  de  départ  de  cet  ancien  état  de  choses  pourrait  remonter  à  l'époque 
gallo-romaine.  Quand  le  préfet  du  prétoire  des  Gaules  s'était  replié  de 
Trêves  sur  Arles,  le  vicaire  des  Vil  provinces  s'était  porté  peut-être  de 
Vienne  à  Autun  dont  l'enceinte  avait  à  peu  près  la  même  étendue  que 
celle  de  Milan.  —  878.  «  dux  Augustodunensium  »  [Ann.  Vedastini).  — 
[xi«  siècle].  <(  Igitur,  quoniam  liac  tempestate  capud  ducatus  Burgundiœ 
castrum  Divionense  reputatur  et  capud  Divionis  Ecclesia  beatissimi  pro- 
tomartyris  Stephani  fore  perhibetur...  [Vita  doinni  Garnerii  praepositi 
sancti  Stephani  Divionensis  ;  Pérard,  Pièces  curieuses,  p.   125). 

1172.  Précepte  de  Hugues,  duc  de  Bourgogne  :  <(  Ego  Hugo  dux  Burgun- 
diœ... promisi  me  constructurum  in  mea  curte  apud  Divionem  ecclesiam... 
in  villa  Divionensi...  quoniam  igitur  ecclesiam  istam  ad  honorem  Dei  et  ad 
tutamen  animarum  ducum  Burgundige  et  ad  illustrationem  domus  illorum 
nondubito  pertinere  ipsam  tanquam  ducatus  caput  et  turrim  salutis  ducum 
cupio  erigere...  »  (Jules  d'Arbaumont,  Essai  historique  sur  la  Sainte-Cha- 
pelle de  Dijon.  Dijon,  Lamarche,  1863.  Pièces  justificatives,  n°  II,  pp.  105- 
108). 

2.  Vevey,  25  août  1011.  Précepte  de  Rodolphe  donnant  le  comté  de 
Vaud  à  l'évêché  de  Lausanne  :  «  ob...  loci...  Lausannensis  honorifîcentiam 
ubi  pater  noster  nosque  post  eum  regalem  electionem  et  benedictionem 
adepti  sumus...  »  (Fred.  de  Gingins-la-Sarra  et  Fr.  Forel,  Recueil  de  chartes, 
statuts  et  documents  concernant  Vancien  évêché  de  Lausanne.  Lausanne, 
G.  Bridel,  1846,  pp.  1-2.  ;  Coll.  des  méni.  et  doc.  publiés  par  la  Soc.  d'hist. 
de  la  Suisse  romande,  t.  VII.) 


80  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

vence  avaient  été  unis  pour  la  première  fois,  formant  ainsi  le 
royaume  de  Provence  K  Le  duché  de  Lyonnais  enveloppait  la  Pro- 
vence au  nord  et  à  l'ouest.  Primitivement,  au  sud  de  Lyon,  il  englo- 
bait deux  régions.  D'abord,  la  région  bourguignonne  de  Viennoise 
telle  qu'elle  avait  été  délimitée  par  la  constitution  apostolique  du 
5  mai  450  -,  sauf  Genève  et  la  Tarentaise  rattachées  àla  Jurane. 
En  même  temps,  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  les  pays  qui  avaient 
formé  depuis  le  vi®  siècle  la  Provence  austrasienne.  Dans  la  Vien- 
noise, rentraient  donc  Vienne,  Valence  et  Grenoble:  en  858,  on  y 
joignit  la  Tarentaise  qui  représentait  l'ancienne  province  des  Alpes 
Grées,  déclarée,  en  450,  annexe  de  la  Viennoise.  La  Maurienne, 
les  vallées  du  Briançonnais  et  de  Suse,  qui  représentaient  une 
partie  des  Alpes  Gottiennes,  avaient  été  enlevées  à  l'Italie  et  unies 
àla  Bourgogne  par  Gontran:  or,  avant  d'être  rattachées  à  l'Italie, 
les  Alpes  Gottiennes  étaient,  en  dernier  lieu,  unies  aux  Grées. 
Rien  de  plus  naturel,  par  conséquent,  que  de  voir  joindre 
ces  pays  au  duché  de  Lyonnais  en  même  temps  que  la  Taren- 
taise, plutôt  qu'à  celui  de  Provence^.    Dans   la  Provence  austra- 

1.  856.  «  Karlo...  Provinciam  et  ducatum  Lugdunensem  »  [Ann.  Berlin). 

2.  Le  partage  de  863  donne,  outre  la  Provence,  à  Louis  II  en  Viennoise  les 
comtés  bourguignons  de  Grenoble  (moins  Sermorens),  Valence  (rive  gauche), 
Tullins?,  Maurienne  et  Tarentaise,  ;  il  attribue  à  Lothaire  II  le  reste  du 
duché  de  Lyonnais.  Mais  ce  partage,  évidemment,  dépèce  la  Viennoise  pri- 
mitive pour  augmenter  la  part  de  Louis  II  qui  aurait  été  jugée  insuffisante 
si  elle  n'avait  compris  que  la  Provence.  Puisque  la  cité  de  Grenoble  et  pro- 
bablement celle  de  Vienne  même  sont  partagées  entre  les  deux  souverains, 
cela  prouve  bien  que  les  limites  adoptées  pour  le  partage  ne  sont  pas  celles 
du  duché  de  Lyonnais  et  de  la  Provence  :1e  comté  restreint  de  Grenoble  fut 
d'abord  du  môme  duché,  évidemment,  que  son  démembrement  formé  du 
pays  de  Sermorens  ;  le  comté  viennois  de  Tullins,  démembré  de  Vienne 
entre  le  22  octobre  [843?]  {Descr.  du  Cari,  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  n°  6; 
Hist.  de  Fr.,  VIII,  379)  et  le  16  janvier  858  {Descr.  Sainl-Maurice,  n°  188; 
Hisl.  de  Fr.,  VIII,  397),  fut  aussi  d'abord  du  même  duché  que  le  comté 
restreint  de  Vienne.  Dans  le  nouvel  état  de  choses,  on  crée  le  démembre- 
ment viennois  de  Tullins  pour  la  même  raison  que  le  démembrement 
grenoblois  de  Sermorens  ;  c'est  afin  que  la  frontière  nouvelle  entre  Vienne  et 
Grenoble  ne  passe  trop  près  ni  de  l'une  ni  de  l'autre  de  ces  deux  villes. 
Le  possesseur  de  Vienne  doit  donc  avoir  Sermorens  comme  le  possesseur 
de   Grenoble  doit  avoir  Tullins. 

3.  Déjà  en  753,  ce  sont  les  comtes  de  la  Viennoise  et  de  la  Jurane  qui 


LA    PROVENCE    CAROLINGIENNE  81 

sienne,  rive  droite,  figuraient  Viviers  et  Uzès  avec  ce  qui  s'y 
trouvait  du  territoire  d'iVvignon  et  d'Arles  ^  Telles  étaient 
les   dépendances   méridionales  du  duché    de  Lyonnais  ^. 

Il  ne  faut  pas  être  surpris  si  Lyon  fut  choisi  de  préférence  à 
Vienne  comme  capitale  du  duché  ;  on  a  vu  la  prééminence 
reconnue  dès  la  fin  du  vi^  siècle  par  les  Francs  et  l'Église 
à  cette  cité,  ancienne  capitale  des  Gaules  romaines.  Mais,  après 
la  mort  du  roi  de  Provence,  Charles,  survenue  le  25  janvier 
863,  la  résidence  du  duc  de  Bourgogne  bourguignonne  ou  de 
Lyonnais  paraît  transférée  de  Lyon  à  Vienne.  C'est  par  suite  de 
ce  fait  que,  plus  tard,  Boson  et  Louis  l'Aveugle  résidèrent  à  Vienne, 
même  quand  ils  possédèrent  Lyon.  L'assemblée  de  Mantaille  où 
fut  élu  Boson  et  celle  de  Valence  où  fut  élu  son  fils  se  tinrent 
également  dans  le  Viennois,  et  non  en  Lyonnais  ou  en  Provence. 
C'est,  d'ailleurs,  Farchevêque  de  Vienne,  Audran,  qui  semble  avoir 
pris  l'initiative  de  l'élection  de  Boson  et  qui,  pour  réussir,  feignit 
d'y  être  autorisé  parle  pape  Jean  VIII.  Celui-ci  ne  manqua  pas  de 
le  lui  reprocher  3,  mais  le  fait  était  accompli. 

s'unissent  en  Maurienne,  pour  arrêter  Grifon  :  cela  suppose  que  la  Taren- 
taise  appartenait  à  la  Jurane,  comme  Genève.  Cela  suppose  aussi  que  Gre- 
noble appartenait  à  la  Viennoise.  Il  n'est  pas  question  du  comte  d'Arles  : 
donc  la  Maurienne  était  bourguig-nonne  et  non  pas  provençale. 

1.  22  décembre  862.  Précepte  de  Charles,  roi  de  Provence,  pour  Viviers  : 
c'est  le  duc  de  Lyonnais  qui  intervient  [Hist.  de  Lang.,  t.  II,  Preuves,  n»  162, 
col.    336). 

2.  Saint-Etienne-de-Lugdarès,  en  Vivarais  et,  par  conséquent,  dans  le 
duché  de  Lyonnais,  ne  tire  pas  son  nom  de  Lyon,  mais  probablement  de 
la  localité  dite  Huédour.  Le  pays  d'Huédour  a  pu  être  dénommé  l'Huéda- 
rès,  d'où  Saint-Etienne-de-l'Huédarès,  par  opposition  à  Saint-Etienne-de- 
Vigan. 

3.  «  Sanctam  nostram  Romanam  ecclesiam  infamare  non  dubitas  quod... 
ipsius  autoritatem  habere  te  certifices  »  [Patr.  lat.,  t.  CXXVI,  col.  917;  cf. 
Jaffé,  2«  éd.,  n^^  3374  et  3375).  . 


Mém.  et  Doc.  de  L'École  des  Chartes.  —  VIL 


CHAPITRE  IV 

LE  ROYAUME  DE  PROVENCE  VIENNOIS 

(879-948) 


Lutte  de  Vienne  contre  Arlespour  la  primauté. 

La  cité  d'Arles,  devenue  capitale  du  diocèse  des  Gaules  à  la  fin 
du  iv*^  siècle,  avait  naturellement  obtenu  la  primatie  au  détriment 
de  Vienne,  capitale  de  la  Viennoise  et  du  diocèse  des  VII  provinces. 
L'heure  de  la  revanche  allait  sonner  pour  Vienne. 

Depuis  863,  sous  son  archevêque  Adon,  qui  avait  vécu  en 
Lyonnais  comme  moine,  Vienne  avait  enlevé  le  duc  à  Lyon. 
Maintenant,  Vienne,  grâce  à  son  archevêque  Audran,  possédait 
un  roi  de  Provence.  Après  s'être  fait  désavouer  par  Jean 
VIII,  Audran,  trouvant  insuffisante  cette  situation  de  fait,  fît 
fabriquer,  ou  fabriqua,  entre  878  et  885,  des  textes  favorables  à 
Vienne  aux  dépens  du  siège  primatial  d'Arles  et  du  siège  métro- 
politain de  Tarentaise  K  Après  Audran,  Alexandre,  qui  fut  chan- 
celier de  Louis  l'Aveugle,  en  compléta  la  série  vers  912.  On 
peut  dire  que ,  corrompue  par  les  visées  politiques  et  la 
proximité   du  pouvoir,   Téglise  de  Vienne  sous  Boson    et    Louis 

1.  Voir  le  mémoire  de  Dom  Alexandre  Grospeliier,  bibliothécaire 
de  Saint-Antoine  en  Viennois,  intitulé  :  Mélanges  d'hagiographie  dau- 
phinoise, notamment  le  paragraphe  intitulé  :  Chronologie  épiscopale  et  faux 
privilèges  de  Vienne  (  Extrait  du  Bulletin  d'histoire  ecclésiastique  des  dio- 
cèses de  Valence,  Gap,  Grenoble  et  Viviers,  t.  XX  et  XXI,  1900-1901  ; 
in-8  de  80  pp.  Voir  les  pp.  44-74). 


LE   ROYAUME    DE   PROVENCE    VIENNOIS  83 

l'AA^eugle  n'est  plus  qu'une  officine  de  faussaires  :  les  arche- 
vêques Audran  et  Alexandre  la  personnifient  et  doivent  donc  en 
porter  la  responsabilité  peu  honorable.  La  vérité  se  déforme 
entre  leurs  mains  :  le  passé  de  leur  église  devient  méconnais- 
sable. Avant  eux,  le  savant  Adon  avait  cherché  à  en  reconsti- 
tuer l'histoire,  mais  il  l'avait  fait  honnêtement.  Pour  contre- 
balancer Trophime,  disciple  de  Pierre,  ils  interpolent  leur  liste 
épiscopale  en  imposant  à  sa  tête  les  noms  du  disciple  de  saint 
Paul,  Grescent,  et  de  Zacharie  ;  ils  essayent  de  la  faire 
remonter  au  i*^**  siècle,  alors  qu'elle  remontait  tout  simplement 
à  Martin  et  à  la  fin  du  m®  siècle,  c'est-à-dire  à  la  création  de 
la  province  viennoise.  Ils  falsifient  un  exemplaire  de  la  Notice 
officielle  des  Gaules,  de  manière  à  s'arroger  la  primatie  sur 
tout  l'ancien  diocèse  des  Vil  provinces,  celle  d'Arles  exceptée, 
qu'ils  n'osent  encore  réclamer,  et  aussi  sur  la  province  des  Alpes 
Grées  et  Pœnines  K  Ils  forgent  enfin  une  suite  de  privilèges  aposto- 
liques de  Pie  I  à  Serge  III  (908),  conformes  à  leurs  prétentions. 
Ils  composent  une  notice  spéciale  pour  prouver  que  la  Maurienne 
dépendait  directement  de  Vienne  et  non  de  la  Tarentaise  ~.  Ils 
vont  jusqu'à  se  déclarer  métropolitains  d'Arles  ^  et  peut-être  de 
Lyon  ^.  En  somme,  ces  archevêques,  qui  se  rendent  coupables  du 
crime  de  faux  en  écritures  publiques,  ont  d'aussi  grandes  ambitions 
au  point  de  vue  ecclésiastique  que  Boson  au  point  de  vue  politi- 
tique.  S'il  est  une  excuse  possible  à  leur  faute,  on  la  verra  sans 
doute  dans  la  connivence  de  leur  souverain  qui  y  trouvait  son 
propre  avantage.  Ses  ambitions  à  lui,  Boson  fut  loin  de  les  réali- 
ser; il  ne  régna  pas  sur  la  Provence  entière,  puisque  la  province 
des  Alpes-Maritimes  fut  soumise,  seulement  après  lui,  à 
son  fils.  L'église  de  Vienne  demeura  longtemps,  de  son  côté,  à 
profiter  des  faux  qu'elle  venait  de  fabriquer.  Vienne  était  incon- 
testablement  la    résidence    des    rois    de    Provence,    après   être 

1.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  209. 

2.  Mgr  Alexis  Billiet,   Mémoire  sur  les  premiers   évêques  du  diocèse   de 
Maurienne,  pp.  14-15. 

3.  Grospellier,  p.  72,  note  6. 

4.  Ibid.,  pp.  66-67. 


84  LA    PROVENCE    DL    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

devenue  la  résidence  du  duc  de  Lyonnais;  mais  c'était  tout. 
Lyon  restait  la  capitale  du  Lyonnais  ;  Arles  restait  la  capitale 
non  seulement  du  duché  de  Provence,  mais  de  tout  le  rovaume  : 
son  évêque  était  le  premier  de  tous.  Dès  que  Louis  l'Aveugle 
eut  disparu,  c'est  une  vérité  traditionnelle  que  proclament,  eux- 
mêmes,  les  archevêques  de  Lyon  et  de  Vienne,  Amblard  et  Thi- 
baud.  Celui-ci,  il  faut  se  hâter  de  le  dire,  était  un  saint  homme 
différent  de  ses  prédécesseurs  K  Le  souverain,  qui  résidait  dans 
la  cité  de  Vienne,  résidait  aussi  quelquefois  dans  Neuchâtel, 
comme  dans  Aix-les-Bains  et  dans  d'autres  localités'^;  mais, 
depuis  le  xii*^  siècle  jusqu'à  la  fîn^  les  empereurs  iront  encore 
prendre  à  Arles  la  couronne  de  Provence  à  laquelle  se  sera  jointe, 
depuis  949,  celle  de  Bourgogne.  Les  faux  composés  sous  Audran 
et  Alexandre  n'avaient  donc  pas  encore  été  pris  au  sérieux  à  la 
fin  du  x^  siècle.  Les  trois  provinces  d'Arles,  d'Aix  et  d'Embrun, 
telles  qu'elles  composent  le  duché  de  Provence,  donnent  alors  lieu 
à  des  conciles  de  leurs  évêques  sous  la  présidence  du  primat 
d'Arles.  De  même,  les  trois  provinces  de  Lyon,  de  Vienne  et  de 
Tarentaise,  telles  qu'elles  composent  le  duché  de  Lyonnais,  donnent 

1.  956.  <(  Summorum  sunimo,  primorum  primo  domno  Manassœ  metro- 
politanœ  sedis  Arelatensis  archiepiscopo  cum  cœteris  coepiscopis  Lan- 
drico  Avenionensi,  Odolberto  Vallensi  et  aliis  Provinciae  episcopis, 
Emblardus  Lugdunensis  sedis  archiepiscopus...  )^  (J.  H.  Albanès  et  Ul. 
Chevalier,  Gall.    Christ,   noviss.  :  Arles.  Valence,   MCM,  col.  108,  n"^  258). 

[970-978].  «  Aimo  Valentinensis  sedis...  ante...  prsesentiam  Gondrandi 
régis  senioris  nostri...  quoniam  Arelas  caput  est  et  esse  débet  istius 
Galliœ...  ante  prsesentiam  rectoris  ejus  déferre  decrevimus  »  ;  Thibaud, 
arch.  de  Vienne  ;  Amblard,  arch.  de  Lyon  ;  Wido,  év.  du  Puy  ;  Isarn,  év. 
de  Grenoble  ;  Géraud,  év.  de  Genève  {Gall.  Christ.,  t.  XVI,  Instr., 
col.  101-102.  —  Cart.  de  Saint-Hugues...,  p.  59.  A  xxv). 

Bâle,  21  novembre  1214.  Précepte  de  Frédéric  II  :  «...  Cum  urbs  Arelaten- 
sis caput  Provincie  et  imperii  principalis  sedes  existât...  »  (Albanès,  Gall., 
Christ,  noviss.,  Arles,  n»  826). 

2.  24  avril  1011.  Précepte  de  Rodolphe:  «  ...  Viennammetropolinse  civi- 
tatem  »  [Cibrario  e  Pi-omis.  Documenti,  pp.  15-16). 

24  avril  1011.  Autre  précepte  de  Rodolphe  :«  ...  Aquis  villam,  sedem 
regalem...  Novum  Castellum  regalissimam  sedem...  »  [ibid.,  pp.    17-18). 

Bâle,  23  novembre  1214.  Précepte  de  Frédéric  II  :  «  ...Viennensis  eccle- 
sia...  metropolitanus  ejus...,  quia  princeps  nostri  consiliiest  et  archicancel- 
lariusinregno  Burgundiae...  »  ([Valbonnais],/f/s^.  de  Dauphiné,  t.  II,  p..  46, 
n°XLII). 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  85 

lieu  de  leur  côté  à  des  conciles  correspondants.  Si  fort  peu  ont 
laissé  des  traces,  l'institution  en  paraît  bien  établie.  Gomme  les 
diocèses  d'Uzès  et  de  Viviers  se  trouvaient  compris  dans  le  Lyon- 
nais, leurs  évêques  prennent  part  aux  conciles  du  duché  septen- 
trional et  non  à  ceux  du  duché  méridional.  Cependant,  en  droit, 
pour  les  faussaires  eux-mêmes  de  Vienne,  Viviers  dépendait  tou- 
jours d'Arles  ;  le  premier  exemplaire  viennois  de  la  Notice  en 
donne  la  preuve. 

Louis  d'Outremer  reçut,  du  royaume  de  Provence,  Uzès  et 
Viviers:  ces  deux  diocèses,  rattachés  à  la  France,  cessèrent  donc 
de  relever  du  Lyonnais.  Pour  le  Vivarais,  ce  ne  fut  qu'un  acci- 
dent momentané  ;  mais,  pour  l'Uzège,  la  chose  fut  définitive  K 
Malgré  cela,  les  évêques  d'Uzès,  tout  comme  ceux  de  Valence,  de 
Grenoble  et  de  Maurienne,  continuent  à  prendre  part  aux  con- 
ciles du  Lyonnais  tenus  à  la  fin  du  x®  siècle  et  jusqu'en  1025.  Y  pre- 
naient part,  de  même,  les  suffragants  de  Lyon,  c'est-à-dire  les 
évêques  de  Mâcon,  de  Chalon  et  d'Autun,  quoique  leurs  diocèses 
fussent  placés  dans  le  duché  de  Bourgogne  franque  2.  Par  contre, 
ceux  de  Viviers,  suffragants  d'Arles,  bien  que  placés  en  Lyonnais, 
paraissent  s'en  abstenir  :  s'en  abstiennent  aussi,  tout  naturelle- 
ment, ceux  de  Die,  puisqu'ils  sont  à  la  fois  sufPragants  d'Arles 

1.  Poupardin,  p.  233,  et  notes  2,  3.  Ajouter  aux  textes  cités  par  Tauteur 
la  concession  en  précaire  faite  à  Arles  le  20  décembre  [967]  par  l'archevêque 
Itier.  Le  donateur  concède  des  terres  qui  sont  placées,  les  unes  in  comitaiu 
Ucetico,  les  autres  in  regno  Provincie,  in  comitatu  Arelatensi  {Gall.  Christ, 
noviss.  Arles,  col.  114-115,  n°  268).  Uzès  ne  faisaitdonc  plus  partie  de  duché 
de  Lyonnais  et  du  royaume  de  Provence.  —  En  ce  qui  concerne  le  Vivarais, 
rendu  au  royaume  de  Provence  avant  la  fin  du  x*"  siècle,  il  redevint,  bien 
entendu,  comme  le  Valentinois,  partie  intégrante  du  duché  de  Lyon- 
nais, quoique  son  évêque  continuât  à  dépendre,  en  droit,  de  l'archevêque 
d'Arles.  [20  octobre-31  décembre  998]  :  précepte  de  Rodolphe,  confirmant 
à  Cluny  ses  biens,  placés  les  uns  in  episcopatu  Lugdunensi...  in  episcnpatu 
Viennensi...  in  episcopatu  Valentinensi...  in  episcopatu  Vivariensi,  les 
autres...  in  Proventia  (Bruel,  Ch.  de  Cluny,  n°  2466). 

2.  [19  octobre]  994-[24  mars  995].  Concile  de  Saint-Romain-d'Anse 
(Bruel,  Ch.  de  Cluny,  n"  2255  ;  Cart.  de  Romans,  nouv.  éd.,  n"  55).  —  1025. 
Autre  concile  (M.  C.Ragut,  Cart.  de  Saint-Vincent  de  Maco/i.  Mâcon,  Protat, 
1864,  pp.  304-305,  n°  DXVIII.  —  G.  de  Manteyer,  La  paix  en  Viennois, 
Grenoble,  1904). 


86  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

et  placés  dans  le  duché  de  Provence.  En  1037,  pour  la  première 
fois,  perce  l'influence  des  faux  de  Vienne.  On  sait  que  dans  un 
second  exemplaire  delà  Notice,  revu  et  amélioré,  les  Viennois,  plus 
audacieux  que  dans  le  premier,  s'adjugeaient  Viviers  et  Die.  La 
proximité  aidant,  l'évêque  de  Die  finit  par  se  laisser  persuader. 
Le  2  octobre  1037,  à  Romans,  on  voit  donc  figurer  Gonon,  titu- 
laire de  ce  siège,  dans  une  assemblée  publique  des  comtes  et  des 
princes  de  Viennois  et  de  Valentinois  :  il  y  figure  à  côté  des 
évêques  de  Maurienne,  de  Grenoble,  de  Valence,  de  Belley  et  de 
Sion,  sous  la  présidence  des  archevêques  de  Vienne  et  de  Taren- 
taise  1.  Ce  qui  se  produisait  à  Die  venait  de  se  produire  à 
Belley:  ces  sièges,  suffragants  d'Arles  et  de  Besançon,  entraient 
ensemble  dans  l'orbite  de  Vienne.  Les  Viennois  ne  pouvaient  son- 
ger à  faire  ratifier  par  Rome  la  collection  de  faux  qu'ils  avaient  for- 
gée vers  912.  Gertes,  il  est  possible  de  surprendre  la  bonne  foi  du 
siège  apostolique  et  on  n'a  pas  manqué  de  le  faire  souvent  ;  mais,  si 
le  stratagème  avait  réussi,  les  archevêques  d'Arles  n'auraient  pas 
manqué  de  protester  avec  éclat  en  produisant  leurs  archives  authen- 
tiques et  la  chose  eût  fait  scandale.  Ne  pouvant  agir  à  Rome, 
les  Viennois  ne  devaient  pas  se  faire  faute  de  répandre  autour 
d'eux  les  textes  sur  lesquels  ils  s'appuyaient  :  le  seul  étonnement 
qu'on  aurait  pu  manifester  dans  leur  région,  c'est  que,  le  temps 
marchant  et  les  papes  se  succédant,  aucune  confirmation  ne  fût 
venue  de  Rome  depuis  le  ix^  siècle.  Gette  objection  n'auraitpaslaissé 
que  d'être  embarrassante.  Et,  comme  une  faute  initiale  en  entraîne 
trop  généralement  d'autres,  les  successeurs  des  premiers  faussaires 
se  trouvaient  dans  le  cas  de  le  devenir  à  leur  tour.  Pour  cette 
cause,  Léger,  vers  1060,  mit  leur  œuvre  à  jour  par  un  pseudo- 
privilège de  Léon  IX  (1048-1050)  2.  En  1088,  Guy  de  Bourgogne 

1.  Cart.  de  Romans,  nouv.éd.  [1897],  pp.  89-94,  n»  79. 

2.  11  mai  [1048-1050]  (loh.a  Bosco,  Floriacensis  velus  bibliotheca^Lsevum 
xyston,  p.  68;  Duchesne,  Fastes  épiscopaux,  t.  I,  p.  175).  Dom  Gros- 
pellier  croit  que  ce  faux  de  Léon  IX  n'est  pas  dû  à  Léger,  mais  à  Guy  de 
Bourgogne  comme  les  suivants  :  mais,  s'il  l'avait  fait,  Guy  de  Bourgogne 
l'aurait  attribué,  probablement,  à  un  pape  plus  rapproché  de  son  pontificat 
pour  donner  une  valeur  plus  actuelle  à  la  confirmation. 


LE  ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  87 

s'assit,  à  son  tour,  sur  la  chaire  d'Avit  et  d'Adon  :  il  renchérit 
encore  sur  la  trinité  de  faussaires  qui  l'avaient  précédé.  Tous  les 
procès  qu'on  sait  avoir  été  soutenus  ou  provoqués  par  lui,  il  se  mit 
en  devoir  de  les  gagner,  en  produisant  des  privilèg-es  apostoliques 
où  le  bon  droit  de  Vienne  apparaissait  aux  yeux  des  juges  les 
plus  mal  disposés.  La  chose  se  passa  ainsi  pour  les  difficultés 
relatives  à  l'abbaye  de  Saint-Barnard  ;  il  en  fut  de  même  pour 
le  débat  relatif  au  pays  de  Sermorens,  contre  l'église  de  Gre- 
noble et  l'évêque  saint  Hugues.  Ce  n'étaient  pas  des  privilèges 
d'une  antiquité  vénérable  que  Guy  forgeait  ou  interpolait: 
c'étaient  des  décisions  contemporaines  de  Grégoire  VII  et  d'Ur- 
bain II,  voire  de  Pascal  II  ^  Le  faussaire  ne  manquait  pas 
d'audace.  Vis-à-vis  de  la  chancellerie  impériale,  il  paraît  s'être 
montré  plus  réservé  :  voulant  affermir  à  nouveau  la  dépendance 
directe  de  la  Maurienne  aux  dépens  de  la  Tarentaise,  c'est  un 
pseudo-précepte  de  Boson,  assez  gauche  d'allure,  qu'il  inventa  2. 
Du  temps  de  Guy,  se  produisit  une  véritable  révolution  écono- 
mique. Jusqu'alors  la  monnaie,  à  S/6  de  fin  comme  aloi,  se  com- 
posait de  deniers  dont  on  taillait,  semble-t-il,  240  au  poids  de  la 
livre  d'origine  romaine.  Tout  d'un  coup,  ou  en  peu  du  temps,  le  titre 
s'abaissa  à  2/3  de  fin,  en  même  temps  qu'on  se  mit  à  tailler, 
semble-t-il,  360  deniers  au  même  poids  que  jadis.  Par  suite,  le  nou- 
veau denier  viennois  ne  valait  plus  que  les  5/9,  soit  environ  la  moitié 
de  l'ancien.  Cette  ((conversion»  formidable  se  produisit  à  Vienne 
après  1075  et,  probablement,  avant  1092;  elle  se  produisit  ailleurs. 
Or,  les  derniers  deniers  de  l'ancien  système  font  déjà  suivre  les 
mots  traditionnels  de  la  légende  VRBS  VIENNA  par  ceux  de 
PRIMA  GALLIARUM,  puis  par  ceux  de  CAPUT  GALLIE  K 
Ainsi,  se  décèlent  les  ambitions  de  Vienne,  qui  cherche  à  supplanter 

1.  Pseudo-privilège  de  Grégoire  VII,  6  mars  1077  :  Cum  ex  apostolicœ 
(loh.  a  Bosco,  Lsevum  Xyston,  pp.  71-73).  —  Pseudo-privilège  d'Urbain  II  : 
Nolumus  latere  {ibid.,  pp.  74-75).  —  Pseudo-privilège  de  Pascal  II  : 
Potestatem    ligandi    [ibid.,  pp.  76-78). 

2.  Bibl.  de  Carpeniras,  ms.  74,  f^s 48  v°-49  v°  (Lambert,  Catal. ,  1. 1,  pp.  40-41  ). 

3.  H.  Morin,  Numismatique  féodale  du  Dauphiné.  Paris,  RoUin, 
MDCCCLIV,  pp.  16-17,  n^^  6  et  7. 


88  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl''   SIÈCLE 

Arles  et  Lyon.  On  connaît  le  type  monétaire  de  Léger,  ou  du  moins 
le  premier  employé  par  lui  du  temps  de  l'empereur  Conrad,  et  il 
était  plus  modeste.  Ces  derniers  deniers  du  système  ancien  sont 
donc,  au  plus  tôt,  de  la  fin  du  pontificat  deLéger.  Précisément,  vers 
1060,  Léger  avait  forgé  un  privilège  de  Léon  IX,  ratifiant  les  pré- 
tentions de  son  église,  et  ces  derniers  deniers  en  dérivent.  Ils  sont, 
au  plus  tard,  du  début  du  pontificat  de  Guy  (1088),  puisque  les 
deniers  du  nouveau  système  paraissent  à  ce  moment.  Quand  la 
réforme  monétaire  se  produisit,  c'est-à-dire  au  plus  tard  vers  1092, 
se  présente  une  modification  encore  plus  exorbitante  de  la  légende. 
C'est  alors  que  paraît  le  fameux  VIENNA  MAXIM  A  GALLIA- 
RUM  ^.  Le  module  des  deniers  diminuant,  il  faut  se  résoudre  à  des 
sous-entendus,  à  des  abréviations.  Le  motVRBS  disparaît  comme 
inutile,  on  abrège  GALLiarum;  mais,  s'il  est  un  mot  qu'on 
n'abrège  pas,  c'est  le  superlatif.  Cette  légende,  dans  sa  prétention  de 
suprématie  sur  Lyon  et  Arles,  montre  que  les  Viennois  entendaient 
enfin  recueillir  ouvertement  le  fruit  des  faux  élaborés  par  leurs 
archevêques  Audran,  Alexandre  et  Léger  -.  Leur  pontife  actuel, 
Guy,  était  bien  l'homme  voulu  pour  cela  :  puisqu'il  occupait,  à 
son  dire,  le  premier  siège  des  Gaules,  celui  de  Pierre  seul  pou- 
vait lui  faire  envie.  L'avenir  récompensa  cet  ambitieux  sans 
scrupules.  Il  devint  pape,  pour  sa  satisfaction  personnelle  et 
pour  la  plus  grande  gloire   de  Vienne.  Il  est   surprenant  que  le 

1.  Morin,  pp.  21-27,  n"»  8-24. 

2.  En  ce  qui  concerne  Lyon,  les  prétentions  de  Vienne  pouvaient  s'au- 
toriser de  son  origine  romaine  :  les  colons  romains  qui  fondèrent  la  cité 
de  Lyon  avaient  été  destinés  à  Vienne.  Ils  remontèrent  le  Rhône  jusqu'au 
confluent  de  la  Saône  par  suite  de  l'hostilité  des  AUobroges.  Les  Viennois 
purent  donc  se  consoler  plus  tard  en  disant  que  Lyon  devait  sa  naissance 
aux  colons  de  Vienne.  Mais,  au  point  de  vue  des  origines  chrétiennes,  c'était 
l'église  de  Lyon  qui  avait  fondé  l'église  de  Vienne.  Les  prétentions  vien- 
noises s'autorisaient  surtout  du  fait  que  la  résidence  du  duc  de  Lyonnais, 
en  863,  avait  passé  de  Lyon  à  Vienne.  Cette  cité,  par  suite,  avait  possédé 
un  roi  et  un  empereur,au  détriment  de  Lyon  et  d'Arles.  En  ce  qui  concerne 
Arles,  les  prétentions  de  Vienne  pouvaient  s'autoriser  de  l'organisation 
primitive  de  la  Viennoise  :  Arles  en  dépendait  alors  et,  avec  Arles,  les 
autres  provinces  du  diocèse  gallo-romain  des  VII  provinces.  Mais,  du  jour 
où  le  préfet  des  Gaules  était  venu  à  Arles,  cela  avait  changé. 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  89 

Sacré  Collège  n'ait  pu  mieux  choisir:  mais  il  fallait  tenir  compte 
de  la  situation  politique.  Gluny  était  un  puissant  avocat  pour  cet 
archevêque  bourguignon  qui  avait  su  se  mettre  en  valeur  au  concile 
devienne  (1112).  L'élu,  couronné  à  Vienne  le  9  février  1119, 
s'empressa  de  ratifier  suivant  toutes  les  règles,  comme  pape, 
les  faux  qu'il  avait  commis  et  ceux  plus  anciens  dont 
il  avait  usé  comme  archevêque  :  le  privilège  qu'il  expédia  à 
ce  sujet  est  du  28  juin  1119.  Gomme  s'il  ne  suffisait  pas,  il  le 
réédita  le  25  février  1120  ^  Ces  actes  chargent  gravement 
sa  mémoire.  L'église  d'Arles  n'avait  plus  qu'à  attendre  des  temps 
meilleurs  :  il  ne  s^agissait  d'ailleurs  que  d'une  prééminence  honori- 
fique et  purement  nominale.  Par  ces  privilèges,  Calixte  11  compléta 
ses  largesses  en  détachant  les  diocèses  de  Viviers  et  de  Valence 
de  la  province  d'Arles,  celui  de  Maurienne  de  la  province 
de  Tarentaise  ;  il  les  unit  à  la  province  de  Vienne.  Cela,  il 
avait  le  droit  de  le  faire  ;  mais,  moralement,  il  eût  mieux 
valu  pour  Vienne  tenir  cet  avantage  d'un  autre  pape.  Ces 
diverses  décisions  prises,  Calixte  gagna  l'Italie  au  milieu  des 
encensoirs.  11  eut  soin  de  passer  par  la  voie  assez  pénible 
de  Gap  et  de  Turin  plutôt  que  par  la  voie  tout  indiquée  d'Arles  et 
Marseille  :  sans  doute  ,  il  y  eût  été  fraîchement  accueilli  et  on 
y  eût  brûlé  moins  d'encens. 

La  bulle  du  28  juin  1119  enlevait  à  l'archevêque  d'Arles 
son  autorité  métropolitaine  sur  Viviers,  au  duché  de  Lyonnais,  et 
sur  Die,  au  duché  de  Provence.  Au  point  de  vue  politique,  cela 
ne  changea  rien.  Viviers  n'était  plus  provençal  depuis  qu'il 
dépendait    de  Lyon.  Die  ne  cessa  pas  de   rester  en   Provence  : 


1.  Maguelonne,  28  juin  1119.  Bulle  Etsi  ecclesiarum  omnium:....  «que  per 
autentica  predecessorum  nostrorum  Silvestri,  Nykolai,  Leonis,  Gregorii  et 
ceterorum  pontificum  romanorum  privilégia...  eidem  ecclesie  concessa  est, 
nos  quoque,  auctore  Deo,  concedimus  et  presentis  privilegii  pagina  confir- 
mamus  ut  videlicet  super  septem  provincias  primatum  obtineat...  »  (UI. 
Robert,  Bullaire  du  pape  Calixte  II,  t.  I*"",  pp.  36-38,  n"  25),  —  Valence, 
25  février  1120.  Texte  identique  {ibid.,  pp.  214-216,  n»  145). 


90  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

Calixte  II  n'y  pouvait  rien.  Le  comté  de  Diois  dépendait  et  con- 
tinua à  dépendre  du  marquisat  de  Provence  K 


II 

Le  comte   Thibert^  vicaire  du  roi  dans  le  duché  de  Provence 

(879-908) 

Il  importe  de  déterminer,  autant  que  faire  se  pourra,  la  suc- 
cession des  ducs  de  Provence  et  des  comtes  qui  possédèrent 
Arles  depuis  la  fin  du  ix®  siècle  jusqu'au  milieu  du  x®.  Malgré 
l'obscurité  de  cette  époque,  les  préceptes  royaux  et  les  donations 
des  fidèles  aux  églises  commencent  à  se  présenter  en  assez 
grand  nombre  pour  ajouter  une  série  de  dates  et  quelques  faits 
précis  aux  rares  renseignements  épars  dans  les  sources  narra- 
tives. 

A  l'exemple  de  Vienne  et  de  Lyon,  la  Provence  avait  élu  à 
Mantaille,  le  15  octobre  879,  son  duc  Boson  comme  roi  2.  Une 
nouvelle  génération  tentait  ce  que  le  duc  Fourrât  avait  essayé  de 
faire  trente-quatre  ans  plus  tôt.  Ce  qui  avait  échoué  en  845 
réussit  en  879.  Dans  la  décomposition  carolingienne  qui  s'avançait, 
ce  fait  était  à  prévoir.  Depuis  870,  l'élu  était  duc  de  la  Bourgogne 
bourguignonne  (Vienne  et  Lyon)  ;  depuis  875,  il  Tétait  de  Provence. 
Enfin,  depuis  quelques  mois  à  peine,   il  avait  joint  à    ces  deux 


1.  Saint-Saturnin,  juillet  1189.  Concession  en  fief  par  Raymond,  mar- 
quis de  Provence,  à  Aymar  de  Poitiers  de  la  domination  du  comté  de  Diois, 
à  charge  de  fidélité  et  d'hommage  (Jules  Chevalier,  Essai  sur  Die,  t.  I, 
pp.;468-469). 

1195.  Traité  entre  Raymond,  marquis  de  Provence,  et  le  comte  de  For- 
calquier  :  le  marquisat  s'étend  au  nord  jusqu'à  l'Isère  et  à  l'est  jusqu'au 
col  de  Cabre,  ce  qui  comprend  le  Diois  (Arch.  départ,  des  Bouches-du- 
Rhône,  B.  297). 

2.  Mantaille,  15  octobre  879  [Mon.  Germ.  hist.  Legum  sect.  II.  Capitu- 
laria,  t.  II,  n«  284,  pp.  365-369). 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  91 

duchés  celui  de  Bourgogne  française  (Autun)  K  II  voulut  régner 
sur  ses  duchés.  Cette  ambition  hardie  n'eut  pas,  cependant,  tout  le 
succès  qu'il  pouvait  espérer.  En  fait,  il  dut  passer  immédiatement 
le  duché  de  Bourgogne  française  à  son  frère  Richard  plutôt  que 
de  se  le  voir  enlever  par  un  étranger.  Quant  à  la  Provence,  seules 
les  provinces  d'Arles  et  d'Aix  se  rallièrent  à  l'usurpateur  :  celle 
d'Embrun  demeura  fidèle  aux  Carolingiens  2.  Ceux-ci,  mis  subi- 
tement d'accord  par  les  événements,  parvinrent  au  bout  de  deux 
ans  à  le  chasser  de  Vienne  ^  et  réduisirent  son  royaume  à  peu 
de  chose.  Par  suite  d'un  jeu  de  bascule  bien  équilibré,  pen- 
dant que  Boson  tentait  cette  expérience,  son  frère  restait 
soumis  aux  souverains  légitimes  :  ce  fut  Richard  qui  se  trouvait 
chargé  par  eux  de  mettre  Boson  à  la  raison.  Ainsi  les  succès  du 
cadet  compensaient,  autant  que  possible,  pour  sa  famille,  les 
insuccès  de  l'aîné.  Pourchassé,  Boson  s'était  réfugié  dans  la 
région  montagneuse  entre  le  Viennois  ^  et  la  Provence,  et,  grâce 

1.  Voir  cUdessus,  p.  78.  II  est  intéressant  de  noter  que  dans  la  Legatio 
officielle  des  grands  qui  précéda  le  sacre  et  le  couronnement,  on  assimile 
encore  l'élu  aux  anciens  patrices. 

2.  Aucun  évêque  de  la  province  des  Alpes  Maritimes  ne  figure  à  Man- 
taille.  Les  sièges  de  Senez,  de  Glandèves,  de  Nice  n'étaient  probablement 
pas  occupés  ;  mais,  ceux  d'Embrun,  de  Digne,  deVence  l'étaient  sûrement, 
le  premier  par  Albert,  le  dernier  par  Utifred(Duchesne,  Fasses,  t.  I,  pp.  282- 
288).  Cette  abstention  totale  est  une  preuve.  Dans  la  province  d'Aix,  les 
évêques  d'Antibes,  de  Fréjus  et  de  Sisteron  n'y  assistent  pas  davantage  ; 
mais  ces  sièges  devaient  être  inoccupés.  En  tout  cas,  la  présence  d^Edoldus 
évoque  de  Riez,  de  Birico  évêque  de  Gap,  enlève  toute  signification  politique 
au  manque  des  évêques  de  Sisteron  et,  probablement  de  Fréjus,  puisque 
Riez  et  Gap  se  trouvent  au  delà  de  Sisteron. 

3.  15  novembre  883,  la  2^  année  de  la  destruction  de  Vienne  (Chevalier, 
Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n»  108;  Gall.  Christ.,  t.  XVI,  instr., 
col.  9,  n°XII). 

4.  On  possède  un  don  fait  par  Odilon,  comte  deDiois,  à  Savenne  (com- 
mune Pont-de-Barret)  daté  d'un  jeudi  de  mars  [886]  indictione  XII,  anno  VII 
régnante  domino  nostro  Bosone  rege  [Cart.  de  Saint-Cha/fre,  n°  LXI).  L  in- 
diction est  erronée.  —  Il  existe  un  Pey-Boson,  Po(/f«m  Bosonis,  sur  la  com- 
mune Saint-Jean  d'Herans  {Cart.  de  Domina,  n°=*  5,  6)  :  on  ne  doit  rien  en 
conclure,  car  de  nombreux  Boson  ont  pu  donner  leur  nom  à  ce  lieu-dit. 

A  la  même  époque,  de  l'autre  côté  du  Rhône,  en  Valentinois,  Boson 
n'était  plus  reconnu:  voir  l'acte  relatif  à  Cornas,  dans  la  vigueriede  Soyons, 
sur  la  rive  droite,  du  samedi  26  mars  [886]  :  «  régnante  Carolo  rege  anno  111°  » 
[Cart.  de  Saint-Chaffre,  n°  CCCXXXIX). 


92  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

à  des  partisans  fidèles,  il  mourut  roi  (11  janvier  887).  En  droit, 
la  Provence  avait  passé  de  Charles  le  Chauve  (f  6  octobre  877) 
à  son  fils  Louis  II  (-[-  10  avril  879)  ;  après  la  mort  de  ce  dernier, 
le  partage  du  mois  d'avril  880  l'avait  attribuée  au  second  de  ses 
enfants,  Garloman  (-|-  12  décembre  884). 

De  ce  jeune  roi,  mort  lui-même  à  dix-huit  ans,  on  a  quelques 
deniers  frappés  à  Arles,  où  Boson  n'a  d'ailleurs  jamais  frappé  mon- 
naie que  l'on  sache  K  Le  seul  survivant  des  Carolingiens  français 
était  son  frère  cadet,  Charles,  c'est-à-dire  un  enfant  de  cinq  ans  ; 
les  grands  reconnurent  comme  héritier  son  oncle  au  cinquième 
degré,  Charles  III  le  Gros,  dans  la  branche  allemande.  De  ce  nou- 
veau roi,  on  possède  aussi  de  nombreux  deniers  frappés  à  Arles  2. 
Fait  remarquable,  les  derniers  deniers  carolingiens,  frappés  à 
Vienne  et  connus,  sont  plus  anciens  :  ils  portent  le  nom  de  Charles 
le  Chauve.  Malgré  l'expulsion  de  Boson  et  la  prise  de  Vienne, 
Charles  le  Gros  paraît  donc  avoir  concentré  son  monnayage  à  Arles^. 
Plus  tard,  Louis  l'Aveugle  frappera  bien  monnaie  à  Arles  et  à  Avi- 
gnon^ après  les  Carolingiens,  mais  il  y  conservera  comme  type  le 
monogramme  de  Charles  le  Gros,  son  père  adoptif,  ce  qui  n'aura  pas 
lieu  d'une  manière  nette  à  Vienne  où  il  avait  le  précédent  créé  par 
son  père  ^.  De  ces  détails,  ténus  mais  certains,  on  infère  la  preuve 
que  les  Carolingiens  vainqueurs  de  Boson  étaient  mieux  vus  en 
Provence  qu'en  Viennois.  C'est  naturel  :  presque  toute  la  Pro- 
vence avait  élu  Boson,  heureuse  d'être  autonome.  Mais  le  roi 
de  Bourgogne-Provence  était  viennois  plutôt  que  provençal. 
Vienne,  héritière  de  Lyon  en  863,  cherchait  à  usurper  le 
passé  d'Arles  et  sa  prééminence.  Dans  ces  conditions,  le  mécon- 
tentement   dut    naître    bien    vite    en   Provence  et  les  troupes 

1.  M.  Prou,  Catalogue  des  monnaies  françaises  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Les  monnaies  carolingiennes,  Paris,  1896,  p.  120,  n°*  863  à  868. 

2.  Ibid.,  pp.  119-122,  n°«  862,  869-881.  —  Cf.  Cart.  de  Saint-Maurice, 
n°  108,  pour  l'indication  de  son  règne  à  Vienne,  le  15  novembre  883. 

3.  Ibid.,  p.  117,  n°«  844-845. 

4.  André  Steyert,  Nouv.  hist.  de  Lyon,  t.  II,  p.  174. 

5.  Prou,  p.  122,  n°«  882-883;  pp.  117-118,  n°«  847-850.  A  Vienne,  on 
brouille  le  nionogramme    après  Charles  le  Gros, 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE   VIENNOIS  93 

de  Garloman  durent  y  être  relativement  bien  accueillies.  Boson 
étant  mort  le  H  janvier  887^,  on  s'arrangea  bien  vite  pour 
transiger.  Précisément,  Charles  le  Gros  était  sans  enfant  légitime; 
la  veuve  de  Boson  lui  amena  son  fils  Louis  quatre  ou  cinq  mois 
après  et  l'empereur  en  fît  son  fils  adoptif  ^.  Cet  acte  de  condes- 
cendance du  souverain  était  rendu  possible  par  le  fait  que  la  veuve 
de  Boson  était  princesse  impériale,  nièce  au  cinquième  degré 
de  Charles  le  Gros.  Les  conséquences  en  étaient  claires  :  dès  la 
mort  de  l'empereur,  Louis  devait  représenter  à  la  fois  les  droits 
de  son  père  naturel  et  ceux  de  son  père  adoptif.  Il  était  appelé 
légitimement  au  royaume  de  Bourgogne-Provence,  avec  l'expec- 
tative de  l'empire.  Mais,  Charles  le  Gros  étant  tombé  gravement 
malade,  les  peuples  germaniques,  mécontents,  notamment  on 
peut  le  croire,  de  cette  adoption  d'un  prince  bourguignon,  l'aban- 
donnèrent à  la  fin  de  novembre  pour  son  neveu  Arnulf  de  Carin- 
thie.  Le  vieil  empereur,  dépouillé  de  tout,  mourut  à  Neidin- 
gen  sur  le  Danube  le  13  janvier  888  ^.  L'empire  manquait  de 
direct  et  légitime  héritier,  selon  l'expression  de  Réginon.  En 
effet,  Louis  n'était  que  fils  adoptif  et  Bernard  fils  naturel. 
Chaque  royaume  s'occupa  de  se  choisir  un  roi  tiré  de  son 
sein  :  la  tête  manquant,  les  membres  se  séparent. 

Arnulf  garde  la  Germanie,  avec  la  suprématie  ^,  comme 
successeur  de  Charles  le  Gros  ;  Bérenger  devient  roi  de  Lombar- 
die,  Rodolphe  roi  de  Bourgogne  jurane,  Eudes  roi  d'Aquitaine 

1.  Pierre-François  Chifïlet,  Hist.  de  Touimus,  Dijon,  1664.  Preuves, 
pp.  234-235  ;  Gustav  Richter,  H.  Kohi,  Annalen  der  deutschen  Geschichle, 
II,  1,  Halle,  1885,  p.  496,  note  a.  —  Juin  887  :  «  anno  primo  post  obitum 
Bosone  et  régnante  Karolo  imperatore  »  [Ch.  de  Cluny,  n°  30) . 

2.  Kirchheim,  pendant  l'été  de  887:  «  mortuo  itaque  Buosone,  parvulus 
erat  ei  fîlius  de  filia  Hludowici  italici  régis  :  obviam  quem  imperator  ad 
Hrenum  villa  Chirihheim  veniens  honorifice  ad  hominem  sibi  quasi  adopti- 
vum  filium  eum  injunxit  »  {Ann.  Fuld.  continuatio  Ratisbonensis  887,  éd.  in 
asum  scholarum,  1891,  p.  115). 

3.  Ann.  Fuld.  contin.  Ratisbon.  887  [ibid.,  p.  116). 

Pour  l'interrègne  en  Bourgogne-Provence,  voir  Ch.  de  Cluny,  n°^  32,  36, 
37;  Cart.  de  Saint-Barnard,  2«  éd.,  n»  4. 

4.  Eudes  lui  prête  serment  de  fidélité  en  888  (Favre,  Eudes,  p.  110)  ; 
Hermengarde,  pour  Louis,  en  mai  889  (Poupardin,  p.  155). 


94  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU   Xll"    SIÈCLE 

et  de  France-Neustrie,  Guj  roi  en  Bourgogne  française.  Il  s'agis- 
sait de  savoir  qui  obtiendrait  la  France  d'Austrasie.  Guy  s'ap- 
puvait  sur  la  Bourgogne  française  et  comptait  sur  l'archevêque 
de  Reims,  Eudes  s'appuyait  sur  la  Neustrie  et  sur  l'archevêque 
de  Sens,  métropolitain  de  Paris  :  ce  dernier  prétendant  l'em- 
porta. Boson  avait  vécu  dix  ans  trop  tôt  :  l'époque  est  bien  venue 
maintenant  où  sur  les  couronnes  ducales  éclosent  les  lys  royaux. 
Pendant  toute  cette  agitation,  il  s'écoula  deux  ans  et  demi  entre 
la  mort  de  Charles  le  Gros  et  l'élection  de  Louis  par  les  grands 
de  Bourgogne-Provence,  suivie  de  son  sacre  :  en  effet,  la  céré- 
monie eut  lieu  à  Valence  entre  le  6  et  le  22  juin  890  *.  Vienne 
restait  le  centre  du  gouvernement  et  avait  pris  l'initiative  de  l'élec- 
tion comme  en  879.  Les  évêques,  qui  font  rédiger  le  procès- 
verbal  de  l'élection ,  s'appesantissent  sur  lesmalheurs  causés  au  pays 
par  l'absence  de  souverain  et  les  invasions  des  Sarrasins.  Il  est 
difficile  d'admettre  que  ces  invasions  aient  été  la  seule  cause  d'un 
interrègne  aussi  long.  Probablement,  il  fallut  d'abord  liquider 
l'aventure  de  Guy  qui  intéressait  le  duc  de  Bourgogne  Richard  ; 
puis  la  querelle  d'Arles  et  de  Vienne  avait  dû  amener  un 
certain  antagonisme  de  la  Provence,  de  manière  à  retarder 
l'entente  nécessaire  ^.  De  plus,  il  fallut  le  temps  de  se  procurer 
l'assentiment  du  pape  et  l'investiture  de  l'empereur  ;  enfin, 
l'établissement  des  Sarrasins  au  Freinet  l'aura  déterminée. 
Tout  cela,  les  grands  ne  le  disent  pas,  naturellement;  les 
protocoles  ne  disent  jamais  tout.  L'assemblée  reconnaît  à 
la  jeunesse  du  souverain  deux  tuteurs  :  éclairé  par  les  conseils 
de  sa  mère,  il  trouvera  sa  force  dans  l'appui  de  son  oncle,  le 
duc  de  Bourgogne  française  Richard.  Ce  n'était  plus  un  oncle 
ennemi,   mais  un  oncle  protecteur  :  tels  sont  les  retours  de  la 

1.  Valence  [6-22  juin]  890  {Mon.  Germ.  hist.,  Capitularia,  t.  II,  n»  289, 
pp.  376-377).  Cf.  Chartes  de  Cluny,  n°«  42,  45,  46.  48,  49,  57,  59,  61,  70, 
78,  etc.. 

2.  Dès  le  milieu  de  889,  Ermengarde  possède  l'investiture  d'Arnulf  et  Tar- 
chevêque  de  Vienne  obtient  l'encyclique  papale  adressée  à  répiscopat(Pou- 
pardin,  p.  155).  Il  s'écoule  encore  plus  d'un  an,  cependant,  avant  l'élec- 
tion. 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE   VIENNOIS  95 

politique.  Entre  temps,  les  Carolingiens  avaient  ratifié  les  faits 
accomplis  :  l'oncle  les  ratifiait  aussi.  Le  plaid  de  Varennes 
montre  comment  fonctionnait  le  nouvel  état  de  choses  à  la  veille 
de  l'élection  et  du  sacre  K  C'est  la  reine  régente  qui  gouverne 
avec  l'assistance  des  princes  ecclésiastiques  et  laïques,  pendant  la 
minorité  de  son  fils.  Tandis  que  l'archevêque  de  Vienne  était  allé 
solliciter  l'appui  du  pape,  l'archevêque  d'Arles  accompagnait  la 
reine-mère  à  la  cour  du  roi  de  Germanie,  pour  lever  tous  les 
obstacles  à  l'élection  du  jeune  roi. 

Dans  cette  assemblée  de  Varennes  figure,  à  côté  de  l'arche- 
vêque d'Arles,  le  comte  Thibert,  Teutberius.  Sa  souscription  fut 
apposée   au  plaid  l'avant-dernière  2.    Aucun  acte  connu  ne  lui 

1.  Le  plaid  concerne  Gigny  (cant.  Saint-Julien,  arr.  Lons-le-Saunier), 
et  Baume,  sa  dépendance  (cant.  Voiteur,  arr.  Lons-le-Saunier).  Il  est 
donc  probable  que  la  localité  où  il  fut  tenu  se  trouve  actuellement  dans 
le  département  voisin  de  Saône-et-Loire;  car,  dans  celui  du  Jura,  aucune 
ne  porte  ce  nom.  Mais  en  Saône-et-Loire,  on  en  rencontre  trop  :  ce  dépar- 
tement renferme  une  quinzaine  de  localités  dénommées  Varenne  ou 
Varennes.  M.  Steyert  [Nouv.  hist.  de  Lyon,  t.  Il,  p.  180)  dit  qu'il  s'agit 
de  Varennes-Saint-Sauveur  (Saône-et-Loire,  cant.  Cuiseaux,  arr.  Louhans), 
localité  placée  à  l'extrémité  septentrionale  du  Lyonnais. 

Le  plaid  est  certainement  antérieur  à  la  date  où  Louis  devint  empereur  : 
il  faut  donc  l'attribuer  à  l'an  890  qui  correspond  à  l'indiction  VIII.  C'est  la 
seule  date  possible.  Si  l'on  trouve  dans  le  texte  mention  d'actes  postérieurs, 
cela  prouve  tout  simplement  que  ce  texte  a  été  remanié  après  coup  pour 
former  une  notice  destinée  à  figurer  dans  le  Cartulaire  de  Gigny.  Pareil 
fait  se  rencontre  fréquemment.  Si  la  date  du  plaid  est  dans  le  style  pisan, 
elle  flotterait  entre  le  25  mars  890/889  et  le  24  mars  890;  probablement,  il 
aurait  été  tenu  par  la  reine  en  revenant  de  la  cour  d'Arnulf  à  Vienne.  Ce 
qui  le  confirme,  c'est  que  Louis  n'y  est  pas  encore  qualifié  roi.  La  reine  est 
accompagnée  de  l'archevêque  d'Arles  ;  celui  de  Vienne  était  à  Rome. 

2.  Les  souscriptions  du  plaid  de  Varennes  sont  les  suivantes  : 

S.  Ermengardis  reginse Richardusgloriosus  cornes  f. 

Uindo  {sic)  comes  f. 

Vigo  [sic)  comes  f. 

Ratterius  comes  f. 
S.  Rostagnus  archiepiscopus  Arelatensis        Teubertus  comes  f. 
S.  Andradus  (sic)  sanctse  Cabilonensis  eccle- 
siae  episcopus  Ragenardus  comes  f. 

S.  Isac  Gratianopolicensis  episcopus. 


96  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl**    SIÈCLE 

donne  le  titre  de  duc  et,  cependant,  son  importance  est  prédomi- 
nante. Plusieurs  préceptes  du  jeune  roi  sont,  de  896  à  900,  obte- 
nus par  les  évêques  ou  les  abbés  provençaux,  par  l'intermédiaire 
de  ce  personnage.  En  896  i,  son  intervention  concerne  le  comté 
d'Apt.  En  904  et  le  21  avril  2,  le  souverain  se  trouvant  à  Arles, 

(S.  Guichenon,  Bibl.  Sebus.  Lugduni,  M.  DC.  LX.  Cent.I,  cap.  XXVI, 
pp.  60-61  ;  Ilist.  de  Fr.,  IX,  663.) 

D'une  part  les  souscriptions  épiscopales,  de  l'autre  les  comtales.  Il  s'agit 
de  Rostaing,  archevêque  d'Arles,  et  d'Ardre,  évêque  de  Chalon,  dont  le 
prédécesseur  Etienne  siégeait  encore  le  18  mai  887  (Duchesne,  Fastes  épis- 
copaux,  t.  II,  p.  195).  On  ne  saurait  y  voir  un  évêque  de  Cavaillon 
(Poupardin,  p.  153,  note  2).  Le  comte  correspondant.  Renard,  doit  être 
le  comte  de  Chalon  :  dans  ce  cas,  ce  serait  le  père  de  Manassès  I 
comte  de  Chalon  (894-918),  de  Renard  vicomte  d'Auxerre  (909-925), 
de  Walon  évêque  d'Autun  (894-918)  et  de  Mannon  (910). 

Si  cette  correspondance  entre  Ardre  et  Renard  était  établie  —  et  elle 
est  probable,  —  on  n'aurait  pas  de  peine  à  admettre  que  le  comte  Thibert 
correspond,  dès  890,  à  l'archevêque  d'Arles,  comme  on  le  constatera  plus 
tard. 

Toutes  les  probabilités  portent  à  rétablir  Vcgo,  au  lieu  de  Vigo  ;  c'est 
ce  qu'on  est  obligé  de  faire  pour  l'acte  passé  à  Vienne  en  août  [912] 
[Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n»  94;  Gall.  Christ.,  t.  XVI,  Instr.,col.  13, 
n°  XVII)  et  Gingins-la-Sarraz  a  eu  raison  de  le  reconnaître  {Les  Hugonides, 
p.  34,  note  194).  Cette  restitution  faite,  on  voit  ici  la  première  mention  du 
jeune  comte  de  Viennois  Hugues,  dont  le  père,  Thibaud,  est  mentionné  on 
juin  887  pour  la  dernière  fois(G/i.  de  Cluny,  n°  30)  et  qui,  sans  doute,  venait 
de  mourir.  Poupardin  en  convient  (p.  205),  mais  alors  il  faut  renoncer  au 
comte  Guigue  hypothétique  proposé  par  M.  de  Terrebasse  (Poupardin, 
p.  202,  note  2).  Quant  à  Vindo,  c'est  Vuido  qu'il  faut  lire. 

1.  896.  u  industrissimus  quidam  fidelis  noster  nomine  Teutbertus  illustris 
comes  «(Bouquet,  IX,  p.  676).  Cet  acte  prouve  que  Thibert  remplissait  les 
fonctions  de  comte  d'Apt. 

2.  Arles,  21  avril  904.  «  Rostagnus  metropolita  et  Teubertus  comes,  nos- 
tram  adeuntes  excellentiam  ...  postulaverunt  quatinus  fideli  nostro  Magno, 
abbati  ecclesie...  Marie  et...  Victoris...  in  Massilia...  concederemus  jure 
perpetuo...  fiscum...  Pinus...  conjacentem  in  comitatu  Massilicnsi...  una 
cum  terra  comitali  que  ante  portam  castri  fore  videtur  »  [Cart.  de  Saint- 
Victor,  n»  10  ;  Hist  de  Fr.,  IX,  p.  682).  Il  résulte  de  cet  acte  que  Thibert 
remplit  les  fonctions  de  comte  de  Marseille,  puisqu'on  dispose  de  la  terre 
comtale  sur  sa  demande  et  que  cette  terre  ne  dépend  pas  d'un  comté 
étranger  :  du  fait  que  l'archevêque  se  l'associe  pour  intervenir  dans 
Arles  auprès  du  roi,  il  résulte  aussi  qu'il  remplissait  les  fonctions  de 
comte  d'Arles.  Mais,  puisqu'il  remplissait  les  fonctions  comtales  à  Arles,  à 
Marseille,  à  Apt,  à  Avignon  et  ailleurs,  il  faut  bien  qu'il  tienne  lieu  de 
duc  en  Provence. 


LE    ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  97 

c'est  Thibert,  conjointement  avec  l'archevêque  d'Arles,  qui  inter- 
vient afin  d'obtenir  pour  l'abbé  de  Saint-Victor  une  concession  dans 
le  comté  de  Marseille.  Le  17  septembre  903  ^,  il  obtient  pour 
révêqued'Uzès  une  concession  dans  le  comté  d'Avignon  ;  dans  ce 
même  comté,  il  obtient  un  précepte  en  faveur  de  l'évêque  d'Avi- 
gnon le  19  octobre  907  -.  Ce  dernier  fait  se  renouvelle  encore  le 
16  mai  908  -K  En  dehors  de  Provence,  il  se  trouve  avec  Tarche- 
vêque  d'Arles,  soit  à  Varennes  en  890,  soit  parmi  les  grands  qui 
procurent  en  903  au  comte  de  Valentinois  Alleaume,  Adalelmus^ 
la  possession  de  ses  biens  à  titre  héréditaire  ^.  Cette  interven- 
tion répétée  de  Thibert  dans  plusieurs  des  comtés  les  plus  impor- 
tants de  Provence,  comme  intermédiaire  entre  les  évêques  et  le 
roi,  enfin  sa  présence  à  Arles  en  904,  à  côté  de  l'archevêque  et 
auprès  du  souverain,  sont  des  indices  assez  sûrs  qu'il  tint  lieu  de 
duc  en  Provence,  depuis  890  jusqu'en  908.  En  raison  du  fait  que 
Vienne  était  devenu  le  centre  politique  du  royaume  à  partir  de 
863,  il  est  tout  naturel  que  les  ducs  de  Provence  soient 
dès  lors  choisis  à  Vienne  dans  l'entourage  du  souverain.  Pour 
Thibert,  en  particulier,  on  sait  qu'il  avait  été  l'un  des  fidèles  de 
Boson  et  qu'il  en  avait  reçu  la  terre  de  Mantaille  en  Vien- 
nois,   où  l'usurpateur   avait    été    élu    roi  ^.    L'existence    de    ce 


1.  Lyon,  17  septembre  903.  «  Teiitbertus  cornes  et  Walo  vir  strenuus, 
nostri  dilectissimi  fidèles  »  {Ilisi.  de  Fr.,  IX,  G82). 

2.  Vienne,  19  octobre  [907].  «  sub  introductu  cujusdam  fidelis  nostri  ïeud- 
berti  comitis  »  (Arcli.  de  Vaucluse,  G.  6,  f°  5;  Ilisi.  cleFr.,  IX,  683). 

3.  Vienne,  16  mai  [908J.  «  quidam  spectabilis  vir  et  propincus  noster  nec- 
non  et  carissimus  nobis  omnium  Ilugo  comes  atque  eciam  Teubertus  fide- 
lis noster  »  (Arch.  de  Vaucluse  G.  6,  f»  6  ;  Ilist.  de  Fr.,  IX,  684). 

4.  6  juin  903.  «  fidèles  nostri  Rostagnus...  venerabilis  archiepiscopus, 
Berne  episcopus,  Liutfridus,  Hugo  atque  Teutbertus  comités  illustri  (Che- 
valier, Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  Appendix,  n»  12,  p.  221  ;  Descr.  du 
Cart.  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  n°  19.j,  p.  43). 

5.  [886-899].  «  villani  Mantulam  quamgloriosus  rex  Bosopiissimus  senior 
meus...  prœcepto...  magnitudinis  suse  mihi  quondam  contulerat  ad  possi- 
dendum,  pro  anima  régis  Bosonis...  praîstantissimo  filio  ejus  Hludovico 
domino  et  seniori  meo,  mihi  quoque  et  uxori  meœ  prœdictam  villam  a  rec- 
toribus  ecclesiye  Viennensis  possidere  volo  sœclusis  hasredibus  meis  » 
(d'Achery,  Spicil.,  t.  III,  pp.  362-363,  in-folio). 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Charles.  —  VII.  7 


98  lA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

lien  entre  Boson  et  Thibert  invite  à  penser  qu'il  n'a  pas  dû 
être  duc  de  Provence  tant  que  ce  pays  resta  carolingien  ;  en 
conséquence,  il  était  bien  possessionné  en  Viennois  avant  d'ad- 
ministrer la  Provence.  Du  temps  de  l'archevêque  Bernoin  (886- 
•}*  16  janvier  899),  Thibert  transféra  Mantaille  à  l'ég-lise  de 
Vienne  et  celle-ci  lui  en  laissa  l'usufruit  en  y  joignant  Albon, 
Tortilianum  et  Genissieux.  Comme  accroissement  de  bénéfice, 
Thibert  reçut  en  902,  conjointement  avec  Bernard,  labbaye 
d'Ambierle  i.  Louis  accorda  cette  faveur  à  la  demande  de  son 
beau-frère  Guillaume,  marquis  d'Auvergne,  comte  de  Mâcon, 
palatin  de  Bourgogne,  dont  cette  localité  dépendait.  Peu  à  peu, 
Thibert  vieilli  s'efface  devant  la  personnalité  grandissante  du 
comte  Hugues,  qui  lui  succédera  en  Provence  :  il  y  paraît  pour 
la  dernière  fois  le  16  mai  908  et  il  dut  mourir  bientôt  après.  Un 
acte  du  cartulaire  de  Saint-Maurice,  daté  du  13  avril  [925], 
montre  le  comte  Siboud  ou  Sibeud,  souscrivant  la  donation,  con- 
sentie par  son  frère  Thibert,  de  biens  à  Mons  et  à  «  Gien  » 
en  Viennois,  faite  à  leur  proche  le  prévôt  Sobon  -.  La  qualifica- 
tion de  comte  donnée  à  l'un  de  ces  deux  frères,  qui  devait  être 
l'aîné,  et  l'homonymie  de  l'autre,  c'est-à-dire  du  cadet,  avec  le 
comte  Thibert  tendent  à  prouver  qu'ils  étaient  ses  enfants. 
Ils  étaient  apparentés  ou  alliés  à  la  famille  des  vicomtes  de 
Vienne  dont  Sobon  faisait  partie.  On  doit  sans  doute  reconnaître 
le  donateur  de  925  dans  Thibert,  qui  approuve,  le  28  septembre 
[942],  une  concession  émanée  de  Sobon  devenu  archevêque  de 
Vienne  -^  ;  cette  concession  concerne  l'église  Saint-Nazaire  de 
Four.  Ce  Thibert,  possessionné  ainsi  en  Viennois  de  925  à  942, 
eut  lui-même  pour  fils,   de  sa  femme  Aunenrada^  Arlulfus,  ou 

1.  Vienne,  11  novembre  [902].  «  Wilelmus  inclytus  dux  et  marchio... 
postulavit...  fidelibus  nostris  Bernardo...  ac  Teutberto...  de  comitatu  Luc- 
dunensi...  in  pago  Rodanensi  »  (C/i.  de  Cliiny,  n°  78  ;  Hist.  de  Fr.,  IX,  681- 
682).  Ambierle,  cant.  Saint-Haon-le-Châtel,  arr.  Roanne,  Loire. 

2.  Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  p.  35, 
n°  139.  —  Cart.  Saint-André-le-Bas,  Appendix  n°  19*. 

3.  Ibid.,  p.  31,  n°  110.  —  Cart.  de  Saini-André-le-Bas,  Appendix  n° 
23*.  —  Four,  cant.  La  Verpillière,  arr.  Vienne,  Isère. 


LE    ROYAUME   DE  PROVENCE   VIENNOIS  99 

Erlulfus,  et  Sigibodus,  Siboud  i.  Le  premier,  Arliilfiis^  pourrait 
être  la  souche  des  vicomtes  de  Marseille  '^.  En  tout  cas,  lui  et 
son  frère  sont  propriétaires  en  Viennois,  spécialement  dans  les 
environs  d'Annonay.  Le  nom  Erlulfus^  d'ailleurs,  rappelle  celui 
d'Arloux,  existant  à  Vienne  en  883  et  fils  du  vicomte  Angelboud 
(870-882)  ^.  Cette  homonymie  indique  que  le  comte  de  Provence, 
Thibert,  pourrait  être  le  fils  de  ce  vicomte  viennois.  Quant  au  comte 
Siboud,  fils  aîné  de  Thibert,  on  ne  lui  connaît  pas  de  postérité  à 
moins  qu'il  ne  faille  lui  rattacher  le  comte  Geilin  (956-961),  mari, 


1.  Mercredi  de  mai  [954?],  Fan  15.  «  Ego...  Arlulfus...  pro  remedio  anime 
genitoris  mei  Teodbert  et  genitricis  mee  Aimenradane  et  germanis  mei 
Sigibodo...  de  rébus  meis,  in  pago  Vienense,  in  agro  Annonacense  in  villa 
...Vinonia...  Signum  Arlulfi...  Signum  Isarni.  Signum  Wagoni.  Signum 
Poncioni.  Signum  alii  Isarni...»  [Cart.  de  Saint-Barnard  de  Romans,  nouv. 
éd.,  n«  27;  §  CVIII). 

«  Filio  nostro...  Anscherico...  Siibodus  genitor  tuus  et  Agnes  genitrix  tua 

...  donamus hereditate  nostra...  in  pago  Viennensi...  ecclesia...   sancti 

Marcelli...  et  in  Solencinatis...  in  Varriona...  in  Aticiago...  in  Pradolatis... 
et  ultra  fluvium  Rodani  quidquid  Deus  mihi  concessit...  Signum  Siibodi  et 
uxoris  sue  Agnes...  Et  ego  Adalsenna...  dono  ad  nepotemmeum  Ascherium 
...  Vernatis...»  [Cart.  de  Saint-Maurice,  n°  87.  —  (^art.  de  Saint- André-le- 
Bas,  Appendix,  n°  116*).  Il  s'agit  notamment  de  Saint-Marcel-lès-Annonay 
et  Atticieux  (commune  Saint-Jacques  d'Atticieux)  dans  l'arr.  de  Tournon,  de 
Véranne  dans  Tarr.  de  Saint-Etienne.  Il  faut  restituer  Siibodus  au  lieu  de 
Subodus. 

«  In  agro  Annonacensi,  in  villa...  Monasteriolum  Sancti  Marcelli...  ad 
portum...  Sarreria...  ego  Aschericus,  Sancti  Mauricii  canonicus...  Signum 
Siebodi...  »  [Cart.  de  Saint- Maurice,  n°  87.  —  Cart.  de  Saint- André-le-Bas. 
Appendix  n°  115*).  Il  s'agit  de  Saint-Marcel  et  de  Serrières,  dans  l'arr.  de 
Tournon. 

2.  18  août  [955]  l'an  14^.  Précepte  de  Conrad  pour  Arlulfus  (Saint-Victor, 
n»  1041.) 

3.  Vienne,  avril  870.  Plaid  devant  le  comte  Girard,  l'archevêque  Adon 
et  Angilbotone  vicecomite  et  Judices  et  vicariis  (Ch.  de  Cluny,  n°15). —  Juin 
882  :  S.  Ingelbodo  [Ibid.,  n»  26).  —  15  novembre  883,  l'an  second  de  la  des- 
truction de  Vienne.  Don  parErlulfeet  sa  femme  Adoara,  en  mémoire  de  son 
père  Angelboton  et  de  sa  mère  Anne...  <c  in  pago  Viennense,  in  agro 
Ebbaonense,  in  villa...  Anarionis...  [Cart.  Saint-Maurice  de  Vienne,  n"  108, 
Gall.  Christ.,  XVI,9).  Anneyron  (Drôme,  arr.  Valence,  cant.  Saint- Vallier), 
dans  le  pays  d'Albon,  en  Viennois. 


100  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XIl^  SIÈCLE 

de  Goteline  et  de  Raimodis  ^,  puis  le  comte  Paton  (968),  dont 
l'autorité,  à  tous  deux,  paraît  s'être  exercée  principalement  dans 

1.  [940-950?]  «  Diligendo  et  valde  amabili  seniori  meo  nomine  Gillino 

comiti  et  filio  suo  Ainerio  nomine in  pa^o  Viennensi,  in  agro  Clarense, 

in  villa...  Santiniaco  ^{Cart.  de  Saint-Barnard  de  Romans,  nouv.  édit.,no  21). 
Il  s'agit  d'une  donation  faite  au  comte  Geilin  et  à  l'un  de  ses  fils,  de  biens 
sis  en  Viennois,   dans  le  pays  de  Clérieux,  par  un  de  leurs  vassaux. 

30  juin  956:  «  inpago  Valentinensi,  in  vicaria  Subdionense,  in  aice...  Cor- 
natis,  sive  Calliario,  vir  inclytus  nomine  Geilinus  comes  cum  conjuge  sua 
Gothelina  (Ul.  Chevalier,  Cart.  de  Saint-Chafjfre,  n°  330).  Il  s'agit  d'une 
donation  à  Cornas,  dans  la  viguerie  de  Soyons  et  le  comté  de  Valentinois. 
Cette  localité,  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  est  à  proximité  du  Viennois. 
—  Cornas,  cant.  Saint-Péray,  arr.  Tournon,  Ardèche. 

mars  961  :  «  in  pàgo  quondam  Lugdunensi  quod  nunc  est  in  episcopatu 
Valentinensi  Geilinus  nobilissimus  vir  et  potens...  cum  sua  conjuge...  Rai- 
modi  in  loco  qui  dicitur  Manso  Caviliano...  Canilis  [ibid.,  n°  345).  Manso 
Caviliano  n'est  autre  que  Mâche  ville  (comm.  Lamastre,  arr.  Tournon  ). 

Au  7  décembre,  est  marque  l'obit  d'un  comte  Geilin,  inhumé  dans  le  mur 
du  cloître  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  après  avoir  donné  à  la  communauté 
du  chapitre  villas  Cassagnetum  et  Marciaciim  (Obituaire  de  l'église  de 
Vienne.  —  Poupardin,  p.  366).  La  villa  Marciaco  se  trouvait  près  du  cas- 
trum  Pineti  [Cari,  de  Saint-André,  n°  266)  et  de  l'église  Saint-Marcel  [ibid., 
n°  271).  Or  le  castrum  Pineti  est  sans  aucun  doute  Pinet  (commune  Eyzin- 
Pinet),  puisqu'on  trouve  le  lieu  de  Saint-Marcel  dans  la  même  commune.  Il 
faut  donc  chercher  Marciacum  dans  ces  parages  rapprochés  de  Vienne  et 
non  pas,  comme  on  l'a  fait,  à  Marcieu,  cant.  de  la  Mure,  c'est-à-dire  à  Tex- 
Lrcmité  opposée  du  diocèse  de  Grenoble,  D'autre  part,  Cassagnetum  doit  être 
dans  les  environs  de  Gênas  (cant.  Meyzieux)  et  de  Mure  (commune  Saint- 
Bonnet-de-Mure,  cant.  Heyrieux),  selon  les  indications  fournies  par  le  Cart. 
de  Saint-André-le-Bas  [n.°^  30  et  241).  Cet  obit  se  rapporte,  non  pas  au  comte 
Geilin  de  956,  mais  au  comte  Geilin  mari  d'Ava,  père  de  l'évêque  Odon,  qui 
vivait  le  18  mars  1058  (Car/,  de  Saint-Chafjfre,  n""  349  et  350).  A  cette  date, 
il  donne  à  Saint-ChaffreSaint-Barthélemy-de-Vals,  Marnas  et  Buisson  (cant. 
Saint-Barthélémy),  sur  la  rive  gauche  de  la  Galaure.  L'obit  de  ce  comte  Geilin, 
qui  vivait  en  1058,  se  trouve  au  5  décembre,  dans  l'obituaire  de  Saint-Paul  de 
Lyon  (M.-C.  Guigue,  Obituarium  ecclesise  Sancti  Pauli  Lugdunensis,  Bourg", 
Gromier,  1872,  p.  51)  et  au  7  décembre  dans  l'obituaire  de  la  Primatiaïe 
de  Lyon  (M.-C.  Guigue,  Obituarium  Lugdunensis  ecclesise,  Lyon,  Scheuring, 
1867,  pp.  165-166;  M.-C.  Guigue  et  G.  Guigue,  Obituaire  de  Véglise  pri- 
matiaïe de  Lyon,  Lyon,  Vitte,  1902,  p.  100.)  La  première  date  est  celle  de 
la  mort  ;  la  seconde,  celle  de  l'enterrement.  Ce  comte  dominait  la  rive 
droite  du  Rhône  entre  Lyon  et  Vienne.  Il  laissa  à  Lyon  ses  éperons  dorés 
qui  valaient  1000  sous  et  un  vase  d'argent  de  160  sous  :  mais  ce  n'était  pas 
un  comte  de  Forez,  car  il  fut  inhumé  à  Vienne  où  il  laissa,  avec  deux  vil- 
lages, un  manteau  de  drap  d'or  orné  de  perles  et  vraiment  splendide.  Les 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  101 

le  Vienaois,  sur  la  rive  droite  du  Rhône  ^  Dans  la  descendance 
plus  ou  moins  certaine  du  fidèle  de  Boson,  cette  branche  aînée 
et  comtale  paraît  bien  être  devenue  étrangère  à  la  Provence.  Elle 
est  fixée  dans  le  Viennois  de  la  rive  droite,  dans  le  pays  même 
d'où  seront  originaires  les  comtes  d'Albon;  mais  ces  deux 
races  voisines,  peut-être  alliées,  sont  certainement  distinctes. 
Tout  au  plus,  la  branche  cadette  de  cette  descendance,  par 
Arlulf,  fils  de  Thibert,  pourrait  être  revenue  en  Provence  avec 
le  roi  Conrad,  au  milieu  du  x*'  siècle,  pour  y  occuper  un  rang 
secondaire. 


III 

Hugues  duc  de  Provence  et  marquis  de  Viennoise 
(911-928). 

Thibert  fut  remplacé  en  Provence  par  Hugues.  Celui-ci  est 
aussi  connu  que  son  prédécesseur  l'est  peu.  Fils  de  Thibaud,  qui 
était  devenu  comte  de  Viennois  sur  ses  vieux  jours  -,  et  petit-fils 

actes  qui  pourraient  concerner  le  comte  Guillaume  placé  en  956  et  964  sur 
la  rive  droite  du  Rhône  sont  les  suivants  :  28  mars  944.  Plaid  du  marquis 
Hugues  pour  Lyon  [Cluny,  656)  ;  [956-957]  (/Ait/.  4016;  [42nov. -984-44  nov. 
982]  [Ibid.,  4580). 

Il  faut  ajouter  que  le  marquis  Geilin  nommé  par  l'évêque  du  Velay 
Gotescalc  en  937-938  n'est  pas  davantage  le  comte  viennois  de  956,  mais 
Guillaume,  marquis  d'Auvergne  et  comte  de  Mâcon,  fils  (ÏAcfrediis  [Cart. 
de  Saint-Chaffre,  n°  53)  :  c'est  ce  marquis  dont  l'obit  figure  probablement 
à  Lyon  au  28  juin  (Guigue,  Obiluaire  de  Lyon,  4867,  p.  56;  4902,  p.  44).  On 
sait  que  Geilinus  n'est  qu'une  forme  de  Guillelmus  :  le  comte  de  Provence, 
Guillaume  est  ainsi  nommé  dans  un  acte  de  Montmajour  (Chantelou,  Hist. 
de  Montmajour,   Rev.  de  Provence,  4'"*^   année.  Appendice,  pp.  73-75). 

4.  Mardi  44  mars  [968]  l'an  27.  Précepte  de  Conrad  concédant  en  précaire 
des  terres  de  l'abbaye  de  Saint-André-le-Bas,  in  comitatu  Viennensi,  in 
agro  Bogiacensi,  in  villa  Sataratis  et  in  Colonicas...  signum  Elerado, 
signuni  Patoni  comité...  (Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  n^  95).  Il  s'agit  de 
Sarras,  cant.  et  arr.  de  Tournon,  ou  de  Sécheras,  dans  le  même  canton  ; 
dans  ce  cas,  il  y  aurait  lieu  de  restituer:  Sacaratis. 

2.  Juin  887.  «  inluster  vir  Teutbolt  comité  »  [Ch.  de  Cluny,  n°  30).  —  Cf. 
Anr\.  Bertiniani  et  Ann,  Fuldenses,  880, 


102  LA  PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

du  fameux  duc  de  Bourgog-ne  jurane  Hubert,  sa  mère  Berthe  — 
une  carolingienne  ^  —  dut  lui  donner  l'ambition  de  suivre 
l'exemple  laissé  par  son  parent  Boson  et  d'être  roi  quelque  part, 
quand  il  le  pourrait.  Son  père,  qui  vivait  encore  au  mois  de 
juin  887,  ne  tarda  pas  à  mourir  :  dès  890,  au  plaid  de  Varennes, 
on  voit  paraître  Hugues  qui  avait  dû  lui  succéder  comme  comte 
de  Viennois  2.  Cette  situation,  la  naissance  de  sa  mère,  sa 
parenté  avec  Louis  le  nouveau  roi,  dont  il  était  cousin  au 
sixième  degré,  tout  cela  réuni  présageait  à  sa  jeunesse  un  grand 
avenir.  Pour  le  moment,  c'étaient  le  duc  Richard  et  le  comte 
Thibert  qui  jouaient  les  premiers  rôles  ;  mais  il  était  destiné  à 
leur  succéder.  Louis,  ne  se  contentant  pas  d'être  roi  comme 
son  père  Boson,  voulut  ceindre  la  couronne  impériale  à  Rome 
en  héritier  réel  de  son  père  adoptif,  Charles  le  Gros.  L'apothéose 
fut  courte  :  jamais  la  dignité  de  l'Empire  rénové  ne  se  trouva 
si  bas.  Chassé  d'Italie,  Louis  voulut  y  revenir  malgré  sa  promesse  ; 
on  vit  alors  un  bourreau  mettre  la  main  sur  l'empereur  pour 
lui  faire  subir  un  supplice  infamant.  Sa  nouvelle  tentative  sur 
l'Italie  manquée,  Louis  fut  ramené  dans  Vienne  aveugle  ;  le 
comte  Hugues,  en  qui  il  retrouvait  sans  doute  le  compagnon 
de  sa  jeunesse,  reçoit  les  marques  de  sa  confiance  et  de  son  affec- 
tion. Le  jour  de  Pâques  1 7  avril  902/3,  ce  comte  intervient  avec  l'ar- 
chevêque de  Vienne  pourjjrocurerau  vicomte  de  Vienne  ^  des  biens 

1.  Fille  de  Lothaire  II  et  de  Waldrade,  née  de  852  à  855  ou  vers  860, 
elle  épousa  Thibaud  avant  880  ;  elle  en  eut  Hugues,  Boson  et  Thiberge. 
Elle  épousa  ensuite,  avant  906,  Albert  le  Riche,  marquis  de  Toscane, 
dont  elle  eut  Guy,  Lambert  et  Ermengarde.  Elle  gouverna  Fltalie  par 
l'amour,  dit  Liutprand,  et  mourut  à  Lucques  le  8  mars  925  [Hist.  de  Fr., 
IX,  p.  105  :  Liudprandi  Antapodosis,  Lib.  III,  §  18).  Son  épitaphe  a  été 
publiée  de  bonne  heure  (F.  Contelorio,  Mathildis  comitissœ  genealogia. 
Interamnœ  MDLVII,  pp.  37-38). 

2.  Varennes  [890].  «  cuncti  principes  Ludovici...  Ugo  comes...  »  [Hist. 
de  Fr.^  IX,  pp.  663-664).  Il  est  le  3"  des  six  laïques. 

3.  Vienne,  17  avril  902/3.  «  Ragamfredus  venerabilis  Viennensium  archie- 
piscopus  necnon  et  sacri  palatii  nostri  notariorum  nostrorum  summus 
atque  illustris  comes  Hugo  nosterque  propinquus...  in  pago  Viennensi...  » 
(Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n°  193.  —  Ed.  Cart,  Saint- 
André,  App.  11*). 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE  VIENNOIS  103 

en  Viennois.  Deux  mois  plus  tard,  le  6  juin,  il  ne  paraît  être 
encore  officiellement  que  comte  de  Viennois,  quand  il  inter- 
vient avec  d'autres  personnages  en  faveur  du  comte  de  Valen- 
tinois  ^  ;  de  même  en  avril  907  et  vers  908,  quand  Farchevêque  de 
Vienne  déclare  agir  de  son  conseil  et  avec  son  aide  2.  Mais  sa  puis- 
sance dans  le  royaume  entier  ne  tarde  pas  à  se  manifester  :  pour  la 
première  fois,  le  16  mai  908,  il  sert  avec  Thibert  d'intermédiaire 
entre  un  évêque  provençal  et  l'empereur  3.  H  s'agit  de  l'église 
d'Avignon.  Hugues  ne  reçoit  que  le  titre  de  comte  dans  ce 
précepte,  —  tout  comme  Thibert  — ;  mais  celui-ci,  dont  on 
appréciait  jadis  l'activité  et  le  mérite  par  les  termes  élogieux 
dindustj'issimus  et  d'illustris  cornes,  ou  encore  par  celui  de 
dilectissimus,  se  voit  fort  sèchement  traité  de  fidelis  nos- 
ter,  sans  plus.  Le  contraste  est  d'autant  plus  vif  que  le  notaire 
Garnier,  rédacteur  du  précepte,  ne  trouve  pas  d'épithètes  assez 
flatteuses  pour  honorer  le  favori  dont  la  puissance  commence  à 
dominer,  soit  qu'il  les  ait  recueillies  réellement  de  la  bouche 
impériale,  soit  qu'il  cherche  à  les  amplifier  lui-même.  Selon  son 
témoignage,  Hugues,  cet  homme  respectable,  ce  proche  de  l'em- 
pereur, est  chéri  entre  tous  par  le  souverain.  Dès  lors,  évidem- 
ment, Hugues  est  le  premier  personnage  du  royaume  :  son 
influence  a  remplacé  celle  du  duc  de  Bourgogne  Richard,  oncle 
du  roi,  et  celle  de  Thibert.  C'est  fort  naturel  :  comte  de  Vien- 
nois, il  se  trouvait  constamment  auprès  de  la  personne  du,  sou- 

1.  6  juin  903.  «fidèles  nostri  Rostagnus...  venerabilis  archiepiscopus, 
Berno  episcopus,  Liutfridus,  Hugo  atque  Teutbertus,  comités  illustri  » 
(Ul.  Clievalier,  Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n"  195.  —  Éd.  Cart.  Sainl- 
André-le-Bas,  Appendix  n°  12).  Thibert  répond  à  Rostaing  d'Arles,  et  Liut- 
frid  à  l'évêque    Bernon. 

2.  [30  avril  907-novembre  908].  <;  ego  Alexander  sacre  sedis  Viennensis 
archiepiscopus...  cum  consilio  et  auxilio  Ugonis  incliti  comitis...  »  ([Ul.  Che- 
valier], Cart.  de  Saint-Barnard  de  Romans,  nouv.  éd.,  n»  6).  —  Jeudi,  avril 
[907]  (Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n^  ^0;  en  extrait, 
dans  Cart  de  Saint- André-le-Bas.  Appendice,  n°  104*,  §3). 

3.  Vienne,  16  mai  [908].  «  quidam  spectabilis  vir  et  propincus  noster 
necnon  et  carissimus  nobis  omnium  Hugo  comes  atque  eciam  Teubertus 
fidelis  noster  »  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  f«  6  :  Hist.  deFr.,  IX,  684). 


i04  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

verain  dont  il  avait  la  garde.  Hugues  était  homme  à  profiter  de 
la  situation.  Peu  à  peu,  le  comte  de  Viennois  devint,  dans  Tordre 
laïque,  ce  qu'était  déjà  l'archevêque  de  Vienne  dans  l'ordre 
ecclésiastique.  Celui-ci  était  placé  à  la  tête  de  la  chancellerie  du 
royaume;  Hugues  assuma  la  direction  du  pouvoir  militaire.  Cette 
première  intervention  du  comte  de  Viennois,  hors  du  Viennois, 
en  908,  s'explique  par  le  fait  que  la  Provence  venait,  en  907,  de 
perdre  son  autonomie  administrative.  Les  affaires  de  ce  pays 
étaient  désormais  sous  le  contrôle  de  l'archichancelier  et  du 
comte.  Quand  il  eut  atteint  cette  situation  prééminente,  il  lui 
fallut  un  titre  légal  qui  y  correspondît.  Il  l'eut  bientôt  : 
pour  la  dernière  fois,  il  paraît  à  Vienne  en  août  [912?]  avec 
la  simple  qualification  de  comte  ^  Dès  le  début  de  cette 
année  912  ou  la  fin  de  91i,  il  est  cité  à  un  plaid  impérial  par 
l'évêque  de  Valence,  en  qualité  de  duc  et  marquis.  Le  duc  est 
condamné  par  V ordre  de  l'empereur,  du  conseil  desévêques  et  sur 
le  jugement  des  comtes  qu'assistent  les  autres  fidèles.  Ces 
termes  précis  et  juridiques  du  plaid  sont  à  noter  :  mais  le 
rédacteur  de  l'acte  a  soin  de  montrer,  avant  tout,  le  duc  touché 
par  sa  piété  envers  l'église.  Bientôt,  le  4  avril  [912J,  interve- 
nant en  faveur  de  Téglise  d'Avignon,  en  compagnie  de  l'arche- 
vêque d'Arles,  il  est  qualifié  de  duc  pour  la  seconde  fois  dans  un 
précepte  royal  ^.  Cette  intervention  simultanée  de  l'archevêque 
et  de  Hugues,  en  faveur  d'une  église  de  Provence,  prouve  évi- 

1.  Vienne,  dimanche  [2,  9,  16,  23  ou  30]  août  [912], Tan  12«.  «ego  in  Dei 
nomine  Vego(stc  r=:  Vcgo)gratia  Dei  cornes...  in  comitatu  Viennensi,  in  villa... 
Trecihanus...  Signiim  Vegoni  (sic  =  Vcgoni)  gratia  Dei  comitis...  »(U1.  Che- 
valier, Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n°  94.  —  Gall.  Christ.,  t.  XVI, 
Instr.,col.  13,  n«  XVII). 

2.  Vienne  [septembre  912/1,22  février]  912,  indiclion  XV,  l'an  XI.  «  veniens 
vir  venerabilis  Remegarius  sanctae  Valentinensis  ecclesiœ  prsesul...  procla- 
mans...  Villam  Novam...  Hugo  inclytus  dux  et  marchio...  Villam  Novam 
malo  ordine  tenebat...  »  {Gall.  Christ.,  XVI,  Instr.  eccl.  Valentinensis,  col. 
101,  n°  I).  Présents  :  les  archevêques  de  Vienne  et  d'Embrun,  l'évêque  de 
Grenoble,  les  comtes  d'Arles  et  de  Valence.  Le  texte  du  jugement  est 
rédigé  sur  l'ordre,  non  de  l'empereur,  mais  de  son  archichancelier,  c'est-à- 
dire  de  l'archevêque  de  Vienne. 

[Vienne],  4  avril  [912].  «  Ugo  dux  et  ^loriosus  çomes  nçcnooçt  Boso  fra- 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE   VIENNOIS  lOS 

demment  que  le  comte  de  Viennois  remplissait  désormais  les 
fonctions  de  duc  ou  marquis  de  Provence.  Thibert  dont  on  ne 
parle  plus  était,  sans  doute,  mort  dans  l'intervalle,  c'est-à-dire 
entre  le  16  mai  908  et  le  4  avril  912,  et  le  favori  Hugues  lui 
avait  succédé.  Il  est  très  probable  que  la  concession  du  titre  de 
duc  à  Hug-ues  coïncide  avec  cette  mort. 

Quand  on  examine  tous  les  actes  qui  le  concernent  depuis 
cette  époque,  si  peu  nombreux  qu'ils  soient,  il  semble  bien  s'en 
dégager  certains  faits.  On  voit  que  les  actes  royaux  le  qualifient 
tantôt  comte  et  duc,  tantôt  duc  et  marquis,  tantôt  comte  et 
marquis  ^  Les  actes  émanés  des  archevêques  de  Vienne  le  qua- 
lifient tantôt  duc,  tantôt  comte  et  marquis  2.  L'acte  passé  à  Arles 

ter  suus  sive  domnus  Rothstagniis  archiepiscopus...  »  (Arch.  de  Vaucluse, 
G.  6,  f°  7.  —  Hist.  de  Fr.,  IX,  685,  n»  XVI). 

A  propos  de  la  date  des  trois  actes  précédents,  voir  plus  loin  l'Appendice 
spécialement  consacré  au  mode  de  dater  les  actes  du  règne  de  Louis 
l'Aveugle. 

1.  4  avril  [9121.  «  Ugo  dux  et  gloriosus  comes...  »  pour  Avignon...  {Hist. 
deFr.,  IX,  685,  n«  XVI). 

920.  «  Hugo  inclitus  comes  et  marchio  nosterque  fidelis  et  propinquus... 
aliquid  ex  rébus  de  comitatu  ipsius  que  pertinent  ad  vicecomitatum...  »  en 
Viennois...  (Bruel,  Ch.  de  Clany,  n»  223). 

[22  janv.  919-9  juillet  9261.  «Hugo  inclitus  comes  et  marchio  nosterque 
fidelis  et  consanguineus...  »  en  Viennois...  (Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart. 
de  Saint-Maurice,  n°  197.  —  Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  App.  n°  13*).  Ce 
précepte  est  postérieur  au  22  janvier  919  :  cf.  Descr.  du  Cart.  de  Saint- 
Maurice,  n°  40.  —  Saint-André-le-Bas,  App.  n°  104*,  §  5). 

[s.  d.].  «  inclyti  ducis  ac  marchionis  nostri  Hugonis  videlicet  propinqui 
nostri...  »  pour  Valence (Hist.  deFr.,  IX,  p.  685,  n»  XVII). 

2.  23  juillet  [922].  «  Alexander... domnus  Hugo  comes  et  marchio  nostram 
expetit  et  mansuetudinem...  »  en  Viennois...  «  S.  Hugonis  ducis  ob  cuj[us] 
deprecatione[m]  presens  factaest  prestarie  conlacio...  »  [Descr.  du  Cart.  de 
Saint- Maurice,  n<»  121.  —  Cart.  Saint-André-le-Bas,  App.  18*). 

[22  janvier  919 ?-9  juillet  926].  «  Alexander...  ad  deprecationem  et 
salubrem  ammonitionem  domni  Hugonis  gloriosi  ducis...»  en  Viennois... 
(Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n°  95.  —  Cart.  Saint- 
André-le-Bas,  Xpp.  15*). 

A  ces  deux  textes  émanés  de  l'archevêque,  on  en  peut  joindre  un  troi- 
sième de  l'abbé  de  Saint-Barnard  : 

Romans,  14  juin  [917]...  «  Fortunius  abbas...  consensu  domni  Ugonis 
incliti  ducis...  »  (Cart.  de  Saint-Barnard  de  Bomans,  nouv.  éd.,  n^  9). 

Il  y  en  a  un  quatrième  émané  d'Aymon,  abbé  de  Saint-Martin  d'Autun, 


106  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll®    SIÈCLE 

par  un  particulier  et  relatif  à  des  biens  sis  dans  le  comté  d'Arles 
le  qualifie  d'abord  duc  et  marquis,  puis  comte  et  marquise  Quant 
à  Hugues  lui-même,  il  se  qualifie  comte  et  marquis  dans  le  dispositif 
de  ses  actes  relatifs  au  Viennois  ;  mais  sa  souscription  porte,  de 
préférence,  la  seule  qualité  de  duc  2.  H  s'agit  de  déterminer  la 
valeur  propre  des  titres  de  duc  et  de  marquis  donnés  ainsi 
désormais  au  comte.  A  ne  considérer  que  les  actes  émanés  de 
la  chancellerie  pontificale  de  Vienne,  il  semblerait  que  ces  qua- 
lités de  duc  et  de  marquis  étaient  considérées  comme  équivalentes 
en  fait,  puisque  le  comte  de  Viennois  les  y  reçoit  l'une  ou  l'autre 
alternativement.  Ces  actes  ne  les  lui  donnent  jamais  toutes  deux 
ensemble  et  cela  tendrait  encore  à  prouver  l'équivalence  de 
fait,  car  il  y  aurait  une  redite  inutile  à  les  donner  Tune  et 
l'autre  dans  le  même  acte,  si  l'équivalence  est  admise.  Hugues 
lui-même,  dans  l'un  de  ses  actes  personnels,  se  fait  qualifier  comte 
et  marquis  dans  le  dispositif,  mais  il  y  souscrit  avec  la  qualité 
de  duc  :  ce  serait  là  un  autre  indice  apparent  que  les  qualités  de 


et  relatif  au  Viennois  :  mercredi,  2  mars  926  :  ((  Aimo...  abbas...  per  consen- 
sum  et  suasionem  nobilis  principis  et  marchionis  Hugonis...  accesserunt 
Viennensis  ecclesiae  filii  et  legati...  missi  a  domino  Alexandro  archiepiscopo 
et  canonicis  ejus...  ut  villam  Tortilianum...  permutarent...  ))  [Cart.  de  Saint- 
Maurice  de  Vienne,  n°  29  ;  Mabillon,  Diplom.,  S66  ;  G.  Rivoire  de 
la  Bâtie,  Albon  et  le  concile  d'Epaone  ;  Revue  du  Dauphiné  et  du  Viva- 
rais,  t.  I,  pp.  135-136,  Vienne,  1877,  in-8). 

1.  Arles,  3  octobre  921.  «  ego  Ripertus  banc  cartam  commutationis 
cum  domno  Ugone  duce  et  marchione  facere  volui...  in  commitatu  Arela- 
tensi,  in  valle  Saxollica,  in  terminio  de  villa  Juncarias  mansiones  très  et 
casales  dirutos...  donat  Ugo  comes  et  marchio  Riperto  molinum  qui  est 
de  comitatu  Arelatensi,  in  loco...  a  la  Fossa  in  fluvio  Alsini...  »  (Authen- 
tique d'Arles,  f°  xxviii,  n»  XXVI  ;  Bibl.  de  Carpentras,  ms.  n°  1836,  f° 
220  r»  iPeiresc,  Reg.,  LXXIV,  vol.  1). 

2.  [Vienne],  25  décembre  [920].  <(  ego...  Hugo  comes  et  marchio...  »  (en 
Viennois).  «  Signum  Hugonis  ducis...  »  (Ul.  Chevalier,  Car^.  de  Saint- André- 
le-Bas,  n»  124). 

[25  octobre  912-mai  924].  «  Ego  in  Dei  nomine  domnus  Ugo  venerabilis 
comes  et  marchio...  pro  remedio  anime  uxoris  mee  nomine  Ville  regine...  » 
en  Viennois...  u  Signum  domni  Ugonis  comitis  et  marchionis...  »  [Cart. 
de  Saint-Pierre  de  Vienne^  n°  96,  —  Ul.  Chevalier,  Cart,  de  Saint-André- 
le-Bas,  App.  n»  14*), 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  107 

marquis  et  de  duc  étaient  équivalentes  de  fait.  Mais,  dans  un  autre 
acte,  il  reçoit  dans  la  suscription  et  prend  dans  la  souscription 
les  deux  qualités  à  la  fois.  Donc,  il  est  bien  évident  que,  si  ces 
qualités  étaient  à  peu  près  équivalentes,  elles  n'étaient  pas  iden- 
tiques. L'autorité  du  marquis  dans  sa  marche  s'étendait  sur 
plusieurs  comtés,  comme  celle  du  duc  dans  son  duché  :  mais  une 
marche  était  moins  importante  qu'un  duché  et  elle  était  autre 
chose.  Ainsi  la  qualité  de  duc,  plus  éminente,  était  forcément  celle 
des  deux  que  Hugues  devait  joindre  de  préférence  à  son  nom  ^  en 
faisant  apposer  sa  souscription  aux  actes.  Le  protocole  de  l'arche- 
vêque de  Vienne  et  celui  de  Hugues  examinés,  reste  à  considérer 
la  chancellerie  impériale  :  c'est  là  évidemment  que  doit  se  rencon- 
trer le  stjle  officiel  le  plus  rigoureusement  précis.  Puisque  l'un 
des  préceptes  et  le  plaid  impérial  donnent  à  Hugues  les  deux 
qualités  de  duc  et  de  marquis  à  la  fois,  c'est  une  confirmation  de 
l'indice  qu'elles  avaient  chacune  leur  valeur  propre.  Cette  valeur 
propre  à  chacune  se  précise  clairement  quand  on  forme  trois 
séries  des  actes  impériaux  suivant  qu'ils  donnent  au  comte  de 
Viennois  le  titre  de  duc,  le  titre  de  marquis  ou  les  deux  à  la 
fois.  L'examen  du  dispositif  révèle  que  la  première  de  ces  séries 
se  compose  de  préceptes  relatifs  au  pays  de  Provence.  La 
deuxième  se  compose  de  préceptes  relatifs  à  la  région  vien- 
noise ;  la  troisième  enfin  se  compose  d'un  précepte  et  d'un  plaid 
relatifs  au  Valentinois,  région  intermédiaire  entre  les  deux  pré- 
cédentes. Se  reportant  à  la  chancellerie  du  comte  lui-même  et 
opérant  un  tri  analogue  des  actes  qui  en  émanent,  il  résulte  de 
cet  examen  que  les  actes,  dont  la  suscription  annonce  le  marquis, 
concernent  le  Viennois.  Le  protocole  officiel  de  la  chancellerie 
impériale  et  le  protocole  personnel  du  comte  observent  donc  la 
même  règle.  Quant  à  la  chancellerie  archiépiscopale  de  Vienne, 
elle  donne  en  Viennois  au  comte,  tantôt  son  titre  régulier  de  mar- 

4.  On  a  deux  exemples  d'actes  où  la  souscription  porte  la  qualité  de 
duc,  quand  le  dispositif  annonce  le  marquis  ;  par  contre,  on  n'en  a  aucun 
où  la  souscription  porte  la  qualité  de  marquis,  quand  le  dispositif  annonce 
le  duc. 


108  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU    Xlî'^    SIÈCLE 

quis,  tantôt  son  titre  préféré  de  duc  :  cette  chancellerie  est  donc 
moins  stricte  de  forme.  L'acte  artésien  qualifie  Hugues  :  duc  [de 
Provence]  et  marquis  [de  Viennoise].  Puis,  comme  Hugues 
dispose  d'un  bien  du  comté  d'Arles  qu'il  possédait  personnelle- 
ment sur  la  rive  droite  du  Rhône,  l'acte  le  qualifie  :  comte 
[d'Arles]  et  marquis  [de  Viennoise].  C'est  là  un  simple  acte 
privé  où  il  faut  encore  moins,  en  principe,  chercher  les 
formes  strictes.  L'accord  des  deux  premières  chancelleries 
suffît  à  mettre  en  lumière  le  fait  que  le  comte  de  Viennois 
Hugues  jouissait,  depuis  911  ou  912,  du  titre  de  duc  pour  la 
Provence  et  du  titre  de  marquis  pour  la  Viennoise.  Les  actes  offi- 
ciels qui  concernent  le  Valentinois  annoncent  la  double  qualité, 
c'est-à-dire  le  duc  [de  Provence]  et  le  marquis  [de  Viennoise].  Le 
Valentinois,  placé  entre  la  Provence  et  la  Viennoise,  relevait  donc 
de  l'un  et  de  l'autre.  Il  s'agit  de  préciser  dans  quelle  mesure. 

On  sait  que,  depuis  la  division  de  la  province  romaine  en  Pro- 
vence et  en  Viennoise,  le  Valentinois  se  trouvait  être  une  partie 
intégrante  de  la  Viennoise,  comme  le  Diois  l'était  de  la  Provence. 
Mais,  le  partage  de  863  ayant  ajouté  une  fraction  de  la  Viennoise  à 
la  Provence  pour  former  le  lot  de  Louis  H,  cette  fraction  se  com- 
posa des  comtés  de  Tarentaise,  de  Maurienne,  de  Graisivaudan 
(diminué  de  la  Savoie  et  du  Sermorens),  de  Tullins  (démembré 
de  Vienne)  et  du  Valentinois  (moins  celui  de  la  rive  droite). 
Depuis  lors  le  Valentinois  de  la  rive  gauche,  sans  cesser  d'être  une 
terre  viennoise,  fut  pratiquement  uni  à  la  Provence.  Le  précepte 
de  903,  en  faveur  du  comte  de  Valentinois,  n'est  pas  délivré  Jussii 
imperiali;  le  plaid  royal  de  912,  en  faveur  de  l'évêque  de  Valence, 
est  dicté  par  le  notaire  viennois  Thion,  plutôt  que  par  Garnier. 
Ces  deux  faits  semblent  prouver  que,  de  899  à  907,  ce  Valenti- 
nois, en  droit,  ne  relevait  pas  directement  de  l'empereur,  comme 
en  relevait  la  Provence,  et  que  ses  affaires  passaient  alors,  comme 
celles  du  Viennois,  par  l'intermédiaire  de  l'archichancelier. 
Mais,  puisque  la  chancellerie  viennoise  donne  à  Hugues  la  double 
qualité  de  duc  et  de  marquis  dans  les  actes  administratifs  qui 
concernent  le  Valentinois,  ce  fait  prouve  que  la  tradition  créée 


LE  ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  109 

par  les  partages  carolingiens  était  toujours  vivante.  Quand  le 
duché  de  Provence  et  la  marche  de  Viennoise  furent  créés  en 
91 1  pour  le  comte  Hugues,  le  Valentinois  de  la  rive  droite  resta 
partie  intégrante  de  la  marche  de  Viennoise,  tandis  que  celui  de 
la  rive  gauche  demeura  joint  au  duché  de  Provence.  Ce  duché 
comprenait  donc  la  Provence  proprement  dite,  dont  la  chancel- 
lerie de  899  à  907  relevait  directement  du  souverain,  et,  déplus 
la  terre  viennoise  du  Valentinois  de  rive  gauche  dont  l'adminis- 
tration passait  toujours  par  l'intermédiaire  viennois  de  1  archi- 
chancelier.  Les  préceptes  adressés  à  l'évêque  de  Valence,  dont 
le  diocèse  comprenait  les  deux  Valentinois,  devaient  donc  bien, 
pour  se  conformer  à  la  réalité,  qualifier  Hugues  à  la  fois  duc  pour 
la  rive  gauche  et  marquis  pour  la  rive  droite.  Ces  préceptes 
devaient  aussi,  comme  ceux  du  Viennois,  passer  par  la  voie 
hiérarchique  de  l'archichancelier. 

L'acte  artésien  de  92J  qualifie  Hugues  à  la  fois  duc  et  mar- 
quis, pour  la  même  raison  que  les  actes  officiels  relatifs  au 
Valentinois.  En  effet,  cet  acte  concerne  un  immeuble  dépen- 
dant du  comté  d'Arles,  à  Jonquières,  et  Jonquières  se  trouve  sur 
la  rive  droite  du  Rhône.  Si  donc  la  Provence  de  la  rive  gauche 
et  le  Valentinois  de  la  rive  gauche  formaient  le  duché,  la  partie 
des  comtés  d'Arles  et  d'Avignon  sise  sur  la  rive  droite  devait, 
comme  l'Uzège,  le  Vivarais  et  le  Valentinois  de  la  rive  droite, 
dépendre  de  la  marche.  En  cela,  les  traditions  du  duché  de 
Lyonnais    persistent. 

Il  est  probable  que  les  comtés  de  TuUins,  de  Graisivaudan, 
de  Maurienne  et  de  Tarentaise,  ces  autres  terres  viennoises 
jointes  à  la  Provence  en  863,  ont  fait  partie  de  la  marche  de 
Viennoise  en  91 1,  au  lieu  de  suivre  le  sort  du  Valentinois  de  rive 
gauche.  Aucun  précepte  de  la  chancellerie  impériale  ne  concerne 
ces  contrées  à  cette  date  et,  ainsi,  la  preuve  de  ce  fait  manque. 
Cependant,  en  raison  de  la  prépondérance  de  plus  en  plus  marquée 
de  Vienne  sur  Arles,  la  probabilité  en  est  assez  forte  :  dans 
le  cas  contraire,  la  marche  de  Viennoise  eût  été  bien  restreinte. 

Personne     ne    sera    surpris   de    voir    restaurer    le   duché   de 


110  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    Xll*^  SIÈCLE 

Provence  en  faveur  du  comte  de  Viennois,  mais  l'érection  en 
marche  de  la  Viennoise  elle-même,  à  la  place  du  duché  de  Lyon- 
nais, est  une  nouveauté.  La  marche  est  une  frontière  organisée 
militairement  contre  les  attaques  possibles  de  l'étranger  qui  l'en- 
toure au  dehors.  Il  importerait  de  dire  si  cette  organisation  du 
royaume  de  Provence  était  dirigée  contre  le  royaume  de  France, 
contre  celui  de  Lombardie,  ou  contre  celui  de  Bourgogne  jurane. 
L'excellent  travail  de  Desimoni  donne  des  informations  nettes 
et  précises  sur  l'organisation  du  royaume  de  Lombardie  K  Tant  que 
l'unité  de  l'empire  d'Occident  a  subsisté,  tant  que  ce  royaume  a  fait 
corps  avec  lui,  les  seules  marches  dont  on  constate  l'existence 
sont  celles  qui  garnissaient  les  frontières  de  l'empire.  Ce  sont 
celles  du  Frioul  à  l'est  contre  les  Slaves,  de  Spolète  au  sud 
contre  les  dépendances  plus  ou  moins  directes  de  l'empire 
d'Orient,  de  Toscane  à  l'ouest  contre  la  mer  et  les  Sarrasins.  Ce 
sont  là,  proprement,  les  trois  marches  impériales  de  Lombardie  : 
elles  forment  un  système  complet  et  continu,  si  l'on  prend 
garde  à  un  fait  évident  que  Desimoni  ne  paraît  pas  avoir  songé 
à  mettre  en  relief.  Le  duché  papal  de  Rome  est,  en  réalité,  une 
marché  ecclésiastique  dépendant  de  l'empire  d'Occident  entre 
Spolète  et  la  Toscane.  Dans  ce  système,  le  royaume  de  Lombar- 
die faisant  corps  avec  l'empire,  il  ne  pouvait  y  avoir  de  marche 
au  nord  de  ce  royaume  contre  la  frontière  de  Germanie.  Le  sys- 
tème se  raccordait  au  nord-est  avec  les  marches  germaniques  et 
au  nord-ouest  avec  les  marches  romanes  de  Provence,  de  Gothie  et 
d'Espagne.  L'empire  d'Occident  se  disloque  à  la  mort  de  Charles 
le  Gros  et  le  royaume  de  Lombardie  se  choisit  un  roi  dont  la 
dépendance,  vis-à-vis  du  roi  de  Germanie,  n'est  plus  que  nomi- 
nale. Les  marches  d'empire  deviennent  marches  royales  : 
elles  subsistent,  mais  la  dislocation  qui    vient  d'avoir    lieu  rend 


1.  Cornelio  Desimoni.  Sulle  marche  (Tllalia  e  sulle  loro  diramazioni 
in  marchesati.  Lettere  cinque  al  comm.  Domenico  Promis.  Seconda 
edizione  accresciuta  di  altri  studi  dello  stesso  autore  e  corredata  di  alcune 
tavole  genealogiche  (estratto  dagli  Atti  délia  Società  Ligure  di  Storia 
palria^  vol.  XXVIII,  fasc.  1,  série  terza),  pp.  141-130. 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  111 

leur  système  incomplet.  Désormais,  le  royaume  de  Lombardie 
doit  se  couvrir  au  nord  comme  il  l'est  déjà  sur  ses  autres  fronts  : 
il  doit  se  couvrir  contre  la  Germanie  et  contre  la  Bourgogne. 
Voilà  pourquoi  Desimoni  constate  la  création  de  deux  marches 
septentrionales  dont  les  titulaires  paraissent  en  891  et  en  892. 
La  première,  qui  est  celle  d'Ivrée,  couvre  le  royaume  contre 
la  Bourgogne  jurane  et  Aoste  ;  la  seconde,  qui  est  celle  de  Brescia- 
Modène  le  couvre  contre  la  Germanie  et  Coire.  Ce  n'est  pas  tout. 
Les  rapports  entre  la  Lombardie  et  la  Provence  étaient  alors 
fréquents  ;  si  les  tentatives  de  la  Bourgogne  jurane  pour 
dominer  la  Lombardie  furent  de  courte  durée  et  peu  heureuses, 
en  revanche  celles  de  la  Provence  réussirent  mieux.  Après  la 
catastrophe  de  Louis  l'Aveugle,  Hugues  demeura  plus  de  vingt 
ans  roi  de  Lombardie.  Aussi,  la  marche  d'Ivrée  faisait  tête 
directement  à  Aoste  et  non  pas  à  la  Provence,  quoique  son 
étendue  englobât,  paraît-il,  tout  le  Piémont.  Dès  que  l'intluence 
provençale  disparaît  avec  Hugues  (-j-  Arles,  10  avril  947)  et  son 
fils  Lothaire  (-j-  22  novembre  950),  la  préoccupation  nouvelle  de 
se  couvrir  mieux  contre  la  Provence  et  la  Viennoise  se  fait  jour. 
Ivrée  reste  en  sentinelle  devant  Aoste  :  quant  au  Piémont  et 
à  la  Ligurie,  face  aux  Alpes  jusqu'à  la  mer,  leur  territoire  s'or- 
ganise en  trois  marches  serrées  l'une  derrière  l'autre,  de  manière 
à  s'opposer,  par  trois  lignes  successives,  aux  Provençaux  qui 
descendraient  des  Alpes  ou  à  l'ennemi  qu'amènerait  la  mer.  Ces 
trois  marches  appuyées  l'une  sur  l'autre  sont  celles  de  Gênes- 
Milan,  de  Savone-Montferrat  et  d'Albenga-Turin.  Voilà  pourquoi 
Desimoni  en  constate  l'existence  dès  l'avènement  de  Bérenger,  à 
la  fin  de  950.  Désormais  les  Alpes  étaient  bien  gardées  :  les 
hommes  les  plus  prévoyants  ne  pouvaient  se  douter  que  quatre- 
vingts  ans  plus  tard,  la  Provence  et  la  Lombardie  seraient  placées 
sous  le  même  sceptre  et  que,  aussitôt  après,  les  deux  revers  des 
Alpes  se  trouveraient  unis  parle  mariage  imprévu,  avec  un  comte 
viennois,  d'Adélaïde  deTurin,  deux  fois  veuve  sans  enfants  d'époux 
tirés  de  la  Germanie.  Ce  qu'il  faut  retenir  de  tout  cela,  c'est  que 
le  système  défensif  de  la  Lombardie  contre  la  Provence  n'a  été 
créé  qu'en    950,    à  l'avènement  de  Bérenger. 


112  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AL'    XIl^    SIÈCLE 

Si  le  royaume  de  Provence  a  constitué  lui-même  une  marche 
contre  la  Lombardie,  il  ne  l'a  fait,  évidemment,  qu'après  avoir 
perdu  tout  espoir  de  la  dominer,  ou  bien  pour  répondre  à  une  créa- 
tion correspondante  de  la  Lombardie  contre  lui-même.  Il  aurait 
pu  la  créer  en  90o  après  la  catastrophe  de  Louis  l'Aveugle, 
mais  on  sait  qu'il  ne  l'a  pas  fait  :  la  raison  en  est  sans  doute 
que  les  Viennois  ne  renonçaient  pas  encore  à  passer  les  Alpes.  Ne 
l'ayant  pas  fait  en  905 ,  on  voit  moins  encore  pourquoi  cette  marche 
viennoise  contre  la  Lombardie  aurait  été  créée  en  911.  Si  elle 
l'avaitété  alors,  laLombardien'aurait  pas  attendu  9o0,  de  son  côté, 
pour  organiser  la  marche  de  Turin.  En  conséquence,  ce  n'est  pas 
contre  la  Lombardie  que  la  Viennoise  paraît  être  devenue  une 
marche  en  911  sous  l'autorité  du  futur  roi  de  Lombardie. 

Ce  ne  doit  pas  être  davantage  contre  le  royaume  de  Bourgo- 
gne jurane  :  car,  à  cette  époque  qui  répond  à  la  fin  du  règne  de 
Rodolphe  P"",  les  relations  entre  les  deux  royaumes  paraissent 
avoir  été  bonnes.  C'est  l'époque  où  le  notaire  Garnier,  d'origine 
probablement  jurane,  dirigeait  la  chancellerie  viennoise  :  la  sœur 
du  roi  de  Jurane,  Adélaïde,  était  d'ailleurs  la  tante  par  alliance 
de  Louis  l'Aveugle.  Enfin  le  marquis  de  Viennoise,  Hugues,  allait 
bientôt  épouser  la  veuve  du  roi  de  Jurane. 

Reste  le  royaume  de  France.  On  sait  que  Louis  l'Enfant, 
roi  de  France  orientale  et  le  dernier  des  Carolingiens  de  l'est, 
était  mort  en  911  i,  probablement  le  2i  septembre.  La  Lor- 
raine passa  entre  le  10  octobre  et  le  20  décembre  à  Charles  le 
Simple,  roi  de  France  occidentale  -.  Pendant  que  Conrad  de  Fran- 
conie,  élu  comme  roi  au  delà  du  Rhin,  cherchait  à  reprendre  la 
Lorraineet  se  trouvait  en  Alsace,  on  voit  le  roi  de  Bourgogne  jurane 
Rodolphe  venir  à  Baie  en  912,  sans  doute  pour  avoir  une  entre- 
vue avec  lui  ^.  Il  est  donc  probable  que  la  Bourgogne  penchait  alors, 

1.  Entre  le  16  juin  et  le  10  novembre,  peut-être  le  24  septembre 
(G.  Richter,  Annalen  der  Deutschen  Geschichte  im  mittelalter  II  Abtei- 
lunj^,  zweite  halfte.  Halle,  1887,  pp.  538-539  :  911,  note  a). 

2.  Ibid.^  p.  540,  note  c;  Robert  Parisot.  Le  royaume  de  Lorraine,  Paris, 
1899,  p.  583. 

3.  Richter,  p.  542,  note  a. 


Le   tiOYAUME  DE   PROVENCE   VIENNOIS  li3 

plutôt  du  côté  de  la  Germanie  que  vers  Charles  le  Simple.  Ainsi, 
que  le  royaume  de  Provence  se  soit  mis  en  g-arde  lui-même  contre 
le  royaume  de  France  occidentale  à  la  fin  de  911,  cela  n'aurait 
rien  de  surprenant,  en  raison  de  l'expansion  récente  de  ce  voisin. 
Depuis  la  dislocation  de  l'empire,  on  observe  d'ailleurs  dans  le 
royaume  de  France  occidentale  ce  qui  s'était  produit  dans  celui  de 
Lombardie.  Le  réseau  des  marches  impériales  se  complète  par  des 
marches  nouvelles  contre  la  Bourgogne  et  la  Lorraine.  Contre  la 
Lorraine,  il  suffît  de  nommer  ici  le  comté  de  Flandre,  à  partir 
de  Baudouin  II  (879,  -J-  10  septembre  918)  \  et  les  marches 
ecclésiastiques  des  évêques-comtes  -.  Contre  la  Bourgogne, 
la  partie  orientale  du  duché  de  Guyenne,  c'est-à-dire  le  comté 
d'Auvergne,  obéit  désormais  à  un  marquis;  de  même,  le 
comte  d'Autun,  qui  remplit  les  fonctions  de  duc  dans  le  duché 
de  Bourgogne  française,  est  dénommé  marquis,  en  raison  de  sa 
situation.  Le  comte  d'Auvergne  Guillaume  paraît  avec  la  qualité 
de  marquis  dès  le  H  novembre  902  •^.  Le  comte  d'Autun, 
Richard,  de  même,  le  30  juin  90S^. 

Le  système  se  complétera  par  les  marches  ecclésiastiques  des 
deux  évêques-comtes  de  Gévaudan  et  du  Puy,  de  sorte  que  la 
ceinture  du  royaume  de  France  sera  formée  par  les  anciennes 
marches  impériales  d'Espag-ne  et  de  Gothie,  auxquelles  se  join- 
dront celles  de  Gévaudan,  de  Velay,  d'Auvergne  et  d'Autun, 
pour  aboutir,  par  Langres,  Chalon,  Reims,  Laon,  Noyon  et  Beau- 

1.  Baudouin  II,  dit  le  Chauve,  succéda  à  son  père  en  879  (Léon  Van- 
derkindere,  La  formation  territoriale  des  principautés  belges  au  moyen 
âge,  t.  I®"",  seconde  édition,  Bruxelles,  H.  Lamertin,  1902,  p.  45  ;  cf.  pp.  42- 
44).  Il  mourut  le  10  septembre  918,  au  témoignage  de  Folcuin  qui  écri- 
vait vers  960  et  qui  l'appelle  inclitus  jnarchisus  (Chronique  de  Folcuin, 
dans  Guérard,  Cart.  de  Saint-Bertin,  Paris,  1841,  pp.  139-140,  n"^  LXXIII). 
Markamvero  ejus  filii  ejus  inter  se  diviserunt  {Ibid.,  p.  140,  n°  LXXIII). 

2.  Ces  marches  ecclésiastiques  ne  s'organiseront  définitivement  qu'à 
dater  du  moment  où  elles  deviendront  nécessaires  :  c'est-à-dire, 
à  partir  du  moment  où  la  France  occidentale  devra  renoncer  définitive- 
ment à    la  Lorraine  et  se  couvrir  contre  elle. 

3.  Bruel,  Rec.  des  Ch.  de  Clumj,  n»  78. 

4.  J.  Munier,  Cl.Thiroux,  Recherches  d'Autun,  Dijon,  1660, pp.  86-88. 

Mém.  et  Doc.  de  VEcole  des  Chartes.  —  VU.  H 


114  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

vais^  à  la  Flandre.  Gela  n'empêche  pas  Richard,  marquis  de 
Bourgogne  française,  d'être  le  propre  oncle  du  roi  de  Provence  : 
d'ailleurs,  sa  marche  est  dirigée  plutôt  contre  le  royaume  de 
Jurane.  Gela  n'empêche  pas  davantage  Guillaume,  marquis  d'Au- 
vergne, d'être  le  beau-frère  dudit  roi  de  Provence  et  de  posséder 
le  comté  palatin  de  Bourgogne,  hors  du  royaume  de  France. 
Puisque  ces  relations  personnelles  n'ont  pas  empêché  Richard  et 
Guillaume  de  gouverner  des  marches  créées  en  principe  contre  la 
Provence  et  la  Bourgogne,  elles  n'ont  pas  dû  empêcher  davan- 
tage le  royaume  de  Provence  de  constituer  la  marche  de  Vien- 
noise à  la  fin  de  911,  à  un  moment  où  l'expansion  de  la  France 
occidentale  se  faisait  sentir  dans  l'ancien  royaume  de  Lotha- 
ringie. 

La  marche  de  Viennoise,  créée  ainsi  entre  le  24  septembre  91 1(?) 
et  le  22  février  912,  comprenait  sans  doute  tous  les  pays  du 
royaume  de  Provence  placés  hors  du  duché  de  Provence.  A 
peine  le  comte  de  Viennois  Hugues  était-il  ainsi  devenu  duc  de 
Provence  et  marquis  de  Viennoise,  c'est-à-dire,  par  le  fait,  une 
sorte  de  vice-roi  du  royaume  de  Provence,  que  Rodolphe  roi  de 
Bourgogne  jurane  vint  à  mourir  le  dimanche  25  octobre  912. 
Hugues  profita  sans  tarder  de  sa  nouvelle  et  éminente  situation 
pour  conclure  son  premier  mariage  politique  :  en  attendant 
d'être  roi,  il  épousa  une  reine.  Il  était  né,  semble-t-il,  vers  875  : 
le  roi  de  Jurane,  élu  en  888,  avait  dû  naître  lui-même  après 
850  ^,  car  son  fils  Rodolphe  II  ne  se  maria  qu'en  922.  Il  n'y 
avait  donc  pas  de  disproportion  d'âge  choquante  entre  Hugues 
et  la  reine  Wille,  veuve  de  Rodolphe  P^'  et  mère  de  Rodolphe  II, 
en  ce  sens  que,  si  elle  était  plus  âgée  que  le  duc,  elle  ne  pouvait 
l'être  beaucoup  plus.  G'est  en  raison  de  cette  union  que  Wille 
vint  mourir  à  Vienne  et  fut  inhumée  dans  l'abbaye  de  Saint- 
Pierre  :  le  duc  fait  alors  un  don  à  cette  abbaye,  pour  le  repos 
de    son    âme,    et    le    rédacteur    de    l'acte  n'a  garde    d'oublier 

1.  Son  oncle  Hugues  l'abbé  est  mort  à  Orléans  le  12  mai  886  ;  ses 
oncles  au  5^  degré,  Guelfe,  abbé  de  Saint-Riquier,  et  Conrad,  comte  de 
Sens,  sont  morts  le  14  novembre  882  et  le  22  mars  882/3. 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  115 

son  titre  de  reine  i.  Ce  mariage  n'empêchera  pas,  plus  tard,  cet 
homme  avisé  d'épouser  pour  la  même  raison  politique  la  propre 
belle-fille  de  Wille,  c'est-à-dire  Berthe,  devenue  veuve,  le  11  juin 
937,  de  Rodolphe  IL  Personne  ne  semble  avoir  pratiqué  avec 
plus  d'esprit  de  suite  des  mariages  de  raison,  qui  n'appor- 
taient, d'ailleurs,  aucune  gêne  aux  exigences  de  son  cœur:  la  mai- 
son de  Hugues  offre  des  analogies  incontestables  avec  le  harem 
bien  organisé  d'un  riche  pacha  à  trois  queues.  Il  s'y  trouve  toujours 
une  épouse  et  plusieurs  femmes  de  choix  2.  Les  épouses  contri- 
buaient l'une  après  l'autre,  par  leur  origine,  à  la  grandeur  de  la 
maison  et  elles  se  succédaient  rapidement  :  on  en  compte  au  moins 
cinq  et  chacune  d'elles  répond  à  l'influence  politique  prépondé- 
rante du  moment. 

Par  un  changement  bien  naturel,  à  partir  de  l'instant  où  le 
comte  de  Yieanois  Hugues  devient  duc  de  Provence  et  marquis 
de  Viennoise,  ce  n'est  plus  Vienne  qui  est  son  centre  d'action, 
mais  la  Provence  et  Arles.  Dans  Vienne,  il  n'était  après  tout 
que  le  second  ;  dans  Arles,  il  est  le  premier  et  c'est  là  ce  qu'il 
lui  faut.  Quand  l'Italie  se  tournera  vers  lui,  ce  n'est  pas  le  mar- 
quis de  Viennoise  qu'elle  verra  en  lui,  mais  le  maître  incontesté 
de  la  Provence  "^.  Gomme  tous  les  ducs,  Hugues  possède  et 
retient  personnellement  le  comté  ou  les  comtés  les  plus  impor- 
tants  de  son   duché  :   suivant  ce  principe,  le  duc  de  Provence 


1.  Voir  ci-dessus,  p.  106,  n.  2.  Poupardin,  p.  224,  n.  6,  donne,  entraîné 
par  l'abbé  Ul.  Chevalier,  la  date  approximative  de  910  à  cet  acte  et  c'est 
une  erreur  certaine,  puisque  Rodolphe  est  mort  le  25  octobre  912.  Il  ne 
réfléchit  pas  que  Wille  est  forcément  la  veuve  de  Rodolphe,  en  raison  de 
son  titre  de  regina.  Le  rédacteur  de  l'acte,  en  le  lui  donnant,  n'a  commis 
aucune  confusion  et  savait  ce  qu'il  disait.  En  mai  924,  Wille  sera  morte  et 
Hugues  remarié  avec  Ermengarde  (Cluny,  n"  241).  Plus  tard,  il  aura  Hilda, 
puis  Berthe. 

2.  Liudprandi  Antapod.,  lib.  IV,  §  14.  Il  n'y  a  que  des  analogies,  car, 
selon  Liudprand,  Hugues  ne  tenait  pas  à  la  fidélité  de  ses  nombreuses 
maîtresses. 

3.  925.  «  Hugoni  potentissimo  et  sapientissimo  Provincialium  comiti  » 
(Liudprandi  Antapodosîs,  lib.  III,  §  12).  —  926.  «  Hugo  Arelatensium  seu 
Provincialium  comes  »  {ibid.,  lib.  III,  §  16). 


H  6  LA  PROVENCE  DU  PïlEMlEft  AU   Xll^   SIECLE 

est  aussi  comte  d'Arles,  comme  avant  lui  Thibert  *.  De  même, 
marquis  de  Viennoise,  il  retient  personnellement  le  comté  de 
Viennois  ~.  Auprès  de  Hugues  paraît  son  frère  Boson,  assez  tar- 
divement, ce  qui  implique  une  différence  d'âge  sensible.  Tous 
deux  avaient  d'abord  dans  Vienne  des  biens  contigus  ^  et  si,  là, 
leurs  intérêts  privés  étaient  placés  côte  à  côte,  au  fur  et  à 
mesure  que  la  fortune  de  Hugues  s'affirme,  il  est  clair  que  la 
situation  politique  du  cadet  complète  et  soutient  celle  de  l'aîné. 
Dès  907  ou  908,  ce  Boson  est  comte  comme  Hugues  ^  :  on  peut 
se  demander  de  quel  comté.  Dans  l'acte  important  où  il  figure 
paraissent  quatre  évêques  et  trois  comtes  :  les  évêques  sont  ceux 
devienne,  de  Valence,  de  Grenoble  et  de  Belley,  les  comtes  sont 
ceux  de  Viennois,  de  Valentinois  et  Boson.  Ce  n'est  pas  le  seul 
exemple  d'acte  où  paraisse  un  nombre  à  peu  près  égal  d'évêques 
et  de  coQites,  de  sorte  que  les  comtes  semblent  être  titulaires  des 
mêmes  cités  que  les  évêques  présents.  A  cette  époque  où  le 
pouvoir  était  partagé,  pour  ainsi  dire,  en  commun  dans  chaque 
cité  parFévêque  et  le  comte  associés,  il  n'y  arienladesurprenant.il 
faut  donc  que  Boson  ait  été  comte  de  Graisivaudan,de  Savoie  et 
de  Bugey  pendant  que  son  frère  aîné  possédait  le  Viennois  et 
peut-être  le  Lyonnais.  Cette  situation  de  Boson  ressort  nette- 
ment de  l'acte  :  de  plus,  elle  répond  admirablement  à  ce  qui 
vient  d'être  dit  et  à  ce  qui  se  vérifiera  deux  fois  encore  en  Pro- 

1.  Le  texte  de  Liudprand  est  assez  clair  :  cependant  il  écrivait  plus  tard 
et  le  précepte  du  l*""  février  921  est  délivré  directement  à  Manassès,  arche- 
vêque d'Arles,  sans  l'intermédiaire  du  duc  (Gall.  noviss.  Arles,  n°  243).  Une 
partie  des  biens  confirmés  à  l'église  d'Arles  se  trouvaient  hors  du  duché. 

2.  920. «  Hugo  inclitus  cornes  et  marchio...  aliquid  ex  rébus  de  comitatu 
ipsius  que  pertinent  ad  vicecomitatum  »  (Bruel,  Rec.  des  Ch.  de  Cluny, 
n°  223). 

3.  Mai  924.  «  Domno  magnifico  Ugone  et  uxore  sua  Ermengert...  domno 
Ugone  comité...  domnus  Bosus  comes..,  »  [Ibid.,  n°  241). 

4.  [30  avril  907-novembre  908]...  «  Ego  Alexander  sancte  Viennensis 
ecclesie  humilis  episcopus...  Romegarius  sancte  Valentinensis  ecclesie 
humilis  episcopus...  Isaac  sancte  Gratianopolitane  ecclesie  humilis  episco- 
pus... Elisachar,  humilis  episcopus  Belicensis  ecclesie...  Signum  -j-  Hugo- 
nis  incliti  comitis.  Signum  +  Bosonis  comitis  fratris  sui,  Signum  -\-  alii 
Bosonis  comitis...  »  [Cart.  de  Saint-Barnard,  2^  éd.,  n**  6). 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  117 

vence  et  en  Italie.  Elle  répond  dès  lors  à  la  préoccupation  de 
Hugues  qui  complétera  toujours  sa  situation  personnelle  par 
celle  de  son  cadet.  A  eux  deux,  ils  tenaient  ainsi  la  région  vien- 
noise, comme  plus  tard  ils  tiendront  la  Provence  et  la  Lom- 
bardie. 

Dès  que  le  comte  de  Viennois  devient  duc  de  Provence,  il  y 
établit  son  frère  à  côté  de  lui.  Le  testament  de  Fouquier  évêque 
d'Avignon,  daté  du  2  mai  916,  donne  des  indications  précieuses 
sur  l'organisation  du  duché.  Quand  un  siège  épiscopal  vient  à 
vaquer,  l'élu,  sur  l'invitation  du  comte  de  sa  cité,  se  rend  h 
Arles  :  il  y  est  sacré  par  le  primat  qui  le  prépose  ainsi  au  dio- 
cèse vacant.  Puis,  d'accord  avec  le  duc,  celui-ci  fait  admettre 
le  nouveau  pontife  à  l'audience  impériale.  Le  souverain  donne 
alors  ordre  de  mettre  l'évêque  en  possession  de  son  évêché.  Ce 
mécanisme  montre  bien  l'évêque  et  le  comte,  puis,  au-dessus 
d'eux,  le  primat  et  le  duc  exerçant  d'accord  leurs  prérogatives 
propres,  au  spirituel  et  au  temporel,  sous  le  contrôle  du  souve- 
rain et,  éventuellement,  du  pape.  Ce  testament  montre  que  le  comte 
de  la  région  d'Avignon  n'était  autre  que  Boson  :  sa  souscription  y 
figure.  Le  premier  précepte  connu,  depuis  la  constitution  du  duché, 
est  précisément  un  précepte  du  4  avril  912  concédé  à  cet  évêque 
Fouquier  sur  la  commune  intervention  du  duc  Hugues,  du 
comte  Boson  son  frère  et  de  l'archevêque  d'Arles  Rostaing.  On 
y  voit  réunis  tous  les  personnages  mentionnés  dans  le  testament, 
chacun  d'eux  dans  l'exercice  de  ses  prérogatives  personnelles 
auprès  du  souverain  :  il  est  probable  que  ce  précepte  a  été  écrit 
au  moment  précis  où  l'évêque  nouvellement  sacré  venait 
demander  l'investiture  royale  par  l'intermédiaire  du  duc  et  de 
l'archevêque  ^. 

1.  4  avril  [912].  «  Ugo  dux  et  gloriosus  cornes  necnon  Boso  frater  suus, 
sive  domnus  Rothstagnus  archiepiscopus  pecierunt...  ut  quibusdam  de 
fidelibus  nostris  Falcherium  videlicet  Advenionensis  episcopum...  auge- 
remus...  »  (Vaucluse,  G.  6,  f»  7). 

Avignon,  2  mai  916.  «  Fulcherius  humilis  Ihesu  Xpisti  episcopus...  siigge- 
rente  augustalis  prosapie  principe  Bosone,  adii  Arelatensem  primatem 
illustrem  Rodhstagnum  ut,.,  clero  et  populo...  expostulantibus,...  sedi  pas- 


118  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII®  SIÈCLE 

Le  précepte  de  912  et  le  testament  de  916,  rapprochés, 
prouvent  donc  que  le  duc  de  Provence  Hugues,  retenant  pour 
lui  le  comté  d'Arles,  donna  aussitôt  installé  à  son  frère  Boson 
le  comté  d'Avignon.  Ils  occupaient  donc,  en  Provence,  par  eux- 
mêmes  la  vallée  du  Rhône  :  c'est-à-dire  les  comtés  les  plus 
importants.  Des  préceptes  ultérieurs  du  18  août  918/7  et  du 
14  mai  919  i  montrent  encore  Boson,  frère  du  duc,  dans  ses 
fonctions  de  comte  d'Avignon.  Le  duc  et  le  primat  de  Provence 
ne  se  dérangent  plus  pour  intervenir  dans  ces  préceptes,  comme 
ils  l'ont  fait  en  912,  au  point  de  départ  du  pontificat. 

Quoique  la  Provence  obéît  à  un  duc,  les  évêques  et  les  comtes 
qui  dépendaient  de  son  autorité,  continuaient  à  être  directement 
les  fidèles  de  l'empereur  au  moins  en  théorie  :  ce  fait  important 
est  prouvé  par  le  protocole  usité  dans  la  rédaction  des  préceptes. 
Mais,  d'autre  part,  les  Miracles  de  saint  Apollinaire  indiquent 
que  le  duc  avait  droit  à  l'escorte  personnelle  des  évêques  et  des 
comtes,  quand  il  se  rendait  de  Vienne  vers  Arles,  ou  d'Arles  à 
Vienne.  L'évêque  et  le  comte  de  chaque  cité  où  il  devait  passer 
l'accompagnaient  avec  leurs  milices  jusqu'à  la  cité  suivante  ^. 

torem  preficeret...  Tandem,  communi  voto,  sociato  sibi  Hugone  clarissimo 
procere,  impérial!  sum  exhibitus  presentie.  Gujus  jussu...  Avinionensi 
subnisus  cathedre...  tam  spiritualiter  quam  corporaliter...  -f"  F^^cherius 
episcopus...  firmavi...  Boso  comes  firmavit.  »  (Vaucluse,  G.  119,  f°  39). 

1.  Vienne,  18  août  918/7.  «  Boso  venerabilis  comes  nosterque  propin- 
quus  necnon  et  Folcherius  presul  Avenionensis  obtimus  »  (Vaucluse,  G.  6, 
f°  11). 

Vienne,  14  mai  [919].  «  Boso  inclitus  comes  nosterque  fidelis  et  propin- 
quus  »  [Ibid.,  G.  6,  f»  9). 

2.  «  Anno  igitur  Incarnationis  Dominice  DCCCC.XI,  defuncto  sancte 
Valentinensis  ecclesiae  episcopo,  Remeg-arius,  natione  Francus,  in  eadem 
ecclesia  rogatur  episcopus...  Anno  itaque  revol vente  ordinationis  ipsius 
presulis,  Ugo  inclitus  marchio,  qui  tune  rem  publicam  sub  Ludovico  impe- 
ratore  regebat,  Italiam  provehebatur.  Hic  namque  in  suo  auxilio  episcopos 
atque  comités  habebat,  inter  quos  prefatus  episcopus  fidelitate  necnon  et 
servicioassiduus  habebatur.  Proficiscens  igiturjamdictus  episcopus  Viennam 
ut  cum  predicto  duce  deduceretur  atque  sic  ad  Valenciam  remearet,  contin- 
git  ut  mutus  qui  ab  illo  per  triennium  pascebatur...  ante  ipsum  veniret... 
timens  ne  in  abstinencia  ejus...  periret.  Quod  utvidit  inclitus  dux,..,  postu- 
lavit  ut  ipse  episcopus   ad   domum   sancti  Apollinaris  illuiii  deduceret... 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  119 

Le  duché  de  Provence  devait  permettre  à  Hugues  de  réaliser 
à  nouveau  le  rêve  duroi  Boson.  Depuis  la  dislocation  de  l'empire, 
rinfluence  bourguignonne  basée  sur  la  marche  d'Ivrée  disputait 
à  l'influence  germanique,  qui  s'appuyait  sur  la  marche  de  Frioul, 
la  domination  du  royaume  de  Lombardie.  Ces  marches  italiennes 
avaient  été  bien  vite  occupées  par  ceux  qu'elles  auraient  dû  arrêter. 
Quoique  les  tentatives  de  Louis  l'Aveugle  eussent  misérablement 
échoué  par  son  inintelligence,  elles  pouvaient  être  reprises  par  un 
homme  avisé.  Le  duc  n'était  pas  seul,  dans  sa  famille,  à  faire 
des  mariages  politiques  :  sa  mère  s'était  remariée  avec  Albert 
marquis  de  Toscane,  ce  qui  était  un  excellent  point  d'appui.  Cette 
mère  prépara  les  voies  à  son  fils.  Dès  912,  selon  les  Miracles  de 
saint  Apollinaire,  le  duc  essaya  d'entrer  en  Italie.  Constantin 
Porphyrogénète  et  Liudprand  ont  gardé  souvenir  de  cette  expé- 
dition où  le  duc  était  accompagné  par  son  frère  Boson  et 
par  Hugues  fils  de  Taillefer.  Mais  l'échec  fut  complet  : 
Bérenger  s'empara  du  duc  et  ne  consentit  à  le  relâcher 
que  moyennant  le  serment  de  ne  plus  remettre  les  pieds  en 
Italie  de  son  vivant  ^ .  Hugues  savait  ce  qu'il   en  avait  coûté  à 

Benedictione  autem  accepta  prefatus  dux  ab  episcopo,  discessitab  eo  ;  pre- 
libatusque  presul  reversas  est...  Valentiam,  deducens  secum  quod  postu- 
latum  fuerat  a  principe.  Mox  enim  ut  episcopus  ingressus  est  secclesiam 
beatiStephani...  in  quabeatus...  Apollinarisquiescebat...mutusqui  nunquam 
locutus  fuerat...  proseculus  est  Alléluia...  Revertente  domino  principe  ab 
Arelatense,  ipse  ei  permediam  civitatem  occurreret  ac  diceret:  «  quia  quic- 
quid  volo,  gratias  Deo  loqui  possum».  Unde...  tintinnabulumquodcollo  ejus 
appensum  fuerat  ante  sepulchrum  beati  ApoUinaris  dépendit...  »  (Ul.  Che- 
valier, Vies  de  saints  dauphinois  :  Miracula  sancti  AppoUinaris;  Bull,  d'hist. 
eccl.  et  d'arch.  relig.,  J5^  année,  103®  liv.,  pp.  38-40).  Ce  texte  contient  cer- 
tainement des  erreurs  de  date  ;  mais,  le  fond  du  récit  paraît  sincère.  Remé- 
gaire  était  déjà  évêque  en  908  {Cart.  de  Saint-Barnard,  2«  éd.,  n°  6).  Peut- 
être  faudrait-il  donc  lire  906  au  lieu  de  912,  pour  la  date  de  son  élection. 
Mais,  dans  ce  cas,  anno  revolvente  ordinationis  correspondrait  à  907  et  non 
plus  à  912.  Or,  en  907,  Hugues  n'était  pas  encore  duc  et  marquis.  Il  faut 
donc  s'en  tenir  à  912  pour  la  date  du  miracle,  plutôt  qu'à  907. 

1.  Joindre,  au  texte  de  la  note  précédente,  Liudprandi,  Antapod.,  lib.  III, 
§  12,  et  Constantin  Porphyrogénète,  De  administr.  imper.,  c.  26.  Poupardin, 
p.  219,  n.I,  dit  que  le  voyage  de  912  en  Italie  peut  être  un  voyage  pacifique: 
ce  n'est  guère  probable 


w-^ 


120  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll®    SIÈCLE 

Louis  l'Aveugle,  de  ne  pas  tenir  sa  promesse  dans  une  circon- 
stance identique,  et^  plutôt  que  d'entendre  le  Quousque  tandem... 
de  Bérenger  i,  il  se  le  tint  pour  dit.  L'attente  fut  longue  : 
Bérenger  ne  devait  mourir  que  le  7  avril  924  2.  Mais,  si  le  duc 
de  Provence  avait  promis  de  ne  plus  venir  le  combattre,  rien  ne 
l'empêchait  de  lui  susciter  d'autres  concurrents  plus  ou  moins 
éphémères.  Il  y  avait  un  prétendant  bourguignon  tout  indiqué  : 
c'était  le  roi  de  Bourgogne  jurane  Rodolphe  II,  dont  Hugues 
avait  épousé  la  mère.  Entre  un  roi  et  un  duc,  la  Lombardie 
devait  d'ailleurs  jeter  les  yeux  plus  volontiers  sur  le  roi  '^.  Le 
duc  devait  être  bien  aise  de  voir  s'user  avant  lui  ce  concurrent 
éventuel  qui  lui  tenait  de  près  et  devant  lequel  il  se  voyait 
obligé  de  s'effacer  tout  d'abord.  La  tentative  de  Rodolphe  n'eut 
guère  plus  de  succès  que  celle  de  Louis  l'Aveugle  :  ses  préceptes 
en  Lombardie  vont  du  4  février  922  au  28  février  924  ^.  Il 
semble  que  la  mort  de  Béranger  aurait  dû  asseoir  définitivement 
son  règne  en  Lombardie  :  c'est  exactement  le  contraire  qui  se 
produit.  A  peine  Bérenger  meurt,  Rodolphe  disparaît  et  c'est  le 
duc  de  Provence  qui  l'élimine.  Gela  se  comprend  :  Bérenger 
mort,  aucun  serment  n'arrêtait  plus  le  duc  de  Provence,  il  lui  suf- 
fisait d'éloigner  Rodolphe.  On  peut  bien  s'imaginer  que  la  vieille 
marquise  de  Toscane  Berthe  ne  fut  pas  étrangère  à  ce  change- 
ment imprévu  ;  mais  elle  était  hors  d'âge  à  sortir  de  la  cou- 
lisse et,  ne  pouvantplus  agir  elle-même,  elle  dirigeait  les  événe- 
ments.   Elle  avait  eu  soin  de  marier  sa  fille   Ermengarde  avec 

1.  Liudprandi  Antapod.,  lib.  II,  §41. 

2.  Ernst  Dûmmler,  Gesta  Berengarii  iniperatoris.  Halle,  1871,  p.  10  et 
n«>3. 

3.  <(  Quo  tempore  Rodulfus  rex  superbissiniis  Burgundionibus  imperabat. 
Cui  in  augmentum  potentise  hoc  accessit  ut  potentissimi  Suevorum  ducis 
Bruchardi  filiam  nomine  Bërtam  sibi  conjugio  copularet.  Igitur  Italienses, 
nuntiis  directis,  hune  venire,  Berengarium  vero  expellere  petunt  »  (Liud- 
prandi Antapod.,  lib.  II,  §  60,  éd.  in  us.  schol.,  pp.  48-49). 

4.  Ibid.,  pp.  182-185.  En  924,  le  marquis  de  Viennoise  et  le  roi  de  Jurane 
agissent  encore  de  concert  pour  traquer  les  Hongrois...  «  ab  Hugone  de 
Vienna...  Rodulfus  Cisalpinœ  rex  Galliœ  et  Hugo  Viennensis...  praedicti 
duces...  »  (Flod.,  Ann,,  924;  Script.,  t.  III,  pp.  373^374), 


LE    ROYAUME   DE    PROVENCE    VIENNOIS  121 

Albert  marquis  d'Ivrée,  devenu  veuf  fort  à  propos,  et  elle  tenait 
ainsi  dans  sa  main  la  moitié  du  royaume.  L'amour  alors  menait 
l'Italie  ;  Ermengarde  gouvernait  adroitement  par  sa  beauté.  Ce 
fut  elle  qui  joua  le  malheureux  Rodolphe  et  le  fît  disparaître  une 
nuit  au  profit  du  duc  de  Provence,  son  frère  utérin  à  elle  K  Au 
moment  où  elle  allait  triompher,  la  vieille  marquise  de  Toscane 
mourut,  le  8  mars  925,  à  Lucques  -,  quelques  mois  trop  tôt  pour 
voir  enfin  son  fils  ceindre  la  couronne  de  fer  à  Milan,  le  dimanche 
9  juillet  926  3.  Liudprand  trace  le  portrait  du  nouveau  roi  de  Lom- 
bardie  ^  :  intelligent  et  sensuel,  Hugues  était  fait  pour  gouverner 


1.  «  Defuncto  Adelberto  Eporegiae  civitatis  marchione,  uxor  ejus  Her 
mengarda  Adelberti  prepotentis  Tuscie  marchionis  et  Bertse  filia  totius 
Italias  principatum  obtinebat.  Causa  autem  potentiœ  hujus  bec  erat,  quo- 
niam...  carnale  cum  omnibus...  commercium  exercebat  »  (Liudprandi,  lib. 
III,  §7,  cf.  §  8-12). 

2.  Liudprandi  Antapod.,  lib  III,  §  18.  Bouquet,  IX,  p.  105.  Voir  son  épi- 
taphe  dans  F.  Contelorio,  Mathildis  comitissœ  genealogia.  Interamnae 
MDLVII,  pp.  37-38. 

3.  «  Die  sabati  quod  est  decimo  diemensisapreliis  et  fuit  in  eo  diesecun- 
dum  Pasce,  civitate  Arlenda,  migravit  ab  bac  die...  domnus  Ugo  rex  ;  abeap 
regnatum  annos.  XX.  expletos  et  menses.  VIIII.  et  dies.  III.  (Cipolla, 
Monum.  Novalic,  I,  p.  415  :  L'éditeur  introduit  à  tort  dans  le  texte  la  leçon 
annos  XXI,  alors  que  Tunité  finale  a  été  ajoutée  après  coup,  comme  il  le 
reconnaît  lui-même  dans  la  note  c).  Le  9  juillet  926,  ayant  été  un  dimanche, 
est  la  date  certaine.  Les  vingt  ans  se  sont  écoulés  du  9  juillet  926  au 
8  juillet  946,  les  neuf  mois  du  9  juillet  947  au  8  avril  947  (sans  tenir 
compte  de  la  longueur  moindre  de  février)  et  les  trois  jours,  du  9  au  11 
avril.  L'erreur  est  d'un  jour  dans  le  calcul  du  scribe.  Il  faut  noter  que, 
dans  le  calendrier,  la  date  initiale  du  9  juillet  tombe  le  VII  des  ides  et  la 
date  finale  du  10  avril,  le  IV  des  ides  :  du  VII  au  IV,  il  y  a  un  écart  de 
trois  unités,  et  c'est  là  peut-être  la  raison  de  l'erreur  commise. 

4.  u  Fuit  autem  rex  Hugo  non  minoris  scientise  quam  audatiae,  nec 
infirmioris  fortitudinis  quam  calliditatis  :  Dei  etiam  cultor  sanctœque  reli- 
gionis  amatorum  amator  ;  in  pauperum  necessitatibus  curiosus  ;  erga  secle- 
sias  valde  sollicitus;  religiosos  phylosophosque  viros  non  solum  amabat, 
verum  etiam  fortiter  honorabat.  Qui  etsi  tôt  virtutibus  clarebat,  mulierum 
tamen  illecebris  eas  fedabat...  sicut  vir  prudentissimus,  ubiubi  terrarum 
cepit  nuntios  suos  dirigere,  multorumque  regum  seu  principum  amicitiam 
quaerere  »  (Liudprandi  Antapod.,  lib.  III,  §  19,  21).  Les  Miracles  de  Saini- 
ApolUnaire  le  montrent  recueillant  un  petit  sourd-muet  de  cinq  ans  et  le 
gardant  trois  années  auprès  de  lui. 


122  LA  PROVENCE    DU  PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

ce  pays  ^  Son  règne   fut    de  vingt  ans   et,   mieux   encore  que 
Boson,  il  mourut  roi. 

Lors  de  l'avènement  du  duc  au  trône  de  Lombardie,  son  frère 
Boson  paraît  être  resté  tout  d'abord  en  Provence  pour  l'admi- 
nistrer en  son  nom.  Cela  dura  jusqu'en  931,  date  à  laquelle  le 
roi  jugea  bon  d'appeler  Boson  en  Lombardie  et  de  lui  donner  la 
marche  de  Toscane,  en  remplacement  de  leur  frère  utérin  Lam- 
bert, dont  il  n'était  plus  sûr  et  à  qui  il  fît  crever  les  yeux  -. 
L'entente  entre  les  deux  frères  ne  tarda  pas  à  s'altérer  :  Boson  se 
livra,  paraît-il,  à  des  intrigues  qui  le  firent  emprisonner  et  dispa- 
raître en  936  ^.  Wille,  sa  femme,  qui  l'y  avait  poussé,  était 
sœur  de  Rodolphe  II,  roi  de  Bourgogne  :  on  comprend  donc 
bien  que  l'initiative  de  ces  intrigues  soit  venue  d'elle.  Probable- 
ment, elle  eût  été  heureuse  de  voir  Rodolphe  succéder  à  Hugues 
en  Lombardie.  Le  trait  dominant  de  son  caractère  était  la  cupi- 
dité :  nue,  elle  trouvait  encore  moyen  de  dissimuler,  aux  agents 
du  fisc  chargés  de  la  dépouiller,  l'objet  le  plus  précieux  de  son 
trésor,  une  ceinture  rouge  garnie  d'or  et  de  gemmes,  à  laquelle 
le  roi  Hugues  tenait  par-dessus  tout.  Ces  fonctionnaires  étaient 
des  gens  honnêtes  qui  détournaient  les  yeux  ;  dans  les  vête- 
ments, ils  ne  trouvaient  rien.  Le  regard  effronté  d'un  valet  put  seul 
surprendre  au  dernier  moment  le  secret  de  la  princesse  en  fixant 
sa  cachette  inattendue  ^.  Boson  n'avait  eu  d'elle  que  quatre  filles  : 
seule,   l'aînée,  Berthe,  mariée  deux  fois,  intéresse  la  Provence 

4.  Cette  manière  de  voir  date  de  1897  et,  depuis  lors,  Poupardin,  p.  22:\ 
Ta  exactement  adoptée  en  4901.  Elle  ne  pouvait  trouver  meilleuiti 
fortune. 

2.  [931].  ((  Bosoni  fratri  suo  Tuscise  marcam  contradidit  et  non  multo  post 
Lambertum  lumine  privavit  »  (Liudprandi  A/iiapor/.,  lib.  III,  §47).  Il  paraît 
pour  la  première  fois  avec  le  titre  de  marquis  dans  un  précepte  du 
17  octobre  931  [Forschungen,  t.  X,  p.  300  ;  cf.  Poupardin,  p.  230). 

3.  [936].  <.(  Per  id  tempus  régis  Hugonis  frater  Boso,  Willa  uxore  sua  cupi- 
dissima  stimulante,  adversus  regem  nova  quœdam  et  perversa  molitus  est 
agere.  Quod  Hugonem  non  latuit.  Qua  ex  re  captus,  custodiœ  est  continuo 
traditus...  »  (Liudprandi  Antapod.,  lib.  IV,  §  11  ;  cf,  Flodoardi,  Annales^ 
936). 

4.  Ibid.,  lib.  IV,  §  14  et  12. 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  123 

Elle  ne  devait  pas  être  atteinte  par  la  disgrâce  de  ses  parents 
dont  elle  était  sans  doute  alors  déjà  séparée  :  c'est  elle  à  qui  le 
roi  donnera  la  Provence,  non  seulement  le  comté  d'Avignon 
possédé  par  son  père  Boson,  mais  aussi  le  comté  d'Arles  retenu 
par  lui-même.  Finalement,  c'est  auprès  d'elle  qu'il  se  retirera  à 
Arles  en  946.  C'est  à  cette  nièce  préférée  qu'il  léguera  son  tré- 
sor 1  et  son  domaine  privé  soit  en  Gothie,  soit  en  Provence  2. 
D'ailleurs,  malgré  l'ignominieux  renvoi  de  Wille  en  Bourgogne 
au  roi  Rodolphe  II  dont  elle  était  la  sœur,  ce  roi  étant  mort  un 
an  après  (-|-  11  juillet  937),  Hugues  par  un  double  mariage  poli- 
tique épousera  fort  bien  la  reine  Berthe,  sa  veuve,  comme  il 
avait  épousé  sa  mère  Wille,  et  il  donnera  leur  fille  Adélaïde  de 
Bourgogne  à  son  fils  à  lui  Lothaire,  associé  au  trône  de  Lom- 
bardie  ^.  Ces  mariages  prouvent  que  Hugues  tenait  à  voir  subsis- 
ter de  bons  rapports  entre  les  deux  royaumes  et  à  dominer  la 
Jurane  ;  il  reste  fidèle  aux  lois  de  sa  politique  matrimoniale  et, 
s'il  eût  assez  vécu,  comme  jadis  vivaient  les  patriarches  de  la 
Bible,  on  peut  croire  qu'il  eût  épousé  quelque  jour,  à  vingt- 
cinq  lustres   accomplis  pour  le  moins,  la  veuve  du  roi  de  Bour- 

1.  Liudprandi,  lib.  V,  §  31. 

2.  26  février  [960].  Donation  par  Berthe  à  Montmajour  de  l'héritage  de 
son  oncle  :  «  ex  rébus  quœ  mihi  legibus  obvenerunt  ex  parte  avunculi 
mei  Ugonis  régis  [1°]  in  regno  Gociae,  in  cornitatu  Sustantionensi,...  villam 
...  Candianicas...  villam..  Bernatis...  villam  Porcianus...  [2°]  In  regno 
Provincise,  in  comitatu  Friuliensi,  curtem  Valignatis...  in  cornitatu  Regensi, 
villas  Crocium  et  Vermilium...  in  comitatu  Vapinchis,  villas...  Molion, 
Dianovam,  Callulus,  Lunateis  et  Caricampus...  Marnenno...  vallem  Cor- 
trinciam...  in  comitatu  Vasionensi,  curtem  Cavegondis...  in  comitatu 
Atensi,  in  pago  Albionense,...  in  loco  Sagatello...  Monteaureo...  villa... 
Leuca,  in  comitatu  Orisionense,  in  villa  Asclannis...  in  comitatu  Tracense 
dimidiam  ecclesiam...  villœ  Trexiani,  villas  Paternam  et  Calesonem  et 
Macesonem  vallem...  in  comitatu  Diense,  in  valle  Salavanis...  [Ilist.  de 
Languedoc,  2^  éd.,  t.  5,  n°  107,  col.  233-23i).  Les  éditeurs  ne  savent  pas 
qui  est  le  roi  Hugues,  car  ils  le  gratifient  du  nom  Ubonis  et  l'identifient 
dubitativement  par  leur  note  2  avec  Boson.  Ils  sont  également  inquiets  de 
la  signification  qu'il  faut  attribuer  à  regnum  Goclœ  et  ne  pensent  pas  au 
marquisat  de  Gothie,  car  ils  font  suivre  Gociae  d'un  point  d'interrogation 
inattendu.   Ils  se  disent  que   Tracense  est   peut-être  la  forme  vulgaire  de 

Tricastinense  :  c'est  même  sûr. 

3.  Liudprandi,  lib.  IV,  §  13.  ' 


124  LA  PROVENCE  DU    PREMIER   AU    Xll^    SIÈCLE 

gogne  Conrad, exactement  comme  il  avait  épousé  les  veuves  du  père 
et  du  grand-père  de  celui-ci.  Pour  posséder  Rome,  il  n'avait  pas 
hésité  à  épouser  sa  propre  belle-sœur,  Maruccia  :  cette  maîtresse 
et  mère  de  papes  voulait  être  femme  de  roi.  Evidemment,  l'épis- 
copat  aurait  dû  frémir  d'unions  aussi  enchevêtrées.  Le  pape 
lui-même,  fils  de  pape,  ne  pouvait  que  garder  le  silence  devant 
sa  mère  :  mais  il  aurait  pu  fuir  ^  Jamais  TEglise  catho- 
lique, apostolique  et  romaine,  n'a  été  plus  romaine  et  moins 
apostolique  qu'à  ce  moment  :  la  tiare  s'égarait  sur  des  têtes  d'en- 
fants, entre  le  château  Saint-Ange  elle  Latran,  dans  les  grandes 
ruines  désertes  et  beaucoup  trop  près  de  la  cloaca  massima. 
Effrontément,  le  roi  s'en  tirait  en  prétendant  que  le  pré- 
cédent époux  delà  romaine,  Guy,  marquis  de  Toscane, n'était  vrai- 
ment pas  son  frère  utérin  à  lui.  Beaucoup  ne  demandaient  qu'à  le 
croire  ;  mais  Dieu,  par  un  duel  judiciaire,  prouva  son  mensonge  '^, 


IV 

Le  roi  Hugues,  duc  de  Provence,  et  le  trône  vacant 

(928-934) 

Trois  ans  auparavant,  le  5  juin  928,  était  mort  Louis  l'Aveu- 
gle à  Vienne  :  il  faut  voir  ce  que  devient  alors  le  royaume 
de  Provence. 

Ce  royaume  se  composait,  on  l'a  vu,  du  duché  de  Provence  et 
de  la  marche  de  Viennoise  depuis  la  fin  de  911  ;  le  roi  de  Lom- 

1.  «  Ipsius  Marotise  filium  lohannem  nomine,  quem  ex  Sergio  papa  mere- 
trix  ipsa  genuerat.  papam  conslituunt.  Wido  verô  non  multopost  moritur... 
Marozia...  post  Widonis  mariti  sui  mortem  Hugoni  régi  dirigit  eumque 
invitât  ut  se  adeat  Romamque  nobilissimam  civitatem  sibi  adsuinat.  Hoc 
autem  non  aliter  posse  fieri  testabatur,  nisi  eam  rex  Hugo  sibi  maritam 
faceret...  »  [Ibid.,  lib   III,  §  43,  44). 

2.  Ibid.,  lib.  III,  §  47. 


LÉ   ROtAUME   DE  JPROVENCE    VIENNOIS  125 

hardie,  en  montant  sur  le  trône,  était  toujours  resté  duc  de  Pro- 
vence et  marquis  de  Viennoise.  Il  paraît  à  ce  moment  avoir 
concentré  de  plus  en  plus  la  réalité  de  son  pouvoir  dans  la  Pro- 
vence. En  effet,  Hugues  conserve  en  926,  soit  par  lui,  soit  par 
son  frère  Boson,  les  comtés  d'Arles  et  d'Avignon  :  par  contre, 
tout  en  restant  marquis  de  Viennois,  c'est  alors  qu'il  paraît  céder 
le  comté  proprement  dit  de  Viennois  à  Charles-Constantin  fils 
devenu  adulte  de  l'empereur  K  C'est  sans  doute  aussi  en  partant 
pour  l'Italie,  c'est-à-dire  en  926,  que  le  frère  de  Hugues,  Boson, 
doit  ahandonner  les  comtés  de  Graisivaudan,  de  Savoie  et  de 
Bugey  dont  en  907  il  était  titulaire.  En  effet  d'autres  raisons 
amènent  à  fixer  aux  environs  de  925  la  date  à  laquelle  Hugues 
fils  du  comte  de  Troyes  Garnier  était  devenu  comte  de  Savoie  2. 
Le  roi  et  son  frère  ne  se  démunissent  d'ailleurs  qu'en  faveur  de 
parents  ou  de  clients  sûrs;  car,  par  sa  mère  Thiherge,  cet  Hugues 
qui  reçoit  la  Savoie  était  leur  propre  neveu.  Comme  la  Savoie 
est,  ainsi  que  le  pays  de  Sermorens,un  démemhrementdu  Graisi- 
vaudan et  que  Boson  devait  être  comte  de  Graisivaudan,  il  se 
pourrait  que  Hugues  fils  de  Garnier  ait  succédé  à  son  oncle  Boson, 
non  seulement  dans  la  Savoie,  mais  aussi  dans  le  Graisivaudan  et 
dans  le  pays  de  Sermorens.  C'est  là  une  simple  hypothèse,  mais 
elle  expliquerait  fort  bien  la  possession  des  grands  biens  de  Hugues 
fils  de  Garnier  dans  le  pays  de  Sermorens-^.  Déjà,  quelques  années 
auparavant,  c'était  sûrement  le  duc  de  Provence  qui  avait  pro- 
curé l'archevêché  d'Arles  à  son  autre  neveu  Manassès  ^  ;  plus  tard, 

1.  En  effet,  Charles-Constantin  est  comte  déjà  du  vivant  de  son  père 
(Ch.  de  Cluny,  n»  247).  Il  ne  l'était  pas  encore  le  3  juin  923  [Clumj,  242);  il 
l'était  déjà  le  25  décembre  927  (Gall.  Christ. ,i.X\\;  Instr.  eccl.  Vienn.  XX, 
col.  15-16). 

2.  G.  de  Manteyer,  Les  origines  de  la  maison  de  Savoie,  Rome,  1899, 
p.  515  :  (c  II  faudrait  admettre  que,  entre  le  25  décembre  920  et  le  mois 
d'avril  927,  il  [Hugues  fils  de  Garnier,  lequel  était  mort  le  6  décembre 
925)  avait  obtenu  de  Louis  l'Aveugle  la  concession  de  la  Savoie,  sous  l'in- 
fluence toute-puissante  de  son  oncle  Hugues,  qui  devint  roi  de  Lombardie 
le  9  juillet  926.  » 

3.  Ibid.,  p.  491. 

4.  Ibid.,  notes  additionnelles,  Paris,  1901,  pp.  266,  272,  etc.. 


126  LA    PROVENCE  DU    PREiMlER    AU    XII<^    SIÈCLE 

le  24  juin  936,  il  cédera  encore  au  nouveau  comte  de  Savoie 
son  domaine  d'Octavion  en  Viennois  K  En  somme,  le  roi  de  Lom- 
bardie  constitue  héritier  particulier  en  Viennois  son  neveu  Hugues 
fils  de  sa  sœur  Thiberge,  comme  il  constitue  héritière  en  Provence 
sa  nièce  Berthe,  fille  de  son  frère  Boson.  Le  parallélisme  des  deux 
situations  est  frappant. 

Au  moment  de  la  mort  de  rempereuT*  en  928,  le  roi  de  Lom- 
bardie  était  donc  surtout  duc  de  Provence,  pays  dont  il  possédait 
les  principaux  comtés  ;  il  gardait  encore  un  contrôle  sur  le  reste 
du  royaume  en  qualité  de  marquis  de  Viennoise, avec  des  comtes 
à  sa  dévotion  comme  son  neveu  le  comte  de  Savoie. 

De  toute  manière,  il  était  l'arbitre  de  la  situation.  Mais 
il  avait  à  compter  avec  ses  voisins,  c'est-à-dire  avec  Raoul,  roi 
de  France,  et  avec  Rodolphe,  roi  de  Jurane.  Il  accourut  en  Bour- 
gogne et,  probablement  par  l'intermédiaire  de  la  vieille  comtesse 
Adélaïde,  mère  du  roi  de  France  et  tante  du  roi  de  Jurane  qui  le 
14  juin  se  trouvait  à  Bougy,  à  moitié  chemin  entre  eux,  il  eut 
une  entrevue  avec  Raoul.  Les  deux  augures  conclurent  un  par- 
tage équitable. 

Louis  laissait  au  moins  deux  fils,  Charles-Constantin  et 
Rodolphe.  Le  premier  était  comte  de  Viennois  depuis  926;  le 
second,  qui  se  trouve  à  Bougy  auprès  de  sa  grand'tante  dans  ces 
conjonctures,  avait  une  situation  personnelle  encore  moins  brillante 
que  Charles  puisqu'il  n'est  même  pas  comte.  Comme  René  Pou- 
pardin  vient  de  le  conjecturer  avec  beaucoup  de  raison,  le  second 
nom  du  comte  de  Viennois,  Constantin,  qui  est  un  surnom  de  bap- 
tême, paraît  prouver  que  sa  mère  était  une  viennoise  de  rang  ordi- 
naire 2.  Par  conséquent,    il  était  bâtard  ^  ou,  tout  au   plus,  en- 

1.  G.  deManteyer,  Les  origines  de  la  maison  de  Savoie,  Rome,  1899,  p.  489. 

2.  Poupardin,  p.  210. 

3.  Richer  disait  :  Concubinali  stemmate  usque  ad  tritavuni  sordebat  (Hist., 
lib.  II,  c.  98).  Il  est  impossible  de  se  fier,  sans  contrôle,  aux  racontars 
légendaires  de  cet  auteur,  qui  ressemble  si  peu  à  son  prédécesseur  Flo- 
doard  par  sa  méthode.  Tritavus,  c'est  l'ascendant  au  6''  degré  :  Charles- 
Constantin  étant  mort  vers  960,  cela  reporte,  pour  le  moins,  au  début  du 
IX®  siècle.  Comment  aurait-on  pu  connaître  une  généalogie  qui  se  serait 
perpétuée  hors  mariage  régulier  pendant  deux  siècles?  Richer  se  fait  l'écho 
des  potins  qui  couraient  autour  de  lui  et  qui  ne  valaient  pas  cher. 


LE    ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  127 

fant  d'une  union  pareille  aux  mariag-es  morganatiques  modernes. 
Par  suite,  il  ne  pouvait  régner,  à  moins  d'un  concours  de  circon- 
stances très  favorables.  Si  son  frère  Rodolphe  eût  été  lui-même 
issu  d'un  mariage  régulier  de  l'empereur  avec  une  princesse  de 
maison  royale,  il  aurait  certainement  succédé  à  son  père;  mais, 
comme  on  vient  de  le  dire,  la  forme  de  sa  souscription  paraît 
prouver  qu'il  n'était  pas  d'un  rang  supérieur  à  celui  de  Charles- 
Constantin  et  qu'il  n'avait  même  pas  reçu  de  comté,  alors  que 
le  neveu  de  Hugues,  étranger  au  Viennois,  en  était  cependant 
pourvu. 

Dans  ces  conditions,  c'était  évidemment  le  plus  proche  agnat, 
Raoul  roi  de  France,  qui  était,  comme  cousin  germain  de  Louis 
l'Aveugle,  l'héritier  naturel  de  lacouronne de  Provence.  Toutefois, 
il  ne  pouvait  convenir  au  roideLombardie,  qui,  en  réalité,  possé- 
dait le  pouvoir  dans  le  royaume  de  Provence,  de  reconnaître  le 
roi  de  France  comme  roi  de  Provence  et  comme  son  suzerain.  De 
là,  transaction.  En  premier  lieu,  les  fils  de  Louis  l'Aveugle  sont 
exclus  du  trône  comme  inhabiles  à  lui  succéder  et,  par  conséquent, 
le  trône  de  Provence  reste  vacant.  En  second  lieu,  le  roi  deLom- 
bardie  cède  au  roi  de  France,  plus  proche  héritier,  la  marche  de 
Viennoise  et  il  garde  pour  lui  le  duché  de  Provence  ^. 

Que  le  trône  reste  vacant,  cela  est  prouvé  par  tous  les  acteâ 
privés  qui  continuent  à  mentionner  le  règne  de  Louis  en  Viennoise 
jusqu'au  2  juillet  932  et  en  Provence  jusqu'au  18  juin  934  2.  Que 
le  roi  de  Lombardie  ait  cédé  au  roi  de  France  la  marche  de  Vien- 


1.  Aussitôt  après  le  traité  qui  laissait  le  trône  vacant  et  qui  cédait  la 
marche  de  Viennoise  au  roi  de  P'rance,  on  voit  Hugues  exercer  les  préro- 
gatives de  l'autorité  royale  dans  le  royaume  de  Provence,  exactement 
comme  s'il  était  le  successeur  de  Louis  l'Aveugle, et,  cela,  de  préférence  au 
roi  de  France.  En  dehors  des  préceptes  où  il  agit  plutôt  comme  proprié- 
taire que  comme  souverain,  il  renouvelle  en  effet  nostra  regali  auctorilate, 
sur  la  demande  de  l'archevêque  Anchier  et  de  l'abbé  Gipier,  la  pancarte 
générale  de  l'abbaye  de  Saint-Claude.  Ce  précepte  daté  de  Vienne,  du  [14  au 
23]  novembre  [928],  est  un  véritable  acte  souverain  relatif  au  royaume  de 
Provence  (D.-P.  Benoît.  Hist.  de  Vabbaye  et  de  la  terre  de  Saint-Claude, 
t.  1,  Montreuil,  1890,  pp.  639-640). 

2.  Voir  plus  loin  la  preuve  de  ce  fait. 


l28  LA    PROVENCE    DtJ  PREMIER    AtJ    Xll^    SIÈGLEl 

noise  créée  pour  lui  en  911,  cela  ressort  expressément  du  texte 
de  Flodoard  i.  La  Provincia  Viennensis^  ce  n'est  pas  le  comté  de 
Viennois  seul,  c'est  toute  la  région  viennoise,  c'est  la  marche 
de  Viennoise,  c'est-à-dire  le  Vivarais  et  le  Lyonnais  comme  le 
Viennois  proprement  dit  et  le  Graisivaudan.  Cela  n'empêchait 
donc  pas  Charles-Constantin  de  rester  comte  du  comté  de  Viennois  : 
mais,  cessant  de  l'être  sous  l'autorité  du  marquis  de  Viennoise 
Hugues,  il  le  sera  désormais  sous  l'autorité  du  marquis  désigné 
par  le  roi  de  France.  En  effet,  si  le  roi  de  Lombardie  ne  pouvait 
permettre  au  roi  de  France  de  devenir  roi  de  Provence,  le  roi  de 
France  ne  pouvait  s'abaisser  à  être  personnellement  un  marquis 
de  Viennoise.  Raoul  venait  k  ce  moment  de  se  réconcilier  avec 
Herbert  de  Vermandois  en  lui  donnant,  pour  son  fils  Hugues 
l'archevêché  de  Reims.  Herbert  qui  accompagnait  le  roi  en  Bour- 
gogne, afin  de  prendre  part  à  l'entrevue  avec  le  roi  de  Lombardie, 
avait  encore  d'autres  enfants  à  caser.  Pour  achever  de  contenter  ce 
puissant  vassal,  alors  maître  de  la  France  proprement  dite,  Raoul 
obtint  du  roi  de  Lombardie  qu'il  lui  cédât  la  marche  de  Viennoise 
pour  Eudes  fils  aîné  d'Herbert.  On  sait  que  les  Sarrasins  rava- 
geaient depuis  longtemps  la  Provence  :  les  évêques  dont  les  dio- 
cèses étaient  ruinés  erraient  et  cherchaient  à  se  faire  héberger 
ailleurs.  Comme,  d'autre  part,  le  petit  archevêque  de  Reims, 
frère  du  nouveau  marquis  de  Viennoise,  n'avait  que  sept  ans,  il 
fallait  lui  procurer  un  vicaire  pour  ses  fonctions  spirituelles.  Son 
père  lui  donna  l'évêque  d'Aix  Odalric,  à  titre  de  coadjuteur  :  sur 
la  recommandation  du  roi  de  Lombardie,  cela  s'entend.  Celui-ci 
pratiquait  le  do  ut  des.  Mais  arrivé  à  Reims,  l'évêque  vagabond 
dut  se  contenter  d'une    véritable  portion  congrue  -.  Cet   évêque 

1.  928.  «  Heribertus...  cum  Rodulfo  proficiscitur  in  Burgundiam  obviam 
Hugoni  Italise  régi...  Hugo  rex  liabens  colloquium  cum  Rodulfo  dédit  Heri- 
berto  comitiprovintiam  Viennensem  vice  filii  sui  Odonis  »  (Flodoard,  Ann., 
928). 

2.  928.  «  Odalricus  Aquensis  quidam  episcopus  in  secclesia  Remensi  reci- 
pitur  ab  Heriberto  comité  ad  celebrandum  episcopale  dumtaxat  ministe- 
rium  vice  Hugonis  ipsius  comitis  filiiadhucparvuliconcediturque  ipsi  Odal- 
rico  abbatia  tantum  sancti  Timothei  cum  praebenda  canonica  »  [Ibid.]. 


LE    ROYAUME  t)E    PROVENCE  VIENnOIS  1^9 

Odalric  est,  comme  l'archevêque  d'Arles  Manassès,  un  exemple 
de  l'installation  en  Provence,  au  début  du  x®  siècle,  des  familles 
lorraines  et  bourguignonnes.  D'origine  lorraine,  il  était  fils  du 
comte  de  Chaumontois  Hugues  et  d'Eve,  laquelle  était  parente 
ou  alliée  de  l'évêque  de  Metz  Adalbéron.  Il  devait  être  jeune  en 
928,  car  sa  mère  vivait  encore  le  16  août  965  K  Son  frère,  le 
comte  Arnoul,  mourut  prématurément,  tué  par  les  ennemis  de 
l'église,  et  fut  inhumé  à  Saint-Arnoul  de  Metz. 

Quand  la  Viennoise  échappa  aux  princes  de  Vermandois,  Odalric 
revint  en  Provence  :  il  souscrit  à  Arles  en  juin  933,  en  sa  qualité 
d'évêque  d'Aix,  un  acte  de  l'archevêque  d'Arles  2.  Faute  de  mieux, 
assis  sur  son  siège  provençal,  il  ne  renonçait  pas  à  l'espoir  de 
monter  un  jour  en  maître  sur  celui  de  Reims  et  il  s'était  ménagé 
des  relations  dans  cette  métropole,  car,  le  31  mai  942,  il  j  est 
élu  abbé  ^.  Il  figure  encore  au  concile  de  Verdun  en  947  comme 
archevêque  d'Aix  ^  ;  dès  949,  il  est  remplacé  sur  ce  siège  par 
Israël  5.  Enfin,  à  force  d'attendre  et  après  avoir  vu  éliminer  les 
princes  de  Vermandois,  il  parvient  à  être  élu  archevêque  de  Reims. 
Il  est  intronisé  à  Saint-Remy  entre  le  8  septembre  et  le  14  octobre 
962  ;  il  souscrit  triomphalement  en  cette  qualité  la  donation  de 
sa  mère  datée  du  46  août  96S  et  il  meurt  le  6  novembre  969  ^. 


1.  Sur  le  père  d'Odalric,  Hugues,  comte  de  Chaumontois,  propriétaire  à 
Einville-au-Jard,  voir  les  actes  du  15  octobre  910,  l*""  février  918  et  922 
(Parisot,  Le  i^otjaume  de  Lorraine,  pp.  690,  n°  6,  571-573  ;  //is^.  de  Metz, 
t.  m,  pp.  57-58;  Hisl.  S.  Arnulfi  Mettensis:  Script.,  t.  XXIV,  p.  530). Sur  la 
mère  d'Odalric,  Eve  qui  donne  à  Saint-Arnulf  Laye  en  Meurthe-et-Moselle, 
voir  l'acte  du  16  août  965  [Gall.  Christ,  t.  X,  Instr.,  col.  17-18). 

2.  Arles,  juin  [933]  et  non  pas  923  (Albanès,  Gall.  novissima,  t.  I,  col.  42, 
t.  III  :  Arles,  n»  244). 

3.  Ann.  Bened.,  III,  463,  489,  507,  522. 

4.  Verdun,  vers  le  15  novembre  947  {Gall.  Christ.,  t.  I,  304;  Albanès, 
Gall.  Christ.,  noviss.,  t.  I,  col.  45,  n.  3;  Mansi,  Conc,  1773,  t.  XVIII,  417). 

5.  Arles,  7  octobre  [949J' Tan  XII.  (Chantelou,  //is^  de  Montinajoiir  ; 
Rev.  hist.  de  Prov.,  l^^^' année,  App,  pp.  25-27). 

6.  VIII .  idus  [nouembris].  Decessit  domnus  Odalricus  archiepiscopus 
qui  dédit  nobis  Vindenissam  (A^ec/'oZogr.  écoles.  Remensis  ;  Pierre  Varin, 
Aî^ch.  législat.  de  la  ville  de  Reims,  Seconde  partie  :  statuts^  premier  volume, 
Paris,  Crapelet,  1844,  p.  98). 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chiites.  —  \'II.  9 


130  LA   PROVENCE  DU  PREMIER    AU    XTl®   SIÈCLE 

Le  traité  de  928,  entre  les  rois  de  Lombardie  et  de  France,  avait 
été  passé  entre  le  14  juin  et  le  12  novembre  ^,  probablement  au 
mois  d'août  -.  Le  roi  de  Lombardie  était  rentré  à  l'automne  en 
Italie,  par  Vienne  où  il  se  trouve  le  12  et  Valence  où  il  se 
trouve  le  25  novembre  ^.  Mais,  avec  ce  gros  homme  remuant 
et  hardi  qu'était  le  comte  Herbert  de  Vermandois  ^,  les 
choses  ne  pouvaient  rester  longtemps  sur  le  pied  où  elles  se 
trouvaient.  Dès  l'année  suivante,  ce  comte  attaque  Boson,  frère 
du  roi  Raoul;  en  930,  le  roi  rétablit  la  paix  entre  son  frère  et 
Herbert.  En  931,  nouveau  revirement.  Le  roi  de  France  et  son 
frère  pour  en  finir,  tentent  un  grand  effort  :  ils  s'unissent, 
enlèvent  Reims  à  Herbert  et  l'assiègent  dans  Laon,  de  manière 
à  lui  arracher  des  mains  la  France  carolingienne.  En  932,  le  comte 
de  Vermandois  perd  encore  Saint-Médard  de  Soissons  et  voit 
capituler  son  propre  donjon  de  Saint-Quentin.  Réduit  à  merci, 
il  se  hâte  d'aller  chercher  un  abri  et  des  secours  en  Germanie 
contre  le  roi  de  France  bourguignon  qui  venait  de  le  mater  ^. 
Dès  qu'il  fut  maître  de  Reims,  Raoul,  bien  entendu,  fit  élire  un 
nouvel  archevêque  sur  lequel  il  pût  compter  et  l'évêque-coadju- 
teur  Odalric  rentra  à  Aix.  Cette  année-là,  avant  même  d'aller 
s'emparer  de  Reims,  le  roi  met  en  demeure  les  comtes  de  la 
marche  viennoise  et,  à  leur  tête,  le  comte  de  Vienne  Charles- 
Constantin  de  ne  plus  reconnaître  Herbert,  ou  son  fils  Eudes, 
comme  marquis  de  Viennoise.  Ce  fut,  en  somme,  le  premier  acte 
d'hostilité  du  roi  qui  entrait  en  campagne  contre  Herbert.  Il  vint 
à  Vienne,  lui-même,  avant  le  24  mars  ^^  pour  ce  motif  et  Charles- 
Constantin    promit   de    lui    être    fidèle  '^.     Il    lui    fallait     aussi 

1.  Hîsi.  de  France,  IX,  690. 

2.  Flodoard,  Ann.,  928  (éd.  Lauer,  pp.  45-54). 

3.  Car/.  Saint-Barnard,  2«  éd.,  n°  11. 

4.  «  Erat  enim  crassitudinis  nimise  »  (Guérard,  Cart.  de  Saint-Bertin, 
noLXXII,  p.  139). 

5.  Flodoard,  Ann.,  930-932. 

6.  Hist.  de  France,  IX,  573. 

7.  931.  «  Rodulfus  rex  Viennam  profectus,  Karlo  Constantino  Lucdowici 
orbi  fîlio  qui  eam  tenebat  subjectionem  pollicitante,  revertitur  etTuronum... 
proficiscitur  »  (Flod.,  Ann.,  931  ;  éd.  Lauer,  p.  46). 


LE    ROYAUMK  DE    PROVENCE   VIENNOIS  I3i 

compter  avec  le  roi  de  Lombardie  :  celui-ci,  en  928,  lui  avait 
cédé  la  marche  de  Viennoise  pour  un  de  ses  vassaux,  à  condi- 
tion que  le  trône  restât  vacant  :  il  ne  lui  avait  pas  cédé  le 
royaume  de  Provence,  c'est-à-dire  la  souveraineté.  Dans  l'entente 
de  931,  entre  Raoul  et  Charles-Constantin,  Raoul  n'est  donc  pas 
reconnu  formellement  comme  roi.  Herbert  se  trouve  écarté  de 
la  marche  et  les  comtes  de  la  marche  promettent  de  reconnaître 
le  roi  de  France  dès  que  les  circonstances  le  permettront  ;  plus 
précisément,  dès  que  le  roi  de  Lombardie,  auteur  du  traité  de  928, 
consentira  par  un  traité  nouveau  et  régulier  à  laisser  le  roi  de 
France  s'établir  comme  roi  de  Viennoise.  En  attendant,  les  actes 
privés  continuent,  sous  le  régime  provisoire  de  cette  entente  de 
931,  comme  sous  celui  du  traité  de  928,  à  mentionner  le  règne  tou- 
jours florissant  de  Louis  l'Aveugle.  Le  dernier  en  date  de  ces 
actes,  pour  le  Viennois  proprement  dit,  est  du  2  juillet  932  •.  Raoul 
aurait  pu  attendre  longtemps  la  bonne  volonté  du  roi  de  Lombar- 
die, car  celui-ci  n'avait  aucun  intérêt  à  modifier  en  faveur  de  la 
France  l'état  de  choses  créé  par  lui  en  928.  Le  roi  de  France 
profita  alors  des  embarras  qui  vinrent  fondre  sur  le  roi  de  Lombar- 
die en  932  et  933  pour  s'emparer  par  un  coup  de  force  de  la  marche 
de  Viennoise.  Dès  932,  il  se  rend  maître  du  Lyonnais;  puis,  du 
Viennoisproprementdit  en933,aprèsle  15  mars  ^.Eneffet,  Hugues 
qui  était  entré  en  roi  à  Rome,  avec  l'idée  probable  de  recevoir 
la  couronne  impériale  du  fils  de  Maruccia,  s'était  vu  obligé  de 
quitter  un  peu  vivement  le  château  Saint-Ange  et  sa  maîtresse  en 
sautant  du  mur  d'enceinte  vers  les  prati^  dans  un  filet  tendu,  pour 
fuir  la  révolte  des  Romains  excités  dans  leur  orgueil  par  le  jeune 
Albéric  imprudemment  souffleté.  Quand  Hugues  rentra  chez  lui, 

1.  «  Uboldus  rogatus  scripsit...  datavit  VI  nonas  julii,  anno  XXXII  impe- 
rii  domni  Ludovici  imperatoris  »  [Cart.  Saint-Barnàrd  de  Romanfi,  2"  éd., 
n°  12).  Il  s'agit  là  de  l'ancien  notaire  de  la  chancellerie  impériale,  cha- 
noine de  Saint-Maurice  de  Vienne. 

2,  933.  «  Vienna  Rodulfo  regi,tradentibuseam  hisqui  eam  tenebant,  dedi- 
tur»  (Flod.,  933;  éd.  Lauer,  p.  55).  Poupardin,  p.  231,  n.  2,  observe  que  ce 
fait  est  placé  par  Flodoard  après  la  bataille  de  Mersebourg,  c'est-à-dire  après 
le  15  mars.  Pour  le  Lyonnais,  Ch.  de  Cluny,  no«239,  255,  257,  258,  442,  411. 


132  LA   PROVENCE  DU    PREMIEfe    AU    XII^    SIÈCLE 

ses  fidèles  Lombards  avaient  profité  de  cette  aventure  pour  con- 
vier son  prédécesseur  Rodolphe  II  de  Jurane  à  venir  reprendre 
le  royaume  et  il  s'agissait  de  parer  aux  événements  ^  Ce  fut  le 
moment  choisi  par  le  roi  Raoul  pour  s'installer  en  Viennois,  par 
trahison.  Au  milieu  de  ces  difficultés,  Hugues  ne  pouvait,  semble- 
t-il,  qu'accepter  le  fait  accompli.  Désormais,  le  nom  de  Louis 
l'Aveugle  disparaît  des  actes  du  Viennois  :  le  trône  cesse  de 
vaquer  et  Raoul  l'occupe  jusqu'à  sa  mort  (  -|-  15  janvier  936).  Par 
suite,  les  actes  y  mentionnent  son  règne,  non  pas  bien  entendu 
comme  roi  de  France,  mais  comme  roi  de  la  marche  viennoise, 
à  dater  de  sa  prise  de  possession  en  933  2. 


Le  duché  de  Provence  au  royaume  de  Bourgogne   et  en  pos- 
session du  roi  Hugues 

(934-947) 

Dès  que  le  roi  de  Lombardie  fut  menacé  de  la  concurrence  du 
roi  de  Jurane,  il  se  hâta  de  le  désintéresser  d'une  entreprise 
aléatoire  en  lui  donnant  un  gain  immédiat  et  assuré  :  il  dut 
sacrifier  le  royaume  de  Provence  où  la  marche  de  Viennoise 
venait  de  lui  échapper  définitivement.  L'expression  dont  se  sert 
Liudprand  pour  faire  connaître  la  substance  du  traité  offre  la 
plus  grande  précision  :  le  roi  de  Lombardie  cède,  dit-il,  à  celui 
de  Jurane  a  toute  la  terre  «qu'il  possédait  au  delà  des  Alpes  avant 

1.  Liudprand,  Antapocl.,  lib.  III,  §45,  46,  48. 

2.  [mai  933]. ..«  annoll  régnante  Radulfo  rege  Vienense  »  {Clun}/,  n°437). 
[octobre  933]...   «  anno  II  régnante  Radulfo  rege  Viennense  »  (C/any,  n» 

439).  Cf.  Poupardin,  p.  234,  note  4.  Ces  deux  actes  proviennent  du  Viennois 
proprement  dit  ;  on  en  a  aussi  pour  le  Lyonnais,  quidépendait  de  la  marche 
Viennoise  et  qui  paraît  avoir  été  occupé  dès  932  effectivement  par  Raoul 
{Cliiny,  n^8  239,  233,  237,  238,  411,  442.) 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  133 

de  ceindre  la  couronne  de  fer  K  Si  l'on  se  reporte  à  la  période  de 
912  à  926  ainsi  rappelée,  on  sait  que  Hugues  était  alors 
duc  de  Provence  et  marquis  de  Viennoise  :  suivant  le  nouveau 
traité  dont  parle  Liudprand,  le  roi  de  Lombardie  cède  donc  le 
duché  de  Provence  qu'il  possédait  encore  et  la  marche  de  Vien- 
noise qu'il  ne  possédait  plus.  Il  ne  la  possédait  plus,  puis- 
qu'il l'avait  concédée  en  928  quand  le  trône  de  Provence 
était  vacant,  et  puisque  le  roi  de  France  venait  d'y  inaugurer 
son  règne.  Hugues  mettait  donc  aux  prises,  en  bon  politique,  le 
roi  de  France  qui  venait  de  l'occuper  sans  son  aveu  et  le  roi  de 
Jurane  à  qui  il  la  cédait.  En  cédant  le  duché  de  Provence  et  la 
marche  de  Viennoise,  le  roi  de  Lombardie  ne  cédait  rien 
des  biens  si  considérables  qui  constituaient  son  domaine  parti- 
culier et  privé  en  Provence  et  en  Viennoise.  On  en  connaît  l'exis- 
tence aux  comtés  de  Fréjus,  de  Riez,  de  Gap,  de  Vaison,  d'Apt, 
d'Orange,  de  Saint-Paul,  de  Die,  de  Vienne  et  de  Lyon.  Ce  domaine 
privé,  composé  de  nombreuses  villes  et  églises  rurales,  il  continue  à 
en  disposer,  à  titre  de  propriétaire.  Selon  une  détermination  déjà 
constatée  plus  haut  à  propos  des  comtés  qui  lui  appartenaient  en 
Viennois  et  en  Provence ,  dans  la  Viennoise  il  distribuera  ce  domaine 
par  des  libéralités  entre-vifs,  soit  en  faveur  de  ses  parents  de  Savoie, 
soit  en  faveur  des  églises 2;  mais,  en  Provence,  il  le  conservera  jus- 

1.  «His  temporibus  Itahenses  in  Burgundiam  ob  Rodulfum,  ut  adveniat, 
mittunt.QuodHugo  rex  ut  agnovit,  nuntiis  ad  eundem  directis,  omnem  ter- 
rain quam  in  Gallia  ante  regni  susceptionem  tenuit  Rodulfo  dédit,  atque 
ab  eo  jusjurandum,  nealiquando  in  ItaUam  veniret,  accepit.  »  (Liudprand, 
Antapod.,]ih.  III,  §  48). 

2.  Pavie,  8  mars  934.  «  Hugo  et  Lotharius  gratia  Dei  reges...  pro  amore 
Dei...  remedioque  animarum  nostrarum  seu  patris  et  matris  nostre  Teu- 
baldi  scilicet  et  Berte...  »  donnent  à  Cluny,  dans  le  comté  de  Lyon,  «  duas 
curtes  JURE  pnopmETATis  nostre...  »  [Cluny,  n°  417).  Cette  donation  d'un 
domaine  privé  tenu  par  les  rois  de  Lombardie  comme  propriétaires  fut 
approuvée  régulièrement  par  le  pape  Léon  VII  en  937  [Ibid.,  n°  478)  et  par 
le  roi  de  France  Louis  d'Outremer  le  20  juin  939  [Ibid.,  n°  499). 

Cet  acte  est  antérieur  au  traité  de  934,  comme  les  donations  en  faveur  de 
Saint-Chef  du  12  novembre  928  {Hist.  deFr.,  IX,  690)  et  en  faveur  de  Saint- 
Barnard  du  25  novembre  928  (Car^.  de  Saint-Barnard,  2®  éd.,  n^  11);  mais 
le  suivant  est  postérieur. 

Pavie,  24  juin  936.  «  Hugo  et  Lotharius  gratia  Dei  reges...  Hugoni  comiti 


134  LA       PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

qu'à  sa  mort  pour  le  transmettre  par  testament  à  sa  nièce,  Berte  '. 
En  cédant  le  duché  et  la  marche,  le  roi  deLombardienecède  même 
pas  les  comtés  particuliers  que  ses  proches  continuaient  à  y  pos- 
séder. Ce  domaine  public,  ses  parents  le  conservent.  En 
somme,  l'abandon  fait  à  la  Jurane  avait  uniquement  pour 
objet  le  duché  et  la  marche,  qui  réunis  formaient  le  royaume 
de  Provence.  Elle  avait  donc  uniquement  pour  objet,  en  fait, 
l'autorité  royale  vacante  depuis  928  et  tous  les  droits  découlant 
de  la  souveraineté  :  notamment,  le  domaine  public  du  fisc,  la 
g-arde  des  églises  principales  et  la  disposition  des  offices  ou  des 
fiefs  vacants.  Les  comtes,  qui,  dans  les  pays  cédés,  étaient  en 
possession  d'un  comté,  changeaient  de  seigneur  et  retrouvaient 
un    souverain. 

Désormais,  les  rois  de  Bourgogne  jurane  étaient  également  rois 
de  Provence. 

Il  importe  de  déterminer  à  quelle  époque  intervient  ce  traité 
entre  Rodolphe  II  et  Hugues.  Précédemment  on  a  constaté, 
grâce  aux  actes  privés  du  Lyonnais  et  du  Viennois,  que  la 
vacance  du  trône  dans  la  marche  prend  fin  au  moment  où  le 
roi  de  France  se  fait  reconnaître  comme  roi  de  Viennoise, 
soit  en  Lyonnais  en  932,  soit  dans  le  Viennois  propre- 
ment dit  en  933.  Par  les  actes  privés  du  duché  de  Provence, 
on  saura  donc  à  quelle  date  le  royaume  de  Provence  a  été  cédé 
par  le  roi  de  Lombardie  à  celui  de  Jurane,  ou  plutôt  à  quelle 
date  celui-ci  en  a  pris  possession.  En  fait,  les  deux  derniers  actes 
connus  qui  soient  délivrés,  le  trône  vacant,  sont  datés  d'Arles  en 
juin  933  et  le  18  juin  934  2,   Après   eux,    on   connaît   un  acte  du 

et  karissimo  nostro  nepoti  quandam  cortem  nostram,  infra  reg-num  Bur- 
gundie  atque  in  comitatu  Viennense  adjacentem  que  nominatur  Eltevense,. 
DE  NOSTRO  JURE  ET  DOMiNio...  [Cd/'t.  Sâint-Maurice,  n^  31.  —  Saint- And ré-le- 
Bas,  Appendix  22*). 

1.  Voir  plus  haut,  p.  123,  n.  2. 

2.  Arles,  juin  [933],  l'an  XXXIII  de  Louis  l'Aveugle  :  «  Facta...  in  Arelate 
civitate,  publiée,  in  mense  junio,  anno  XXXllI,  régnante  Ludoico  rege  et 
imperatore,  filio  Bosoni  régis  »  [Gall.  Christ,  noviss.  :  Arles,  n°  244,  col. 
99-100).  L'éditeur  date  à  tort  de  923,  le  texte  est  explicite. 

Arles,  18  juin  [934],  l'an  XXXIV  de  Louis  l'Aveugle:  «Facta...  in  Arelate 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE  VIENNOIS  135 

Diois  daté  du  samedi  l®"*  août  et  du  règne  de  Rodolphe  ^  :  à  sup- 
poser que  cet  acte  concerne  Rodolphe  II,  et  non  Rodolphe  III, 
on  peut  le  restituer  au  1^''  août  [93o].  Le  traité  intervenu  entre 
les  rois  de  Lombardie  et  de  Jurane,  portant  la  cession  du 
royaume  de  Provence  à  ce  dernier  et  la  mise  en  possession  du 
duché  de  Provence,  serait  intervenu  entre  le  18  juin  934  et  le 
1«^  août  935,  plutôt  en  934  qu  en  935.  A  titre  de  contrôle,  on 
peut  observer  que  Liudprand  groupe,  dans  le  même  paragraphe, 
ce  traité  avec  l'annonce  du  fait  que  le  roi  de  Germanie  Henri, 
ami  de  Hugues,  jouissait  alors  en  Italie  de  la  plus  grande  répu- 
tation parce  que,  guerroyant  seul  contre  les  Danois,  il  venait  de 
les  soumettre  à  un  tribut  '^.   Or,  la  campagne  de   Henri    contre 

civitate,  publiée,  XIV  Kalendas  julii,  anno  XXXIIII  reg-nante  et  imperante 
Hludovico,  filio  Bosoni  régis  »  [Cart.  de  Saint-Victor,  n°  1040.  —  Gall. 
noviss.,  Marseille,  n°  64).  Les  éditeurs  datent  à  tort  de  924  ce  texte,  qui  est 
cependant  bien  explicite  comme  le  précédent. 

1.  Dono  ad  ecclesiam  S.  Marise...  in  episcopatu  Uzetico,  in  loco... 
Casanova...  unum  mansum...  in  loco...  Montemcalvi  in  episcopatuDiense... 
Facta  in  feria  III,  kal.  augusti  luna  prima,  régnante  Rodulfo  rege  (Dom 
Vaissete,  Uist.  du  Languedoc,  2«  éd.,  t.  IV,  n»  XII,  p.  54,  et  t.  V,  158,  n«  55, 
§  IV.  Cf.  Poupardin,  p.  231,  note  4.  Poupardin  rétablit /erta  VII,  au  lieu 
de  feria  III). 

Le  samedi  l®""  août  répond  à  la  lettre  dominicale  D  qui  concorde  avec  les 

années  918,  929,  935,  940, 996,  1002,    1013,   1019,   1024,  1030.  D'autre 

part,  la  lune,  nouvelle  au  1®*"  août,  répond  au  nombre  d'or  8  qui  ne  concorde 
avec  aucune  de  ces  années.  Etant  donnée  cette  difficulté,  il  faut  s'en  tenir 
à  la  concordance  certaine  du  jour  de  la  semaine  avec  le  quantième,  ce  qui 
pour  Rodolphe  II  suppose  forcément  l'an  935.  Le  nombre  d'or  8  concorde 
avec  919,  938,  957,  976,  995,  1014  et  1033.  L'erreur  dans  le  calcul  de  la  lune 
s'observe  fréquemment  dans  les  actes  de  cette  époque  :  le  nombre  d'or  19 
répondrait  à  une  lune  nouvelle  le  30  juillet,  le  nombre  d'or  16  à  une  lune  nou- 
velle le  2  août  et  le  nombre  d'or  5  à  une  lune  nouvelle  le  3.  Comme  l'erreur 
peut  aller  facilement  jusqu'à  deux  jours,  il  convient  de  voir  quelles  années 
tombent  ces  nombres  d'or  qui  sont  les  plus  approchants  pour  la  lune  nou- 
velle au  l«r  août.  Le  nombre  d'or  19  tombe  en  930,  949...  987,  1006,  1025  ; 
le  nombre  d'or  16,  en  927,  946,...  984,  1003,  1022  ;  le  nombre  d'or  5,  en 
916,  935,  954...  992,  1011,  1030.  Parmi  toutes  ces  possibilités,  les  seules  qui 
coïncident  avec  les  années  où  tombe  la  lettre  D  sont  celles  du  nombre  d'or 
5  en  935  et  1030.  L'acte  est  donc  du  samedi  l^""  août  [935]  s'il  s'agit  de 
Rodolphe  II,  ou  du  samedi  1^''  août  [1030],  s'il  s'agit  de  Rodolphe  III. 

2.  Conrad  avait  non  seulement  deux    sœurs,    Judith  et    Adélaïde,  mais 
encore  un  frère,  Rodolphe  (Précepte  du  8  avril  962;  Cluny,  1127). 


136  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XU®    STÈCLE 

Gorm,  roi  des  Danois,  qui  S3  termina  par  la  victoire  de  Schles- 
w^ig,  le  baptême  des  vaincus  et  la  constitution  de  la  marche  ger- 
manique du  Schleswig  eut  lieu  précisément  en  934  :  la  nouvelle 
de  cette  campag-ne  retentissante  et  la  gloire  qu'elle  acquit  au 
vainqueur  ne  purent  se  répandre  pleinement  en  Lombardie  avant 
l'été  ou  l'automne  en  934  ^  Il  y  a  pour  Liudprand  coïncidence 
absolue  avec  la  date  du  traité  relatif  à  la  Provence  :  c'est  seule- 
ment dans  le  paragraphe  suivant  qu'il  parle  de  la  tentative  d'Ar- 
nulf  duc  de  Bavière  pour  enlever  la  Lombardie  à  Hugues  et 
cette  tentative  se  produisit  en  935. 

Moyennant  la  cession  du  royaume  de  Provence,  Hugues  exi- 
geait de  Rodolphe  II  ce  que  Béranger  avait  jadis  exigé  de  Louis 
l'Aveugle  et  de  lui-même  avec  succès,  c'est-à-dire  le  serment  de 
ne  jamais  plus  venir  en  Lombardie.  Le  roi  de  Jurane  tint  ce 
solennel  engagement  et  il  ne  tarda  pas  à  mourir  [j  1 1  juillet  937), 
ce  qui  était  encore  plus  sûr  pour  Hugues.  Fidèle  à  sa  méthode, 
le  roi  de  Lombardie  se  hâtait  en  Jurane  pour  épouser  la  reine- 
veuve  à  laquelle  il  ne  laissait  pas  le  loisir  de  pleurer  son  premier 
époux  et  par  surcroît  il  en  donnait  lafîlleà  son  fils  (12  décembre 
937)  2.  Son  but  n'était  évidemment  pas  d'avoir  une  femme  de 
plus,  mais  de  dominer  la  Jurane  et  de  mettre  la  main  sur  l'héri- 
tier du  royaume,  Conrad,  un  enfant  qui  ne  pouvait  avoir  plus 
d'une  dizaine  d'années,  puisque  son  père  s'était   marié  en   912  3. 

1.  ((  ...  Heinricum...  regem  fortissimum...  cujus  ex  hoc  apud  Italos 
maxime  tunc  clarebat,  quod  Danos...  solus  ipse  debellaret  ac  tribu- 
tarios  faceret...»  (Liudprand,  Antapod.,  lib.  III,  §  48).  L'emploi  des  mots 
TUNC  clarebat  et  l'emploi  de  debellaret...  faceret^  à  l'imparfait  du  subjonctif 
au  lieu  du  plus-que-parfait,  indique  très  clairement  qu'il  s'agit  d'un  fait 
contemporain  et  non  pas  antérieur  à  l'époque  du  traité  que  concerne  le 
récit  de  l'historien.  Au  paragraphe  suivant,  il  passe  à  l'arrivée  d'Arnaud 
[sic)  duc  de  Bavière    et   de  Carinthie  qui   date  de  935. 

2.  Voir  les  textes  relatifs  à  la  campagne  contre  les  Danois  dans  Rich- 
ter,  Annale/1  des  deustchen  Reichs.  III  abteilung,  ester  band,  Halle,  1890, 
p.  20,  note  a, 

3.  Colombier,  12  décembre  938.  Préceptes  de  constitution  de  dot  pour 
Berte,  veuve  de  Rodolphe  II,  et  leur  fille  Adélaïde  (Forschungen  z.  d. 
Gesch.,  t.  IX,  p.  305  ;  Cod.  dipl.  Langob.,  n^  DLII.  —  Cf.  Poupardin,  p.  238, 
note  3).  —  Colombier-sur-Morges,  canton  de  Vaud  {Dict.  postal  de  la 
Suisse,  Bern,   1896,  p.  86). 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  137 

Depuis  le  traité  de  934  qui  unissait  le   royaume  de    Provence  à 
la    Jurane,    cette    mainmise   était   encore    plus    désirable    pour 
Hugues  ;•  si,  par  malheur,  les  petits  Conrad  et  Rodolphe  venaient 
d'ailleurs  à  disparaître,  le  mariage  du  fils  de  Hugues  avec  la  fille 
de  Rodolphe  II  ne  pouvait  manquer  de  faire  rentrer   la  Provence 
et  même  de  faire  passer  la  Jurane  par  surcroît  entre    les    mains 
du  roi  de  Lombardie.  Par  malheur,  cette  fois-ci,  le  politique  fut 
joué  malgré  toutes  ses  précautions.   Cette  union  de  la  Provence, 
de  la  Lombardie  et  de  la  Jurane  pouvait  être  menaçante  pour  la 
Germanie.  Otton  P^,  qui  venait  de  monter  sur  le  trône  (2  juillet 
936),  laissa  la  veuve  à  Hugues  ;  mais  il  parvint  à   se  faire  ame- 
ner par  surprise  le  jeune  Conrad  et  il  le  garda  auprès  de    lui  ^ 
C'était  donc  le  roi  de  Germanie  et   non  celui  de  Lombardie  qui 
jouait  le  rôle  de  régent  du  royaume  de  Jurane   et   de  tuteur  du 
jeune  roi.  Il  va  de  soi  que,  cependant,  cette  régence  ne  pouvait 
s'étendre  au  delà  de  la  Bourgogne  jurane   proprement  dite.    La 
marche  de  Viennoise  était  restée  au  roi  de  France,  Raoul,  jusqu'à 
sa  mort  (-j-  lo  janvier  936).  Après  lui,  Louis  IV   d'Outremer   fut 
sacré  roi  de  France  le  19  juin  936  :  on    observe   alors  la   même 
différence  que,   de  932  à  933,    entre  le  Lyonnais  et  le    Viennois 
proprement  dit.  De  suite,  le  Lyonnais  reconnaît  Louis    d'Outre- 
mer -,    comme    le   montre  un  acte  du    Cartulaire  de  Savigny  : 
quant  au  Viennois  proprement  dit,  le  trône  y  demeure  vacant^. 


1.  «...  in  Burgundiam  proficiscitur  habens  secum  Conradum  filium 
Rodulfi  régis  Jurensis  quem  jamdudum  dolo  captum  sibique  adductum 
retinebat...  »  (Flodoard,  A/i/i.,940;  Sert/)/.,  III,  p.  387). —  «  Rex  autem  dédie 
in  diem  proficiens  paterno  regno  nequaquam  est  contentus,  sed  abiit 
Burgundiam,  regem  cum  regno  in  suam  accepit  potestatem.  Ilugonem 
alterum  armis  edomuit,  sibi  subjectum  fecit  ;  cujus  fibulam  auream  régi 
dono  concessam  gemmarum  varietate  mirabilem  videmus  in  altari  proto- 
martiris  Stephani  rutilantem  »  (Widukind,  lies  gestse  saxonicœ,  1.  II,  c.  35; 
Script.,  III,  447  ;  Patr.  Ut.,  t.  137,  vol.  176). 

2.  C/t.  c/e  CZun?/,  n°s  463,  482,  491  (938),  518,  531,  564,  701.  —  Cart. 
de  Savigny,  n°  68  (mardi,  3  janvier  [937]  :  quando  Ludovicus  rex  Francorum 
cœpit  regnare),  n»  33. 

3.  Vienne,  juillet  937.  «  Deum  regnantem,  regem  espitantem  »  [Cluny, 
n»  476). 


138  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU   XII®    SIÈCLE 

On  doit  probablement  en  dire  autant  du  Valentinois  de  rive  droite 
et  duVivarais.  Il  fallut  que  le  roi  de  France  vînt  de  sa  personne  à 
Vienne  en  941  pour  s'y  faire  reconnaître  par  les  comtes  et  par 
Charles-Constantin  à  leur  tête  K  Pendant  ce  temps,  il  est  évi- 
dent que  le  duché  de  Provence,  depuis  la  mort  de  Rodolphe  II, 
se  trouvait  dans  les  mains  du  roi  de  Lombardie,  au  même  titre 
que  la  Jurane  dépendait  du  roi  de  Germanie,  c'est-à-dire  au  nom 
du  jeune  Conrad.  Mais  le  roi  de  Germanie  ne  se  contenta  pas 
long-temps  de  dominer  la  Jurane  seule  au  nom  de   son    protégé. 

Pendant  Tété  de  940,  accompagné  précisément  de  Conrad  -, 
il  vient  soumettre  la  Bourgogne,  se  porte  jusqu'à  la  Seine  et 
réduit  Hugues  le  Noir  à  l'obéissance  ^.  Hugues  le  Noir  était  à 
la  fois  duc  de  Bourgogne  française  dans  le  royaume  de  France, 
comte  de  Lyonnais  dans  la  marche  de  Viennoise  et  marquis  de 
Bourgogne  (Besançon)  dans  la  Jurane  :  il  est  certain  que  de  937 
à  940,  il  avait  été,  partout  où  il  l'avait  pu,  ouvertement  favorable 
au  roi  de  France  et  contraire  au  roi  de  Jurane  que  couvrait  Tégide 
de  la  Germanie.  A  dater  de  940,  il  est  obligé  de  rester  soumis  à 
Conrad  dans  son  comté  de  Bourgogne,  comme  il  l'était  dans  son 
duché  et  en  Lyonnais  au  roi  de  France  :  sa  situation  était  com- 
plexe, le  roi  de  Germanie  l'oblige  simplement  à  la  neutralité. 

Après  avoir  fait  reconnaître  Conrad  en  940  dans  le  bassin 
du  Doubs,  c'est-à-dire  dans  le  comté  de  Bourgogne  dépendant  de 
Hugues  le  Noir,  le  roi  Otton  complète  son  œuvre  en  942.  Cette 
année,  en  septembre  ou  octobre  ^,  il  se  rencontra  sur  la  Meuse, 
probablement  à   Voyse,  avec  le  roi  de  France,  et  les  deux  sou- 

1.  941.  «  Ludovicus  rex  a  Karlo  Constantino  inVienna  recipitur  et  Aqui- 
tani  ad  eum  veniunt  illumque  suscipiunt  »  (Flodoard,  Annales,  941). 

2.  Entre  le  13  juillet  et  le  15  septembre  (Richter,  p.  45,  note  de  940). 

3.  940.  «  Et  postea  Ilug,  filius  Richardi  venit  »  {Ann.  Einsidl., 9iO).  — 
«  Hug-onem  alterum  armis  edomuit  ac  sibi  subiectum  fecit  »  (  Widuk.,  II,  35). 
—  u  Castraque  metatus  supra  Sequanam,  obsides  ab  Hugone  nigro  accepit 
cumjuramentoneesset  nocumento  Hugoni  vel  Heriberto  qui  se  subdiderant 
eidem  Othonis  ))(Flod.,  Ajin.,  940).  Cf.  Richter,  p.  44,  note. 

4.  Richter,  p.  47,  n.  de  942. 

942.  «  Ludowicus  rex  Othoni  régi  obviam  proficiscitur  et  amicabiliter 
se  mutuo  suscipientes  amicitiam  suam firmant  conditionibus  »  (Flod.,  Ann.). 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  139 

verains  réglèrent  leurs  différends  par  un  traité  durable.  Le 
royaume  de  France  occidentale  abandonnait  la  Lorraine  au 
royaume  de  France  orientale,  c'est-à-dire  à  la  Germanie,  et,  de 
plus,  la  marche  de  Viennoise  au  royaume  de  Bourgogne  jurane  *. 
En  retour,  celui-ci  laissait  au  royaume  de  France  les  comtés 
d'Uzège  et  de  Vivarais,  sur  la  rive  droite  du  Rhône.  Ces  clauses 
qui  concernent  le  royaume  de  Bourgogne  et  de  Provence,  on  les 
chercherait  vainement  dans  les  annales  ;  elles  ressortent  du 
mode  de  dater  les  actes  privés.  L'histoire  de  cette  époque  s'écrit 
en  utilisant  les  sources  diplomatiques  qui  précisent  et  complètent 
les   indications  générales   données    par  les  sources    narratives. 

En  Lyonnais,  donc,  le  dernier  acte  qui  conserve  l'indication  du 
règne  de  Louis  d'Outremer  émane  du  comte  Hugues,  c'est-à-dire 
du  prince  qui  était  duc  de  Bourgogne  française  et  marquis  de  Bour- 
gogne en  Jurane  :  cet  acte  est  daté  du  jeudi  21  avril  [942] ,  Tan  VP  de 
Louis  -.  Le  premier  acte  émané  du  même  comte,  qui  innove  en 
Lyonnais,  le  règne  de  Conrad,  date  du  23  avril  943  ^.  En  Vien- 
nois, le  premier  acte  qui  mentionne  le  règne  de  Conrad  émane 
du  vicomte  de  Vienne  Ratburn,  et  se  trouve  daté  du  samedi 
l*'^  octobre  [942],  l'an  IV«  du  règne  ^. 

Dans  le  Valentinois  de  la  rive  droite,  le  dernier  acte  mention- 
nant le  règne  de  Louis  d'Outremer  est  de  l'an  VII^,  c'est-à-dire 


1.  C'est-à-dire  le  Lyonnais,  le  Viennois,  le  Graisivaudan,  le  Valentinois 
de  la  rive  droite  et  le  Vivarais. 

2.  Cluny,  n°  544...  a  ego  Hugo  Dei  nutu  cornes  Domini  nostri  Jesu 
Christi  et  servus...  in  pago  Lugdunense...  »  Don  de  Romans,  Ain,  arr. 
Trévoux.  Dans  cet  acte.  Fan  de  règne  est  donc  compté  à  dater,  non  pas  de 
l'avènement  (15  janvier  936)  mais  du  sacre  (19  juin  936)  de  Louis  d'Outre- 
mer :  M.  Giry  n'avait  pas  eu  occasion  de  le  remarquer  (Manuel  de  dipL, 
p.  729).  Le  8  décembre  [942],  on  ne  mentionne  plus  le  règne  de  Louis 
[Cart.  de  Savigny,  n°  100). 

3.  Cluny,  n»»  427,  628.  Don  de  Bouligneux,  Ain,  cant.  Villars,  arr. 
Trévoux. 

Cf.  Cart.  de  Savigny,  n^^  40,  46,  55,  57,  62,  65. 

4.  Samedi,   l^''   octobre  [942].. .  «  in  pago  Vienense  in  villa...  Landadis... 

die  sabatokalendisoctubris  annos  IIll  régnante  Gonrado  rege »  (Cluny, 

n»  546). 


140  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

d'un  mardi  d'avril  942  ou  943  i.  Le  Lyonnais  et  le  Viennois 
venaient,  sur  la  rive  gauche,  de  passer  du  roi  de  France  au  roi  de 
Jurane  :  mais  les  comtés  d'Uzège  et  de  Vivarais,  sur  la  rive 
droite,  restaient  au  premier  d'entre  eux.  On  a  des  actes  pas- 
sés dans  ces  deux  comtés  et  datés  de  son  règne,  puis  de  celui 
de  Lothaire  ~.  Le  Valentinois  et  le  Viennois  de  rive  droite  ont  suivi 

1.  Mardi  d'avril  [942].  «  in  villa...  Chaliano,  in  vicaria  Subdionense...  in 
mense  aprili,  feria  III^,  annoVII™",  régnante  Ludovico  rege...  »  [Cart.  Saint- 
Chaffre,  n°  CCCXXVIII).  Cette  date  est  comptée  à  partir  de  l'avènement 
au  15  janvier  936;  si  elle  l'était  à  dater  du  sacre,  au  19  juin,  il  faudrait 
rétablir  avril  [943].  Le  n°  CCCXXX  porte,  de  son  côté,..  «  in  pago  Valenti- 
nensi,  in  vicaria  Subdionensi,  in  aice  de  villa  Cornatis  sive  Calliario...  » 
L'identification  de  Chaliano  ou  Calliario  (?)  s'impose  donc  avec  le  hameau 
de  Chalian  (commune  Saint-Romain  de  l'Air),  limitrophe  au  terroir  de  Cor- 
nas ;  dans  la  commune  de  Cornas  elle-même  coule  le  ruisseau  de  Chaliac  (?), 
qui  provient  du  hameau  (Feuilles  xxi-29  et  xxii-29,  qui  donnent  la  forme 
Chaban  pour  le  hameau  et  Chaliac  pour  le  ruisseau).  Ces  localités  se  trou- 
vaient bien  dans  la  viguerie  de  Soyons  (cant.  Saint-Péray,  arr.  Tournon, 
Ardèche)  et,  par  conséquent,  en  Valentinois. 

2.  Pour  rUzège,  il  suffit  de  citer  :  [951-952]...  «  in  pago  Uzetico,  in  valle 
Vuarnense  in  villa  Alberna...  Actum  Uzetico  civitate,  anno  XVI,  régnante 
Hludovico  rege  »  (Clunt/y  n°  817).  Ce  pays  reste  désormais  acquis  au  royaume 
de  France.  L'acte  relatif  à  rUzcge,  passé  à  Arles  au  mois  d'août  l'an  XLVIII 
du  règne  de  Conrad,  mentionne  ce  règne,  parce  qu'il  est  écrit  en  Provence 
{Gall.  noviss.,  Arles,  n»  290). 

Pour  le  Vivarais,  on  possède  deux  actes  datés  du  règne  de  Conrad  : 
c'est  exceptionnel.  Le  premier,  du  27  septembre  l'an  XXXI,  concerne  la 
donation  à  Cruas  de  biens  sis  à  Baix.  Cette  donation  eut  lieu  à  Cruas, 
c'est-à-dire  en  Vivarais  :  elle  fut  écrite  en  présence  de  l'archevêque 
d'Arles  par  le  moine  arlésien  Nortald,  qui  reparaît  h  Arles  le  26  novembre, 
l'année  suivante  ( Albanès,  Ga//.  noviss.,  Arles,  n°273).  Le  second  concerne 
Rompon  placé  entre  le  ruisseau  de  Monteillet  au  nord,  le  Rhône  à  l'est 
et  rOuvèze  au  sud  ;  cette  localité,  avec  Lavoulte,  forme  la  limite  du 
Vivarais  au  nord  sur  le  Rhône  et  elle  est  limitrophe  des  localités  valen- 
tinoises  de  Saint-Laurent-du-Pape,  Beauchastel  sur  la  rive  droite,  Livron 
et  Loriol  sur  la  rive  gauche.  Peut-être  cette  situation  sur  les  confins  est- 
elle  cause  qu'on  a  mentionné  le  règne  du  roi  de  Bourgogne  et  non  pas 
celui  du  roi  de  France.  Les  donateurs,  Silvion  et  sa  femme  Wille,  sont 
d'ailleurs  des  Viennois  et  les  plus  anciens  représentants  de  la  maison  de 
Clérieu.  [976,  979  ou  981J.  «  Silvius  et  uxor  mea  Guuilis...  et  filius  noster... 
Willelmus...  in  pago  Vivariensi  in  agro  Albanense,  in  monte...  Rumpone.., 
a  solis  ortu...  Rodano,  a  solis  occasu  rivo...  Cambaico,  ab  aquilone  rivo... 
Montelisio  de  alio  latus  ad  vento  aqua...  Obvisio...  régnante  Chonrado 
rege  annoXL»  (C/uny,  noi434).  Tous  les  autres  actes  paraissent  unanimes 


Le  royaume  de  Provence  viennois  141 

à  ce  moment  le  sort  du  Valentinois  et  du  Viemioisde  rive  gauche. 
Par  contre,  le  Lyonnais  de  rive  droite  a  suivi  le  sort  de  l'Uzège 
et  du  Vivarais  i. 

à  indiquer  le  règne  des  rois  de  France,  jusqu'au  début  du  xi"  siècle  :  [945- 
946).  «  in  pago  Vivariensi  in  villa  Albanense...  anno  X  régnante  Ludovico  » 
[Cart.  de  Saint-Chaffre,  n'^  CCCV).  [948-949].  —  «in  pago  Vivariense,  seu 
Albense,  in  aice  Legernatense...  anno  XIII  régnante  Ludovico  rege  »  [Cluny, 
n°725).  —  Mardi,  de  juillet[956],  «  in  villa  Arlis,in  pago  Vivariensi,  in  vicaria 
Mariatensi...  mense  julio,  feria  III,  régnante  Lothario  rege  anno  II  »  (Cart. 
de  Sainl-Chafjfre,  n'^  CCLXXVII).  —  Jeudi  de  janvier  [963].  «  in  pago  Viva- 
riensi, in  vicaria  Pratelliensi,in  villa...  Escolenco...  feria  V,  mense  januario 
[anno]  IX  régnante  Lothario  rege  »  {Ihid.,n^  CCCXII).  —  985...  «  Anno  ab 
incarnatione...  DCCCCLXXXVindictione  XIII,  régnante  Lothario...  Beceto... 
in  pago  Vivariensi...»  [Ibid.,  n°  CCCLXXVIII).  —  Cf.  Ibid.,  n°^  CLXI  et 
CCCIII.  —  mercredi  de  juin  [979  ou  plutôt  986].  «  in  pago  Vivariense,  via- 
cecasto  Sancti  Albane,  in  villa...  Crecxlago...  feria  IIII,  mense  junio,  anno 
quando  Loiccus  cepit  regnare...  »  [Cart.  Saint-Barnard,  2^  éd.,  n°  46).  — 
Creyssac,  samedi  [18]  février  1021.  «  in  pago  Vivariensi...  ad  Capellam... 
mense  februario,  die  sabbathi,  luna  II,  anno  dominicse  incarnationis  millesimo 
XXI  régnante  Roberto  Francorum  rege  [Cart.  Saint-Chaffre,  n°  CCCLXXXII). 
Au  début  du  xi®  siècle,  certains  actes  ne  mentionnent  plus  le  règne  : 
«  in  pago  Vivariensi,  in  agro  Calanconensi,  in  villa...  Ciliacho.,.  Ego  Pon- 
cius  presbiter  scripsi  [Cart.  Saint-Barnard,  2®  éd.,  n»  70  :cf.  n°»  189,  190)  ; 
il  s'agit  de  Silhac.  —  De  même  les  n°*  66,  67  relatifs  à  Saint-Félicien. 
Enfin,  le  Vivarais  fut  rattaché  au  royaume  de  Bourgogne  dont  il  dépendra 

au  XII®  siècle  :  —  juin  [vers  1020].  «  in  pago  Vivariensi,  in  villa  Meissano 

mense  junio  régnante  Rodulfo  rege  »...  (Cluny,  n°  2745.  —  Cf.  le  1998  qui 
ne  peut  être  cité  parce  qu'il  concerne,  non  seulement  le  Vivarais,  mais  aussi 
Saint-Paul-Trois-Châteaux.  [12  août  1052]  :  «  ecclesia sancti  Feliciani...  Data 
per  manus  Patri  sanctematris  ecclesie  Vienensis  cancellarii,  mense  augusto, 
feria  IIII,  luna  XII,  Heinrico  secundo  augusto  [Ibid.,  n°  103).  —  Vendredi 
22  février  [1073].  «  in  villa  de  Commoraz  et  in  mandamento  de  Rocha 
Maura...  Data  per  manus  Villelmi,  ad  vicem  cancellarii,  feria  VI,  octavo 
kalendas  martii,  luna  XI,  régnante  Heinrico  rege  II  nondum  imperatore  » 
[Cart.  de  Saint-Bar nard,  2^  éd.,  n°  161).  Il  s'agit  sans  doute  de  Rochemaure 
en  Vivarais,  quoi  qu'en  pense  M.  Mazon  (A.  Mazon,  Quelques  notes  sur 
l'origine  des  églises  du  Vivarais,  t.  I,  Privas,  1891,  p.  203),  et  non  pas  de 
Roquemaure  au  diocèse  d'Avignon. 

1.  Pour  le  Viennois  de  rive  droite,  les  actes  suivants,  relatifs  au  pays 
d'Arras  et  d'Annonay  qui  en  dépendaient,  suffisent  à    le  prouver. 

Mardi  d'août  [943].  «  ego  Boso  inclitus  comes...  in  pago  Viennensi,  in 
agro  Aradicense,  in  villa  Arratica...  anno  primo  régnante  Gondrado  rege 
[Cart.  Saint-Barnard,  2®  éd.,  n°14).Il  s'agit  d'Arras.  11  mars  [943  ou  945?]. 
—  ((  ego  Ismido...  in  pago  Viennense,  in  agro  Arratico,  in  villa  Limanno... 
anno  IIII.  régnante  Gondrado  rege  »  [Ibid.,  n°18).  —  Mercredide  mai  [954.?] 


142  LA    PROVENGE  DU  PREMIER    AU    XII^  SIÈCLE 

Des  actes  privés  du  Lyonnais  et  du  Viennois  qui  précèdent,  il 
ressort  que  la  transmission  de  ces  pays  consentie  par  le  roi  de 

«  in  pago  Vienense,  in  agro  Annonacense,  in  villa...  Vinonia...  anno  XV 
régnante  Gondrado  rege  »  {Ibid.,  n°  27).  —  22  mars  [1062]  :  k  in  pago 
Viennensi,  in  agro  Anoniacensi,  in  villa...  Navaz...  Domino  régnante 
et  rege  expectante  »  {Ibid.,  n»  121).  A  cette  époque,  Henri  n'était  pas 
encore  reconnu  comme  roi  de  Bourgogne  (G.  de  Manteyer,  Les  orig.  de  la 
Maison  de  Savoie,  1899,  p.  409,  note  3). 

Il  en  est  de  même  pour  le  Pailharès.  Samedi  de  janvier  [954  ?]  :  «  in 
pago  Viennensi...  Mizosco...  anno  XV  régnante  Corrado  rege  »  (Ibid.,n°  26). 
—  Mardi  23  février  [958].  «  in  pago  Viennensi,  in  agro  Paliaracense,  in 
villa...  Mizosco...  régnante  Gondrado  rege  »  {Ibid.,  n°  33).  —  Vendredi 
1er  avril  [959].  u  in  pago  Viennense,  in  agro  Palliarense,  in  villa  Gevi- 
niano...  régnante  Guntardo  [sic)  rege  »  {Ibid.,  n°  34). 

Il  en  est  de  même  pour  la  partie  du  pays  de  Tournon  qui  dépendait  du 
Viennois  et  non  pas  du  Valentinois.  Vendredi  29  janvier  [997]  :  «  in  pago 
Viennense,  Tornonense  in  agro,  in  villa... Medullo...  régnante  Rodulfo  rege» 
{Ibid.,    n»    61).   Il    s'agit  de  Muzols  (?). 

Pour  le  Valentinois  dérive  droite.  Lundi  30  juin  [956  ou  962]  :  u  in  pago 
Valentinensi,  in  vicaria  Subdionense,  in  aice  de  villa...  Cornatis  sive  Cal- 
liario  {ou  Caliano)...  Geilinus  cornes...  rivulo  Cerano...  régnante Conrado 
rege»  {Cart.  Saint-Chaffre,n°  CCCXXX).  Cf. ci-dessus,  p.  140, n.  1.  — Samedi 
25  avril  [974].  u  in  villa  Planis,  in  arce  Soionensi...  régnante  Conrado 
rege  anno  XXXVI  »  {Ibid.,  n»  CCCXXXIV).  —  [999-100].  «  supradicta 
vicaria...  villa  Belmente...  régnante  Radulpho  rege  anno  VII  »  [Ibid.,n° 
CCCXXXVI,     cf.  n°  CCCXXXVII). 

Pour  le  Lyonnais  de  rive  droite.  Lundi  de  mars  [961]  :  «  in  pago  quon- 
dam  Lugdunensi  quod  nunc  est  in  episcopalu  Valentinensi,  Geilinus,.. 
manso  Caviliano...  régnante  Lothario  »  {Ibid.,  n°  CCCXLV).  Il  s'agit  de 
Macheville  qui,  placé  dans  Tévêché  de  Valence,  dépendait  cependant  du 
Lyonnais;  c'est  sans  doute  en  raison  de  cette  dépendance  politique  que  le 
règne  de  Lothaire  est  mentionné.  Le  Carlulaire  de  Chamalières  men- 
tionne régulièrement  le  règne  de  Lothaire  pour  les  localités  de  la  pro- 
vincia  Lucdunensis  et  celui  de  Conrad  pour  celles  de  la  provincia  Vien- 
nensis  {Carlulaire  de  Chamalières-sur-Loire  en  Velay,  prieuré  conventuel 
dépendant  de  l'abbaye  de  Saint- Chaffre,  publié  par  A.  Chassaing,  avec 
introduction  '  et  tables  par  A.  Jacotin,  Paris,  1895,  in-8°  de  xiv-204  pp.)- 
Voir  Ibid.,  no  \2Q:  dimanche  de  septembre  [969  ?J  «  anno  XXX  regni  régis 
Conradi...  in  territorio  Viannensi,  in  villa...  Mons  Cornaton  )^  —  Ibid., 
n»  127:  mercredi  de  mai  [968].  «  anno  XIIII  regni  régis  Loterii...  in 
quodam  pago  Lucdunensis  proviricie...  Aurigum  ».  —  Ibid.,n°  128  [967-978]. 
«  Anno  XllII  regni  régis  predicti...  in  provincia  Lucdunensi,  in  territorio 
de  Jares,  in...  villa...  Chalmis.  »  La  communication  de  cette  édition 
récente  du  Carlulaire  de  Chamalières  est  due  à  la  bonne  amitié  de  M. 
Noël   ThioUier. 


LE    ROYAUME   DE    PROVENCE   VIENNOIS  143 

France  au  roi  de  Jurane  s'est  opérée  entre  le  21  avril  et  le 
l^""  octobre  942.  On  savait  déjà  que  le  traité  entre  Louis  d'Ou- 
tremer et  Otton  était  intervenu  en  septembre  ou  octobre  :  désor- 
mais, on  pourra  préciser  et  dire  qu'il  fut  passé  probablement  au 
début  de  septembre  942.  L'acte  du  samedi  1®''  octobre  942 
prouve  aussi  qu'un  scribe  de  Vienne  faisait  remonter  le  rè^ne 
de  Conrad,  non  pas  à  Tépoque  tout  à  fait  récente  où  il  avait 
reçu  effectivement  le  Viennois,  mais  au  moment  de  son  accession 
au  trône  en  937.  C'était  conforme  à  l'esprit  du  traité  de  934 
intervenu  entre  le  roi  de  Jurane  et  le  roi  de  Lombardie.  Cette 
ère  du  11  juillet  937,  il  faut  le  dire,  est  exceptionnelle  en  Vien- 
nois. D'autres  scribes  prennent  le  début  de  l'ère  du  règne  en 
940,  c'est-à-dire  à  Tépoque  où  Otton  avait  soumis  Hug-ues  le 
Noir  au  jeune  Conrad  ^  La  plupart,  se  conformant  au  fait  réel 

1.  Il  ne  peut  s'agir  de  citer  ici  que  les  seuls  actes  où  existe  la  concor- 
dance certaine  entre  le  jour  de  la  semaine  et  le  quantième:  les  autres 
n'offrent  aucune  base  positive  : 

1»  Ère  de  940  :  «  Ego  Islenus  presbiter  rogitus  scripsi  die  veneris  XIII 
kalendas  madias,  anno  XI.  régnante  Gondrado  rege  »  {Cart.  Saint-Barnard, 
2^  éd.,  n°  23).  Cet  acte  remonte  au  vendredi  19  avril  [950],  an  XI";  il 
suppose  que  Conrad  était  le  19  avril  940  dans  l'an  P""  de  son  règne.  —  Ego 
Vuillelmus  subscripsi,  dadavi  die  sabato  .VI.  idus  k.  (sic)  julii  anno 
XXX™°  régnante  Gonrado  rege  »  [Ibid.,  n^  38).  Cet  acte  est  du  samedi  10 
juillet  [969],  an  XXX«  :  il  suppose  que  Conrad  était  le  10  juillet  940 
dans  l'an  P»"  de  son   règne. 

2°  Ère  de 942  :  «Factadonacione  istaferia  IIII.  /ii.  nonasjanuarii  annoXIIII. 
régnante  Gondrado  rege...  Ego  Ebo  presbiter  scripsi  »  (/Z)iJ.,n°2o).  Cet  acte, 
du  mercredi 3 janvier  [955],  anXIV^,  suppose  que  le  roi  étaitle  3  janvier  942 
dans  l'an  l^^  de  son  règne. 

Dans  ces  deux  ères,  comme  point  de  départ,  il  ne  faut  tenir  compte 
que  du  millésime  :  on  ignorait,  au  bout  de  quelque  temps,  à  Vienne, 
le  jour  et  le  mois  de  la  prise  de  possession  de  Besançon  en  940  et 
du  Viennois  en  942.  En  réalité,  dans  l'ère  de  940,  il  aurait  fallu  faire 
tomber  le  18  avril  de  l'an  I*''"  en  941  et,  dans  l'ère  de  942,  il  aurait 
fallu  faire  tomber  le  3  janvier  de  l'an  I®''  en  943.  Se  rattachent  à  l'ère  des 
942,  forcément,  les  actes  suivants.  — «  Ego  Boso  diaconus  hancprestariam 
scripsi,  datavi  IIII  kalendas  octobris.  anno  II  vocato  rege  Gondrado  {Cart. 
Saint-Maurice  de  Vienne,  n°  110.  —  Ed.  Cart.  Saint-André-le-Bas,  Appen- 
dix  no  23*).  Cet  acte  est  du  28  septembre  [943]  et  non  pas  de  938  comme  le 
dit  l'éditeur.  —  «Anno  II  régnante  Chuonradorege Viennense» (Car/. Ssmf- 
André-le-Bas,  n°  98).  Cet  acte  est  de  la  fin  de   943   ou  du  début  de    944  et 


d44  LA    PROVENCE   DU    PREMIER  AU   XIl^    SIÈCLE 

et  non  pas  au  droit,  ne  le  prennent  qu'en  942,   c'est-à-dire  au 
moment  où  le  Viennois  fut  effectivement  cédé  à  Conrad. 

A   peine  la  marche  de  Viennoise  lui  eut-elle  été  cédée  par  le 
roi  de  France  qu'on  le  voit  quitter  la  Germanie   et  le  roi  Otton 
son  protecteur  pour  venir  se  montrer  à   ses  nouveaux  sujets. 
Sans  doute,  il  atteignait  alors  sa  majorité.  On  le  voit  tenir  une 
assemblée  générale  où  assistent,  non  seulement  les  évêques  et 
les  comtes,   mais  tous   les  vassaux  de  la   couronne,   grands   et 
petits  ^    Il   semble  que   les  fonctions  de   marquis   de  Viennoise 
soient  remplies  désormais  par  le  comte  de  Lyonnais  Hugues  le 
Noir,  également  duc  de  Bourgogne  :  les  comtes  de  Maçonnais, 
de  Viennois  et  de  Forez  l'entourent  dans  une  affaire  concernant 
le  vicomte  de  Lyon  -.  En  tout  cas,  Charles-Constantin  demeure 
toujours,  au  rang  des  simples  comtes,  comme  comte    de  Vien- 
nois. Il  est  peu  probable  que  le  roi  de  Bourgogne,   après  avoir 
reçu  l'hommage  du  Viennois,  soit  également  en  943  venu  tenir 
sa  cour  en  Provence.   Sans  doute,  il  y  régnait  depuis  qu'il  était 
roi;  mais  il  n'y  pouvait  guère  paraître  tant  que  le  roi  de  Lombar- 
die  vivait.  Celui-ci  avait  bien  abandonné  le  duché  en  934  ;  mais 
ses  proches   tenaient  toujours   le    siège   primatial   d'Arles,    les 
comtés  d'Arles  et  d'Avignon.  Du  moment   que  le  roi  de  Bour- 
gogne s'appuyait  sur  la  Germanie,  celui-ci  ne  pouvait  compter 
sur  le  bon  vouloir  de  la  Provence. 

non  pas  de  938-939.  On  y  voit  que  le  roi  de  Bourgogne  jurane  est  qualifié 
roi  de  Viennoise,  comme  précédemment  l'était  de  933  à  942,  le  roi  de 
France.  Cf.  ci-dessus,  p.  132,  n.  2.((  Adalardus  presbiter  scripsit,  dictavit, 
die  martis  mense  augusti,  anno  primo  régnante  Gondrado  veg;e  »  [Cart. 
Saint-Barnard,  2«  éd.,  n»  14).   Cet  acte  est  d'un  mardi  d'août  [943]. 

1.  28  mars  (?)  943.  Plaid  royal  en  faveur  deCluny  :  «  Chuonradus...  rex... 
in  pago  Viennense...  Carolus  consanguineus  noster... 

Humbertus  prœsens  fuit  ac  omnes  vassi  dominici  majores  et  minores  » 
[Cluny,  n»622}.  Cf.  n»  631. 

2.  28  mars  944.  «  ante...  domni  Hugonis  gloriosissimi  marchionis...  de 
Ademaro  Lugdunensi  vicecomite  ex  Tosciaco...  S.  Hugonis  comitis  et 
marchionis.  S.  Ademari  vicecomitis.  S.  Leotaldi  comitis.  S.  Caroli  comitis. 
S.  Vuilelmi  comitis...  »  [CL,  656).  Pour  sa  qualité  de  duc  de  Bourgogne  fran- 
çaise, voir  le  précepte  de  Louis  d'Outremer,  du  l'''"  juillet  946  (ibid.,  688 
et  689). 


LE   ROYAUME   DE    PROVENCE   VIENNOIS  148 

Voyant  que  son  règne  déclinait  et  que  le  pouvoir  passait  peu 
à  peu  au  marquis  d'Ivrée  Déranger,  le  roi  de  Lombardie  Hugues 
se  décida  en  946  à  quitter  la  Lombardie  avec  tous  ses  trésors 
pour  venir  finir  ses  jours  en  Provence,  auprès  de  sa  nièce,  Berthe  ^. 
Il  laissait  en  Italie,  sous  la  direction  de  Béranger,  son  fils 
Lothaire,  associé  à  la  couronne  depuis  931.  Cette  retraite  prouve 
bien  qu'il  restait  le  maître  de  la  Provence.  Le  roi  Hugues  devait 
être  alors  septuagénaire  et  fatigué  de  sa  vie  bien  remplie.  La 
mort  pouvait  venir  :  elle  vint  le  prendre  à  Arles  le  samedi 
saint  10  avril  947  2.  Il  léguait  à  sa  nièce  son  trésor  et 
son  domaine  privé  en  Gothie  et  en  Provence  ^.  Son  fils,  Lothaire, 
ne  tarda  pas  à  mourir  lui-même  à  Turin  le  vendredi  22 
novembre  950  ^.  Le  marquis  Béranger  se  saisit  de  sa  veuve 
Adélaïde  et,  comme  Lothaire  ne  laissait  d'elle  qu'une  fille,  il  se 
fit  couronner  roi  de  Lombardie,  le  dimanche  15  décembre,  avec 
son  fils  Albert  ^  Adélaïde  était  cette  sœur  du  roi  de  Bourgogne 
Conrad,  que  Hugues  avait  fait  épouser  à  son  fils  le  12  décembre 
937.  Comme  Béranger  la  maltraitait,  le  roi  de  France  orientale, 
Otton,  résolut  de  descendre  en  Italie  pour  la  délivrer,  l'épouser 

1.  «  Rex  Hugo...  relicto  Lothario  et,  simulata  pace,  Berengarii  fidei  tra- 
dito,    in  Provinciam   omni    cum  pecunia  properavit...  (Liudprand,  lib.  V, 

2.  «  Die  sabati,  quod  est  decimo  die  mensis  aprelis  et  fuit  in  eo  die  secun- 
dum  Pasce,  civitate  Arlenda,  migravit  ab  hac  die  domnus  Ugo  rex  ;  abead 
regnatum  annos  XX  expletos  et  menses  VIIII  et  dies  III  (CipoUa,  Monum- 
Novalic,  I,  p.  415). 

3.  «  Vocante  Domino  brevi  rex  Hugo  viam  est  carnis  universœ  ingressus, 
Bertse  hepti  suaî  Bosonis  Arelatensis  comitis  viduœ  pecunia  derelicta  » 
(Liudpr.,  lib.  V,  §  31).  Cf.  Donation  du  26  février  960  par  Berthe  de  l'héri- 
tage qui  lui  venait  de  son  oncle  {Hist.  Lang.,  2«  éd.,  t.  V, n»  107), col.  233- 
234).  Cf.  ci-dessus  p.  123,  n.  2.  Les  villas  du  roi  Hugues,  qui  se  trou- 
vaient réparties,  au  royaume  de  Provence,  dans  les  comtés  de  Fréjus  (1), 
Riez  (2),  Gap  (7),  Vaison  (1),  Apt  (3),  Orange  (1),  Trois-Châteaux  (4)  et  Die  (1), 
étaient  surtout  nombreuses  dans  celui  de  Gap  :  on  croit  y  reconnaître  Méol- 
lion  (comm.  Champoléon),  Molion  ;  Chaillol,  Callulus  ;  les  Lunels,  Lunateis, 
et  le  Champsaur,  Caricampus.  En  effet,  pour  ce  dernier  vocable.  Cari 
donne  «Tsaur»  dans  le  dialecte  local  ;  d'où  «  Tsantsaur  »,  Champsaur. 

4.  Cipolla,  t.  I,  p.  145. 

5.  Ibid. 

Mém.  et  Doc.  de  i École  des  Charles    —  VII.  10 


146  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU   Xll^    SIÈCLE 

et  devenir  ainsi,  lui-même,  roi  de  Lombardie.  Il  accomplit  ce 
projet  pendant  l'été  de  951,  après  le  28  juillet,  et  se  trouve  à 
Pavie  le  23  septembre  ^.  En  décembre,  il  épouse  Adélaïde  ^  et 
retourne  en  Germanie  au  printemps  de  952,  de  manière  à  célé- 
brer Pâques  en  Saxe  :  le  H  février,  il  est  encore  à  Pavie,  le 
15  à  Corne,  le  1^^  mars  à  Ziirich,  le  12  à  Erstein,  près  Strasbourg, 
et  le  29  avril  à  Mag-debourg-. 

Ces  dates  précises  de  l'expédition  d'Otton  en  Lombardie  sont 
à  noter  ;  car,  pendant  qu'il  était  ainsi  occupé  en  Italie  et  que  son 
protégé  le  roi  de  Bourgogne  ne  pouvait  compter  sur  son  appui, 
le  roi  de  France  occidentale  ne  restait  pas  inactif.  Avec  le  pro- 
jet déclaré  de  se  rendre  en  Guyenne,  Louis  d'Outremer,  au  début 
de  l'année  951  3,  se  mit  hâtivement  à  la  tête  de  son  armée  :  il 
descendit  sur  la  frontière  méridionale  du  duché  de  Bourgogne,  qui 
relevait  de  lui,  c'est-à-dire  vers  Mâcon.  A  son  approche,  se  pré- 

1.  Richter,  p.  61,  note. 

2.  En  tout  cas,  avant  le  6  février  952  [Ibid.,  p.  62,  note). 

3.  951.  «  Ludowicus  rex  Aquitaniam  cum  exercitu  petiit  ;  sed,  antequam 
eandem  ingrederetur  provintiam,  Karlus  Constantinus  Viennœ  princeps  et 
Stephanus  Arvernorum  prœsul  ad  eum  venientes  sui  efficiiintur»  (Flodoard, 
Annales,  951).  —  951.  «  Jussus  ergo  ab  rege,  in  Aquitaniam  exercitum  régi 
parât.  Quo  in  brevi  collecto,  causis  rerum  exigentibus  ad  interiores  Bur- 
gundiœ  partes  rex  secum  exercitum  dirigit.  Cum  ergo  in  agro  Matisco- 
nensium  castra  figeret,  occurrit  ei  Karolus  Constantinus  Viennœ  civitatis 
princeps  ejusque  efficitur  fidem  jurejurando  pactus.  Hic  ex  regio  quidem 
génère  natus  erat,  sed  concubinali  stemmate  usque  ad  tritavum  sordebat, 
vir  grandevus  et  multis  bellorum  casibus  ssepissime  attritus  et  qui  in 
superioribus  juratarum  tumultibus  felici  congressu  insignis  multoties  eni- 
tuit.  Afîuit  etiam  Stephanus  Arvernorum  presul  ac  régi  sese  commisit.  Nec- 
non  et  a  Willelmo  Aquitanorum  principe  legati  industrii  afîuere  pro  suo 
principe  ex  fide  habenda  sacramenta  daturi.  Quibus  postquam  jussa  regalia 
data  sunt,  rex  in  urbem  Vesontium...  cum  duce  exercitum  deducit.  Atque 
ibi  Letoldus  ejusdem  urbis  princeps  ad  ejus  militiam  sacramento  transit. 
Quibus  féliciter  alque  utiliter  habitis,  cum  autumno  maturante...  rex...  in 
acutam  febrem  decidit...  dux  ab  eo  jussus  exercitum  reducit.  Letoldus 
vero  princeps...  régi  famulatur.  At...  convaluit.  Transactisque  diebus  tri- 
ginta  post  corporis  reparationem  cum  Letoldo  principe  in  Franciam  redit  » 
(Richer,  Hisioriarum,  lib.  II,  §  98,  99).  La  qualité  de  princeps  Viennœ  civi- 
tatis pour  Charles-Constantin,  comme  celle  de  (Vesontii)  urbis  princeps 
pour  Liétaud,  équivaut,  dans  la  langue  de  l'historien,  à  celle  de  cornes. 


LE    ROYAUME    DE   PROVENCE    VIENNOIS  147 

sentèrent  devant  lui  les  ambassadeurs  du  duc  de  Guyenne,  qui 
se  déclarèrent  prêts  à  lui  donner  satisfaction  :  mais  la  Guyenne 
n'était  pas  le  seul  but  de  l'expédition  royale.  Louis  d'Outremer 
tentait  de  regagner  ce  que  le  roi  Otton  lui  avait  fait  perdre  dans 
le  royaume  de  Bourgogne,  soit  en  940  avec  Besançon,  soit  en 
942  avec  la  marche  de  Viennoise.  En  effet,  à  Mâcon  se  présente 
le  comtede  Viennois,  Charles-Constantin,  qui,  trahissant  Conrad, 
se  déclare  le  vassal  de  Louis  d'Outremer.  Puis,  le  roi,  au  lieu  de 
rentrer  en  France,  se  dirige  par  la  Bourgogne  sur  Besançon,  où  le 
comte  Liétaud,  suivant  l'exemple  de  Charles-Constantin,  aban- 
donne Conrad  pour  passer  au  service  du  roi  de  France.  Il  faut 
noter  que  Liétaud  était  à  la  fois  comte  de  Maçonnais  dans  le 
duché  français  et  comte  de  Besançon  dans  le  royaume  de  Bour- 
gogne :  en  ces  deux  qualités,  il  était  vassal  du  duc  de  Bourgogne 
Hugues  le  Noir,  qui  allait  mourir  le  18  décembre  952.  On  com- 
prend maintenant  pourquoi  Louis  passe  par  Mâcon  avant  de  se 
rendre  à  Besançon  :  il  ne  s'y  rendait  qu'à  coup  sûr,  assuré  de 
l'éloignement  d'Otton  et  de  l'impuissance  de  Conrad.  A  l'au- 
tomne, le  roi  Louis  prend  la  fièvre  à  Besançon  :  le  duc  ramène 
l'armée  en  France  ;  puis  le  roi  lui-même,  gardé  par  Liétaud,  se 
rétablit.  Un  mois  après  son  rétablissement,  il  regagne  la  France 
avec  Liétaud.  S'il  regagne  la  France  à  ce  moment  et  si  Liétaud 
juge  utile  d'abandonner  Besançon  pour  l'accompagner,  ce  n'est 
pas  uniquement  parce  que  ce  dernier  veut  faire  honneur  au  roi  ; 
c'est  parce  que  tous  deux  avaient  vent  du  prochain  retour 
d'Otton  en  Germanie  et  que  ce  retour  devait  inquiéter  le  comte 
félon.  En  effet,  au  lieu  de  gagner  directement  la  Germanie  au 
printemps  de  952,  Otton  va  se  détourner  par  Zurich  et  l'Alsace, 
en  plein  hiver,  aux  mois  de  février  et  de  mars. 

Il  est  évident  que  cette  expédition  avait  été  préparée  sur  les 
conseils  du  duc  de  Bourgogne  française  Hugues  le  Noir.  Un 
acte  passé  à  Lyon,  en  944,  fait  penser  qu'il  occupait  alors  le  Lyon- 
nais comme  marquis  de  Viennoise  :  en  cette  qualité,  il  dut 
déterminer  le  comte  de  Viennois  Charles-Constantin  à  trahir 
Conrad.   De  plus,   il  était  certainement  seigneur  du  comte   de 


148  LA   PROVENCE   DÛ  PRÉMtER    AU    XIl^    SIÈCLE 

Besançon  et  son  marquisat,  dans  le  royaume  de  Bourgog-ne, 
s'étendait  sans  doute  jusqu'au  Doubs  :  en  cette  qualité,  il  dut 
avoir  encore  moins  de  peine  à  persuader  le  comte  de  Mâcon  et  de 
Besançon  de  se  joindre  à  lui  contre  Conrad  ^  Mais  cette 
revanche  de  Louis  d'Outremer  contre  les  événements  de  940  et 
de  942  fut  éphémère.  Il  resta  maître  de  Besançon  pendant 
quelques  mois  en  951,  Charles-Constantin  l'y  accompagna  et, 
pendant  ce  même  temps,  le  règne  de  Conrad  dut  subir  une  éclipse 

1.  Hugues  le  Noir  était  duc  de  Bourgogne  française  :  voir  le  précepte  de 
Louis  d'Outremer  du  i^^  juillet  946  [Cluny,  n^s  688  et  689).  Il  fut  également 
comte,  puis  marquis,  en  Lyonnais  dans  le  royaume  de  Bourgogne  :  voir  le 
précepte  de  Louis  l'Aveugle  daté  de  Vienne  en  900  :  a  quidam  inclitus 
comes  nomine  Hugo  filius  Ricardi  comitis. . .  de  comitatu  Lugdunensi  »  [Cl. ,  70) . 
Voir  aussi  le  plaid  du  28  mars  944  [Cluny,  n°  656).  Enfin  il  était  marquis  à 
Besançon,  dans  ce  même  royaume  :  voir  l'obit  du  18  décembre  952  dans  le 
Kalendarium  Vesontionense  (Dunod,  Hist.  de  Véglise  de  Besançon,  t.  I, 
Besançon,  1750,  Preuves,  p.  xxxi).  Sa  domination  à  Besançon  résulte  tout 
aussi  bien  des  textes  qui  concernent  l'expédition  d'Otton  en  970  :  si  Olton 
se  le  soumit  alors,  ce  ne  pouvait  être  comme  duc  de  la  Bourgogne  fran- 
çaise, mais  comme  maître  de  Besançon  (Cf.  Cluny,  n°^  397,  398,  408,  499, 
544,  627,  628).  Le  comte  de  Vienne  Charles-Constantin  paraît  soumis  à 
Hugues  le  Noir  dans  le  plaid  du  28  mars  944  {Cluny,  n»  656),  exactement 
comme  l'étaient  les  comtes  de  Forez,  au  royaume,  et  de  Maçonnais,  au 
duché  de  Bourgogne. 

Liétaud,  fils  d'Aubry,  était  comte  de  Maçonnais,  dans  le  duché  de  Bour- 
gogne française,  et  à  ce  titre  vassal  de  Hugues  le  Noir  (Cluny,  n»  976  ;  cf. 
n««  432,  622,  625,  644,  655,  656,  680,  688,  689,  728,  729,  753,  764,  768,  797. 
980,  1037,  1044.  Munier,  Thiroux,  Dijon,  1660,  pp.  125-127).  Il  était  aussi 
comte  de  Besançon,  dans  le  royaume  de  Bourgogne,  et  à  ce  titre  égale- 
ment vassal  de  Hugues  le  Noir:  voir,  indépendamment  de  Richter,  l'acte 
de  février  944  passé  à  Besançon  [Cluny,  655)  ;  voir  l'acte  de  [968],  l'an  XII 
de  Conrad,  où  le  comte  de  Mâcon  donne  à  l'église  de  Besançon  «  pro  remédie 
animée  meœ  atque  senioris  mei  incliti  Hugonis  archicomitis  necnon  et 
genitoris  mei  Alberici  et  genitricis  meœ  Avelanœ  »  (Dunod,  Hist.  du  second 
royaume  de  Bourgogne,  t.  II,  Dijon,  1737,  p.  107).  Après  sa  défection 
de  951,  il  juge  prudent  de  rester  en  France  quelque  temps:  il  figure  à 
Laon  le  20  octobre  955,  sous  le  titre  de  L.  Burgundise  comes  qui  rappelle 
sa  domination  à  Besançon  [Cluny,  n°  980).  Puis,  il  paraît  avoir  fait  sa  paix 
avec  Otton  et  Conrad,  si  on  en  croit  l'acte  où  il  figure  avec  l'appellation  : 
domni  Leuioldi  imperatorii  comitis  [Gall.  Christ.,  t.  IV,  Instr.,  n°  XXI, 
col.  279).  Il  ne  tarda  d'ailleurs  pas  à  mourir.  Son  frère  Humbert  est  la 
tige  des  sires  de  Salins  (Ga^/.  Christ.,  IV,  Instr.,  col.  275,  n»»  XVI,  XVII; 
Guichenon,  Bibl.  Sebus,  cent.  I,  cap.  XXIII,  pp.  53-54  ;  Cluny,  655). 


\ 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  149 

en  Viennois.  Les  actes  privés  prouvent  que,  si  elle  eut  lieu,  elle 
fut  aussi  courte  que  l'occupation  de  Besançon.  Charles-Constan- 
tin, qui  s'était  réfugié  en  France,  rentra  finalement  à  Vienne 
avant  958,  sous  la  domination  de  Conrad  qui  demeura  définitive*. 
Tel  avait  donc  été  le  sort  de  la  marche  de  Viennoise  depuis  la 
mort  du  roi  de  Provence  Louis  l'Aveugle  jusqu'à  l'établissement 
définitif  de  l'autorité  du  roi  de  Bourgogne  jurane  Conrad,  c'est- 
à-dire  de  928  à  952.  Le  trône  était  demeuré  vacant  de  928  à  933, 
entre  la  Lombardie  et  la  France  ;  la  marche  s'était  trouvée  dans  la 
dépendance  des  princes  de  Vermandois  de  928  à  931 ,  puis  du  roi  de 
France  de  931  à  933,  pendant  que  le  duché  de  Provence  obéissait 
au  roi  de  Lombardie.  Le  roi  de  France  avait  été  roi  de  Viennoise,  de 


1.  On  a  un  acte  de  Charles-Constantin,  daté  du  règne  de  Louis  d'Ou- 
tremer et  approuvé  par  ce  souverain,  par  lequel  il  donne  à  Cluny  Commu- 
nay  en  Viennois:  «  data...  in  mense  januario  régnante  Ludovico  rege  anno 
XVI  qui...  preceptum  jussit  fieri  et  sigillo  suo  insigniri  »  (Cluny,  n°  797) 
Si  l'on  compte  l'ère  de  Louis  à  dater  de  son  avènement  le  15  janvier  936, 
l'acte  en  question  est  du  [15-31]  janvier  [951]  et  c'est  l'opinion  de 
M.  Bruel.  Si  l'on  compte  l'ère  du  règne  à  dater  seulement  du  sacre  le 
19  juin  936,  l'acte  sera  du  [1-31]  janvier  [952].  Cette  seconde  opinion  est 
la  bonne,  car  Louis  d'Outremer  était  encore  à  Pouilly-sur-Loire  le 
3  février  {Cluny,  n°  763)  et  Charles-Constantin  ne  vint  se  soumettre  à 
lui  qu'à  son  arrivée  à  Mâcon.  Liétaud  était  lui-même  à  Mâcon  le 
12  février  et  le  2  avril  (Cluny,  n°  799).  La  date  de  janvier  [952]  s'impose, 
en  prenant  l'ère  au  sacre.  L'acte  prouve  que  le  comte  de  Viennois  accom- 
pagna le  roi  de  Mâcon  à  Besançon  ;  puis,  il  rentra  avec  lui  et  Liétaud  de 
Besançon  en  France  à  l'automne  de  951  et  il  y  passa  l'hiver.  On  a  vu 
que  Liétaud  était  encore  à  Laon  le  20  octobre  955  :  l'entreprise  du  roi 
ayant  échoué,  il  est  naturel  que  Charles-Constantin  ait  suivi  l'exemple  de 
Liétaud  et  ait  attendu  de  négocier  sa  grâce  avant  d'oser  revenir  chez  lui. 
Il  était  rentré  avant  mai  958  (Cluny,  n°  1047). 

On  a  en  Viennois  des  actes  avec  le  règne  de  Conrad,  du  vendredi 
19  avril  [950]  l'an  XI  (Cart.  Saint-Barnard,  n°  23),  puis  d'un  vendredi  de 
juin  l'an  XII  (Ibid.,  n°  24)  et  enfin  du  mercredi  3  janvier  [955]  l'an  XIV 
(Ibid.,  n°  25).  Le  premier,  écrit  par  le  scribe  Islenus,  suit  l'ère  de  940  ;  le 
troisième,  parEbon,  suit  l'ère  de  942.  Le  second,  écrit  par  Eldrade,  peut  donc 
être  de  juin  [951]  ou  de  juin  [953],  suivant  le  système  suivi.  Dans  le  pre- 
mier cas,  il  n'y  aurait  eu  aucune  interruption  du  règne  de  Conrad  en 
Viennois,  malgré  la  défection  de  Charles-Constantin  :  c'est  peu  probable. 
L'acte  doit  être  de  juin  [953]  :  il  prouve  au  moins  que  le  règne  de  Conrad 
était  rétabli  alors. 


150  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

933  à  942,  sans  l'aveu  du  roi  de  Lombardie  ;  celui-ci,  en  934,  avait 
cédé  par  représailles  au  roi  de  Bourgogne  jurane  tout  le  royaume 
de  Provence,  c'est-à-dire  la  marche  de  Viennoise  avec  le  duché  de 
Provence.  En  942,  finalement,  le  roi  de  Bourgogne  jurane  avait 
pu  prendre  possession,  grâce  au  roi  de  Germanie,  de  la  marche 
de  Viennoise.  Endehors  d'un  retour  momentané  delà  France,  sur- 
venu du  printemps  de  951  au  printemps  de  952,  cette  marche  avait 
formé  désorm.ais  le  royaume  de  Viennoise  sous  le  sceptre  de  Con- 
rad. Mais,  Conrad  ayant  passé  sous  la  main  d'Otton  en  938,  le 
roi  de  Lombardie  ne  paraît  pas  lui  avoir  jamais  livré  le  duché 
de  Provence  qu'il  avait  promis  à  son  père  en  934.  11  paraît  bien 
l'avoir  gardé,  sinon  comme  roi,  du  moins  comme  duc,  jusqu'à  sa 
mort  survenue  à  Arles  le  10  avril  947. 

Ainsi,  à  partir  du  moment  oii  disparaît  le  règne  de  Louis 
l'Aveugle,  en  933,  le  Viennois  obéit  désormais  au  roi  de  France 
(933-942,  951),  ou  bien  au  roi  de  Jurane  (942-951,  952-1032), 
c'est-à-dire  à  un  souverain  étranger.  Ce  pays  a  cependant  toujours 
l'ambition  de  constituer  le  royaume  particulier  de  Viennoise  ^. 


VI 

Les  comtes  d'Arles  ■ 
(926-948) 

Ces  vingt  ans  écoulés,  de  la  mort  de  Louis  l'Aveugle  à  celle 
de  Hugues,  sont  une  période  de  silence  tragique  où  la  Provence 
tout  entière,  épuisée,  se  tait.  Les  Sarrasins,  qui  s'étaient  fixés  au 
Freinet  à  la  fin  du  règne  de  Charles  le  Gros,  Pavaient  peu  à  peu 

1.  Ci-dessus,  pp.  132,  n.  2,  pour  Raoul,  et  143,  n.  1,  §  2,  pour  Conrad. 
Y  joindre  les  actes  suivants  :  Cluny,  998,  1005,  1006,  1009,  1013;  Saint- 
André-le-Bas,  n»«  17,  43,  49,  57,  64,  98,  102,  113,  116,  122. 

Les  derniers  actes  connus  de  Charles-Constantin  sont  les  Chartes  de 
Cluny,  nos  656,  797,  1047,  1084,  1094,  1122,  datées  de  mai  958,  avril  960 
et  janvier  962.  Le  n»  1094  est  sans  date  d'année. 


LE   ROYAUME  DE   PROVENCE    VIENNOIS  151 

dépouillée  et  réduite  à  rieni.  C'était  un  désert,  où  restaient 
quelques  cités  isolées  comme  des  oasis,  et,  personne  n'ayant  plus 
de  quoi  donner  aux  églises,  tout  paraît  aboli.  Si  le  roi  de  Lom- 
bardie  s'en  était  donné  la  peine,  il  est  certain  qu'il  aurait  pu  y 
porter  remède  :  mais  l'Italie  l'absorbait  et  il  ne  gardait  la  Pro- 
vence que  comme  une  ligne  de  retraite  où  il  lui  suffirait  de 
trouver,  le  long  du  Rhône,  Arles  et  Avignon  bien  munies  de 
murs,  àTabri  de  leurs  marais.  Dans  ce  cas,  la  zone  de  Fréjus  et 
du  littoral  désolée  par  les  Sarrasins  lui  servirait  plutôt  de  cou- 
verture, entre  les  Alpes  et  le  Rhône.  Les  Sarrasins  pouvaient 
devenir  des  auxiliaires,  pour  un  prince  bien  muni  d'or,  et  il 
l'était.  Les  petits  et  les  grands  payaient  fort  cher  la  politique  du 
prince.  Le  primat  d'Arles,  l'archevêque  d'Aix  quittaient  le  pays 
comme  le  duc  :  seuls  y  restaient  ceux  qui  ne  pouvaient  faire 
autrement. 

Il  faut  bien,  cependant,  qu'il  y  ait  eu  un  comte  d'Arles  à  cette 
triste  époque.  On  sait  déjà  que,  lors  de  la  restauration  du  duché, 
en  911,  le  duc  avait  installé  comme  comte  d'Avignon  son  frère 
Boson,  en  conservant  pour  lui-même  le  comté  d'Arles  2.  Lorsque  le 
duc  était  devenu  roi  de  Lombardie  en  926 ,  il  avait  dû  céder  le  comté 
d'Arles  à  Boson  et  celui-ci  dut  administrer,  dès  lors,  toute  la 
Provence  au  nom  du  roi.  Mais,  en  931,  Boson  avait  été  appelé 
en  Lombardie  et  était  devenu  marquis  de  Toscane,  dignité  dont 
il  jouit  dès  le  17  octobre.  Boson  ne  pouvait  remplir  deux  postes 
de  confiance  à  la  fois,  avec  les  Alpes  entre  eux:  du  moment  où  il  pas- 
sait en  Toscane,  il  fallait  un  comte  qui  le  remplaçât  en  Pro- 
vence. Alors  seulement  se  pose  le  problème  consistant  à  dire  qui 
devient  comte  d'Arles. 

C'est  encore  un  Boson  :  mais,  si  le  nom  ne  change  pas,  la 
personne  a  changé.  Il  serait  impossible  deconfondre  ce  Boson  avec 

1.  936.  «  Sed  et  Saraceni  qui...  Fraxenetum  inhabitabant,  post  labefac- 
tionem    Provincialium  quasdam   summas   Italiœ  partes   sibi  vicinas    non 

mediocriterlaniabant (Liudprand,  Antapod,,  lib.  II,  §  43  .  —  cf.  lib.  IV, 

4). 

2.  Voir  ci-dessus,  pp.  117-118. 


152  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XI1<^    SIÈCLE 

le  comte  précédent  devenu  marquis  de  Toscane  ;  car  la  femme  du 
nouveau  comte  est  précisément  Berthe,  fille  aînée  de  son  prédé- 
cesseur^.  En  conséquence,  l'hypothèse  la  plus  naturelle  est  que  le 
nouveau  Boson  tient  le  comté  d'Arles  de  sa  femme  :  celle-ci  le 
tenait  elle-même  de  son  père  qui  le  lui  avait  remis  en  931  et 
son  père  l'avait  forcément  reçu  en  926  du  duc.  Il  est,  en  effet,  peu 
probable  que  le  duc  ait  directement  transmis  le  comté  d'Arles 
en  926  à  sa  nièce,  alors  que  le  père  de  celle-ci  serait  resté  simple 
comte  d'Avignon  jusqu'en  931. 

La  fortune  qui  fît  monter  sur  le  trône  de  Provence  l'élu 
de  879  suscita,  comme  on  le  voit,  parmi  ses  parents  et  ses 
compatriotes  de  nombreux  Boson  :  ils  encombrent  l'histoire 
régionale  et  l'une  des  difficultés  de  cette  époque  consiste  à  les 
distinguer  clairement. 

Le  roi  de  Provence  Boson  portait  le  nom  de  son  oncle  mater- 
nel, le  comte  lombard  Boson,  mari  d'Engeltrude.  Durant  la  pre- 
mière moitié  du  x®  siècle,  on  peut  citer  dans  sa  famille  les  princes 
suivants. 

1"  Au  deuxième  degré,  par  sa  fille  Engelberge,  son  petit-fîls 
Boson,  fils  de  Guillaume,  marquis  d'Auvergne,  comte  de  Mâcon. 
Ce  Boson  mourut,  on  le  présume,  avant  le  8  avril  936  2. 


4.  946.  «  Rex  Hugo...  in  Provinciam...  properavit.  Quo  audito  Raimun- 
dus  Aquetaniorum  princeps  eum  adiit,  cul  et  pro  minis  mille  se  in  militem 
dédit,  fidemque  sibi  servaturum  juramento  adfirmavit...  Vocante  Domino, 
brevi  rex  Hugo  viam  est  carnis  universœ  ingressus,  Bertae  nepti  suae, 
Bosonis  Arelatensis  comitis  viduœ,  pecunia  derelicta.Quam  etiam  brevi 
spatio  intercedente,  memoratus  Raimundus  inpurlssimœ  gentis  princeps 
inpurior  sibi  maritam  effecerat  ;  cujus  non  solum  concubitu,  verum  etiam 
osculo  indignum  élégantes  formarum  inspectores  etiam  atque  etiam  con- 
firmant »  (Liudprand,  Antapodosis, \ih.  V,  §31) . —  936. «  ...  régis  Hugonis  fra- 
terBoso...  marcam  Tusciœ  obtineret...  conjux  sua  Willa..,  cum  prolem  non 
haberet  virilem  quattuor  habuit  natas,  Bertam,  Willam,  Richildamet  Gis- 
lam...))(7i)ic/.,lib.  1V,§11). 

2.  [Vienne],  25  décembre  [920]  u  Signum  Bosoni  filio  Villelmi  »  [Cart. 
Saint-André-le-Bas,  n°  124).  —  8  avril  936.  «  ego...  Gauzfredus...  cornes  et 
uxor  mea  Ava...  pro  anima...  senioris  mei  Wilelmi   ac  filii  ejus  Bosonis... 

in  pago  Eduense [Ch.  de  Cluny,  n°446).  Boson  est  mort  avant  son  père, 

c'est-à-dire  avant  le  mois  de  mai  92Q  {Cluny,  n°s  214,  269). 


LE    ROYAUME   DE    PROVENCE    VIENNOIS  153 

2'^  Au  troisième  degré,  par  son  frère  Richard,  duc  de  Bourgogne, 
son  neveu  Boson  qui  mourut  en  935  et  fut  inhumé  à  Saint-Remy 
de  Reims  ^ 

3°  Au  cinquième  degré,  par  son  oncle  maternelle  duc  de  Jurane 
Hubert  et  le  comte  de  Viennois  Thibaud,  fils  de  celui-ci,  son 
neveu  par  alliance  Boson  comte  d'Avignon  (9H-931),  d'Arles 
(926-931)  et  marquis  de  Toscane  (931-936)  2. 

4°  Au  sixième  degré,  par  la  même  voie  et  le  roi  Hugues  fils 
du  comte  Thibaud,  son  petit  neveu  naturel,  par  alliance,  Boson, 
fils  de  Pezola  et  évêque  de  Plaisance  en  946*^. 

5^  Au  septième  degré,  par  la  même  voie,  c'est-à-dire  par  le 
comte  de  Viennois  Thibaud,  sa  fille  Thiberge  et  le  fils  de  celle-ci 
Hugues  comte  de  Savoie,  son  arrière-petit-neveu  Boson  qui  se 
trouve  à  Montiéramey  en  927  et  qui  meurt  avant  septembre  948  ^ 

6*^  Boson,  fils  du  comte  de  Valentinois  de  rive  gauche  Ada- 
lelme  ^. 

1.  5  sept.  918.  «  Clarissimus  cornes  [Hisi.  génér.  de  Bourgogne,  t.  I, 
pr.,  n°  XIX).  —  923.  «  Boso  filius  Richardi  )>...  929...  «  Heribertus  et  Hugo» 
comités  contra  Bosonem  Rodulfi  régis  fratrem  proficiscuntur...;  931... 
«  pacato  Bosone  cum  Heriberto  »..;  935...  «interea  Bosofrater  régis  Rodulfi 
in  expeditione  obsidionis  castri  sanctiQuintini  moritur  et  delatus  ad  Sanc- 
tum  Remigium  sepelitur  »  (Flodoard,  Ann.y  923,  929,  931,  935  ;  éd.  Lauer, 
pp.  12,  43,  48,  62). 

2.  Voir  ci-dessus,  pp.  151-152. 

3.  Liudprand,  Antapodosis,  lib.  IV,  §  14  ;  lib.  V,  §30. 

4.  Montiéramey,  avril  [927].  a  ego  Hugo  comes  et  conjux  mea  Wila  necnon 

et  filius  Boso S.    Hugonis   comitis...   S.   Wilœ  uxoris  ejus.  S.  Bosonis 

filii  ejus.  S.  Warnerii  ipsorum  filii  »  (Giry,  Etudes  carolingiennes,  §  V, 
n»  27  ;  dans  Etudes  d'hist.,  Gabr.  Monod,  Paris,  1896,  p.  135).  —  [Arles] 
sept.  [948].  «  Manasses  indignus  episcopus...  pro  anima  patris  et  matris 
mee  Teutberge  et  fratrum  meorum,  Hugonis  videlicet  atque  Richardi, 
Bosonis  quoque  et  ceterorum  omnium  parentum  meorum  »  [Cluny,  n»  726). 

5.  Adalelme,  comte  de  Valentinois  et  mari  de  Rotlinde,  vivait  encore  le 
6  juin  903,  date  à  laquelle  le  roi  de  Provence  lui  permet  de  tester  pour  les 
biens  qu'il  avait  reçus  à  titre  viager  par  préceptes  [Cart.  Saint-Maurice, 
n»  195;  Cart.  Saint-André-le-Bas,  Appendix  n°  12*).  II  mourut  après 
911.  Son  fils  Boson,  devenu  comte  de  Valentinois,  paraît  dans  les  actes  sui- 
vants :  [30  avril  907-novembre  908]...  «  Remegarius  sancte  Valentinensis 
ecclesie  humilis  episcopus  in  Xpisti  nomine  firmavi  et  subscripsi...  Signum 
alii  Bosonis  comitis  n[Cart.  Saint-Barnard,  2°  éd.,  n°6). —  912...  «  Signum 


154  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU   XII®    SIÈCLE 

7"  Le  fils  de  Roubaud,  Boson,  qui  deviendra  comte  d'Arles  en 
949  K 

8^  Boson,  marquis  delà  Marche  ~. 

Voilà  les  huit  Boson  que  font  connaître  les  textes,  en  Provence 
ou  dans  les  environs,  comme  membres  de  familles  princières  pen- 
dant la  première  moitié  du  x®  siècle. 

lia  pu  y  en  avoir  d'autres;  mais,  puisqu'ils  sont  ig-norés,  ils 
devaient,  par  conséquent,  avoir  moins  d'importance.  Or,  le  roi 
Hug-ues  n'avait  certainement  marié  l'aînée  et  la  préférée  de  ses 
nièces  qu'à  quelqu'un  de  considérable  et  de  digne  d'elle.  11  est 
donc  moralement  certain  que  Boson,  mari  de  Berthe  et  comte 
d'Arles  dès  931,  se  trouve  parmi  ces  huit  Boson  connus  ;  mais 
il  faut  choisir.  Ce  sont  les  dates  de  la  vie  de  sa  femme  qui 
permettront  d'arriver  à  le  déterminer.  Le  10  avril  947  quand  le 
roi  de  Lombardie  Hugues  mourut  à  Arles  léguant  à  sa  nièce 
Berthe  tous  ses  trésors,  celle-ci  était  déjà  veuve  et  remariée, 
après  un  très  court  veuvage,  à  Raymond,  prince  aquitain. 
Liudprand  dit  que  ce  second  époux  n'avait  rien  pour  elle  de  flat- 
teur et  qu'il  était  indigne  de  sa  beauté  :  ainsi,  le  premier  avait 
mieux  valu.  Ce  Raymond,  pour  préciser,  n'est  pas,  comme 
beaucoup  l'ont  cru,  Raymond-Pons,  comte  palatin  de  Toulouse, 
marquis  de  Gothie  et  même,  un  moment,  duc  de  Guyenne  ;  c'est 
son  cousin  germain  Raymond,  simple  comte  de  Rouergue  ^.  En 

Adalelmi  comitis.  Signum  Bosonis  filii  ejus  »  {Gallia  Christ.,  t.  XVI, 
Instr.,  col.  101,  n»  I).  — mardi  d'août  [943],  l'an  l^r  de  Conrad.  «  Dilectoatque 
amabili  filiolo  meo  Udalbertoabbati,  ego Bosoinclitus  cornes...  in  pagoVien- 
nensi,  in  agro  Aradicense...  [Cart.  Saint-Barnard,  n°  14).  Le  comte  était 
alors  fort  âgé,  puisque  son  père  était  mort  depuis  trente  ans,  et  que  l'abbé 
Udalbert  est  son  filleul. 

1.  Voir  ci-dessous,  p.  201,  n.  1. — Arles,  7  octobre  949.  «  Boso  comes» 
(Chantelou,   Hist.  de  Montmajour,  pp.  25-27). 

2.  8  août  958.  «Signum Bosonis  marchionis  (Gall. Christ.,  t.  Il,  instr.  col. 
168-169.  —  Robert  de  Lasteyrie,  Etudes  sur  les  comtes  et  vicomtes  de 
Limoges,  Paris ,  1874,  p.  122,  n°  XV).  —  «  Bosonem  vetulum  de  Marca  »  (Ade- 
mari  C/iro/iicon,  lib.  III,  §  29,  éd.  Chavanon,  p.  150).  Boson  avait  épousé 
Emma,  fille  d'Albert,  et  nièce  deHélie,  comte  de  Périgord.  Il  était  seigneur 
du  vicomte  de  Limoges  Archambaud.  Il  eut  pour  fils  Boson  et  Albert. 

3.  Raymond-Pons,  fils  de  Raymond,  petit-fils  d'Eudes,  avait  épousé  Gar- 


LE   ROYAUME  DE   PROVENCE   VIENNOIS  155 

946,  quand  le  roi  de  Lombardie  se  retire  en  Provence,  le  comte 
de  Rouergue,  à  cause  de  sa  femme,  s'empresse  de  venir  s'enga- 
ger à  la  solde  de  Hugues  pour  reconquérir  son  royaume  et  cette  aide 
divertit  fort  les  Italiens,  en  raison  de  la  piètre  estime  où  ils  tenaient 
les  Languedociens.  Si,  déjà,  l'arrogance  et  la  gloutonnerie  des 
Bourguignons  de  Viennoise  agaçaient  la  majestueuse  sobriété  de 
Rome,  le  savoir-vivre  des  patriciens  qui  vivaient  dans  les  ruines 
de  la  capitale  antique  se  choquait  bien  davantage  des  mœurs  et 
de  l'éducation,  paraît-il,  déplorables  que  personnifiaient  pour  eux 
les  gens  de  Guyenne  *. 

Un  fait  bien  certain,  c'est  que  Boson  comte  d'Arles  et 
premier  mari  de  Berthe  était  mort  dès  avant  946  et,  en  tout  cas, 
avant  le  10  avril  947.  On  ne  peut  donc  l'identifier  avec  Boson 
fils  de  Roubaud,  ni  avec  Boson  marquis  de  Limousin  en  Guyenne, 
qui  vivaient  après  cette  date.  Il  faut  écarter  Boson,  fils  du  mar- 
quis d'Auvergne  Guillaume,  pour  une  raison  inverse.  En  effet, 
ce  prince  est  mort  entre  le  25  décembre  920  et  le  mois  de  mai 
926,  avant  son  père.  Sa  mort  est  trop  hâtive  pour  qu'il  ait  pu  être 
comte  d'Arles  à  partir  de  931.  Il  a  suffi  d'ailleurs  de  constater 
que  Boson  marquis  de  Toscane  est  le  père  de  Berthe,  que  Boson 
évêque  de  Plaisance  est  le  fils  de  Hugues  pour  qu'il  ne  puisse  être 
question  d'eux.  En  voilà  déjà  cinq  sur  huit  d'écartés  au  préa- 

sinde  et  fut  père  de  Guillaume  {Hist.  de  Languedoc^  2®  éd.,  t.  V,  n°^  12, 
21,  37,  42,43,  50,  57,109,  117,  126).  Son  cousin  Raymond,  fils  d'Armen- 
gaud,  petit-fils  du  même  Eudes,  épousa  Berthe  dont  il  eut  Raymond  et 
Hugues.  Il  avait  été  marié,  en  premières  noces,  à  une  fille  d'Odoin  dont 
il  avait  eu  d'autres  enfants  {Ibid.,  n^^  47,  59,  63,  107,  108,  109,  111,  112, 
114).  Garsinde,  veuve  de  Raymond-Pons,  vivait  encore  en969{Ibid.,  n°117, 
col.  259-260).  Berthe,  veuve  de  son  côté,  vivait  encore  le  18  août  965 
{Ibid.,  n»  IH*^,  col.  253-225).  Raymond,  mari  de  Berthe,  ne  peut  donc  être 
confondu  avec   Raymond-Pons. 

1.  «  An  Burgundionum  voracitatem  et  superbiamignoratis? Ceterùm 

secundum  naturale  nomen  Galli  Allébrogi  nuncupantur.  Ego,  secundum 
mihi  traditam  fronesin. . .  Burgundiones  eos  quasi  gurguliones  apello, 
vel  quod  ob  superbiam  toto  gutture  loquantur  vel,  quodveriùs  est,  edacitati 
quœ  per  gulam  exercetur  nimis  indulgeant.  »  (Liudprand,    lib.   III,  §  45). 

«  Raimundus  Aquetaniorum  princeps inpurissimae  gentis  princeps  inpu- 

rior  »...  {Ibid.,  Hb.  V,  §  31). 


156  LA   PROVENCE   DU   PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

lable.  Restent  à  examiner  Boson  fils  du  comte  de  Savoie  Hugues, 
Boson  fils  du  comte  de  Valentinois  Adalelme  et  Boson  fils  du 
duc  de  Bourgogne   Richard. 

Huorues,  fîls  du  comte  de  Troves  Garnier,  était  né  vers 
la  fin  du  ix^  ou  le  début  du  x®  siècle  :  on  le  trouve  à  Vienne, 
pour  la  première  fois,  le  25  décembre  920  et  il  devient 
comte  de  Savoie  probablement  en  926,  au  moment  où  son 
oncle  maternel  Hugues  est  élu  roi  de  Lombardie.  Proprié- 
taire en  Troiesin,  il  paraît  à  Montiéramey  en  avril  927  avec  sa 
femme  Wille,  fille  du  duc  Richard,  et  avec  son  fîls  Boson.  Les  sou- 
scriptions spécifient  qu'il  avait  dès  lors  deux  fîls,  Boson  et  Gar- 
nier, et    que    le  second  seul  était  issu  de  sa  femme  actuelle  K 

1.  Montiéramey,  avril  [927]  «ego  Hugo  comes  et  conjux  mea  Wila  nec- 

non  et  filius  Boso  donavimus S.  Hugonis  comitis S.  Wilae   uxoris 

ejus.  S.  Bosonis  fîlii  ejus.  S.  Warnerii  ipsorum  filii [A.   Giry,  Eludes 

carolingiennes, ^Y.  Doc.  carolingiens  de  Montiéramey,  n°  27  ;  Etudes  d'his- 
toire, Gabriel  Monod,p.  135).  Les  termes  de  cet  acte  sont  formels.  D'abord, 
dans  le  dispositif,  le  comte  paraît  avec  sa  femme  et  Boson  ;  puis,  le  scribe 
qui  écrit  les  souscriptions  place,  après  celle  du  comte,  celle  de  sa  femme 
et  celle  de  son  fils  Boson.  Dans  filii  ejus,  comme  uxoris  ejus,  le  mot 
ejus  répété  se  rapporte  toujours  à  Hugonis  comitis  et  non  pas  à  Wilœ. 
En  traçant  la  souscription  suivante  de  Garnier,  le  scribe  l'accompagne 
des  mots  ipsorum  filii,  parce  que  celui-ci  était  fils  de  tous  deux.  Dans 
les  Origines  de  la  Maison  de  Savoie,  1899,  pp.  436,  489,  (235),  (250), 
(279),  et  1901,  p.  300,  il  a  été  dit  que  Boson  était  le  fils,  non  pas  d'un 
premier  lit  de  Hugues  comte  de  Savoie,  mais  d'un  premier  lit  de  sa 
femme  Wille.  Cette  assertion  ne  s'explique  que  par  une  inattention 
fâcheuse.  Quand  la  comtesse  Wille,  à  Fouchères  [août  967-2  mars  986], 
donnera  pour  l'âme  de  son  mari  et  de  ses  trois  fils  Garnier,  Thibaud  et 
Hubert,  elle  ne  nommera  pas  Boson,  parce  qu'elle  n'en  était  pas  la  mère 
et  ce  sera  tout  naturel.  Si  elle  avait  été  sa  mère,  même  d'un  premier  lit 
ce  silence  serait  surprenant  (Giry,  n°  31,  p.  136).  Boson  était  mort  dès 
septembre  948  :  en  efi'et,  à  cette  époque,  l'archevêque  d'Arles  Manassès 
fait  lui  aussi  une  donation  pour  les  âmes  de  son  père  et  de  sa  mère,  pour 
celles  de  ses  frères  Hugues  et  Richard,  pour  celles  de  Boson  et  de  tous 
ses  autres  parents  [Cluny,  n»  726).  Les  quatre  premiers  étant  morts,  il 
est  presque  certain  que,  si  le  cinquième,  Boson,  est  nommé  explicitement, 
c'est  parce  qu'il  est  mort  lui  aussi.  Dans  les  Origines  de  la  Maison  de  Savoie, 
1899,  p.  441,  492,  il  a  été  dit  que  ce  Boson  devait  être  le  marquis  de  Toscane 
emprisonné  en  936,  oncle  maternel  de  Manassès  :  c'est  une  erreur.  Le 
Boson,   que  Manassès  adjoint  en  948   à     ses   frères  Hugues  et    Richard, 


LE   ROYÀtME   DE   PROVENCE   VtENNOlS  15Ï 

Deux  autres    enfants,    Thibaud   et  Hubert,    devaient   venir  au 
monde  les  années  suivantes.   Par  conséquent,    Hugues  avait  dû 
épouser  en  secondes  noces  Wille,  fille  du  duc  Richard,  vers  924  ; 
auparavant,  vers  920,  il  avait  dû  contracter  avec  une  inconnue 
un  premiermariage  dont  était  issu  son  fils  aîné  Boson.  CeBoson, 
né  ainsi  de  920  à  925,  est  mort  avant  948.  Son   frère  cadet  con- 
sanguin, Thibaud,  archevêque  de  Vienne,  né  peu  après  927,  est 
mort  le  21  mai  1001.  Boson  appartient  donc  à  la  génération  qui 
suivit  celle  de  Berthe,    fille  du   marquis    de  Toscane,    Celle-ci, 
par  le  fait,  était  sa  tante,  par  alliance,  au  cinquième  degré  :  elle  a 
dû  se  marier  au  moment  où  il  naissait  et  la  date   de  cette  nais- 
sance vers  925  empêche  absolument  de  l'identifier  avec  le  Boson 
qui  devint  comte  d'Arles  en  931  par  son  mariage   avec   Berthe. 
Il  faut   passer  à   Boson,    comte   de    Valentinois.    Son    père, 
Adalelme,   avant   d'être  comte  de  Valentinois  sous  le  sceptre  de 
Louis  l'Aveugle,  avait  été  le  fidèle  de  Charles  le  Chauve   et   de 
Boson.  C'était  donc  un  homme  âgé  quand,  le  6  juin  903,  le  roi 
lui  permit  de  transmettre  à  ses  héritiers  les  biens  qu'il  avait  reçus 
à  titre  viager  par  divers  préceptes  des   précédents    souverains. 
De  sa  femme  Rotlinde,  il  avait  eu  Boson.  Son  âge  avancé  se  con- 
firme du  fait  qu'on  voit  son  fils  muni  du  titre  de   comte  dès   907 
ou  908  dans   un   acte  où  celui-ci  figure   à    côte   de  l'évêque    de 
Valence.  Cependant,  il  vivait  encore  en  912.  Son  fils  lui  succéda 
certainement,  peu  après.  Le  nouveau  comte  de  Valentinois  pos- 
sédait dans  le  Viennois  de  la  rive  droite  des  biens   sis  au  pays 
d'Arras  i,  c'est-à-dire  tout  près  de  son  comté.  Boson  tint  le  Valen- 
tinois sous   toutes    les  dominations    qui  se   succédèrent  dépuis 
Louis  l'Aveugle  jusqu'à  Conrad  roi  de  Jurane  :    il  paraît  encore 
en  août  943,  quand  le  Viennois  venait  d'être  cédé  par  le  roi    de 
France  à  ce  dernier.  Boson  devait  être  alors  parvenu   lui-même 
à  un  certain  âge  et  c'est  la  dernière  mention  qu'on  ait  gardée   de 

est  son  propre  neveu  Boson,  fils  dudit  Hugues,  comte  de  Savoie,  et  d'un  pre- 
mier lit.  En  raison    de  la   mort  prématurée    de   ce  Boson,  c'est   le  fds    du 
second    lit,  Hubert,  qui  a  succédé   à   Hugues,  comme   comte   de  Savoie. 
1.  Arras,  Ardèche,  arr.  et  cant.  Tournon. 


158  LA   PROVENCE    DU   PREMIER   AU    XTI^    SIÈCLE 

lui.  Le  nom  de  sa  femme  est  inconnu:  les  dates  de  sa  vie,  étant 
ainsi  déterminées,  n'offrent  pas,  on  le  voit,  d'écart  qui  empêche 
de  croire  que,  par  son  âge,  il  aurait  pu  être  marié  avec  Berthe. 
Gela  le  disting-ue  des  autres  Boson  et  c'est  quelque  chose  : 
mais  celui-ci  est  un  comte  dont  la  famille  possédait  sim- 
plement le  Valentinois.  Sa  mère,  en  903,  reçoit  du  roi  la  qualifica- 
tion de  nobilissima\  peut-être  était-elle  de  race  royale  ou  ducale. 
"Cependant,  Boson  lui-même,  en  Valentinois,  paraît  être  sans 
relations  directes  avec  l'une  quelconque  de  ces  maisons  ducales, 
soit  avec  celle  de  Provence,  soit  avee  celle  de  Bourgogne,  soit 
avec  celle  de  Guyenne.  Quelle  que  fût  la  naissance  de  sa  mère,  ni 
elle  ni  Adalelme  ne  reçoivent  du  souverain  la  qualité  de  propin- 
quus.  Autant  qu'on  peut  en  juger,  Boson  est  un  personnage  de 
race  comtale  estimée  qui  vit  au  second  rang  dans  le  royaume,  en 
dehors  du  cercle  restreint  de  ceux  qui  le  dominaient.  A  ce 
compte,  il  n'était  pas  davantage  que  le  comte  de  Rouergue 
Raymond  et  rien  ne  le  désignait  au  duc  de  Provence  pour  lui 
donner  sa  nièce.  S'il  l'avait  eue  et  qu'il  fût  devenu  par  là  comte 
d'Arles,  il  y  aurait  gros  à  parier  qu'on  ne  le  rencontrerait  pas 
uniquement  dans  le  Valentinois  et  le  Viennois. 

Bien  différente  était  la  situation  de  Boson,  fils  du  duc  de  Bour- 
gogne Richard,  neveu  du  roi  de  Provence  dont  il  portait  le 
nom.  Son  père,  Richard,  avait  été  avant  Hugues  de  Viennois  le 
maître  du  pouvoir  dans  le  royaume  de  Provence.  D'autre  part 
par  sa  mère  Alix,  Boson  était  également  le  neveu  de  Rodolphe  P*", 
roi  de  Jurane,  dont  son  frère  Raoul  portait  le  nom.  Au  moment  où 
le  duc  de  Provence  devint  roi  de  Lombardie,  Boson  fils  de 
Richard  se  trouvait  ainsi  être  à  la  fois  le  frère  du  roi  de  France, 
le  cousin  germain  des  deux  rois  de  Provence  et  de  Jurane.  Rien 
n'est  plus  naturel  que  de  voir  offrir  par  Hugues  l'aînée  de  ses 
nièces  au  roi  de  France  pour  son  frère  Boson.  De  même,  à  la 
mort  de  Louis  l'Aveugle  en  928,  Hugues,  afin  d'être  agréable  au 
roi  de  France,  disposera  de  la  marche  de  Viennoise  en  faveur  du 
fils  aîné  de  Herbert,  comte  de  Vermandois.  L'année  suivante, 
Herbert  part  en  guerre  contre  Boson  et    lui   enlève  Vitry    en 


LE  ROYAUME    DE   PROVENCE   VIENNOIS  159 

Pertois,  sur  les  limites  de  la  France  et  de  la    Bourgogne  où  ils 
voisinaient.  Dès   930,  le  roi  de  France  s'entremet  pour  amener 
la  paix  entre  Herbert  et  Boson.  Mais  c'est  une  courte  trêve.  En 
931,  le  roi  de  Lombardie  donne    la  marche  de    Toscane   à    son 
frère  qui  abandonne  désormais   à   sa  fille  et  à   son   gendre    les 
comtés  provençaux  d'Arles   et  d'Avignon.    Le  frère  du  roi  de 
France  devenait  le  voisin  du   comte  de  Vermandois,  non   seule- 
ment au  nord  du  duché  de  Bourgogne,  mais  au  nord  de  la  Pro- 
vence. Aussitôt,  le  roi  de  France  et  lui  s'entendent  pour  se  débar- 
rasser définitivement  de  ce  voisin  gênant  :  ils  lui   enlèvent,   dès 
931,  à  la  fois  la  marche  de  Viennoise  et  la  France  carolingienne. 
En  fait,  Boson  possédant,  par  sa  femme,  les  comtés   de  Provence 
et  Raoul  la  marche  de  Viennoise,  tout  le  royaume  de  Provence 
appartient  à  leur  maison,  à  condition  de  respecter  les  droits   du 
roi   de  Lombardie.    Ces  événements  se  groupent.   On  sait  com- 
ment, le    roi    de  France   ayant    voulu   en  932    et  933   se  faire 
reconnaître  non  plus  comme  marquis  mais  comme  roi  de  Vien- 
noise  en   éliminant   Hugues,  celui-ci  en  934   céda   le    royaume 
de  Provence  à  Rodolphe  de  Jurane.  La  situation  de  Boson,    mari 
de  Berthe,  devait  devenir  difficile  en  Provence.  On  le  voit  alors 
dans  le  duché  de  Bourgogne  :  il  meurt  en  935  dans  un    combat 
hors  de   Provence  et,  frère  du  roi  de    France,    il   est   inhumé  à 
Saint-Remy  de  Reims.  Il  ne  laissait  pas  de  fils,  car  on  n'en  connaît 
pas  et,  s'il  en  avait  eu  un,  cet  enfant  lui  aurait  succédé  comme 
comte  d'Arles.  Sa  veuve,  on  le  sait,  presque  aussitôt  se  remaria 
avec  Raymond  comte  de  Rouergue,  cousin  germain  du  marquis 
et  comte   Raymond-Pons.   Berthe  conserve,  d'ailleurs,  Arles  et 
Avignon  après  la  mort  de  son  premier  mari  jusqu'à  celle  de  son 
oncle  en  947.  En  effet,  c^est  auprès  d'elle  qu'il  vint  se  retirer  en 
946  avec  sestrésors  et  c'est  là  que  Raymond  vintse  mettreà  sa  solde, 
pour  le  cas  où  le  roi  voudrait  lever  une  armée  contre  la  Lombardie. 
Liudprand  ne  parle  que  de  Hugues,  de  Berthe  et  de  Raymond:  s'il 
y  avait  eu  un  autre  comte  qui  fût  comte  d'Arles,  celui-ci  paraîtrait. 
Même  après  la  mort  de  Hugues,  en  septembre  948,   Berthe  con- 
firme, évidemment  en  qualité  de  comtesse  d'Arles,  une  donation 


"160  LA    PROVENCE    DÛ   PREMIER    AU    Xll^    SÎÈCLE 

faite  par  l'archevêque  d'Arles  Manassès.  Toutes  les  souscriptions 
de  cet  acte  émanent  de  Provençaux  ;  par  conséquent  il  a  très  pro- 
bablement été  passé  à  Arles.  Mais  les  biens  donnés  par  l'arche- 
vêque se  trouvent  dans  le  Chaunois  et  le  scribe  mentionne, 
peut-être,  pour  cette  raison,  le  règ-ne  du  roi  de  France  au  lieu 
de  celui  du  roi  de  Bourgog-ne  et  Provence.  Il  est  plus  probable 
aussi  que  la  comtesse  d'Arles,  après  la  mort  de  Hugues,  reconnut 
en  Provence  le  règne  du  roi  de  France.  Si  Berthe  était  encore 
comtesse  d'Arles  en  septembre  948  i,  elle  ne  l'était  certainement 
plus  le  7  octobre  949  2.  Certes,  elle  garda  la  propriété  du 
domaine  privé  à  elle  légué  par  l'ancien  duc  de  Provence  son  oncle. 
Elle  le  garda  jusqu'au  jour  où  elle  le  transmit  à  l'abbaye  de  Mont- 
majour  ^.  Mais  la  fin  de  sa  vie  se  passa  en  Guyenne,  dans  le 
comté  de  son  second  mari  dont  elle  eut  au  moins  deux  fils,  l'un 
d'eux  nommé  Hugues  comme  le  roi  de  Lombardie.  Veuve  pour  la 
seconde  fois  en  960  ou  961,  le  dernier  acte  où  elle  figure  est  daté 
du  18    août  965  ^ 

Voilà  donc  établie  la  succession  des  derniers  ducs  de  Provence  : 
Boson  (875-13  octobre  879)  et  Hugues  (fin91i-10  avril  947),  entre 
lesquels  Thibert  (890-908)  remplit  des  fonctions  analogues  sans 
avoir  d'autre  titre  que  celui  de  comte.  En  raison  de  la  prépon- 
dérance récente  de  Vienne,  c'est  le  Viennois  qui  fournit  les  ducs 
à  dater  du  moment  où  se  constitue  le  royaume  de  Provence. 
Thibert,  propriétaire  en  Viennois,  pourrait  être  fils  du  vicomte  de 
Vienne  Arlulf;  Hugues  est  le  fils  du  comte  de  Viennois  Thibaud. 
Toutefois,  à  dater  du  moment  où  Hugues  devient  duc  de  Pro- 
vence, il  tend  à  se  cantonner  dans  ce  pays  et  à  abandonner  pro- 
gressivement le  Viennois. 

1.  Septembre  948,  «  Signum  Berte  comitisse  )^  [Cluny^  n<>  726). 

2.  Arles,  7  octobre  949  [Hist.  de  Montmajour,  éd.  du  Roure,  pp.  25-27). 

3.  26  février  960.  «  régnante  Lothario  rege  Francorum,  S.  Bertha  comi- 
tissa  »  {Ilist.  Lang.,  2«  éd.,  t.  V,  col.  233-234,  n»  107).  Bien  entendu,  la 
Provence  ne  reconnaissait  plus  le  roi  de  France  ;  mais  la  donation  a  été 
passée  en  Guyenne,  dans  un  pays,  par  conséquent,  qui  dépendait  de  lui. 

4.  7  septembre  961.  «  Signum  Bertane  comitisse  »  [Ibid.,  n°  112).  — 
18  août  965  {Ibid.,  no  114,  col.  253-255).  —  Cf.  n°  111,  col.  248-250. 


LE  ROYAUME  DE  PROVENCE  VIENNOIS  161 

Le  duché  avait  déjjendu  successivement  du  royaume  de 
Charles  le  Chauve  (-[-  6  octobre  877),  de  Louis  II  son 
fds  (-[-  10  avril  879),  de  Boson,  sauf  les  Alpes  Mari- 
times (15  octobre  879-880),  de  Carloman  (avril  880  f  12 
décembre  884),  de  Charles  III  le  Gros,  qui  déjà  avait  les  Alpes 
Maritimes  (-j-  13  janvier  888),  de  Louis  fils  de  Boson  (juin  890, 
-j-  5  juin  928).  Jusqu'à  l'automne  de  934,  le  trône  demeura  vacant. 
Depuis  lors,  le  duché  dépendit  des  rois  de  Bourgogne  juranc 
Rodolphe  II  (fin  934  f  11  juillet  937)  et  Conrad.  Mais  celui-ci 
ne  put  en  prendre  possession  qu'après  la  mort  du  duc  (10  avril 
947).  Probablement,  la  Provence  reconnut  après  la  mort  de 
Hugues  le  règne  de  Louis  d'Outremer  (947-948). 

Le  duché  se  composait  de  deux  douzaines  de  cités  comtales  et 
épiscopales  ;  mais,  s'il  comprenait  forcément  deux  douzaines 
d'évêques  sous  l'autorité  primatiale  de  l'archevêque  d'Arles,  il  était 
loin  déposséder  deux  douzaines  de  comtessous  le  gouvernement  du 
duc.  Dans  la  région  la  plus  voisine  du  Rhône  existaient  les  cités 
de  Saint-Paul,  Vaison,  Orange,  Carpentras,  Avignon,  Cavaillon, 
Arles,  Aix  et  Marseille.  Cesontcelles  qui  durent  le  mieux  échap- 
per aux  ravages  des  Sarrasins  et  à  la  désorganisation  qui  suivit 
ces  ravages.  On  n'y  rencontre  d'abord  que  Thibert.  Puis, 
on  y  trouve  deux  titulaires  à  dater  de  907  :  Tun  en  deçà,  l'autre 
au  delà  de  la  Durance.  Pendant  que  Thibert  continue  à  tenir 
les  comtés  d'Arles,  Marseille  et  Aix,  Hugues  paraît  à  Avignon, 
au  delà  de  ce  cours  d'eau.  Quand  le  duché  est  reconstitué  pour 
Hugues  en  911,  celui-ci  se  réserve  le  groupe  d'Arles  et  place  son 
frère  à  Avignon  au  delàdelaDurance.  Si  l'on  en  juge  par  l'exemple 
de  cette  région  du  Rhône  et  de  la  Durance,  le  duché  tout  entier  devait 
comprendre  quatre  groupements  régionaux,  ou  environ,  composés 
chacun  de  plusieurs  comtés  particuliers  ou  cités.  Chacun  de  ces 
groupements  n'avait  qu'un  seul  comte  à  sa  tête,  celui  du  comté 
principal.  11  en  était  ainsi  pour  les  pays  d'Arles,  d'Avignon,  de  Die 
et,  sans  doute,  pour  celui  de  Glandèves.  Les  comtes  placés  à  la 
tête   de   ces  gouvernements  dépendaient,  bien   entendu,  du  duc 

Mém.  et  Doc,  de  VÉcole  des  Chartes.  —  VII.  H 


162  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU  XII^    SIÈCLE 

qui  se  réservait  personnellement  le  groupe  des  cités  unies  à 
Arles,  capitale   du  duché. 

La  série  des  comtes  d'Arles  se  confond  donc  avec  la  série  des 
ducs,  mais  jusqu'en  926  seulement.  Le  duc  étant  devenu  roi  de 
Lombardie,  désormais  le  comté  d'Arles  appartient  à  son  frère 
Boson  (926-931),  puis  à  la  fille  de  celui-ci,  Berthe,  mariée  d'abord 
à  un  second  Boson  (931-935),  puis  peu  après  à  Raymond  comte  de 
Rouergue.  Berthe  était  encore  comtesse  d'Arles  en  septembre 
948  :  elle  avait  cessé  de  l'être  en  octobre  949. 

La  série  des  comtes  d'Avignon  comprend,  pendant  la  même 
période  de  temps^  Thibert(  890-907),  Hugues  de  Viennois  (908- 
911),  son  frère  Boson  (911-931)  et,  sans  doute,  la  fille  de  celui-ci, 
Berthe  (931-948). 

Enfin,  on  connaît  Odilon  comte  de  Diois*. 

1.  [mai  957-juillet  974].  Le  comte  Odilon,  mort  à  cette  époque,  avait  vécn 
du  temps  de  l'évêque  de  Die  Achideus  (Ul.  Chevalier,  Cartulaire  de  Saint- 
Chafjfre,  pp.  108-110,  n°  CCCXXII  ;  cf.  G.  de  Manteyer,  Les  origines  de  la 
maison  de  Savoie,  Rome,  1899,  pp.  415-417. 


CHAPITRE  V 

LE    ROYAUME    DE   BOURGOGNE-PROVENCE 

(949-1032) 

ET  LA  MARCHE  DE  PROVENCE 

(979-1150) 


Limites  de  la  Provence  médiévale. 

Si  l'on  recherche  quelles  étaient  les  limites  de  la  Provence  du 
x*'  au  XII®  siècle,  il  y  a  lieu  de  reconnaître  qu'elles  coïncidaient 
avec  la  délimitation  établie  par  le  privilège  apostolique  du  5  mai 
450,  restreinte  à  la  rive  gauche  du  Rhône  depuis  la  création  du 
duché  de  Lyonnais.  Parmi  tant  de  modifications  successives, 
c'est  donc  la  dernière  organisation  décrétée  régulièrement  avant 
la  chute  de  l'Empire  d'Occident  qui  donne,  somme  toute,  sa  phy- 
sionomie au  pays  jusqu'aux  temps  modernes. 

Le  duché  de  Provence,  avec  Arles  comme  capitale,  se  composait 
donc,  au  milieu  du  ix®  siècle,  de  vingt-trois  cités,  réparties 
en  trois  provinces  ecclésiastiques,  qui,  toutes  trois,  ressortis- 
saient  à  la  primatie  du  siège  artésien.  D'Arles,  relevaient 
Toulon,  Marseille,  Avignon,  Gavaillon,  Garpentras,  Orange, 
Saint- Paul-Trois-Ghâteaux,  Vaisonet  Die.  D'Aix  relevaient  Apt, 
Sisteron,  Gap,  Riez,  Fréjus  et  Antibes.  D'Embrun,  relevaient 
Nice,  Vence,  Glandèves,  Senez  et  Digne.  Une  partie  des  diocèses 


164  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII^  SIÈCLE 

d'Arles,    Avignon  et  Embrun    se    trouvait  hors   de  Provence, 
comme  le  diocèse  de  Viviers  tout  entier. 

Les  cartulaires  renferment  une  certaine  quantité  d'actes  qui 
suffiront  pour  établir  la  généalogie  de  la  première  maison  des 
comtes  issus  de  Roubaud.  Sans  vouloir  produire  un  relevé 
absolument  complet,  sur  cette  quantité  il  s'en  trouvé  au  moins 
quatre-vingt-cinq  où  paraissent  l'un  ou  l'autre  des  membres  de 
cette  maison  dans  un  comté  explicitement  indiqué.  Ces  quatre- 
vingt-cinq  actes  donnent  lieu  à  la  répartition  suivante  : 

Arles 8     Aix 10     Embrun ...   2     Uzès 1 

Toulon  ...    1  Apt                1     Nice               3 

Marseille..    5  Sisteron.  .  .  12     Vence  .  .  .  .    1 

Avignon  .  .  20     Gap 3     Glandèves .    0 

Gavaillon . .    2     Riez 4     Senez  1 

Garpentras.  2  Fréjus.  ...    4     Digne   ....    1 

Oj  ange  ...   2  Antibes .    .   0 
Sdint-Paul.   1 
Vaison.  ...    1 

Die 0 

42  34  8  1 

En  résumé,  5/10^^  des  mentions  concernent  la  province  d'Arles, 
4/10^%  celle  d'Aix,  et  1/lO^celle  d'Embrun.  Ge  nombre  pourrait 
être  augmenté,  la  répartition  proportionnelle  ne  changerait  guère. 
Plusieurs  cartulaires  d'églises  cathédrales,  il  est  vrai,  semblent 
égarés,  notamment  ceux  de  Fréjus  et  de  Vaison;  de  plus,  quelques- 
unes  de  ces  églises  peuvent  n'en  avoir  jamais  eu.  Mais,  si  onles  con- 
naissait tous,  il  faut  répéter  que  la  répartition  ne  varierait  guère. 
Ainsi,  les  mentions  dans  les  comtés  d'Avignon,  de  Sisteron,  d'Aix 
et  d'Arles  sont  les  plus  nombreuses.  A  Nice  et  à  Apt,  dont  on  pos- 
sède cependant  les  cartulaires,  elles  sont  très  rares.  Aucune 
mention  n'a  été  relevée  pour  Die  ^,  Antibes  et  Glandèves,  soit 

1.  Il  ne  s'agit  bien  entendu  ici  que  des  mentions  concernant  les  mem- 
bres de  la  première  maison  :  à  Die,  les  membres  de  la  maison  de  Tou- 
louse, son  héritière,  paraissent  plusieurs  fois. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  165 

dans  trois  comtés  sur  vingt-trois.  Ces  comtés  n'en  faisaient  pas 
moins  partie  de  la  marche  de  Provence  comme  les  autres  ;  mais, 
soit  en  raison  de  l'excentricité,  soit  en  raison  de  la  pauvreté 
relative  de  ces  trois  comtés,  les  comtes  y  possédaient  des  biens 
personnels  moins  considérables  et  avaient  moins  l'occasion  de 
donner  à  des  églises.  Pour  les  comtés  de  Glandèves  et  de  Die,  une 
dernière  raison  est  qu'ils  appartenaient  tout  d'abord  à  un  comte 
étranger  à  la  maison  d'Arles. 

Par  contre,  deux  des  mentions  relevées  concernent,  l'une  des 
biens  particuliers  dans  le  comté  d'Uzès,  la  seconde  d'autres 
biens  placés  dans  le  comté  d'Avignon,  sur  la  rive  droite  du 
Rhône.  Pour  la  première,  son  interprétation  ne  souffre  aucun 
doute  :  à  ce  moment,  le  comté  d'Uzès  avait  certainement  cessé 
de  faire  partie  de  la  marche  de  Viennoise  et  de  relever  du  royaume 
de  Provence.  Les  biens  que  les  comtes  de  Provence  y  possèdent 
sontdoncdes  biens  personnels  et  rien  ne  les  empêche  d'en  posséder 
ainsi  dans  les  pays  voisins  placés  hors  de  leur  marche.  Mais 
la  question  est  de  savoir  si  la  seconde  de  ces  mentions  doit 
être  interprétée  de  même  :  en  d'autres  termes,  les  parties 
des  comtés  d'Arles  et  d'Avignon  situées  sur  la  rive  droite 
du  Rhône  étaient-elles,  depuis  le  traité  de  942,  rattachées  à  la 
France  ou  à  la  Provence?  Par  ce  traité,  une  partie  de  la  rive 
droite  du  Rhône  qui  avait  dépendu  successivement  de  la  Provence 
austrasienne,  du  duché  de  Lyonnais  et  de  la  marche  de  Vien- 
noise fut  cédée  au  royaume  de  France  :  c'étaient  les  comtés  de 
Vivarais  et  d'Uzège.  Mais  la  partie  des  diocèses  de  Lyon,  de 
Vienne  et  de  Valence  placée  sur  cette  rive,  au  nord  du  Vivarais, 
restait  au  royaume  de  Bourgogne.  Par  analogie,  il  est  fort  pro- 
bable que  la  partie  des  diocèses  d'Arles  et  d'Avignon,  placée  sur 
la  rive  droite,  au  sud  du  Vivarais,  resta  bourguignonne.  Quand  le 
Vivarais  lui-même,  au  xi"^  siècle,  redeviendra  bourguignon,  il 
sera,  bien  entendu,  uni  à  la  Viennoise.  Mais,  séparées  du  Viva- 
rais par  rUzège  devenu  français,  les  terres  artésiennes  et  avi- 
gnonnaises  de  la  rive  droite  sont  forcément,  depuis  942,  incor- 
porées   à    la  Provence.  De  là,  il  résulte  que  l'intervention   des 


166  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

comtes  de  Provence,  dans  le  pays  d'Avignon  placé  sur  la  rive 
droite,  ne  peut  être  interprétée  depuis  cette  date  pareillement 
à  leur  intervention  dans  l'ITzège.  Dans  l'Avignonnais,  comme 
dans  rUzège,  ils  disposent  de  biens  particuliers  ;  mais  l'Avi- 
gnonnais  entier  relève  de  leur  marche  :  l'Uzège  n'en  relève 
pas. 


1.    —  Limites    occidentales. 


Cet  éclaircissement  donné,  les  limites  du  duché  de  Provence 
étaient  les  suivantes. 

Jusqu'à  Louis  d'Outremer,  la  Provence  étaitséparée  simplement 
des  dépendances  du  Lyonnais  à  l'ouest  par  le  cours  du  Rhône  et  lui 
laissait  vraisemblablement  la  Camargue.  A  partir  de  Louis  d'Outre- 
mer, la  limite  exacte  du  duché  partait,  au  sud-ouest,  de  l'embou- 
chure du  Rhône  vif*;  elle  remontait  successivement  le  Rhône  vif, 
le  Rhône  mort  et  le  petit  Rhône.  C'est  encore  la  limite  actuelle 
des  Bouches-du-Rhône  et  du  Gard.  Mais,  après  avoir  passé 
devant  Saint-Gilles,  la  limite  du  diocèse  d'Arles  et,  par  consé- 
quent, du  duché  englobait  le  territoire  des  localités  placées 
sur  la  rive  droite  du  Rhône,  jusqu'à  Beaucaire.  Le  duché  de 
Provence,  en  remontant  de  la  mer,  occupait,  comme  le  diocèse 
d'Arles  et  en  guise  de  limites,  le  terroir  des  communes  actuelles 

1.  Feuilles  XX-35,  XX-34,  XXI-34.  La  direction  du  Rhône  vif  en 
remontant  de  la  mer  à  Peccais,  du  Rhône  mort  de  Peccais  à  Sylveréal,  du 
petit  Rhône  de  Sylveréal  à  Fourques  n'a  pas  changé  depuis  l'antiquité 
(Gautier-Descottes,  Etude  sur  la  formation  de  la  Camargue.  —  Congrès 
archéol.  Arles,  carte  hors  texte  entre  les  pp.  336-337).  La  sylve  Godesque, 
d'Aigues-Mortes  à  Sylveréal,  marque  la  limite  du  regnum  Cotise  qui  lais- 
sait la  Camargue  au  regnum  Provincise.  Plus  tard,  on  aura  Sylveréal  sur 
la  rive  droite  du  petit  Rhône  et  l'étang  impérial  dans  la  Camargue  :  royaume 
de  France  d'une  part,  royaume  de  Bourgogne  uni  à  l'Empire  de  l'autre.  La 
pinède  de  Sylveréal  dans  la  Camargue  est  une  simple  dépendance  de 
Sylveréal. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  167 

des  Saintes-Mariés  et  d'Arles  en  Camargue  ^,  de  Fourques  et 
Beaucaire  sur  la  rive  droite  du  Rhône  2,  de  Jonquières-Saint- 
Vincent,  Meyneset  Comps  sur  la  rive  droite  du  Gardon  '^.  Passant 
de  Beaucaire  sur  la  rive  gauche  du  Rhône  et  dans  le  diocèse 
d'Avignon,  le  duché  y  laissait  Vallabrègues  à  l'Uzège  et 
remontait  le  long  du  fleuve  en  occupant  les  communes  actuelles 
de  Tarascon,  Mezoargues  et  Boulbon  ^.  Au  point  où  les  terroirs 
de  Boulbon  et  de  Barbentane  se  joignent  sur  la  rive  gauche,  la 
limite  franchissait  perpendiculairement  le  Rhône  en  laissant  le 
terroir  d'Aramon  proprement  dit  à  l'Uzège,  mais  en  distrayant 
de  ce  terroir  celui  de  Saint-Pierre-du-Terme  qu'elle  englobait. 
Ainsi,  cette  limite  rejoignait  en  ligne  droite  le  point  où  se  joignent 
les  terroirs  de  Domazan,Saze  etAramon.  Au  delà  de  la  rive  droite, 
le  duché  occupait  donc  la  localité  de  Saint-Pierre-du-Terme,  puis 
le  terroir  des  communes  de  Saze,Rochefort,  Tavel,  Lirac,  Saint- 
Laurent-des- Arbres,  Saint-Geniès-de-Gomolas  et  Montfaucon,  où 
sa  limite  rejoignait  la  rive  droite  du  fleuve  ^.  Désormais,  elle  en 
remontait  le  cours.  Quittant  le  diocèse  d'Avignon  à  Montfaucon, 
elle  passait  dans  celui  d'Orange  où  elle  occupait  les  terroirs  de 
Gaderousse,  Piolenc,  Mornaset  Mondragon  ^.  Là,  elle  pénétrait 
dans  le  diocèse  de  Saint-Paul-Trois-Ghâteaux,  où  elle  occupait, 
toujours  en  remontant  le  Rhône,  les  terroirs  de   Lamotte,    Lapa- 


1.  Les  quartiers  d'Albaron  et  de  Saliers  forment  les  confins  de  la  com- 
mune d'Arles,  sur  ce  point  extrême.  —  Feuilles  XX-35,  XX-34,  XXI-34.  Voir 
la  liste  des  paroisses  de  l'archevêché  d'Arles  dans  Achard,  Géographie  delà 
Provence,  t.  I,  Aix,  Calmen,  1787,  pp.  23y-236. 

2.  Feuilles  XXI-34,  XXI-33. 

3.  Feuilles  XXI-33. 

4.  Même  feuille. 

5.  Feuilles  XXI-33  et  XXI-32.  Voir  la  liste  des  paroisses  du  diocèse  d'Avi- 
gnon, sauf  celles  du  Languedoc,  dans  Achard,  t.  I,  p.  264. 

6.  Feuilles  XXI-32  et  XXI-31.  Voir  la  liste  des  paroisses  du  diocèse 
d'Orange  dans  Achard,  t.  II,  1788,  pp.  193-194,  et  dans  J.  Bastet,  Essai 
historique  sur  les  évêques  du  diocèse  d'Orange,  mêlé  de  documents  histo- 
riques et  chronologiques  sur  la  ville  d'Orange  et  ses  princes.  Orange, 
J.  Escoffîer,  1837, pp.  29,  107,  note  l,et  115-116. 


168  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

lud,  Pierrelatte,  Donzère  et  Ghâteauneuf-du-Rhône  i.  Placée  en 
face  de  Viviers  et  contiguë  à  Montélimar  qui  dépendait  du  dio- 
cèse de  Valence,  cette  localité  de  Ghâteauneuf  était  la  plus  sep- 
tentrionale du  duché  sur  le  Rhône.  Abandonnant  le  fleuve, 
la  limite  du  duché  remonte  de  l'ouest  à  l'est  la  vallée  de 
son  affluent  le  Jabron.  Toujours  dans  le  diocèse  de  Saint-Paul, 
le  duché  occupe  ainsi  les  localités  extrêmes  de  Chàteauneuf- 
du-Rhône,  Alan,  Espeluche,  Puygiron,  la  Touche  et  Portes  -. 
Changeant  en  ce  point  de  direction  et  passant  du  diocèse  de 
Saint-Paul  dans  celui  de  Die,  la  limite  du  duché  quitte  le 
Jabron  à  quinze  ou  seize  kilomètres  du  Rhône:  elle  repart  à  angle 
droit  du  sud  au  nord  et  englobe  Châteauneuf-de-Mazenc,  Gharols 
sur  le  Roubion,  Pont-de-Barret,  Soyans,  Divajeu  etCrest  où  elle 
franchit  la  Drôme  à  dix-huit  kilomètres  environ  de  son  confluent 
avec  le  Rhône,  puis  Cobonne,  Gigors,  Le  Chaffal,  Léoncel,  Oriol- 
en-Royans,  Saint-Jean-en-Royans  et  Saint-Laurent-en-Royans  ^; 
là,  elle  atteint  la  Bourne  à  cinq  kilomètres  environ  de  son  con- 
fluent avec  l'Isère,  c'est-à-dire  à  environ  quarante  kilomètres  du 
Rhône.  Le  confluent  de  la  Lyonne  et  de  la  Bourne  est,  au  nord- 
ouest,  avec  Saint-Laurent-en-Royans,  le  point  extrême  du 
duché;  arrivé  à  ce  point,  le  tracé  de  la  limite  abandonne  la  direc- 
tion générale  du  sud  au  nord  qu'il  suivait  depuis  l'embouchure  du 
Rhône  vif  aux  Saintes-Mariés  et  qui  forme  le  front  occidental  du 
duché  appuyé  sur  la  ligne  du  Rhône. 


1.  Feuilles  XXI-31,  XXI-30. 

2.  Feuilles  XXI-30  et  XXII-30.  Voir  la  liste  des  paroisses  dauphinoises 
du  diocèse  de  Saint-Paul,  dans  J.  Brun-Durand.  Dict.  de  la  Drôme,  p.  xviir, 
et  celle  des  autres  dans  Achard,  t.  II,  p.  434. 

3.  Feuilles  XXII-30,  XXII-29,  XXII-28.  Voir  la  liste  des  paroisses  du 
diocèse  de  Die  dans  J.  Brun-Durand,  Pouillé  historique  de  Die  en  4419 
et  iâoO,  Grenoble,  Maisonville,  1876,  in-8  de  48  pp. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  169 


§  2.  —  Limites  septentrionales. 

De  ce  point,  le  tracé  de  la  limite  prend  la  direction  générale 
de  l'ouest  à  Test  qui  forme  le  front  septentrional  du  duché. 
Tout  d'abord,  remontant  la  rive  gauche  de  la  Bourne,  la  fron- 
tière englobe,  de  l'ouest  à  l'est,  Saint- Laurent-en-Royans,  Sainte- 
Eulalie-en-Rojans,  Châtelus,  Saint-Julien-en-Vercors  ^  Puis, 
descendant  du  nord  au  sud,  elle  gagne  la  ligne  de  crêtes  qui 
séparent  le  Vercors  du  Trièves,  en  gardant  Saint-Julien,  Saint- 
Martin  et  la  Chapelle-en- Vercors  -,  De  là,  elle  franchit  cette 
ligne  au  rocher  du  Pleynet  et  elle  plonge,  parla  rive  droite  de  la 
Gresse,  vers  le  Drac,  de  l'ouest  à  l'est,  en  suivant  Saint-Andéol, 
Saint-Guillaume,  Saint-Paul-lès-Monestier,  Sinardet  Avignonet^. 
Parvenue  ainsi  au  Drac,  elle  le  franchit  et  en  remonte  la  rive 
droite  du  nord  au  sud  par  Avignonet,  Sinard,  Treffort.  A  ce 
coude,  elle  revient  sur  la  rive  gauche  qu'elle  remonte  de  l'ouest 
à  l'est  par  Lavars,  Cornillon-en-Trièves  et  Saint-Jean-d'Hérans  ^. 
Cette  localité  est  la  dernière  du  diocèse  de  Die  :  elle  est  limitée 
au  nord  par  le  confluent  du  Drac  et  de  la  Bonne  qui  s'unit  à  lui 
sur  la  rive  droite.  Continuant  à  se  diriger  de  l'ouest  à  l'est,  la 
frontière  passe  à  ce  confluent  sur  la  rive  droite  de  la  Bonne  et 
abandonne  le  Drac.  Elle  suit  désormais  les  limites  du  diocèse 
de  Gap  et  gagne  les  sommets  des  Alpes  par  Saint-Pierre-de-Méa- 
roz,  Saint-Laurent-en-Beaumont,  Saint-Michel-en-Beaumont,  la 
Salette-Fallavaux,  Aspres-lès-Corps,  Saint-Firmin,  Saint-Mau- 
rice, Villar-Loubière,  Clémence-d'Ambelet  Guillaume-Peyrouse. 
Elle  englobe  ainsi  la  haute  vallée  du  Drac  et  celle  de  son 
affluent  la  Séveraisse,  en  aboutissant  au  sommet  des  Bans  ^.  Ce 


1.  Feuilles  XXII-28,  XXIII-28. 

2.  Feuilles  XXIlI-28,  XXIII-29. 

3.  Feuille  XXIII-29. 

4.  Même  feuille. 

5.  Feuilles  XXllI-29,  XXIV-29.  Voir  la  liste  des  paroisses  du  diocèse  de 
Gap,  d'après  les  visites  épiscopales,  et  l'indication  complète  de  ses  confins 


170  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XI1«    SIÈCLE 

sommet  était  le  point  de  contact  de  trois  diocèses  :  celui  de 
Grenoble  se  trouvait  au  nord  avec  Saint-Ghristophe-en-Oisans  ; 
celui  de  Gap,  à  l'ouest  avec  Guillaume-Pejrouse  ;  le  Briançon- 
nais,  à  l'est  avec  la  Vallouise. 


§  3.  —  Limites   successives  de   VEmbrunais. 

Avant  d'aller  plus  loin,  il  faut  déterminer  quelles  ont  été  les 
limites  successives  entre  l'Embrunais  et  le  Briançonnais.  La 
province  des  Alpes  Cottiennes  avait  subi,  sous  l'Empire,  deux 
démembrements  qui  l'avaient  réduite  au  Briançonnais  et  à  la 
Maurienne  sur  le  versant  occidental  des  Alpes.  Ainsi  diminuée, 
elle  avait  été  unie,  comme  les  Alpes  Pœnines,  à  la  province  des 
Alpes  Grées  ^  et  par  conséquent  au  diocèse  des  Gaules.  A  la  fin 
du  iv^  siècle,  tout  le  versant  oriental  des  Alpes  et  la  province 
entière  des  Cottiennes  avaient  été  rattachés  au  diocèse  d'Italie  ^. 
Enfin,  le  roi  de  Bourgogne  Gontran  avait  obtenu  de  l'Empire 
la  rétrocession  d'Aoste  (Alpes  Pœnines),  de  la  Maurienne,  du 
Briançonnais  et  de  Suse  (Alpes  Cottiennes)  3,  peu  après  l'invasion 

dans  Paul  Guillaume,  Inventaire-sommaire  des  Archives  départementales, 
t.  III,  série  G,  t.  II,  Gap,  Eug.  Jouglard,  1895,  Introduction,  pp.  v-vi  et 
vii-viii.  —  Cf.  J.  Roman,  Dict.  topogr.  du  dép.  des  Hautes-Alpes,  Paris 
1884,  Intr.,  pp.  xxvii-xxxii. 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  8. 

2.  Ibid.,  p.  11. 

3.  Ibid.,  p.  26. 

Procope,  1.  III,  §  33;  Greg.  de  Tours,  IV,  §  45;  Paul  Diacre,  III,  §  8; 
Fredegaire,  Chron.,  cap.  45. 

Le  but  de  Gontran  était  sans  doute  de  posséder  les  clefs  des  Alpes  pour 
parer  aux  invasions  des  Lombards.  Il  dut  établir  des  forts  d'arrêt  sur  le 
versant  oriental  de  chaque  col  ainsi  acquis.  On  a  le  fort  de  Bard,  dans  la 
vallée  d'Aoste,  qui  domine  la  route.  Au  pied  du  mont  Cenis,  le  hameau 
de  Bard  (commune  de  Venaus)  sur  la  route.  Au  pied  du  col  moins 
important  de  Fréjus,  Bardonnêche.  Sur  le  versant  occidental,  on 
remarque  de  même  Montbardon  (commune  Château-Ville-Vieille),  au-des- 
sus du  Guil,  assez  bas  pour  couper  toutes  les  vallées  du  Ilaut-Queyras. 
Enfin  Bard  (commune  Viuz-en-Salla/,)  et  Bardonnache  (commune  La  Tour, 
canton  Saint-Geoire,  arr.  Bonneville)  :  ces  deux  dernières  localités  en  Fau- 
cigny.  Toutefois,  il  serait  bien  difficile  de  dire  si  ces  noms  rappellent 
réellement  les  Bardi  ou  Langobardi. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  1  71 

lombarde  de574;le  surplus  de  la  province  des  Alpes  Gottiennes, 
s'étendant  sur  le  versant  oriental  jusqu'à  Turin  et  Gênes,  demeu- 
rait, bien  entendu,  à  l'Italie  et  aux  Lombards.  En  574,  à  la  veille  de 
la  rétrocession  obtenue  par  Gontran,  c'était  le  maître  de  la  milice 
Sisinnius  qui  tenait  encore  Suse  pour  l'empereur  Justin  II.  Au 
point  de  vue  ecclésiastique,  la  Maurienne  dépendait  du  diocèse 
de  Turin  et  il  en  était  forcément  de  même  du  Briançonnais.  Au 
moment  où  écrivait  Grégoire  de  Tours,  vers  587,  les  choses 
avaient  changé  *.  Le  roi  de  Bourgogne  n'avait  pas  voulu 
que  les  territoires  acquis  par  lui  continuassent  à  dépendre 
d'une  autorité  ecclésiastique  étrangère.  Il  paraît  avoir  supprimé 
le  siège  d'Aoste  existant  depuis  le  milieu  du  v*'  siècle  et  qui 
dépendait  de  la  province  de  Milan  ;  en  effet,  ce  siège  est  resté 
sans  titulaire  jusqu'à  la  deuxième  moitié  du  ix®  siècle.  Probable- 
ment, il  le  rattacha  au  diocèse  de  Tarentaise  qui  dépendait  de 
Vienne  2.  En  même  temps,  il  créa  un  nouveau  diocèse  composé 
de  la  partie  des  Alpes  Gottiennes  qu'il  possédait,  c'est-à-dire  de 
la  Maurienne,  du  Briançonnais  et  de  Suse.  Le  premier  évêque 
certain  de  ce  diocèse,  Hvconius,  paraît  au  concile  de  Mâcon,  le  l®*" 
novembre  583  ^.  Après  la  mort  de  Gontran,  le  pape  saint  Grégoire 
protesta  en  juillet  599  contre  ce  démembrement  du  diocèse  de 
Turin  et  cette  diminution  de  la  province  de  Milan  ^  ;  mais  le 
nouvel  état  de  choses  était  stable.  Maintenant,  le  dialecte  du  Val 
d'Aoste  se  rapproche  de  celui  de  la  Tarentaise,  ceux  de  Suse 
et  de  Fenestrelle  se  rapprochent  de  celui  du  Briançonnais  ; 
ils  se  sont  formés  définitivement  à  partir  de  cette  rétrocession 
à  la  Bourgogne  et  ces  vallées  sont  restées  sujettes  politique- 
ment des  Etats  bourguignons  ou  de  la  France  jusqu'à  une  date 
très  récente  :  les  vallées  jusqu'en  1713,  le  Val  d'Aoste  jusqu'en 

Dans  les  vallées  de  Suse  et  de  Fenestrelle,  au  pied  du  mont  Genèvre,  on 
devrait  en  trouver  d'équivalents  pour  compléter  le  système  défensif. 

d.  «  Et  quia  locus  ille  Mauriennensis  ad  Taurinensem  quondam  urbem 
pertinebat  ))(Greg.  Turon.,  Z)e  G/oWa  mar^î/r.,    lib.  I,  chap.  XIV). 

2.  Privilège  du  13  juin  867  (Savio,  Gli  antichi  vescovi  d' Italia,  p.  82,  note  1). 

3.  Maassen,  Concilia,  t.  I,  p.  161. 

4.  Jaffé,  2e  éd.,  n»  1754. 


172  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

4860.  Aussi,  non  seulement  les  dialectes  y  sont  bourguignons, 
mais  la  langue  officielle  qui  y  a  succédé  au  latin  est  le  français. 
La  question  est  de  savoir  quelle  était  exactement  la  limite 
entre  le  Briançonnais  dépendant  de  la  Maurienne  bourguignonne 
et  TEmbrunais  dépendant  de  la  Provence.  Par  le  testament 
d'Abon,  gouverneur  de  Maurienne,  fait  le  5  mai  739,  il  paraît 
certain  qu'on  joignait  au  Briançonnais  proprement  dit,  aux  vallées 
de  la  Guisane  et  de  Névâche,  la  vallée  de  la  Gyronde  et  le 
Quej'^ras  K  Par  contre,  à  l'Embrunais  se  joignaient  naturellement 
la  vallée    de    Mons   (Barcelonnette)    et   le  pays   de  Chorges  2. 

1.  5  mai  739.  «  similiter  et  in  pago  Briantino  et  Aquisiana  et  Annevas- 

ca...   similiter  et  inGerenlonnis similiter  curte  meaSalliaris...,  Venda- 

num,  Mullina,  [A]ricus(?),  VuillaVitole  ...et...  in  valle  Gerentonica...invalle 
Aquisiana  seu  et  in  ipso  pago  Briantino  »(C.CipolIa,il/on»m.  Novalic.  vetus- 
tiora,\o\.  I,  Roma,  1898,  n»  2,  p.  24). 'L'éditeur  lit  Mullinaricus  ;  cependant 
la  séparation  3/«Zma,  Molines  et  de  ricus{'^)  ou  vicus  paraît  nécessaire. 
Ville- Vieille,  commune  Château-Ville- Vieille  ;  Molines,  canton  Aiguilles, 
arr.  Briançon. 

2.  «  emmo...  in  pago  Ebredunense  et  valle  Occense...  et  in  ipsa  valle 
Moccense...  et...  in  ipso  pago  Ebredunense...  necnon  et...  in  pago 
Rigomagense...  item  in  ipsum  pago  Ebredunense...  quicquid  in  ipsum 
pago  Ebredunense  seu  et  in  valle  Moccense  et  Rigomagense... /'(t/)ic/.,  p.  25). 
C'est  Moccense  qu'il  faut  lire    partout. 

28  avril  1127.  Donation  à  l'église  d'Embrun,  par  Guillaume  comte  et 
marquis  de  Provence,  de  la  moitié  de  la  terre  sise  aux  Orres,  sauf  trente 
mas  qu'il  se  réserve.  Les  confronts  de  cette  terre  sont,  à  Test  le  tor- 
rent de  Crévoux,  à  l'ouest  le  torrent  des  Vachères  et  le  quartier  de  la 
Mazelière,  au  nord  la  Durance,  au  midi  colles  et  alpes  de  valle  de  Miicio 
(Fournier,  Histoire  des  Alpes  Cotliennes,  éd.  P.  Guillaume,  t.  III,  pp.  205-207). 
Il  résulte  des  termes  précis  et  explicites  de  cet  acte  que  la  terre  citée 
correspond  aux  communes  actuelles  de  Saint-Sauveur  et  des  Orres,  aux- 
quelles il  faut  probablement  joindre  celle  de  Crévoux  :  le  comte  en  donne 
la  moitié,  peut-être  indivise,  sauf  trente  maisons.  Le  pape  Eugène  III  a 
confirmé  cette  donation  :  elle  prouve,  sans  réplique  possible,  que  la  vallis 
Moccensis  de  739,  appelée  vallis  Mucio  en  1127,  est  identique  avec  la  vallée 
de  Barcelonnette  :  en  effet  les  colles  et  alpes  en  question  s'identifient 
forcément  avec  les  cols  de  l'Eyssalette,  de  l'Opillon  et  des  Orres,  entre  la 
pointe  de  Mazelière  et  le  sommet  de  Sonaille  ;  ces  cols  font  communi- 
quer la  commune  des  Orres  avec  les  communes  de  Revel,  des  Thuiles  et 
de  Saint-Pons,  c'est-à-dire  la  vallée  de  la  Durance  avec  la  vallée  de  Bar- 
celonnette. 

Puisque  la  vallis  Moccensis  n'est  autre  que  la  vallée  de  Barcelonnette,  le 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  173 

Le  Queyras,  il  est  vrai,  n'est  pas  nommé  ;  mais  le  legs  de  Molines 
et  Ville-vieille  ne  laisse  aucun  doute  sur  sa  dépendance  du 
Briançonnais.  L'énumération  du  testateur,  répartie  en  para- 
graphes distincts,  forme  sur  le  terrain  un  va-et-vient  en  circuit. 
11  descend  de  la  Guisane  en  passant  par  la  Gyronde  pour 
aboutir  au  Guil  et  au  Queyras  ;  puis,  il  remonte  du  Queyras  en 
passant  encore  par  la  Gyronde  pour  revenir  à  la  Guisane.  Ensuite 
seulement,  il  aborde  l'Embruiiais  avec  ses  dépendances. 

Le  Queyras  se  rattachait  donc  bien  au  Briançonnais.  A  l'époque 
la  plus  moderne,  il  comptait  encore  au  nombre  des  cinq  écartons 
qui  s'en  partageaient  l'étendue  ^  ;  il  comprenait  alors  le  can- 
ton actuel  d'Aiguilles,  c'est-à-dire  les  communes  de  Saint-Véran, 
Molines-en- Queyras,  Ghâteau-Ville-Vieille,  Arvieux,  Aiguilles, 
Abriès  et  Ristolas  -.  Mais  cette  étendue  ne  correspond  qu'au  bas- 
sin supérieur  du  Guil  ;  il  est  impossible  qu'un  pareil  état  de 
choses  remonte  très  haut.  En  effet,  le  Queyras,  c'est  le  pays  des 
Quariates  et  un  peuple,  si  restreint  fût-il,  ne  pouvait  occuper  un 
territoire  aussi  exigu.  Les  Quariates  devaient  s'étendre  dans  tout 
le  bassin  du  Guil  et  peut-être  plus  loin.  Si  la  curtis  Salliaris  (?) 
de  739  correspondait  à  Ceillac,  comme  tout  le  fait  croire,  ce  serait 
une  preuve  de  ce  fait;  en  effet,  Geillac,  dans  le  bassin  inférieur  du 

pagus  Rigomagensis  est  forcément  le  pays  de  Chorges;  c'est  que  M.  Joseph 
Roman  a  reconnu  depuis  longtemps. 

Les  Orres,  canton  et  arr.  Embrun,  Hautes-Alpes,  Crévoux,  canton  et 
arr.  Embrun  ;  torrent  de  ce  nom,  affluent  de  la  Durance.  La  Mazelière, 
montagne' et  bois,  commune  des  Orres.  Les  Vachères,  montagne,  com- 
mune des  Orres;  torrent  de  ce  nom,  affluent  de  la  Durance.  —  Feuille  XXV-30. 

1.  Sur  le  versant  occidental,  on  en  comptait  deux  ;  sur  le  versant  oriental, 
trois.  C'étaient  les  écartons  de  Briançon,  d'Oulx,  de  Valclusonou  Pragelas,  du 
Queyras  et  de  Château-Dauphin.  Chaque  écarton  se  composait  d'un  certain 
nombre  de  communautés  ;  l'ensemble  des  cinq  écartons  formait  le  grand 
écarton.  Chacun  des  cinq  envoyait  des  députés  au  grand  qui  se  réunissait 
deux  fois  l'an  à  Briançon  afin  de  délibérer  sur  les  affaires  du  pays.  Dans  ces 
réunions,  on  répartissaitou  «  escartait  »  les  contributions  entre  chaque  com- 
munauté :1a  quote-part  ainsi  répartie,  de  chacune  n'estait  autre  que  l'aescart» 
L'opération  de  répartition  par  l'assemblée  entre  chacune  était  F»  escarto- 
nement   ». 

2.  J.  Roman,  Dict.  topogr.  des  Ilautes-Alpes,  p.  124. 


174  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XIl^    SIÈCLE 

Guil,  dépend  de  Guillestre  et  non  pas  d' Aiguilles  ^ .  Or,  de 
son  côté,  l'Embrunais,  à  l'époque  la  plus  récente,  se  subdivi- 
sait en  trois  écartons  ou  étappes  ^.  Parmi  eux,  le  plus  rap- 
proché du  Briançonnais  avait  pour  chef-lieu  Guillestre  et  pour 
centre  le  bassin  inférieur  du  Guil  :  il  comprenait  treize  commu- 
nautés qui  correspondent  à  quinze  communes  actuelles,  soit,  sur 
la  rive  gauche  de  la  Durance,  La  Roche-de-Rame,  Saint-Grépin, 
Eygliers,  Montdauphin,  Guillestre,  Geillac,  Vars,  Risoul  et  Gré- 
voux;  sur  la  rive  droite,  Ghâteauroux,  Saint-Glément,  Réotier, 
Ghancella,  Freissinières  et  l'Argentière.  Gela  étant,  il  y  a  tout 
lieu  de  croire  que  les  écartons  réunis  de  Guillestre  et  de  Quej- 
ras  correspondent  au  territoire  ancien  du  peuple  des  Quariates  ; 
il  est  probable,  aussi,  que  cet  état  de  choses  subsistait  encore  en 
739,  puisque  la  eu r^fs  *SaZ/faWs  paraît  correspondre  à  Geillac.  Par 
suite,  les  limites  premières  de  la  Provence  et  des  Alpes  Got- 
tiennes  étaient  identiques  aux  limites  qui  séparaient  les  Catu- 
riges  des  Quariates.  A  partir  des  Bans  et  du  pic  Jocelme,  l'extrême 
Provence  occupait  les  localités  qui  correspondaient  aux  communes 
actuelles  de  Guillaume-Peyrouse,  Ghampoléon  et  Orcières  dans 
le  diocèse  de  Gap  ;  puis,  dans  le  diocèse  d'Embrun,  à  celles  de 

1.  Les  fautes  de  transcription,  dans  le  texte  du  testament,  sont  nom- 
breuses pour  les  noms  de  lieu  :  Salliaris  n'est  donc  pas  absolument  sûr.  Si 
la  forme  de  ce  nom  n'avait  subi  aucune  mutilation,  il  faudrait,  pour  abou- 
tir à  Geillac,  admettre  l'assourdissement  du  r  posttonique  et  l'adjonction  du 
c  final  par  suite  d'une  analogie  erronée  avec  les  composés  en-acum.  De  fait, 
ce  qui  est  bien  naturel  dans  un  pays  aussi  pauvre,  Cœli-acum  serait  le  seul 
exemple  prouvé  en  Briançonnais  avec  Oréac  d'une  exploitation  pastorale 
ou  agricole  ayant  reçu  le  nom  de  son  propriétaire  au  moment  de  la  confec- 
tion du  cadastre  romain. 

2.  C'étaient  les  écartons  d'Embrun,  Guillestre  et  Chorges.  On  ne  compte 
pas,  bien  entendu,  la  vallée  de  Barcelonnette  séparée  du  baillage  d'Embru- 
nais  et  unie  au  domaine  des  ducs  de  Savoie.  Voir  la  requête  du  16  septembre 
1628  adressée  au  parlement  par  les  consuls  de  Guillestre  :  elle  indique  cette 
division  de  l'Embrunais  en  trois  écartons  et  énumère  les  communautés  qui 
composaient  celui  de  Guillestre  :  c'étaient  Guillestre,  Ghâteauroux,  Freis- 
sinières, L'Argentière,  Saint-Grépin.  Vars,  Réotier,  Ghancella,  Saint- 
Glément,  Grévoux,  La  Roche-de-Rame,  Risoul  et  Geillac  (P.  Guillaume, 
Les  escartons  de  VEmbrunais  avant  4628  )  Annales  des  Alpes,  5®  année, 
2«  livraison,  sept.-oct.  1901,  Gap,  P^eyrot,  pp.  92-95). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  175 

Réallon,  Embrun,  Saint -André -d'Embrun,  Saint-Sauveur,  les 
Orres,  Gondamine-Châtelard,  Saint-Paul  K  La  frontière  passait 
ainsi  du  nord  au  sud  jusqu'à  Réallon  ;  puis,  elle  traversait  le  bassin 
delà  Durance  de  l'ouest  à  l'est  à  partir  d'Embrun  jusqu'aux  Orres 
et,  finalement,  elle  remontait  la  haute  vallée  de  Barcelonnette 
du  sud-ouest  au  nord-est  depuis  Gondamine  pour  arriver  k  la 
chaîne  maîtresse  des  Alpes.  La  métropole  d'Embrun  se  trou- 
vait ainsi  sur  la  frontière  même.  C'est  un  indice  de  plus  de  la 
réalité  de  ce  tracé  ;  souvent,  les  chefs-lieux  étaient  placés  ainsi 
sur  les  limites  de  leur  territoire  et  non  pas  au  centre  comme 
on  pourrait  l'imag^iner  2. 

Cet  état  de  choses  ancien  fut  modifié  plus  tard.  On  sait  par  une 
notice  dont  la  substance  fut  insérée  intentionnellement  dans  la 
vie  de  sainte  Thècle  ^. 

((  Post  hœc,  designavit  ^  certos  terminos  inter  parochiam  Mau- 
rianensem  et  episcopatus  circumjacentes...  Est  autem  unus  ter- 
minus in  partibus  Italiae,  in  loco  qui  dicitur  Vologia,  usque  in  pari 
tes  Provinciae,  uno  distante  miliario  a  civitatula,  nomen  sib- 
impositum  Rama.  Qui  terminus  constitutus  est  propter  alterca- 
tionem  Ebredunensis  archiepiscopi  et  domini  Leporii  Maurianen- 
sis  episcopi...  Ex  supradicto  autem  termino,  uno  miliario  distante 
a  civitatula,  usque  ad  flumen  quod  dicitur  Baydra.  Est  autem  aliud 
a  flumine  Baydra  quod  intrat  in  Isaram  flumen  usque  ad  Brian- 

tinum  castrum  quod  Sabaudia  vocatur.  » 

• 

1.  Feuilles  XXIV-29,  XXV-29,  XXV-30,  XXV-31,  XXV-30,  XXVI-30. 

2.  Dès  333,  la  frontière  passait  ainsi  aux  portes  d'Embrun,  entre  les 
Caturiges  et  les  Quariates  : 

Mansio  Catoricas  XII. 

Mansio  Ebroduno  XVI.  Inde  incipiunt  Alpes  Penninœ. 

Mutatio  Rame  XVII. 

Etc.,  etc.  (Desjardins,  Géographie  de  la  Gaule  romaine,  t.  IV,  p.  35). 

3.  Acta  SS.,  junii,  t.  V,  pp.  72-75;  t.  VII,  1867,  pp.  63-68.  —Mgr  Billiet, 
Mémoire  sur  les  premiers  évêques  de  Maurienne,  pp.  31-32.  Besson  publie 
la  notice  isolée,  comme  provenant  des  archives  de  l'évêché  de  Maurienne 
(Besson,  Mémoires  pour  l'histoire  ecclésiastique  ;Freu\es,n°  109,  pp.  47,  80, 
94). 

4.  Il  s'agit  du  roi  Contran. 


176  LA    PROVENCE   DU    PREMIER  AU    Xll®    SIÈCLE 

Cette  notice  a  pour  but  de  préciser  les  limites  du  diocèse  de 
Maurienne,  créé  par  Contran  dans  la  partie  des  Alpes  Cottiennes 
qu'il  s'était  fait  rétrocéder  :  elle  en  désigne  quatre.  La  première, 
au  sud-est,  versTItalie  et  le  diocèse  de  Turin  ;  la  seconde,  au  sud- 
ouest,  vers  la  Provence  et  le  diocèse  d'Embrun;  la  troisième,  au 
nord-ouest,  vers  le  diocèse  de  Crenoble  ;  la  quatrième,  au  nord- 
est,  vers  le  diocèse  de  Tarentaise. 

En  ce  qui  concerne  la  première,  qui  séparait  de  l'Italie  la  vallée 
bourguignonne  de  Suse,  il  est  certain  que  la  nature  l'avait  placée 
à  la  Chiusa  ^  ;  car  cette  localité,  comme  son  nom  l'indique,  ferme 
la  vallée.  Mais  il  est  bien  rare  qu'une  frontière  politique  coïn- 
cide absolument  avec  les  indications  de  la  nature.  Le  plus  fort 
empiète;  il  tient  à  posséder  complètement  le  défilé  de  la  vallée  ou 
le  col  de  la  montagne  qui  commande  les  abords.  Contran,  qui, 
en  vertu  de  cette  tendance,  possédait  déjà  la  vallée  de  Suse  au 
delà  des  Alpes,  s'assura  également  l'entrée  de  cette  vallée  en 
occupant  tout  le  défilé  de  la  Cluse.  En  effet,  les  localités  de  Moc- 
chie,  Chiavrie  et  Almese  sur  la  rive  gauche  delaDoire,  celles  de 
Chiusa-San-Michele  et  de  Sant'  Ambrogio  sur  sa  rive  droite  rele- 
vaient de  la  vallée,  au  delà  du  défilé  '^.  La  limite  passait  au  pont  de 
Volovia,  c'est-à-dire  de  Valgioje,  comme  on  peut  s'en  assurer 
par  la  donation  du  30  avril  1065  et  par  la  visite  épiscopale 
du21  septembre  12623.  Or,  ce  Valgioje  est  précisément  le  Vologia 
indiqué  comme  limite  au  sud-est  parla  vie  de  sainte  Thècle.  Cette 
Vie  indique  comme  limite  au  nord-ouest  le  Baydra,  affluent  de 


1.  Chiusa-San-Michele,  sur  la  rive  droite  de  la  Dora  riparia  en  face  de 
Condove  et  de  Chiavrie.  Feuille  XXVI-28. 

2.  Mgr  Alexis  Billiet,  Mémoire  sur  les  premiers  évêques  du  diocèse  de 
Maurienne,  pp.   59-65. 

3.  Ibid.,  pp.  57et63-64.  —  [Turin],  30avrill065.  «  Secusia  quasi sedes  est 
episcopalis  antiqua  cujus  plebanatus  seu  archipresbyteratus  a  pallo  (sic) 
Bonitionis  ad  pontem  usque  Volvucise  (sic)  fluminis  extenditur  [Ulciensi 
ecclesiœ  Chartarium,  n»  XXIV,  p.  27  et  note  11).  La  vallée  de  Suse,  qu'elle 
fût  soumise  à  la  Maurienne  comme  auparavant,  ou  qu'elle  le  fût  à  Turin 
comme  en  1065,  formait  donc  un  archiprêtré  qui  s'étendait  depuis  le  pré 
de  Bonizon  jusqu'au  pont  de  Valgioje. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  177 

l'Isère,  qu'on  retrouve  aisément  dans  le  Bréda,  cours  d'eau  sur 
lequel  est  bâti  Pontcharra.  L'exactitude  de  cette  assertion  est 
presque  aussi  grande,  puisque  c'étaient  les  terroirs  de  Laissaud, 
des  Mollettes,  de  Villaroux,  la  Chapelle-Blanche,  Détrier  et  Arvil- 
lard,  placés  sur  la  rive  droite  duBréda,  qui  formaient  les  paroisses 
du  diocèse  de  Grenoble,  limitrophes  du  diocèse  de  Maurienne  K 
Enfin,  la  vie  indique,  comme  limite  au  nord-est,  le  Briantinum 
castrum  quod  Sabaudia  foca/ur.  Le  territoire  de  Briançon,  dans 
le  bassin  supérieur  de  l'Isère,  était  fort  étendu  :  un  cours  d'eau 
qui  se  jette  sur  la  rive  droite  de  cette  rivière  porte  ce  nom  et,  à 
côté,  se  trouve  la  localité  de  Feissons-sous-Briançon'-.  Presque  en 
face,  sur  la  rivegauche,  une  autre  localité  porte  le  nom  deNotre- 
Dame-de-Briançon  ^.  La  Vie  ayant  soin  de  spécifier  que  le  châ- 
teau de  Briançon  portait  le  nom  de  Sabaudia,  il  est  aisé  de  préciser 
l'emplacement  de  la  limite  recherchée.  C'est  actuellement  le  lieu  dit 
Savoye  sur  la  commune  de  Saint-Paul,  un  peu  plus  bas,  sur  la  rive 
gauche^.  Cette  localité  se  trouvait  encore  en  Tarentaise  ;  mais  le 
diocèse  de  Maurienne,  qui  occupait  la  vallée  de  l'Arc,  remontait 
le  long  de  l'Isère  jusqu'à  Sainte-Hélène-sur-Isère  et  Notre- 
Dame-des-Millières^.  La  localité  de  Savoye  était  donc  bien  limi- 
trophe de  la  Maurienne  au  nord-est  comme  le  Bréda  au  nord- 
ouest. 

L'exactitude  de  la  notice  insérée  dans  la  Vie  de  sainte  Thècle 
se  vérifiaijt  ainsi  pour  trois  des  limites  qu'elle  indique  au  diocèse 
Maurienne,  on  ne  peut  douter  que  ce  texte  soit  aussi  bien  digne 
de  foi  en  ce  qui  concerne  la  limite  sud-ouest  placée  entre  le  Brian- 
çonnais  bourguignon  et  la  Provence.  D'après  lui,  le  diocèse  de 
Maurienne  s'étendait  «  vers  la  Provence,  jusqu'à  la  distance  d'un 

i.  Feuille XXI V-27.  —  DeBeaurain,  Carie  du  diocèse  de  Grenoble,  divisée 
en  ses  quatre  archipretré  (sic),  dédié  à  Monseigneur  Jean  de  Caulet.  A  Paris, 
1741,  feuille  in-plano. 

2.  Canton  et  arrondissement  de  Moûtiers,  Savoie. 

3.  Canton  et  arrondissement  de  Moûtiers,  Savoie. 

4.  Canton  et  arrondissement  d'Alberville,  Savoie. 

5.  Mgr  Al.  Billiet,  Mémoire,  p.    61. 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Chartes.  —  VII.  12 


178  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

mille  au  delà  de  la  petite  ville  qui  porte  le  nom  de  Rame  »  K 
On  ne  peut  être  plus  précis;  Fauteur  plaçait  donc  la  limite  à 
1500  mètres  environ  en  aval  de  Rame.  Cette  localité  a  dis- 
paru'^;  toutefois,  il  en  reste  des  traces  sur  les  rives  droite  de 
la  Durance  et  g-auche  de  la  Biaysse,  au  confluent  de  ces  deux 
cours  d'eau  ;  une  chapelle  notamment,  placée  là  et  dédiée  à 
saint  Laurent,  en  conserve  le  nom.  Aujourd'hui,  cette  chapelle 
se  trouve  sur  le  terroir  et  à  la  limite  septentrionale  de  la  com- 
mune de  Chancella.  L'erreur,  en  tout  cas,  ne  sera  pas  g-rande 
d'admettre  que  l'emplacement  de  la  petite  ville  disparue  coïn- 
cidait avec  celui  de  la  chapelle  qui  subsiste.  M.  Joseph  Roman  a 
rappelé  plusieurs  fois  que  le  Pertuis-Rostan,  où  passe  la  route 
sur  la  rive  gauche  de  la  Durance,  placé  vers  la  Haute-Bessée  et 
à  la  limite  des  communes  de  FArgentière  et  de  Saint-Martin-de- 
Queyrières,  formait  la  frontière  du  Briançonnais  et  de  FEmbru- 
nais  au  moyen-âge.  Que  le  Pertuis-Rostan  fût  une  limite  naturelle 
entre  la  partie  la  plus  élevéedu  bassindela  Durance  et  la  suivante, 
c'est  ce  que  personne  ne  niera.  Mais  l'exemple  de  la  vallée  de 
Suse,  rattachée  à  la  Bourgogne,  suffirait  à  prouver  qu'une  frontière 
politique  ne  coïncide  pas  toujours  avec  la  frontière  naturelle. 
Ce  qui  le  démontre  une  seconde  fois,  toutes  proportions  gardées, 
c'est  que  le  Pertuis-Rostan  est  au  moins  à  sept  kilomètres,  à 
vol  d'oiseau,  au  nord  de  la  chapelle  de  Rame  ;  cela  correspond 
à  quatre  où  cinq  mille  romains.  De  plus,  il  se  trouve  sur  la  rive 
opposée  et  en  amont,  au  lieu  de  se  rencontrer  en  aval.  Ces  cons- 

1.  «  iisque  in  partes  Provinciœ,  uno  distante  miliario  a  civitatula,  nomen 
sibi  impositum  Rama.  » 

L'auteur  ne  dit  pas  ad  civitatulanif  mais  bien  a  civitatula.  Une  s'agit  donc 
pas  d'un  terminus  ad  quem,  mais  d'un  terminus  a  quo  :  cette  limite  était 
donc  placée  au  delà  de  la  localité  et  non  pas  en  avant,  par  rapport  à  Fau- 
teur. Or,  celui-ci  est  manifestement  un  Viennois  ou  un  clerc  de  Maurienne 
qui  écrit  en  faveur  de  Vienne  :  par  conséquent,  la  limite  doit  être  cherchée 
en  aval  de  Rame. 

2.  Cette  disparition  est  probablement  postérieure  au  milieu  du  xi*'  siècle, 
date  à  laquelle  les  noms  de  terre  ont  fait  leur  apparition  ;  car  la  famille 
chevaleresque  de  Rame  aurait  dû,  dans  le  cas  contraire,  prendre  une  autre 
dénomination. 


LE    ROYAUME  DE   BOURGOGNE- PROVENCE  179 

tatations  prouvent  que  la  borne  placée  d'une  manière  si  pré- 
cise, entre  la  Maurienne  et  la  Provence  ne  peut  l'avoir  été  au 
Pertuis-Rostan  :  ou  bien  alors,  le  texte  de  la  vie  serait  très 
inexact,  ce  qui  est  improbable.  De  plus,  il  aurait  été  superflu  de 
planter  une  borne  coïncidant  absolument  avec  un  accident  de  ter- 
rain qui  forme,  par  lui-même,  une  limite  beaucoup  plus  visible 
et  connue.  Laissant  le  Pertuis-Rostan,  il  faut  descendre  la 
Durance,  à  partir  de  la  chapelle  de  Rame,  et  chercher  à  environ 
1500  mètres  de  cette  chapelle  les  vestiges  de  la  délimitation.  Pré- 
cisément, à  deux  kilomètres,  soit  environ  un  mille  et  demi  au  sud 
de  la  chapelle,  la  Durance  est  coupée  à  angle  droit  par  une  limite  : 
c'est  la  limite  méridionale  de  l'arrondissement  de  Briançon. 
En  atteignant  la  rive  droite,  elle  y  rencontre  la  limite  également 
méridionale  de  la  commune  de  Ghancella  et  celle-ci  s'éloigne 
dans  la  même  direction  perpendiculaire  au  cours  de  l'eau.  L'exa- 
men du  tracé  de  la  limite  commune  aux  deux  terroirs  de  Saint- 
Crépin  et  de  Ghancella,  surtout  vers  l'ouest,  prouve,  que,  très 
vraisemblablement,  le  terroir  de  Saint-Crépin  a  été  démembré 
de  celui  de  Ghancella  ou  réciproquement.  D'ailleurs,  le  nom 
même  de  Ghancella  qui,  par  étymologie,  est  [via  ou  vallis)  Can- 
cellata^  c'est-à-dire  voie  sur  vallée  barrée,  clôturée,  correspond 
d'une  manière  inattendue  et  précise  à  l'objet  de  la  recherche.  Le 
barrage  naturel  n'existant  pas  k  cet  endroit,  mais  plus  haut  à 
laBessée,  il  s'agit  donc  d'un  barrage  idéal  et  d'une  frontière  poli- 
tique. 

Selon  le  texte  conservé  par  la  Vie  de  sainte  Thècle,  il  y  avait 
eu  désaccord  entre  les  évêques  d'Embrun  et  de  Maurienne  au 
sujet  de  la  limite  respective  de  leurs  diocèses  sur  la  Durance. 
Ce  désaccord  est  très  probable  en  soi,  sachant  que  le  Queyras 
primitif,  dépendant  de  Maurienne,  s'étendait  jusqu'aux  portes 
d'Embrun  ;  ce  dut  être  l'archevêque  d'Embrun  qui  le  fît  naître, 
pour  reporter  un  peu  plus  haut  la  frontière  du  diocèse  dont  le 
chef-lieu,  à  Maurienne,  se  trouvait  assez  éloigné  du  litige  et  par 
conséquent  moins  porté  à  résister  au  métropolitain  des  Alpes- 
Maritimes.  Le  diocèse  d'Embrun  joignit  ainsi  à  l'ancien  territoire 


180  LA   PROVENCE   DÛ    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

des  Caturiges  une  partie  du  pays  des  Quariates  composée  des 
terroirs  actuels  de  Ghâteauroux,  Saint-Glément  et  Réotier  sur  la 
rive  droite,  de  Grévoux,  Vars,  Risoul,  Geillac,  Guillestre, 
Eygliers,  Montdauphiii  et  Saint-Grépin.  Ge  dernier  village  fut 
démembré  probablement  alors  du  pays  de  Rame,  de  manière  à 
ne  laisser  au  diocèse  deMaurienne,  que  la  banlieue  à  un  mille  de 
cette  agglomération  principale.  La  borne  fut  placée  à  cette  dis- 
tance, sur  la  route,  en  aval  de  Rame,  au  point  où  la  limite  nou- 
velle se  dirigeait  à  angle  droit  sur  la  Durance,  et  cette  limite 
existe  encore. 

En  raison  de  ce  nouvel  état  de  choses,  les  communautés  pro- 
vençales qui  formèrent  la  frontière,  à  partir  des  Bans  et  du  pic 
Jocelme,  furent  celles  qui  correspondaient  dans  le  diocèse  de 
Gap  aux  terroirs  actuels  de  Guillaume-Peyrouse,  Ghampoléon 
et  Orcières,  puis  dans  le  diocèse  d'Embrun  à  ceux  de  Ghâteau- 
roux^ Réotier,  Saint-Grépin,  Eygliers,  Guillestre,  Geillac  et  Saint- 
Paul  1. 

Mais,  si  l'exactitude  de  la  Vie  de  sainte  Thècle  est  reconnue 
en  ce  qui  concerne  l'emplacement  des  limites  du  diocèse  de 
Maurienne,  il  faut  savoir  à  quelle  époque  existaient  ces  limites. 
La  Vie,  c'est  évident,  pèche  par  l'énumération  hasardée  des  per- 
sonnages à  qui,  réunis,  elle  attribue  cette  délimitation.  Le  roi  de 
Bourgogne  Gontran  est  mort  le  28  mars  593  ;  Tévêque  de  Mau- 
rienne Leporius,  à  qui  est  attribuée  cette  querelle  avec  l'arche- 
vêque d'Embrun,  assistait  au  concile  de  Ghalon  le  24  octobre 650  -\ 
quant  à  l'archevêque  d'Embrun,  il  n'est  pas  nommé,  ce  qui  est 
fort  bien.  Toutefois,  puisque  l'auteur  de  la  Vie  lui  donne  le  titre 
explicite  d'archevêque,  il  est  bon  de  rappeler  que  les  évêques 
métropolitains  de  la  province  des  Alj3es  Maritimes  n'ont  pu  pré- 
tendre à  ce  titre  d'archevêque  avant  le  ix^  siècle.  Jusqu'alors  le 
titre  d'archevêque  était  supérieur  à  celui  de  métropolitain  et,  au 
concile  de  Francfort,  le  siège  d'Embrun  en  est  encore  à  revendi- 
quer son  autorité  métropolitaine.  L'auteur  de  la  Vie  commet  donc 

1.  Feuilles  XXIV-29,  XXV-29,  XXV-30,  XXV-29,  XXV-30  et  XXVI-30. 

2.  Duehesne,  Fastes,  t.  I,  pp.  234,  352-353. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  181 

des  confusions  de  personnes  et  de  temps,  tout  en  notant  des  faits 
exacts.  Certainement,  le  roi  Contran  a  dû  avoir  soin  au  vi*  siècle  de 
faire  délimiter  la  partie  des  Alpes  Cottiennes  acquise  par  lui  et, 
par  conséquent,  le  diocèse  de  Maurienne  créé  par  lui  dans  ce  terri- 
toire. Rien  n'empêche  Tévêque  Leporius  d'avoir  eu  au  milieu  du. 
vii^  siècle  des  difficultés  avec  son  voisin  d'Embrun  à  propos  de  ces 
limites.  Enfin,  l'auteur  de  la  Vie  fait  connaître  certainement  les 
limites  du  diocèse  telles  qu'elles  ont  existé  à  un  certain  moment. 
Mais,  cette  délimitation  sur  la  Durance  faite  à  un  mille   au  sud 
de  Rame,  qui  existait  ainsi,  ne  doit  pas  plus  remonter  à  l'époque 
de  Leporius  qu'elle  ne  doit  remonter  à  celle  de  Contran  :  le  texte 
du  testament  d'Abon  paraît  s'y  opposer.  Elle  est  donc  postérieure 
à  739.  Quand  à  la  limite  sud-est  qui  suppose  la  dépendance  de  la 
vallée  de  Suse,  il  faut  reconnaître  que  cette  vallée  annexée   à  la 
Bourgogne  par  Contran  en  dépendait  encore   le  25  mars  773  K 
Mais  les  plaideurs  à  Turin  en  799,  857  et  880  prouvent  que  cette 
vallée  fut  réunie  à  la  Lombardie  quand  Charlemagne  en  devint  le 
souverain  ^  ;  par  le  fait,  elledépendit  désormais  du  diocèse  de  Turin. 
C'est  auprès  des  marquis  de  Turin  que   se   réfugient  les   moines 
de  la  Novalaise  dans  le  premier  tiers  du  x*^  siècle  ^.    Enfin,    c'est 
la  domination  de  ces  marquis  qui  s'étend  sur  la  vallée    de  Suse, 
comme  le  prouve  encore  la  fondation  de  Saint-Just  de    Suse    le 
9  juillet  1029  ^.  Bientôt  même,  l'évêché  de  Maurienne  fut  rattaché 
entièrement  à  celui  de  Turin  par  précepte  impérial  du  16  mars 
1039  :  les  choses  se  trouvaient  ainsi  remises  en  l'état  où    elles 
se  trouvaient  avant  l'annexion  par  Contran  à  la  Bourgogne.  Cet 
acte  souverain  favorable  à  l'Italie  lésait,  non  seulement  l'évêque 

i.  Quiersy,  25  mars  773.  Précepte  de  Charlemagne  pour  la  Novalaise  lui 
confirmant  ses  biens  :  tam  in  ipsa  valle  Sigusina  quam  et  Brientina,  Aquinse 
seo  in  Mauriennati  vel  in  Burgundia  aut  ubicumque  inregno  nos^ro  (CipoUa, 
t.  I,  n«XI,  p.  50). 

2.  [Turin],  799?  ;  Turin,  mai  827;  Turin,  avril-nov.  880  (CipoUa,  t.  I,  n°» 
XV,  XXVIII,  XXXII,  pp.  61-62,  75-80,  88-94). 

3.  Ibid.,  no«  XXXII,  XXXIV,  XXXV,    XXXVI. 

4.  Cipolla,  Le più  antiche  carte  diplomatiche  del  monastero  di  S.  Giusto 
di  Susa  [Bullettino  delV  Instituto  storico  italiano,  n°  18,  Roma,  1897,  p.  61). 


182  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU   XII®    SIÈCLE 

de  Maurienne,  mais  aussi  Tarchevêque  de  Vienne  qui  prétendait 
être  son  métropolitain  direct  et  l'archevêque  de  Tarentaise  qui 
l'était  de  droit.  La  Bourgogne  ne  pouvait  laisser  se  perpétuer  cet 
amoindrissement.  Entre  le  4  juin  1039  i  et  le  14  juin  1043  2,  après 
la  mort  de  l'empereur  une  transaction  intervint.  La  Maurienne 
recouvrait  son  évêque  sous  la  dépendance  de  Tarentaise  et  de 
Vienne,  mais  son  diocèse  était  restreint.  Le  diocèse  de  Turin  gar- 
dait la  vallée  de  Suse,  cela  va  de  soi;  de  plus,  le  diocèse  d'Em- 
brun gagnait  le  Briançonnais  jusqu'aux  Alpes.  Le  caractère 
transactionnel  de  l'acte  amenait  enfin  les  frontières  à  coïncider 
avec  la  nature,  au  point  de  vue  ecclésiastique  tout  au  moins.  De 
cela,  il  résulte  que,  depuis  774,  époque  à  laquelle  Charlemagne 
devint  roi  des  Lombards,  les  limites  du  diocèse  de  Maurienne 
indiquées  dans  la  Vie  de  sainte  Thècle  ne  correspondaient  plus 
avec  la  réalité,  puisque  la  vallée  de  Suse  en  était  séparée.  Par 
conséquent,  si  chacune  de  ces  quatre  limites  a  été  jugée  exacte, 
il  serait  peu  probable  d'en  conclure  qu'elles  ont  existé  réelle- 
ment toutes  les  quatre  ensemble  à  un  moment  donné  entre 
739  et  775.  Cet  examen  fortifie  la  croyance  que  la  Vie  fait  par- 
tie sans  aucun  doute,  du  groupe  des  faux  composés  à  Vienne. 
La  question  est  de  savoir  s'il  faut  la  rattacher  aux  faux  d'Au- 
dran  (878-885),  à  ceux  d'Alexandre  (vers  912),  à  ceux  de  Léger 
(vers  1060)  ou  bien  aux  derniers  en  date,  c'est-à-dire  à  ceux  de 
Guy  de  Bourgogne.  Dès  912,  l'église  de  Vienne  réclamait  la 
suprématie  immédiate  sur  la  Maurienne  aux  dépens  de  la  Taren- 
taise et  rappelait  que  la  vallée  de  Suse  avait  été  unie  à  la  Mau- 
rienne par  Gontran  ^  :  mais  elle  se  gardait  bien  de  dire  que  cette 

1.  Wiponis,  Gesta  Chuonradi  irnperatoris,  cap.  39;  Gustav  Richter. 
Annalen  der  deutschen  Geschichte  ini  mittelalter,  III  abteilung^,  ester  band, 
Halle,  i890,p.  326. 

2.  G.  de  Manteyer,  Les  origines  de  la  Maison  de  Savoie  en  Bourgogne  [Mél. 
d'archéol.  et  d'hist.,  1899,  p.  405). 

3.  En  ef^et.VAuctoritas  du  ms.  lat.  1452  remonte  certainement  à  cette 
époque:  «In  diebusprecellentissimi  régis Gontramni,mulier  quedam,  Tygris 
nomine...  Audiens  autem  gloriosus  Gontramnus  rex...  legatos  suos  Morien- 
nam  direxit...  et  civitati  Viennensi  ipsam  Moriennam  ecclesiam  cum  con- 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  483 

vallée  de  Suse n'en  dépendait  plus.  Elle  cherchait  même  à  faire 
croire  qu'elle  en  dépendait  encore.  Dès  le  moment  de  la  transac- 
tion de  1039-1043,  il  semble  bien  que  l'autorité  dominante  en 
Maurienne  soit  exercée  directement  par  Vienne.  C'est  Vienne, 
en  effet,  et  non  la  Tarentaise,  qui  tire  profit  de  la  transaction, 
Deux  princes  se  partageaient  alors  le  comté  de  Viennois  et  cela, 
très  probablement,  en  tant  que  vassaux  de  Tarchevêque-comte  ; 
ce  sont  eux  qui  gagnent  le  plus  à  cette  transaction  sollicitée  en 
faveur  de  l'évêque  de  Maurienne.  Le  premier  d'entre  eux  était 
le  comte  de  Savoie,  qui  occupait  au  moins  la  moitié  de  l'étendue 
du  Viennois  ;  le  second  était  le  comte  d' Albon  qui  en  occupait  le 
restant  ^  A  cette  transaction,  le  comte  de  Savoie  gagna  la  sei- 
gneurie de  la  Maurienne  où  il  s'installe  et  dont  l'évêque  dépen- 
dra désormais  de  lui.  Le  Briançonnais  est  perdu  désormais  pour 
le  diocèse  de  Maurienne,  puisqu'il  s'en  trouve  séparé  pour  devenir 
partie  intégrante  du  diocèse  d'Embrun  ;  mais  il  n'est  pas  perdu 
pour  les  Viennois.  C'est  le  comte  d' Albon  qui  y  est  installé.  En 
Maurienne,  le  comte  de  Savoie  devient  vassal  immédiat  de  l'em- 
pereur ;  en  Briançonnais,  le  comte  d' Albon  aussi.  La  situation 
est  identique  pour  tous  deux  :  le  développement  parallèle  et  voi- 
sin de  leur  domaine  est  une  extension  viennoise  jusqu'aux  Alpes. 
Le  comte  de  Savoie  se  trouve  désormais  en  sentinelle  sur  le  Mont- 
Cenis,  le  comte  d'Albon  sur  le  mont  Genèvre.  Le  14  juin  1043, 
on  voit  pour  la  première  fois  le  comte  de  Savoie  faire  acte  de 
juridiction  suzeraine  en  Maurienne  -.  Le  premier  acte  indiquant 
que  le  comte  d'Albon  en  fait  autant  en  Briançonnais  est  de  1033  •^. 
Tout  l'ancien  diocèse  de  Maurienne  passe  donc  sous  la  domina- 
tion temporelle  des  Viennois  en  1039-1043;  mais  cette  transac- 

sensu  episcoporum  subjectam  fecit.  Atquam  ecclesiarriMoriginensem.,  Seu- 
siam  civitatem  jamdudum  hab  Italis  acceptam  cum  omnibus  pagensisipsius 
loci  subjectam  fecit...  »  (Ms.  lat.  1452,  f°  202,   ro-v°). 

1.  G.  de  Manteyer,  Les  origines  de  la  Maison  de  Savoie  en  Bourgogne. 
Notes  additionnelles  (Le  Moyen-Age,  1901,  pp.  294-295). 

2.  Ibid.  [Mél.  d'arch.  et  d'hist.,  Rome,  1899,  pp.  400-406). 

3.  Ulciensis  ecclesise  Chartarium,  n"  GLU,  p.  135. 


18  i  LA    PROVENCE    DE    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

tion  ne  fut  pas  un  succès  complet  pour  Farchevêque  au  point  de 
vue  ecclésiastique,  puisque  la  vallée  de  Suse  restait  dépendante  de 
Turin  ^  et  que  celle  de  Briançon  était  soumise  à  Embrun  -.  A 
partir  de  ce  moment,    les  Viennois  et  les  clercs  de  Maurienne 

1.  Les  actes  de  juridiction  et  de  donation  des  évêques  de  Turin,  datés  du 
30  avril  1063  {Ulciensis  eccL  Chart.,  n°  XXIV,  du  20  septembre  1098  {ihid., 
n°  XXVI)  et  ensuite  jusqu'au  16  février  i'^26iibid.,  n°  XXV),  prouvent  que 
la  vallée  de  Suse  resta  sous  la  dépendance  de  Turin  au  moins  jusqu'au 
XIII®  siècle. 

Par  contre,  l'acte  du  17  février  1081,  par  lequel  Humbert  comte  de 
Savoie  confirme  à  la  Novalaise  des  droits  depuis  le  mont  Cenis  jusqu'à 
Monpantero  paraît  indiquer  que  l'évêque  et  le  chapitre  de  Maurienne,  en 
donnant  leur  consilium,  entendaient  exercer  encore  leur  juridiction  dans 
la  vallée  de  la  Genischia;  cet  affluent  de  la  Doire,  qui  descend  du  mont 
Cenis,  la  jointà  Suse  (C.  CipoUa,  Monum.  Novalic.  vetustiora,  t.  I,  pp.  223- 
226  ,  n°  LXXXX).  Ce  qui  confirmerait  cette  indication,  c'est  le  fait  que 
l'évêque  de  Maurienne  se  réservait  même  l'église  N.-D.  de  Suse  ;  mais 
Calixte  II,  dont  les  sympathies  pour  Vienne  sont  cependant  bien  connues 
le  contraignit  à  l'abandonner  par  mandement  du  28  mars  1120,  salva  Mo- 
riennensis  ecclesiasj'ustitia,  siquaesi  (Ulciensis  eccl.  Chant.,  n°  CXIII,  p.  108). 
Cette  réserve  n'est  qu'une  clause  de  style  :  si  l'évêque  de  Maurienne  avait 
eu  des  droits  réels  à  la  juridiction,  il  les  aurait  fait  valoir.  En  fait,  le  14 
mai  1129,  confirmant  à  la  Novalaise  toutes  les  églises  que  cette  abbaye 
possédait  dans  l'évêché  de  Maurienne,  l'évêque  Conon  ne  nomme  que  des 
localités  placées  à  l'ouest  des  x\lpes  :  il  n'en  indique  aucune  dans  la  vallée 
de  Suse  ou  dans  la  vallée  même  de  la  Genischia.  La  pancarte  papale  du  9. 
février  115  1/2,  en  faveur  de  cette  abbaye,  énumère  d'abord  les  églises  placées 
dans  l'évêché  de  Turin  et  y  met  la  Novalaise;  puis,  elle  passe  aux  églises 
placées  dans  celui  de  Maurienne  et  n'y  indique  que  des  églises  à  l'ouest  des 
Alpes.  L'ensemble  de  ces  actes,  émanant  soit  des  papes,  soit  des  évèques 
de  Turin,  soit  des  évêquesde  Maurienne,  prouve  que,  depuis  1039  jusqu'au 
XIII®  siècle,  la  vallée  de  Suse  dépendit  de  Turin,  malgré  quelques  préten- 
tions contraire  des  évêques  de  Maurienne  sur  les  localités  limitrophes  du 
Val  Genischia,  prétentions  que  Calixte  II  lui-même  paraît  ne  pas  avoir 
accueillies  (G.  Cipolla,  Monum.  Novalic.  vetustiora,  1. 1,  pp.  247-249  :  14  mai 
1129,  et  pp.  250-257  :    9  février    1151/2). 

2.  C'est  en  1053,  on  Fa  vu,  que  le  comte  d'Albonfait  acte  de  juridiction 
pour  la  première  fois  en  Briançonnais,  muni  du  conseil  du  châtelain  de 
Briançon.  L'époque  à  laquelle  on  y  voit  paraître,  de  son  côté,  l'archevêque 
d'Embrun  Guinimand  doit  être  la  même.  L'acte  qui  l'indique  n'est  pas 
daté,  mais  c'est  le  même  châtelain  de  Briançon  qui  lui  donne  son  consilium  ; 
de  plus,  le  comte  et  son  fils,  au  nom  de  qui  était  fait  l'acte  précédent, 
paraissent  comme  témoins  à  celui-ci  (Ulciensis  eccl.  Chart. ^  n°*  CLII  et 
CLXXIV,  pp.  135  et  151). 


LE    R0YAU3IE    DE    BOURGOGNE-PROVENCE  185 

peuvent  être  préoccupés  de  faire  rendre  au  diocèse  ses  limités 
anciennes,  qui  comportaient  le  val  de  Suse  et  le  Briançonnais  : 
ces  limites  anciennes,  il  importait  de  les  connaître  exactement  et 
de  n'en  pas  laisser  perdre  le  souvenir.  La  Vie  de  sainte  Thècle 
répond  à  cette  préoccupation  :  tout  porte  donc  à  croire  que  son 
texte  est  postérieur  à  la  transaction  de  1039-1043.  Elle  se  rat- 
tache ainsi,  soit  aux  faux  de  Léger  commis  vers  1060,  soit  à  ceux 
de  Guy  de  Bourgogne  commis  avant  son  élévation  au  Saint-Siège  ; 
plus  probablement,  à  ceux  de  Léger  comme  le  pseudo-privilège 
de  Léon  IX.  La  Vie,  datant  de  1060  environ,  fait  connaître  les 
limites  du  diocèse  telles  qu'elles  avaient  existé  au  sud-est  jus- 
qu'en 774,  date  de  la  séparation  de  Suse,  telles  qu'elles  avaient 
existé  au  sud-ouest  depuis  une  époque  postérieure  à  Abon  jus- 
qu'en 1039-1043,  date  de  la  séparation  du  Briançonnais,  telles 
qu'elles  existaient  encore  au  nord-ouest  et  au  nord-est.  Cette  indi- 
cation des  limites  delà  Maurienna  maxima  dans  le  texte  d'une  Vie 
de  sainte  Thècle  a  donc  le  caractère  d'une  revendication.  La  Vie 
en  elle-même  est  bien  d'origine  viennoise;  en  effet,  son  texte 
est  le  développement  de  V Auctoritas  composée  à  Vienne 
vers  912,  avec  insertion  de  détails  plus  précis.  Pour  cette  raison, 
en  particulier,  la  Vie  ne  peut  être  plus  ancienne  que  la  série  des 
faux  immédiatement  postérieure  à  cette  date:  or,  il  ne  paraît  pas 
y  en  avoir  eu  entre  912  et  1060.  La  Vie  a  donc  bien  dû  être  com- 
posée vers  1060  :  on  sait  par  ailleurs  que  les  Viennois,  soit  à  cette 
date,  soit  même  du  temps  plus  tardif  de  Guy  de  Bour- 
gogne, se  préoccupaient  réellement  de  revendiquer  Suse  pour 
le  diocèse  de  Maurienne.  Le  pseudo-précepte  de  Boson  relatif 
à  la  Maurienne  n'a  été  forgé  que  pour  cela  :  à  l'en  croire, 
Suse  en  dépendait  encore  à  la  fin  du  ix®  siècle  ^. 

Finalement,  au  bas  moyen-âge,  les  limites  de  l'Embrunais  et 
du   Briançonnais  subirent  une  seconde  modification,  plus  favo- 

1.  Pseudo-précepte  de  Boson  pour  la  Maurienne  à  la  demande  de  Asmun- 
dus  Secusine  civitatis  vel  Maurianorum  episcopus  (Bibl.  de  Carpentras. 
Catal.  Lambert,  n°  74;  Catal.  des  mss.  Départements,  t-  XXXIV:  Carpentras. 
t.  I,  1901,  n°  65;  Ms.  d'origine  viennoise  qui  a  servi  de  pontifical  à  la 
métropole  d'Aix  depuis  le  xii^ siècle  jusqu'au  xvi%   f"  48  verso-49   verso). 


186  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII^    SIÈCLE 

rable  encore  à  Embrun  que  la  première.  Ces  dernières  limites 
sont  précisées  par  le  fait  que  l'écarton  du  Queyras  restait  brian- 
çonnais,  tandis  que  celui  de  Guillestre  relevait  de  FEmbrunais. 
La  frontière  de  l'Embrunais  englobait  donc  les  localités  corres- 
pondant aux  terroirs  actuels  de  l'A.rg-entière,  la  Roche-de-Rame, 
Saint-Grépin,  Ejgliers,  Guillestre,  Geillac,  en  partant  du  Pas 
de  la  Cavale  qui  le  séparait  de  la  localité  gapençaise  de  Cham- 
poléon,  pour  aboutir  à  la  Tête  de  Longet,  qui  le  séparait  de 
Saint-Paul  et,  par  conséquent,  de  la  vallée  de  Barcelonnette  K 
Cette  nouvelle  frontière  faisait  donc  remonter  l'Embrunais  jus- 
qu'au confluent  de  la  Gyronde  et  de  la  Durance  :  elle  coïncidait 
enfin  avec  la  limite  naturelle  indiquée  par  le  Pertuis-Rostan. 
L'adoption  de  cette  frontière  est  certainement  de  date  posté- 
rieure au  13  janvier  1155/6  -;  à  cette  date,  le  comte  d'Albon 
reçoit  par  concession  impériale  une  mine  d'argent  à  Rame 
avec  le  droit  d'ouvrir  un  atelier  monétaire  à  Césane.  En  effet 
cet  acte  souverain  n'est  possible  qu'à  une  condition  :  les  localités 
de  Rame  et  de  Césane  doivent,  au  moment  de  son  obtention, 
se  trouver  dans  le  Briançonnais,  reçu  par  les  comtes  d'Albon  en 
1039-1043    et   par    conséquent  hors   de    Provence  3.    Dans     le 


1.  Feuilles  XXV-29,  XXV-30,  XXVI-30. 

2.  G.  de  Manteyer,  Les  origines  de  la  Maison  de  Savoie  en  Bourgogne. 
Notes  additionnelles  {Le  Moyen  Age,  1901,  p.  282    et  note  1). 

3.  La  mine  d'argent  concédée  sur  le  territoire  de  Rame  est  évidemment 
celle  qui  a  donné  son  nom  à  la  commune  actuelle  de  l'Argentière.  Le  terri- 
toire de  Rame  était  donc  assez  étendu  pour  comprendre  au  moins  les 
communes  actuelles  de  l'Argentière,  de  Freissinières,  de  Chancella,  de 
Saint-Crépin  et  de  la  Roche-de-Rame.  Il  a  été  dit  plus  haut  que  Rame 
n'avait  pu  disparaître  avant  le  milieu  du  xi^  siècle  :  le  précepte  de  1136 
permet  d'avancer  maintenant  que  probablement  sa  disparition  est  posté- 
rieure au  milieu  du  xii®  siècle.  Une  fois  cette  localité  disparue,  ce  sont 
les  quartiers  les  plus  importants  de  son  territoire  dont  les  noms  ont 
remplïtcé  le  sien.  L'exploitation  industrielle  de  la  mine  d'argent  et  de 
plomb  a  donné  l'Argentière  ;  l'emplacement  de  la  limite  du  pays  a  donné 
Chancella  ;  une  localité  caractérisée  par  ses  bois  a  donné  Freissinières. 
La  Roche-de-Rame  seule  a  retenu  l'indice  de  son  ancienne  dépendance 
et  dénomme  l'accident  de  terrain  qui  caractérise  le  pays.  Quant  à  Saint- 
Grépin,  ce  démembrement  du  territoire  de  Rame,  survenu  lors  de  la  délimi- 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  187 

Briançonnais,  ils  ne  dépendaient  que  de  Tempereur  et  celui-ci 
y  pouvait  leur  déléguer  ses  droits  souverains.  En  Viennois,  ils 
n'étaient  pas  vassaux  directs  de  la  couronne  et  en  Provence  ils 
n'auraient  pu  Têtre  davantage.  Mais  l'adoption  de  cette  dernière 
frontière  est  antérieure  au  21  décembre  11 7i  K  Plus  tard,  les 
comtes  d'Albon  étendirent  progressivement  leur  pouvoir  du 
Briançonnais  sur  l'Embrunais,  grâce  aux  archevêques  :  peu  à 
peu,  la  suzeraineté  des  comtes  de  Provence  s'effaça  dans  l'Em- 
brunais au-dessus  d'eux.  Alors  seulement  les  comtes  d'Albon, 
étant  bien  établis  à  Embrun,  purent  favoriser  sans  inconvénient 
la  dernière  extension  de  l'Embrunais,  de  Chancella  à  l'Argen- 
lière.  Cette  extension  n'a  donc  pu  se  produire  avant  le  xiu®  siècle. 
On  n'a  pas  à  en  tenir  compte  davantage  ici. 

La  limite  de  l'Embrunais  provençal  et  du  Briançonnais  vien- 
nois, ainsi  reconnue,  a  donc  coupé  la  Durance,  dès  333,  entre 
Embrun  et  Châteauroux  sur  la  rive  droite,  entre  Saint- André- 
d'Embrun  et  Saint-Clément  sur  la  rive  gauche.  Puis,  à  partir 
d'une  époque  postérieure  à  739  et  jusqu'au  xii*^  siècle,  entre 
Saint-Crépin  et  Chancella  sur  la  rive  droite,  entre  Saint-Cré- 
pin  et  la  Roche-de-Rame  sur  la  rive  gauche.  Enfin,  au  bas 
mojen-âge,  entre  l'Argentière  elles  Vigneaux  sur  la  rive  droite, 
entre  l'Argentière  et  Saint-Martin-de-Queyrières  sur  la  rive 
gauche.  Pour  le  haut  moyen-âge,  il  convient  de  répéter  que 
l'extrême  Provence  occupait,  à  partir  de  la  Séveraisse,  les 
localités  du  diocèse  de  Gap  correspondant  aux  terroirs  actuels 
de  Guillaume-Peyrouse,  Champoléon  et  Orcières  -  ;  puis,  dans  le 
diocèse  d'Embrun,  l'équivalent  des  terroirs  actuels  de  Château- 
roux,  Réotier,  Saint-Crépin,  Eygliers,  Guillestre,  Ceillac  et  Saint- 
Paul- de-Barcelonnette. 

talion  établie  à  Chancella,  a  retenu  le  nom  du  saint  titulaire  de  la  paroisse 
embrunaise  formée  avec  lui  :  on  a  pris  le  nom  de  la  nouvelle  église,  parce 
qu'on  n'en  avait  pas  d'autre  plus  ancien. 

1.  Arch.  desB.-du-Rh.,  B.  237. 

2.  Le  hameau  des  Marches,  dans  la  commune  d'Orcières,  peut  marquer 
les  limites  de  l'ancien  diocèse  de  Gap  et  de  la  Provence,  avant  d'arriver 
à  Freissinières  et,  par  conséquent,  au  Briançonnais. 


188  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 


§4.  — Limites  orientales. 

Il  faut  maintenant  noter  quelle  était  la  frontière  orientale  du 
duché,  depuis  la  vallée  de  Barcelonnette  jusqu'à  la  mer. 
Cette  frontière  englobait,  dans  la  vallée  de  Barcelonnette,  les 
localités  actuelles  de  Saint-Paul,  MeyronnesetLarche  i.  Arrivant 
au  pic  des  Trois-Evêques,  elle  abandonnait  la  vallée  de  Barce- 
lonnette et  le  diocèse  d'Embrun  pour  passer  dans  la  vallée  de 
la  Tinée  et  dans  le  diocèse  de  Nice.  Là  elle  englobait  d'abord  la 
commune  actuelle  de  Saint-Etienne  ;  mais,  à  partir  du  passage 
de  Gollalunga,  au  point  d'altitude  coté  2600,  elle  dépassait  la 
frontière  française  actuelle.  En  1860,  la  France  a  jugé  à  pro- 
pos de  laisser  par  courtoisie  à  l'Italie,  pour  les  chasses  royales, 
toutes  les  hautes  vallées  niçoises,  situées  au  sud-ouest  de  la 
ligne  séparative  des  Alpes.  Ces  hautes  vallées,  relevant  de  la 
Tinée  et  de  la  Vésubie,  ont  donc  été  démembrées  des  communes 
niçoises  qui  les  possédaient  naturellement,  pour  être  rattachées 
aux  communes  piémontaises  placées  de  l'autre  côté  et  au  nord- 
est.  C'est  un  exemple  récent  du  fait  que  les  frontières  politiques 
coïncident  rarement  avec  les  frontières  naturelles.  La  frontière 
du  duché,  qui,  elle,  coïncidait  sur  ce  point  avec  les  sommets, 
embrassait  donc  les  parties  placées  sur  le  versant  sud-ouest  des 
communes  actuelles  de  Vinadio,  Valdieri  et  Entraque  2.  Arrivée 
au  mont  Clapier,  qui  séparait  le  diocèse  provençal  de  Nice  à 
l'ouest,  du  diocèse  ligurien  de  Vintimille  à  l'est  et  du  diocèse  pié- 
montais  d'Asti  au  nord,  la  frontière  abandonnait  la  ligne  sépa- 

1.  Feuilles  XXV-30,  XXVI-30,  XXVI-31. 

2.  Feuilles  XXVI-31,  XXVI-32,  XXVlI-32.Les  communes  niçoises  limi- 
trophes et  réduites  sont  celles  de  Saint-Etienne,  Isola,  Roure,  Saint-Sau- 
veur, Rimplas,  Val-de-Blore,  Saint-Martin- Vésubie  et  Belvédère.  La  fron- 
tière passait  par  les  têtes  et  les  cimes  de  l'Autaret  et  Rognosa,  de  Sespoul 
et  Moravacciera,  d'André  de  Paris,  de  la  Lombarda  et  de  Vermeil  Malin- 
vern,  de  Clans,  de  la  Portette,  de  Tablasses,  des  Dresses,  Fremamorta, 
Pagari,  Naucetas,  Leccia,  Mercantour,  Mallariva,  Cocourda,  Caisses,  di  Tré 
Colpas,  délie  Finestre,  dei  Gelas,  pour  arriver  au  mont  Clapier. 


Le  royaume  de  bourgogne-proVénc:ec:e  l8d 

rative  des  grands  sommets  qu'elle  suivait  en  dernier  lieu  de 
l'ouest  à  l'est,  pour  gagner  la  mer  du  nord  au  sud.  Elle  englo- 
bait donc  le  haut  de  la  vallée  de  la  Gordolasque,  rattaché  main- 
tenant à  Entraque,  et  rejoignait  la  frontière  actuelle  à  la  cime 
du  Diable  ;  mais,  comme  cette  frontière  actuelle  continue  à  se 
diriger  de  l'ouest  à  l'est,  afin  d'englober  une  partie  de  la  vallée 
ligurienne  de  la  Roya,  la  frontière  ancienne  du  duché  la 
coupait  simplement  et  s'en  séparait  à  la  cime  du  Capelet.  Elle 
englobait  seulement  les  communes  actuelles  de  Belvédère,  la 
Bollène,  Lantosque,  Luceram,  Peille  et  la  Turbie,  auxquelles  il 
faut  joindre  la  principauté  actuelle  de  Monaco  K  Cette  dernière 
localité  qu'on  nommait  volontiers  Mourgues  en  français  est,  en 
effet,  une  ancienne  dépendance  des  paroisses  de  la  Turbie  et  de 
Peille  2.  Depuis  la  fin  du  xii*^  siècle,  elle  fut  occupée  par  les  Génois, 

1.  Feuilles  XXVII-32,  XXVII-33,  XXVII-34. 

2.  Vers  1075,  les  gens  de  la  Turbie  élèvent  l'église  N.-D.  du  port  de 
Monaco  et  la  donnent  à  la  cathédrale  de  Nice.  En  1174,  le  comte  de  For- 
calquier,  s'alliant  avec  Gênes,  concède  à  cette  république  la  moitié  de  Nice, 
le  château  de  la  Turbie,  le  mont  de  Monaco  et  les  salines  de  Bouc.  Le 
30  mai  1191,  l'empereur  confirme  à  Gênes  la  Rivière,  depuis  Porto  Venere 
jusqu'à  Monaco,  avec  la  faculté  d'élever  un  château  dans  ce  dernier  lieu, 
sous  réserve  des  droits  des  marquis  et  des  comtes  de  Provence.  Le  2  juillet 
1191,  Gênes  prend  possession  de  Monaco.  Le  10  juin  1245,  les  Génois  com- 
mencent à  yélever  le  château  (E.  Gais  de  Pierlas,  Documents  inédits  sur 
les  Grimaldi  de  Monaco,  Turin,  Bocca,  1885,  in-8,  pp.  4-5,  7,  13-14). 

Pour  la  circonscription  du  diocèse  de  Nice  au  xii*'  siècle,  voir  E.  Gais  de 
Pierlas,  Cartulaire  de  l^ ancienne  cathédrale  de  Nice,  Turin,  Paravia,  1888, 
notamment  les  n°»  37,  38  et  46. 

Pour  la  circonscription  ancienne  du  diocèse  ligurien  de  Vintimille,  voir 
Sigismondo  Alberti,  Isloria  délia  città  di  Sospello,  contessadi  Molineto  e  di 
Castiglione.  Torino,  MDCCXXVIII,  Gio.  Franc.  Mairesse,  pp.  537-538. 

A  la  suite  des  remaniements  modernes,  le  diocèse  de  Vintimille  a  dû 
abandonner  au  diocèse  actuel  de  Cuneo  les  localités  de  Briga  Marittima  et 
Tenda  ;  il  a  abandonné  aussi  au  diocèse  actuel  de  Nice  les  localités  de 
Castellar,  Menton,  Cabbé-Roquebrune,  Gorbio,  Sainte-Agnès,  Gastillon, 
Sospel,  Moulinet,  Breil,  Saorge  et  Fontan.  Par  contre,  il  s'est  étendu 
à  l'est  (  Circoscrizioni  ecclesiastiche  in  relazione  colle  circoscrizioni  ammi- 
nistrative  seconda  il  censiinento  del  3i  dicemhre  1881,  Roma,  stabil. 
tipogr.  deirOpinione  1885,  gr.  in-8  de  xxiii-305  pp.  et  carte  hors  texte 
Publication  officielle  du  Ministère  di  agricoltura,  industria  e  commercio  : 
direzione  générale  délia  statistioa;  voir  pp.  297  et  183). 


190  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII®  SIÈCLE 

SOUS  la  suzeraineté  fort  vague  des  marquis  de  Provence  ;  au 
xiii^  siècle,  par  contre,  se  produisit  l'expansion  de  la  Provence 
en  Ligurie,  dont  il  n'y  a  pas  à  parler  ici. 


§  5.  —  Limites  méridionales. 

Il  reste  à  indiquer  les  localités  qui,  le  long  de  la  mer,  for- 
maient les  limites  méridionales  du  duché  de  Provence.  Dans 
le  diocèse  de  Nice,  c'étaient  les  communes  actuelles  de  Monaco, 
la  Turbie,  Eze,  Beaulieu,  Villefranche  et  Nice  ^  ;  puis,  à  partir  du 
Var,  dans  le  diocèse  de  Vence,  Saint-Laurent,  Gagnes  et  Ville- 
neuve-Loubet  '^  ;  puis,  dans  celui  d'Antibes,  à  partir  de  l'étang  de 
Vaugrenier,  la  cité  elle-même  d'Antibes,  avec  les  terroirs  de  Val- 
lauris,  de  Cannes  ^  et  les  îles  de  Lérins.  Passant  laSiagne,le  duché 
englobait  le  diocèse  de  Fréjus,  avec  Mandelieu  sur  le  terroir  duquel 
se  trouve  maintenant  la  Napoule  ;  après  Mandelieu,  suivaient 
Saint-Raphaël,  Fréjus,  Roquebrune,  Saint-Maxime,  Grimaud, 
Gogolin,  Gassin,  Saint-Tropez,  Ramatuelle,  Gassin  et  la  Môle  '*. 
Dans  le  diocèse  de  Toulon,  suivaient,  le  long  du  littoral, 
Bormes,  la  Londe-des-Maures,  Hyères,  Carqueiranne,  le  Pradet, 
la  (îarde,  Toulon,  la  Seyne,  Six-Fours,  Sanary  et  Bandol  ^.  Dans 
le  diocèse  de  Marseille,  suivaient  les  terroirs  de  Saint-Gyr,  la 
Giotat,  Gassis,  Marseille  et  le  Rove  ^.  Finalement,  dans  le  dio- 
cèse d'Arles,  ceux  de  Garry,  Martigues,  Port-de-Bouc,  Fos, 
Arles  et  les  Saintes-Mariés,  jusqu'à  l'embouchure  du  Rhône-vif  '^. 

1.  Feuilles  XXVII-34,  XXVI-34. 

2.  Feuilles  XXVI-34. 

3.  Feuille  XXVI-34.  Voir  rénumération  des  paroisses  du  diocèse  d'An- 
tibes, dont  le  siège  fut  transporté  à  Grasse  le  19  juillet  1244,  dans  Achard, 
1. 1,  pp.  585-586. 

4.  Feuilles  XXVI-34,  XXVI-35,  XXV-35,  XXV-36.  Voirl  enumération  des 
paroisses  du  diocèse  de  Fréjus  dans  Achard,  t.  I,  p.  554. 

5.  Feuilles  XXV-36,  XXlV-36,  XXIlI-36.  Voir  l'énumération  des  paroisses 
du  diocèse  de  Toulon  dans  Achard,  t.  II,  pp.  506-507. 

6.  Feuilles  XXlII-36,  XXIII-35,  XXII-35.  Voir  l'énumération  des  paroisses 
du  diocèse  de  Marseille  dans  Achard,  t.  Il,  pp.  101-102. 

7.  Feuilles  XXII-35,  XXI-35  et  XX-35. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  191 

Telles  sont  les  frontières  précises  de  la  Provence,  depuis 
le  début  du  x^  jusqu'à  la  fin  du  xii''  siècle,  c'est-à-dire  entre 
le  moment  où  Louis  d'Outremer  annexe  l'Uzège  au  royaume 
de  France  et  le  moment  où  se  produit  l'expansion  de  la  Pro- 
vence en  Ligurie. 

En  résumé,  cette  frontière  suivait,  dans  la  province  d'Arles,  les 
limites  des  diocèses  de  Toulon,  Marseille,  Arles,  au  sud,  depuis 
Bormes  jusqu'aux  Saintes-Mariés;  celles  des  diocèses  d'Arles, 
d'Avignon^  d'Orange,  Saint-Paul  et  Die,  à  l'ouest,  depuis  les 
Sain tes-Maries  jusqu'à  Saint-Laurent-en-Royans  ;  celles  du  diocèse 
de  Die  au  nord,  depuis  Saint-Laurent-en-Royans  jusqu'à  Saint- 
Jean-d'Hérans.  Passant  dans  la  province  d'Aix,  la  frontière  du 
duché  suivait  encore  au  nord  les  limites  du  diocèse  de  Gap, 
depuis  Saint- Pierre- de -Méaroz  jusqu'à  Guillaume -Peyro use, 
puis  à  l'est,  depuis  Guillaume-Peyrouse  jusqu'à  Orcières.  Parve- 
nant à  la  province  d'Embrun,  la  frontière  suivait,  encore  à  l'est, 
les  limites  des  diocèses  d'Embrun  et  de  Nice,  depuis  Châteauroux 
jusqu'à  Monaco;  au  sud,  elle  suivait  celles  des  diocèses  de  Nice  et 
de  Vence,  depuis  Monaco  jusqu'à  Villeneuve-Loubet.  Revenant 
par  la  province  d'Aix,  elle  suivait  encore  au  sud,  sur  le  littoral, 
les  limites  des  diocèses  d'Antibes  et  Fréjus,  depuis  Antibes  jus- 
qu'à la  Môle. 


§  6.  —  Les  limites  des  trois  provinces. 

Pour  être  complet,  on  peut  ajouter  que  la  frontière  orientale  de 
la  province  d'Arles,  depuis  Bormes  jusqu'à  Saint-Jean-d'Hérans, 
suivait  les  limites  successives  du  diocèse  de  Toulon,  par  Bormes, 
CoUobrières,  Puget- Ville,  Carnoules,  Puget-Ville,  Sainte-Anasta- 
sie,  Forcalqueiret,  Rocbaron  et  Néoules^  ;  du  diocèse  de  Marseille, 
parMéounes,  Signes,  Plan  d'Aups,  Nans,  Saint-Zacharie,  Auriol, 
la  Bourine,  Peypin,  Allauch,  Marseille,  Septèmes  et  les  Pennes-; 

1.  Feuilles  XXV-36,  XXV-S"),  XXIV-3o. 

2.  Feuilles  XXIV-3o,  XXIII-35,  XXII-35. 


192  LA   PROVENCE   i)U    PREMIER   AU    XII^    SIÈCLE 

du  diocèse  d'Arles^,  par  Vitrolles,  Rognac,  Velaux,  Berre,  Saint- 
Ghamas,  la  partie  occidentale  de  Gornillon  (Cornillon  et  le  Pont 
du  Rhaudj,  Grans  et  Salon  ^  ;  du  diocèse  d'Avignon,  par  Lama- 
non  et  Sénas  2.  Puis,  traversant  la  Durance,  elle  suivait  les  limites 
du  diocèse  de  Gavaillon,  par  Gheval-Blanc,  Mérindol,  Ménerbes, 
Goult  et  Gordes  •^,  en  côtoyant  le  Limergue,  flumen  Liminicus.  Elle 
suivait  celles  du  diocèse  de  Garpentras,  par  Murs,  la  partie  septen- 
trionale de  Lioux  (Bezaure  et  Saint-Lambert),  Monieux,  Sault, 
Aurel,  Monieux  et  Bedoin,  ces  trois  dernières  localités  sur  les 
pentes  méridionales  du  mont  Ventoux  ^.  Elle  suivait  celles  du  dio- 
cèse deVaison,en  passant  au  nord  du  Ventoux,  par  Beaumont, 
Saint-Léger,  Buis-les-Baronnies  (sauf  Ubrieux),  Beauvoisin, 
Ollon  et  Ghâteauneuf-de-Bordette  '\  Enfm,  elle  suivait  celles  du 
diocèse  de  Die,  par  Aubres  sur  l'Eygues,  Gondorcet,  Saint-Fer- 
réol,  Villeperdrix,  Arnayon,  la  Motte-Chalancon,  Bottier,  Esta- 
blet,  Saint-Dizier,  Valdrôme,  la  Bâtie-des-Fonds,  les  Prés, 
Beaurières  sur  le  versant  occidental  du  col  de  Cabre,  la  Bâtie- 
Gremezin,  le  Pilhon,  Bonneval,  Glandage,  Lus-la-Groix-Haute, 
Tréminis,  Pellafol,  Gordéac,  Saint-Sébastien  et  Saint-Jean-d'Hé- 
rans,  ces  quatre  dernières  localités  sur  le  Drac  ^\  En  outre,  de  la 
province  d'Arles  relevaient  Fenclave  arlésienne  de  Vernègues 
dans  le  diocèse  d'Aix,  l'enclave  marseillaise  de  Saint-Gannat 
dans  le  diocèse  d'Aix,  et  l'enclave  dioise  deRémuzat  dansle  dio- 
cèse de  Gap.  Par  contre,  de  la  province  d'Aix  relevait  dans  le 
diocèse  d'Arles  l'enclave  aixoise  d'Istres. 

La  frontière  occidentale  de  la  province  d'Aix,  de  la  Môle  à 

1.  F'euilles  XXII-3o,  XXII-34. 

2.  Feuilles  XXII-3i  et  XXII-33. 

3.  Feuilles  XXII-33.  Voir  Fénumération  des  paroisses  du  diocèse  de 
Cavaillon  dans  Achard,  l,  I,  p.  435. 

4.  Feuilles  XXII-33,  XXII-32,  XXIII-32,  XXIII-33,  XXIII-32  et  XXII-32. 
Voir  rénumération  des  paroisses  du  diocèse  de  Garpentras  dans  Achard, 
t.  I,  p.  421. 

b.  Feuilles  XXII-32,  XXIl-3i.  Voir  Fénumération  des  paroisses  dauphi- 
noises du  diocèse  de  Vaison  dans  J.  Brun-Durand.  Dict.  de  la  Drôme, 
p.  XIX  et  des  autres  dans  Achard,  t.  II,  p.  546. 

6.  Feuilles  XXII-3I,  XXIII-31,  XXIII-30,  XXIII-29,  XXIV-29,  XXIII-29. 


LE   ROYAUME   DE   BOURGOGNE-PROVENCE  ^93 

Saint-Pierre-de-Méaroz,  suivait,  en  conséquence,  les  limites  suc- 
cessives du  diocèse  de  Fréjus,  par  la  Môle,  Grimaud,  la  Garde- 
Freinet,  les  Mayons-du-Luc,  Gonfaron  et  Pignans  ^  ;  elle  suivait 
celles  du  diocèse  d'Aix,  parBesse,  Camps,  Brignoles,  Garéoult,  la 
Roquebrussanne,  Mazaugues,  Rougiers,  Saint-Maximin,  Pour- 
cieux,  Pourrières,  Trets,  Peynier,  Belcodène,  Gréasque,  Saint- 
Savournin,  Mimet,  Simiane,  Bouc,  Cabriès,  Aix,  Ventabren,  la 
Fare,  Lançon,  Comphoux  (commune  de  Cornillon),  Lançon,  Pelis- 
sanne.  Aurons,  Alleins,  Mallemort,  Gharleval,  la  Roque-d'Anthé- 
ron  et,  franchissant  la  Durance,  du  Puget,  de  Lauris  sur  la  pente 
méridionale  du  Luberon  -.  La  frontière  de  la  province  suivait 
ensuite,  au  delà  du  Luberon,  les  limites  du  diocèse  d'Apt,  par  Bon- 
nieux,  Lacoste,  Bonnieux,  Roussillon,  Joucas,  Saint-Saturnin- 
d'Apt,  Lioux  (moins  Bezaure  et  Saint-Lambert),  Saint-Saturnin- 
lès-Apt,  Villars  et  Saint-Christol  ^,  Elle  suivait  celles  du  diocèse 
de  Sisteron,  par  Saint-Trinit  et  Ferrassières  au  sud  du  Ventoux'*. 
La  frontière  suivait  ensuite  les  limites  du  diocèse  de  Gap,  par  Mont- 
brun,  Reilhanette,  Savoillans,  Brantes,  localités  qui  se  trouvent 
sur  le  Toulourenc  au  nord  du  Ventoux,  puis  par  Plaisians^  Eyga- 
liers  et  la  Roche-sur-le-Buis  \  Elle  suivait  ensuite  les  limites  de 
l'ancien  territoire,  jadis  contesté  entre  Vaison  et  Gap,  maintenant 
placé  sous  la  garde  de  Sisteron ,  par  Ubrieux  sur  l'Ouvèze  (commune 
du  Buis),  Rochebrune,  Montaulieu,  les  Pilles  sur  l'Eygues, 
Ey rôles,  Sahuneet  Saint-May  f^.  Enfin,  elle  suivait  de  nouveau  les 

1.  Feuilles   XXV-36,  XXV-35,  XXIV-3o. 

2.  Feuilles  XXIV-3o,  XXlII-35,  XXII-35,  XXII-34,  XXII-33,  XXII-34, 
XXII-33.  Voir  l'énumération  des  paroisses  du  diocèse  d'Aix  dans  Achard, 
i.   I,  pp.  201-202. 

3.  Feuilles  XXII-33,  XXIII-33,  XXIlI-32,  XXIlI-33,  XXIll-32. 

4.  Feuille  XXIIl-32.  Voir  l'énumération  des  paroisses  du  diocèse  de 
Sisteron  dans  Achard,  t.  II,  pp.  382-383,  et  dans  Brun-Durand,  Dict.  delà 
Drôme,  pp.  xx. 

5.  Feuilles  XXIII-32,  XXII-32,  XXII-31. 

6.  Feuille  XXII-31.  Eyroles  dépendait  de  l'évêché  de  Die  au  temporel 
(L.  Fillet,  Etat  des  revenus  de  Vévêché  de  Die  vers  1A7A,  Paris,  Leroux,  1890. 
Extrait  du  Bull,  hisior.  etphilol.  du  comité  des  travaux  hist.,  p.  10)  ;  mais  son 
terroir  ne  faisait  pas  partie  du  diocèse  de  Die,  car  il  ne  figure  pas  dans  les  v  isites 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Chartes.  —  VII.  13 


194  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl**  SIÈCLE 

limites  du  diocèse  de  Gap,  par  Cornillon,  Cornillac,  la  Charce, 
Sainte-Marie,  Bruis,  Montmorin,  l'Épine,  la  Piarre,  Aspremont, 
Saint-Pierre-d'Argençon,  la  Baume  sur  le  versant  oriental  du  col 
de  Cabre,  la  Haute-Baume,  Montbrand,  Saint-Julien-en-Beau- 
chêne,  la  Cluse,  Ag-nières,  Saint-Disdier-en-Dévoluj,  Monestier- 
d'Ambel,  Ambel,  Corps,  Quet-en-Beaumont,  la  Salle  et  Saint- 
Pierre-de-Méaroz  K 

La  frontière  orientale  de  la  province  d'Aix,  d'Antibes  k  Orcières, 
avant  le  rattachement  d'Antibes  à  la  province  d'Embrun,  suivait 
les  limites  du  diocèse  d'Antibes,  parles  îles  de  Sainte-Marg-uerite, 
Antibes,  Biot,  Valbonne,  Roquefort,  le  Bar,  Gourdon,  Cipières, 
Caussols  et  Saint-Vallier  -  ;  du  diocèse  de  Fréjus,  par  Escra- 
gnolles,  Séranon,  Val  de  Roure,  Séranon,  Châteauvieux,  Brenon 
et  Comps  ^  ;  du  diocèse  de  Riez,  par  Trigance,  Rougon, 
Châteauneuf-lès-Moustiers,  Levens,  Majastre,  Le  Poil,  Greisset, 
Beynes,  Châteauredon^  Mézel,  Saint-Jeannet  et  Espinouse 
sur  la  Bléone  ^.  A  partir  de  ce  cours  d'eau,  la  frontière  suivait 
les  limites  du  diocèse  de  Gap  par  Mirabeau,  Barras,  la  par- 
tie de  Thoard  sur  la  rive  droite  de  l'Esduye,  Saint-Estève, 
Auribeau,  Feissal,  Authon,  Esparron-la-Bâtie,  Bayons,  Clamen- 

épiscopales  de  1509  (L.  Fillet,  Etat  des  diocèses  de  Die  et  de  Valence  en 
4  509,  d'après  un  document  original  inédit.  Valence,  Céas,  1882,  pp.  24  et 
39).  Il  ne  figure  pas  davantage  dans  le  compte  des  visites  par  le  com- 
missaire épiscopal  dans  le  diocèse  en  1449-1450  (Brun-Durand,  Pouillé 
historique  du  diocèse  de  Die,  Grenoble,  Maisonville,  1876,  in-8). 

1.  Feuilles  XXIl-31,  XXIIl-31,  XXIII-30,  XXIII-29,    XXIV-29,    XXIII-29. 
Beauchêne  n'indique  pas  la  présence  de  beaux    chênes.    Le  cours  d'eau 

qui  porte  le  nom  de  Buëch,  [rivuni]  *Beduclum,  ou  Bedactuni{'l)  coule  dans 
une  vallée  qui  par  suite  s'appelait  [vallem]  *Beductanam,  d'où  Biochane, 
puis  Beochane  et  Beochaine,  d'où  Beauchaine.  C'est  ainsi  que  les  ruisseaux, 
descendant  du  col  de  Cabre,  s'appellent  les  ruisseaux  de  Chaurane,  c'est-à- 
dire  :  [vallem]  Cauranam.  Le  col,  appelé  de  Cabre  par  suite  d'une  pronon- 
ciation étrangère  au  pays  où  il  se  trouve,  a  pris  le  nom  du  ruisseau  qui  coule 
dans  la  vallée.  Le  hameau  de  Chaures,  dans  la  commune  de  la  Baume, 
retient  le  nom  primitif  du  cours  d'eau  sur  lequel  il  a  été  bâti. 

2.  Feuilles  XXVl-34,  XXVI-33,  XXVI-34. 

3.  Feuilles  XXVl-34,  XXV-34,  XXV-33,  XXV-34. 

4.  Feuilles  XXV-34,  XXV-33,  XXlV-33,  XXlV-32,  XXlV-33,  XXlV-32. 
Voir  rénumération  des  paroisses  du  diocèse  de  Riez  dans  Achard,  t.  II,  pp. 
284-285. 


LE  ROYAUME  DE  BOUKGOGNE-PRO VENGE  195 

sane  sur  la  Sasse,  le  Caire,  Gurbans  sur  la  Durance,  Urtis,  Ven- 
terol,  Piégut  sur  la  rive  gauche,  Valserres  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance,  Jarjajes,  Rambaud,  la  Bâtie-vieille,  la  BAtie-Neuve, 
Ancelle  et  Orcières  ^. 

La  frontière  occidentale  de  la  province  d'Embrun,  limitrophe 
de  la  précédente  de  Villeneuve-Loubet  à  Ghâteauroux,  suivait  les 
limites  du  diocèse  de  Vence  par  Villeneuve-Loubet,  la  Colle,  Tour- 
rettes-sur-Loup,  Courmes,  Gréolières,  Andon,  Caille  et  Andon^; 
du  diocèse  de  Senez-Castellane  par  Saint-Auban,  Peyroules,  la 
Garde,  Eoulx,  le  Bourguet,  Taloire,  Chasteui),  Blieux,  Barrême 
et  Ghaudon^;  du  diocèse  de  Digne,  par  Bédejun,  Entrages,  Gau- 
bert,  Saint-Jurson,  Le  ChalTaut,  Lagremuse  sur  la  rive  gauche, 
Malemoissonsur  la  rive  droite  delaBléone,  Aiglun,Ghamptercier, 
la  partie  de  Thoard  placée  sur  larivegauche  de  l'Esduye,  la  Robine, 
Ainac,  Lambert  et  Barles  ^;  finalement  du  diocèse  d'Embrun,  par 
Selonnet,  Saint-Martin-lès-Seyne,  Bréziers,  BellafTaire,  Astoin, 
Faucon,  Gigors,  Rochebrune  sur  la  rive  gauche  et  Remollon  sur 
la  rive  droite  delà  Durance,  Saint-Etienne  d'Avançon,  Avançon, 
Montgardin,   Chorges,  Réallon  et  Ghâteauroux 5. 

Ce  sont  là,  au  x^  siècle,  les  frontières  du  duché  de  Provence  et 
de  chacune  des  trois  provinces  antiques  qui  en  forment  l'étendue; 
au  xii^  siècle,  ce  seront  les  mêmes. 

Il  suffît  d'ajouter  que  les  partages  comtaux  du  xii^  siècle 
provoqueront  une  nouvelle  répartition  de  la  marche  qui  aura 
succédé  au  duché  ;  elle  se  divise  alors  en  trois  marqui- 
sats. Cette  répartition  ne  bouleverse  pas  le  cadre  existant  :  elle 
en   utilise    tous    les    éléments    traditionnels.    Il  y   avait     trois 

1.  Feuilles  XXIV-32,  XXIV-31,  XXlV-30,  XXV-30. 

2.  Feuilles  XXVI-34,  XXVI-33,  XXV-33. 

3.  Feuilles  XXV-33,  XXIV-33,  XXIV-32.  Voir  l'énumération  des  paroisses 
du  diocèse  de  Senez  dans  Achard,  t.  II,  pp.  358-359. 

4.  Feuilles  XXIV-32,  XXI V-31.  Voir  l'énumération  des  paroisses  du  dio- 
cèse de  Digne  dans  Achard,  t.  I,  p.   501. 

5. 'Feuilles  XXIV-31,  XXIV-30,  XXV-30.  Voir  l'énumération  des  paroisses 
provençales  du  diocèse  d'Embrun  dans  Achard,  t.  I,  pp.  512-514,  et  des 
dauphinoises    dans   Roman,  Dict.  topogr.  des  Hautes-Alpes,  pp.    xxv-xxvi. 


196  LA   PROVENCE   DU  PREMIER  AU  XIl^    SIÈCLE 

copartageants  et  ils  auraient  pu  s'adjuger  à  chacun  l'une 
des  trois  provinces  :  mais  ce  n'est  pas  ce  qu'ils  font.  Ils  tiennent 
compte  à  la  fois  du  cadre  romain,  existant  en  450  lors  de  l'arrivée 
des  barbares,  et  de  l'exemple  donné  par  l'occupation  des  barbares 
eux-mêmes  de  480  à  523:  la  Durance  était  d'ailleurs  une  limite 
intermédiaire  et  naturelle  tout  indiquée.  Le  premier  lot  se  compose 
delà  partie  des  trois  provinces  située  au  sud  delà  Durance,  c'est-à- 
dire  de  la  Provence  gothique,  et  ce  lot  se  dénomme  «  le  Comté  de 
Provence  ^  ».  Le  second  lot  se  compose  du  restant  de  la  province 
d'Arles  situé  au  nord  de  la  Durance  et  ce  lot,  auquel  les  historiens 
modernes  réservent  à  tort  le  nom  de  «  Marquisat  de  Provence  », 
se  dénomme,  semble -t-il,  le  «  comté  de  Venisse  ou  Venaissin  ». 
Le  troisième  lot  se  compose  du  restant  des  provinces  d'Aix  et 
d'Embrun  situé  au  nord  de  la  Durance,  et  ce  lot  se  dénomme 
«  le  comté  de  Forcalquier».  Ces  deux  derniers  lots  réunis  ne  sont 
autre  chose  que  l'ancienne  Provence  bourguignonne,  dans  sa  plus 
grande  extension.  L'union  était  plus  intime  entre  les  comtes  de 
Venaissin  et  les  comtes  de  Forcalquier  qu'elle  ne  l'était  entre  les 
comtes  de  Venaissin  ou  les  comtes  de  Forcalquier  et  les  comtes 
de  Provence  :  c'est  tout  naturel.  La  limite,  entre  les  comtés  de 
Forcalquier  et  de  Venaissin,  partait  du  Vernègues  de  Cavaillon, 
exactement  comme  jadis  la  frontière  entre  les  Provences 
bourguignonne  restreinte  et  auvergnate.  La  cité  d'Avignon 
et    risle,    dans    le  diocèse    de   Cavaillon,     restèrent    indivis  2. 

1.  Le  précepte  royal  d'inféodation  de  la  Provence,  émané  de  Rodolphe  en 
faveur  de  Charles  d'Anjou  roi  de  Sicile  et  daté  de  Vienne  le  28  mars  1280, 
emploie  les  expressions  suivantes  très  précises  :  <(  comitatum  et  marchiona- 
tum  Provincie,  intendentes  hec  duo  nomina  scilicet  comitatum  et  marchio- 
natum  esse  sinonima  et  unum  non  diversa  supponere,  et  comitatum  Folkal- 
kerie. .  .  acomnia  que  infra  comitatus  ipsos  consistentia  Romanorum  impe- 
ra tores  .  .  .quondam  domino  RaymundoBerengariocomitiet  marchioni  Pro- 
vincie ac  comiti  Folkalkerii  .  .  .donaverunt,  presenti  privilegio  confirma- 
mus.  .  .  vobis.  .  .  »  [LesRegislres  de  Martin  IV,  Paris,  Fontemoing,  avril  1901, 
pp.  5-6,  n^  11_,  §  1).  Ce  précepte,  qui  ne  peut  concerner  le  marquisat  de  la 
rive  droite  de  la  Durance  et  le  comtat,  prouve  que  le  marquisat  englobait 
le  comté  de  Provence  sur  la  rive  gauche,  tout  aussi  bien  que  le  comté  de 
Venaissin  sur  la  rive  droite. 

2.  1195;  limites  des  comtés  Venaissin  et  Diois  :  sicut  comitatus  extenditur 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  197 

Il  semble  en  avoir  été  de  même  pour  la  cité  de  Nice 
dans  le  comté  de  Provence  ^.  De  plus,  en  amont  de  la  vallée  de 
Barcelonnette  et  en  dehors  de  cette  vallée,  la  rive  gauche  de  la 
Durance  fut  jointe  au  comté  de  Forcalquier  dont  les  limites,  sur 
cette  rive  gauche,  étaient,  à  peu  de  choses  près,  celles  du  dépar- 
tement actuel  des  Hautes-Alpes  -. 

Tels  ont  été  les  divers  remaniements  subis  par  les  limites  de 
la  Provence,  depuis  la  création  de  la  province  romaine  de  la  Gaule 
Transalpine  vers  120  avant  J.-C.  jusqu'à  la  fin  du  xii^  siècle. 
Dans  son  ensemble,  la  Provence  était  ainsi  formée  des  trois  pro- 
vinces, telles  quelles  avaient  été  constituées  du  temps  de  l'em- 
pire gaulois  (267-273),  Ces  provinces  portèrent  dès  le  début  du 
V®  siècle  le  nom  global  de  Provence  ;  réduites  au  nord  le  5  mai  4S0 
lors  de  l'arrivée  des  barbares,  réduites  à  l'ouest  lors  de  la  consti- 
tution du  duché  de  Lyonnais  dans  la  seconde  moitié  du  vin®  ou  la 
première  du  ix®  siècle,  ces  provinces  regagnèrent  par  la  dispari- 
tion du  Lyonnais,  du  temps  de  Louis  d'Outremer,  une  part  de  ce 
qu'elles  avaient  perdu  sur  la  rive  droite  du  Rhône. 

et  clauditur  a  monte  Alavernico  Juxta  Cavillionem  usque  ad  Rodanum  et 
usque  ad  Durentiam  et  fluvium  Isare  et  .  .  .medietatem  Insuie  et  Avinionis. 

Limites  du  comté  de  Forcalquier:  sicutcomitatus  tuiis  extenditur  et  clau- 
ditur a  monte  Alavernico  usque  ad  montem  Genevum  et  usque  ad  Pontem 
Altum  etcollum  Câpre  . .  .  et  medietatem  Insuie  et  Avinionis  et  quod  habeset 
tenes  in  villa  de  Germannanicis  (Arch.  des  Bouches-du-Rhône,    B.   297). 

En  réalité  les  comtés  de  Venaissin  et  de  Diois  ne  s'étendaient  pas  jus- 
qu'à l'Isère,  maisjusqu'à  la  Bourne,  affluent  del'Isère,  et  à  cinq  kilomètres  de 
l'Isère.  De  même,  le  comté  de  Forcalquier  ne  remontait  pas  la  Durance  jusqu'à 
sa  source  au  mont  Genèvre,  mais  jusqu'à  Chancella,  placé  à  trente  kilo- 
mètres environ  en  aval.  Les  deux  comtes  se  font,  dirait-on,  la  politesse 
réciproque  d'étendre  la  domination  de  son  voisin  un  peu  plus  loin  qu'elle 
n'atteignait  en  réalité,  mais  du  côté  qui  ne  gênait  pas  celui  des  deux  qui 
porte  la  parole.  En  ce  qui  concerne  leurs  limites  communes,  elles  sont 
indiquées  au  contraire  d'une  manière  aussi  rigoureuse  que  possible.  Au 
sud,  le  Vernègues,  sur  le  terroir  de  Lagnes,  est  presque  à  la  limite  du  dio- 
cèse de  Cavaillon  vers  celui  d'Apt.  Au  nord,  Pont-Haut,  sur  la  Bonne,  est 
à  la  limite  du  diocèse  de  Gâp,  très  près  du  diocèse  de  Die.  Enfin,  entre  ces 
deux  points  extrêmes,  le  col  de  Cabre  est  exactement  à  la  limite  entre  Die 
et  Gap.  Germignargues  était  sur  le  Thor,  vers  Monclar  et  l'Espacet. 

1.  1174.  Voir  ci-dessus,  p.  189,  note  2. 

2.  28  avril  1127.  Voir  ci-dessus,  p.  172,  note  2. 


198  LA    PROVEKCE    DU    PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

Le  partage  des  trois  provinces  en  Provence  bourguignonne  et 
Provence  gothique,  une  fois  le  sol  entièrement  soumis  aux  bar- 
bares (480-523),  correspond  à  la  Haute  et  à  la  Basse-Provence, 
séparées  par  la  Durance.  Cette  séparation  naturelle  sera  reprise 
comme  base  au  xu^  siècle  par  les  comtes  co-partageants,  qui 
créeront  le  comté  de  Provence,  le  comté  Venaissin  et  le  comté  de 
Forcalquier  :  ils  combineront  cette  division  naturelle  avec  la  divi- 
sion antique  des  trois  provinces  gallo-romaines. 

La  création  d'une  Provence  austrasienne,  du  temps  de  Con- 
tran, peut  expliquer  l'origine  des  terres  adjacentes  et  faire  prévoir 
l'effacement  progressif  d'Arles  devant  Aix;  elle  explique  aussi  la 
diffusion  des  cultes  auvergnats  de  Sidoine,  Maximin,  Marthe  et 
Madeleine,  opérée  par  le  patrice  Bonnet  aux  frontières  de  cette  Pro- 
vence, dans  les  postes  militaires  établis  à  proximité  des  routes. 


II 

Les  comtes  d'Avignon^  d^ Arles  et  de  Glandèves 

(949-970). 

Il  se  peut  que  la  comtesse  d'Arles  Berthe,  influencée  par  son 
mariage  avec  le  comte  de  Rouergue,  ait  fait  reconnaître  le  roi  de 
France  en  Provence  après  la  mort  du  roi  deLombardie(10avril947); 
cette  tentative  n'eut  pas  de  succès.  Par  suite  de  diverses  circon- 
stances politiques,  le  roi  de  Jurane, souverain  légitime  de  la  Provence 
depuis  934, avait  vu  reculer  peu  à  peu  le  moment  où  ce  pays  lui  serait 
soumis.  Maître  du  Viennois  depuis  942,  l'occasion  offerte  par  la 
mort  du  roi  de  Lombardie  devait  être  saisie  par  lui  pour  se  faire 
reconnaître  dans  le  duché,  ou  bien  alors  il  fallait  y  renoncer 
définitivement.  De  fait,  les  actes  privés  les  plus  anciens  qui  men- 
tionnent son  règnesont  datés  des  ans  XII,  XIII  et  XIV  de  l'ère.  La 
question  est  de  savoir  quel  est  le  point  de  départ  adopté  alors  par 
les  scribes  artésiens  pour  Tère  en  question^  Sous  le  pontificat  de 

1.  Il  est  absolument  indispensable  de  s'en  tenir  aux  actes  offrant  une 
concordance    entre     le     jour    de   la    semaine   et   le   quantième    du   mois 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  199 

Manassès,  avec  le  prêtre  Odilon,  il  semble  que  le  point  de  départ 
adopté  ait  été  l'an  938  ;  c'est-à-dire,  en  somme,  le  début  du  règne 
en  Jurane,  puisque  Rodolphe  II  était  mort  en  937.  Dans  ces  con- 
ditions, le  premier  acte  qui  mentionne  à  Arles  le  règne  de  Con- 
rad est  du  7  octobre  949.  Le  roi  de  Jurane  a  donc  établi  son  auto- 
rité sur  la  Provence  entre  le  mois  de  septembre  948  et  le  mois 
d'octobre  de  l'année  suivante.  On  a  vu  que  la  marche  de  Viennoise, 
en  obéissant  soit  au  roi  de  France,  soit  au  roi  de  Jurane,  à  dater 
de  933,  avait  l'ambition  de  former  un  royaume  à  elle  seule  et 
dénommait  son  souverain  roi  de  Viennoise.  Cette  ambition,  le 
duché   de  Provence  se  devait  de  l'avoir  à  plus  forte  raison  :    il 


pour  déterminer  avec  certitude  le  point  de  départ  de  l'ère.  L'indiction 
n'est  pas  sûre. 

A  Arles,  on  a  les  actes  suivants,  sous  le  pontificat  de  Manassès  : 

«  Facta. .  .  in  Arelate  ci  vitale  publiée,  nonis  octobris,  anno  XII  régnante 
Conrado  reg-e  Alamannorum  vel  Provincie.  .  .  Hodilus  humilis  presbyter 
rogatus  scripsit  ))(Chantelou,  Hisl.de  Montmajour,  éd.  du  Roure,  pp.  25-27). 

K  Facta...  ad  sanctum  Petrum  XVI  kal.  februarii  anno  XIII  régnante 
Conrado  rege  Alamanorum  sive  Provincie...  presbiter...  scripsit...  » 
{Ibid.,  pp.  29-30). 

<(  Data  permanumRoberti  dyaconi  pridie  idus  decembris,  notato  die  vene- 
ris  XIIII  anno  régnante  Gondradorege.  n[GalL  Christ,  noviss.,  Arles,  n°  252). 

«Facta...  in  Arelate   civita  te  publiée  XVIIII  kal.  septembris    anno    XV 

régnante  Gonrato Hodilus    humilis   populo    (!)  rogatus    scripsit...  » 

{Ibid.,  n«  255). 

«  Facta. . .  IlIIidusdecembris  anno  XV  régnante  Conrado  rege, . .  Odilus 
presbiter  scripsit  »  (n°  256). 

((  Facta.  ..  in  Arela  civitate  publiée,  in  mense  novembris  anno  XXII 
régnante  Conrado  rege  Alamannorum,  vel  Provinciarum . ,  .  Odilus  presbi- 
ter firmavit  et  scripsit  »  [Ibid.,  n°  260). 

Le  notaire  usuel  était  alors  le  prêtre  Odilon;  il  est  suppléé,  dans  le  troi- 
sième de  ces  actes,  par  le  diacre  Robert  et  celui-ci  note  le  jour  delà  semaine, 
ce  que  ne  faisait  pas  Odilon.  Or  l'acte  de  Robert  est  du  vendredi  42 
décembre  [951]  l'an  XIV  :  comme  ce  diacre  suppléant  ne  devait  pas  obser- 
ver un  style  différent  que  celui  du  prêtre  Odilon  pour  le  début  du  règne,  il 
est  presque  certain  que  le  style  employé  alors  à  Arles  était  le  style  de  938. 
Les  actes  d'Odilon  doivent  donc  avoir  été  passés  à  Arles  le  [dimanche]  7 
octobre  [949]  l'an  XII,  à  Montmajourle  17  janvier  [950]  Tan  XIII,  à  Arles  le 
14  août  [952]  l'an  XV,  le  10  décembre  [952]  Fan  XV,et  à  Arles  en  nov.  [959] 
l'an  XXII.  Quand  Manassès  mourut,  Odilon  fut  remplacé  dans  ses  fonctions 
et  le  style  put  changer.  Voir  ci-dessous,  p.  217,  n.  4. 


200  LA  PROVENCE    DU    PREMIER    AU     XIl"    SIÈCLE 

dénommera  son  souverain  roi  des  Provences  ou  roi  de  Provence. 
A  Arles,  le  roi  de  Jurane  sera  donc  qualifié  roi  d'Allemagne  et 
de  Provence,  pendant  qu'à  Vienne  il  était  qualifié  roi  de  Bour- 
gogne et  de  Viennoise.  Les  Provençaux  entendaient  par  Alle- 
magne le  pays  que  les  Viennois  dénommaient  Bourgogne,  c'est- 
à-dire  le  royaume  de  Bourgogne  jurane  dont  une  partie  était  de 
langue  germanique. 

Le  premier  soin  du  nouveau  roi  de  Provence  fut  d'y  renouveler 
le  personnel  comtal  et  vicomtal.  L'acte  du  7  octobre  949  prouve 
qu'il  avait  déjà  institué  un  nouveau  comte  d'Arles  en  remplace- 
ment de  Berthe.  Un  précepte  du  18  août  [950],  l'an  XIV,  fait 
paraître  bientôt  Arlulf.  Le  roi  ne  qualifie  pas  ce  quidam,  il  lui 
concède  simplement  une  dépendance  de  la  mense  comtale  de  Mar- 
seille sise  au  comté  d'Aix,  c'est-à-dire  le  domaine  deTrets,  avec 
la  tour  et  tout  ce  qui  en  dépendait  ^.  On  sait  cependant  que  cet 
Arlulf  est  le  premier  des  vicomtes  de  Marseille,  delà  maison  féo- 
dale; puisqu'il  reçoit  à  cette  date  les  dépendances  du  comté  de 
Marseille  sises  au  dehors,  on  peut  être  assuré  qu'il  avait  déjà 
recule  comté  de  Marseille  proprement  dit.  En  fait,  Marseille  fai- 
sait partie,  on  l'a  dit,  du  groupe  de  cités  dépendant  du  comte 
d'Arles  :  il  résulte  de  là  qu'Arlulf  tenait  le  comté  de  Marseille 
sous  l'autorité  du  comte  d'Arles  avec  la  qualité  propre  de  vicomte. 
Et,  en  effet,  il  est  remarquable  que  le  précepte  royal  ne  donne 
pas  à  Arlulf  la  qualité  de  fidelis  :  la  raison  en  est  sans  doute  que, 
dans  le  groupe  des  cités  dépendant  d'Arles,  seul  le  comte 
d'Arles  était  fidelis  direct  du  roi  parmi  les  laïcs.  Le  vicomte,  qui 
tenait  du  comte  un  ou  plusieurs  des  autres  comtés  du  groupe  uni  à 

1.  18  août  [930].  <(  Chuonradus  gratia  Dei  rex,  .  .  nolum  sit  omnibus  fide- 
libus  qualiter  quidam  homo  nomine  Arlulfus  petiit.  .  .incurie  de  Tresia  que 
est  pertinens  ex  comitatu  Marsiliacense  et  jacet  in  comitatu  Aqueuse.  . .  » 
{Cart.  de  Saint-Victor,  n»  1041). 

Arlulf  devait  être  déjà  d'un  certain  âge,  car  il  était  mort  dès  965  [Ibid., 
n°  29)  :  son  nom  sera  porté  encore  par  l'un  de  ses  petits-enfants  [Ibid.,  n"  77). 

Il  fut  le  père  de  Guillaume  et  d'Aicard.  Cf.  l'acte  du  12  août  1060  :  «  fuit 
miles  nobilissimus  nomine  Arlulfus  pater  Willelmi  et  Aicardi.  .  .  »  (Chan- 
telou,  Hist,  de  Montmajour,  éd.  du    Roure,  p.  130). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  201 

Arles,  était  non  pas  le  féal  du  roi,  mais  son  féal  à  lui.  Ce  pré- 
cepte prouve  aussi  que  le  roi  avait  choisi  comme  chancelier,  non 
pas  l'archevêque  d'Arles  ou  son  rival  l'archevêque  de  Vienne,  mais 
l'évêque  de  Valence  dont  le  sièg^e  était  placé  entre  la  Provence  et  le 
Viennois. 

Les  actes  émanés  du  nouveau  comte  d'Arles,  du  7  octobre  949  au 
mois  de  mars  965^,  sont  datés  d'Arles:  là  était  sa  résidence  ordi- 
naire, pendant  que  son  vicomte  résidait  à  Marseille.  Ces  actes,  où 

1.  Arles,  7  octobre  [949].  Échange  entre  Tarchevêque  Manassès  et  Teu- 
cinde  :«  in  comiLatu  Arelatensi,insolamsancti  Pétri  que  nominatur  aMonte- 
majori.  .  .  quod  pertinet  ad  prepositum.  .  .  Facta  commutatione.  .  .  in  Are- 
late  civitate  publiée,  nonis  octobris,  anno  XII  régnante  Conrado  rege  Ala- 
mannorum  vel  Provincie,  Israël  Aquensis  archiepiscospus,  Manassès  archi- 
episcopus  firmavit,  Contarus  Forojuliensis  firmavit,  Honoratus  episcopus 
firmavit. .  .  Lambertus  prcsens  fuit.  Boso  cornes  firmavit.  .  .  Ilodilus.  ,  .  scrip- 
sit  ))(ChanteIou,  Hist.  de  Montmajour,  éd.  du  Roure,  pp.  25-27). 

Arles,  14  août  [952].  Echange  entre  Teucinde  et  l'archevêque  :  ((incomitatu 
Arelatense,in  villa. .  .  Barcianicus.  .  .  Facta.  . ,  in  Arelate  civitate. .  .  XVIIII 
kal.  septembris  anno  XV  régnante  Gonrat'o rege.  Boso  cornes  firmavit.  Lan- 
bertus  judices  firmavit.  Hodilus.  .  ,  scripsit.  .  .  »  (Albanès,  Gall.  noviss., 
Arles,  n"  255). 

15  septembre  958.  «  Chuonradus.  ,  rex.  .  .  Boso  comes  intimavit.. .  abba- 
tiam  Sancti  Amantii...  Data  VII.  X.  Kalendas  octobris  anno  ab  incarnatione 
Domini  Jesu  Christi  DCGCCLVIIl,  anno  XXI  régnante  Chuonrado  rege  » 
[Rec.  des  Ch.  de  Cluny,n°  1052). 

Arles,  mai  [961].  «  ego  Gencius.  .  .  pro  seniore  meo  Bosone  et  uxor  sua 
quondam.  .  .  in  pago  Aqueuse  superiore,  ad  castrum. ,  .  Ansoyse.  . .  Facta..  . 
in  Arelate  civitate,  .  .  in  mense  maii,  anno  XXIV  régnante  Conrado  rege 
Alamannorum  vel  Provinciarum. .  .  Boso  comes  et  uxor  sua  Constantia  fir- 
maverunt.  Illorum  filii  similiter  Willelmus  comes.  Rotbaldus  comes.  ...  n 
[Montmajour,   pp.    37-38).    Les   souscriptions   des   fils    sont   postérieures. 

Arles,  9[6]4.  Election  de  Pons,  évoque  d'Orange,  en  remplacement 
d'Ebrseus  :  «  déficiente  metropolitano  Arelatensi,  consensu  augustalium 
principum  et  régis  nostri  Conradi  necnon  et  Bosonis  comitis  et  episcopo- 
rum  comprovincialium...  ecclesiœ  Arelatensis  agressi  magnificentiam... 
imperialem  adierunt  prœsentiam.. .  ;  commotus  igitur  Cœsar  Conradus  rex, 
immo  suadente  Bosone  comité,  obsecrantibus  etiam  prœlibatis  principibus, 
annuit  illis  imperiali  licentia  providere  quem  vellent...  »  [Gall.  Christ.,  t.  I, 
instr.  eccl.  Arausicanœ,  n°  1,  p.  131).  La  date,  corrompue,  estDCCCGXIV: 
il  faut  la  restituer.  L'acte  est  postérieur  à  948,  en  raison  de  la  présence  de 
Conrad:  il  est  antérieur  au  1^1-  mars  982,  date  à  laquelle  Pons  est  déjà 
évêaue  d'Orange  {Gall.  Christ.,  1. 1,  instr.  eccl.  Carpent.,  n»  ll,p.  148.  Dans 


202  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

paraît  le  comte  d'Arles,  sont  relatifs  à  des  localités  sises  aux  com- 
tés d'Arles,  de  Marseille,  d'Aix,  de  Fréjus,  d'Antibes,  d'Avignon, 
d'Orange,  de  Vaison,  de  Saint-Paul-Trois-Ghâteaux  et  de  Gap. 
Gela  ne  veut  pas  dire  que  tous  ces  comtés  fissent  partie  du  groupe 
de  cités  dépendant  de  lui  en  raison  de  ses  fonctions  :  dans  quelques- 
unes  d'entre  elles,  il  ne  possédait  évidemment  que  des  biens  par- 
ticuliers. Il  paraît  bien  certain,  toutefois,  que  les  cités  de  Marseille, 
d'Aix  et  de  Fréjus  rentraient  dans  le  groupe  en  question.  Le 
nouveau  comte  d'Arles  institué  par  Gonrad  porte  le  même  nom 
que  ses  deux  derniers  prédécesseurs  :  c'est  encore  un  Boson. 
11  est  impossible  de  le  confondre  avec  eux;  car  son  père,  dont  on 
n'a  que  le  nom,  s'appelait  lui-même  Roubaud;  sa  mère  est 
inconnue.  Sa  femme  s'appelle  Gonstance;  il  en  eut  deux  fils,  Rou- 
baud et  Guillaume.  Le  dernier  acte  où  figure  le  comte  Boson  est 
daté  d'Arles  au  mois  de  mars  965  :  c'est  un  plaid  comtal  dont  la 
rédaction  offre  beaucoup  d'intérêt.  Le  jugement,  prononcé  par  le 
comte,  obtient  l'assentiment  de  son  fils  Roubaud  et  de  son  frère 
le  comte  Guillaume.  11  résulte  de  là  tout  d'abord  que  Roubaud 
est   l'aîné   des  deux  fils  du  comte  et   on  pourrait  déjà  s'en  dou- 


cet  intervalle,  le  siège  d'Arles  n'a  été  vacant  qu'une  fois,  entre  Manassès 
et  Itier  :    de  là,  la  restitution   de  DCCCLXIV. 

Vienne,  8  décembre  966/4.  a  Chuonradus.  .  .  rex.  .  ,  hoc  quod  Boso  Arela- 
tensis  cornes  nobis  reddidit  ut  de  terra  sanctiRemigii  deFrancia.  .  .  insula 
maris.  .  .  Lirinis.  .  .  in  comitatu  Vuapinco. .  .  in  comitatu  Aquense...  sancte 
Marie  Antibolensis  »  [Ibid.,  pp.  44-45). 

Arles,  mars  96.J.  Plaid  «  in  conspectu  Bosoni  comitis  fdii  Rothboldi 
quondam.  .  .  inpago  Massiliense. .  .  consentiente  ejusfilio  Rothboldo  et  fra^ 
treejus  Wilelmo  comité.  .  .  annoig-itur  incarnationisdominice  DCCCCLXV, 
inditione  Vil  mense  martio,  régnante  Rodulfo  (sic)  rege  Alamannorum  seu 
Provenciarum.  .  .  Ego...  cornes  Boso...  scribi  et  manu  mea  robarare 
curavi.  Lambertus  judexfirmavit.  Cornes  W^ilelmus  firmavit.  .  .  n  {Saint- Vic- 
tor, n°  29).  Cet  acte  n'est  pas  le  seul  de  Conrad  passé  à  Arles  oii  le  nom  du 
roi  ait  été  lemplacé  parceluide  son  fils  Rodolphe  (cf.  Gall.  Christ,  noviss., 
Arles,  n"  281,  acte  du  31  décembre  l'an  XLII). 

Dans  l'expression  ejus  filio,  le  mot  ejus  se  rapporte  au  comte  Rou- 
baud ;  dans  fratre  ejus  qui  suit,  le  mot  ejus  répété  à  dessein  parle  scribe  se 
rapporte  encore  au  comte  Roubaud.  A  moins  d'en  méconnaître  le  sens 
naturel,    on  ne  peut  expliquer  autrement  ce  texte    très  clair. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  203 

ter  en  constatant  que,  selon  l'habituelle  transmission  du 
nom  de  l'aïeul  au  petit-fils,  c'est  lui  qui  porte  le  nom  de  son 
grand-père  paternel;  puisque  son  père  le  consulte  seul,  le  cadet 
n'était  probablement  pas  encore  majeur.  Il  résulte  aussi  de  ce  texte 
formel  que  le  comte  d'Arles  avait  un  frère,  également  comte, 
nommé  Guillaume  :  non  seulement  le  comte  d'Arles  en  parle  dans 
le  dispositif  pour  noter  son  consentement,  mais  ce  frère  appose 
sa  souscription  après  le  juge  arlésien,  en  indiquant  de  nouveau 
sa  qualité  de  comte.  Cette  part  approbative  prise  à  un  plaid  arlésien 
prouve  que  Guillaume  est  lui-même  comte  en  Provence  :  l'au- 
torité des  deux  frères  s'exerce  par  indivis.  Se  rappelant  l'analogue 
situation  qui  existait  de  911  à  926,  l'attention  se  porte  du  côté 
d'Avignon  pour  retrouver  le  siège  du  groupe  de  comtés  proven- 
çaux confié  à  Guillaume.  Précisément,  en  962,  à  Avignon  même,  un 
comte  Guillaume  donne  certains  biens  à  son  fils  le  clerc  Archimbaud 
qui,  en  retour,  devra  prier  pour  son  âme.  Ces  biens  sont  situés 
dans  le  comté  d'Avignon  et  le  donataire  devra  lui-même,  quand  il 
mourra,  les  léguer  aux  chanoines  de  Saint-Etienne  d'Avignon^. 
Le  prince,  qui  fait  cette  donation,  sent  approcher  la  mort  :  ce  n'est 
pas  un  homme  jeune,  mais  un  père  de  famille  déjà  âgé.  Impos- 
sible, bien  entendu,  de  l'identifier  avec  Guillaume  fils  du  comte 
d'Arles  :  en  965,  Roubaud  fils  aîné  de  ce  comte  ne  sera  pas  encore 
comte,  son  frère  cadet  Guillaume  l'était  encore  moins  en  962  et 
tous  deux  ne  le  deviendront  qu'à  la  mort  de  leur  père.  Il  est  tout 
indiqué,  par  contre,  devoir  dans  le  comte  d'Avignon  Guillaume, 

1.  Avignon,  962.  «  ego  Wilelmus  gracia  Dei  cornes.  .  .  eo  quod  ego  te  gêne- 
ra vi.  .  .  cedo  tibi  Archimbalde  filius  meus  clericus.  .  .  in  comitatu  Avenio- 
nense.  .  .  Actum  Avenione  civitateannoincarnationis  dominice  DCCCCLXÏI, 
indictione  IIII.  Boso,  cornes  ad  vicem  patris  sui  Wilelmi  conscribere  fecit 
et  firmare  rogavit  manu  sua  firma.  . ,  »  (Arch.  de  Vaucluse  G,,  cliap.  métr., 
art.  27  provisoire,  IT.  30  v°-31  r").  Ou  bien  l'acte  n'a  été  rédigé  qu'après  la 
mort  du  comte  Guillaume,  sur  l'initiative  de  son  fils  Boson,  devenu  comte 
par  cette  mort,  ou  bien  si  l'acte  a  été  ré  lige  du  vivant  de  Guillaume,  on 
serait  tenté  de  lire  ad  vicein  fratris  sui  Wilelmi.  Dans  ce  cas,  le  comte  Guil- 
laume n'aurait  eu  qu'un  fils,  le  clerc  Archimbaud,  et  le  comte  Boson  rédac- 
teur de  l'acte,  serait  le  comte  d'Arles.  La  première  hypothèse  est  cependant 
la  plus  probable. 


204  LA  PROVENCE    DU     PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

donateur  de  biens  en  962,  le  frère  de  ce  nom  que  le  comte  d'Arles 
consulte  en  9()5  et  qui  souscrit  le  plaid  arlésien,  à  titre  conflrma- 
tif.  Tous  deux,  Boson  et  Guillaume,  appartiennent  bien  à  la  même 
génération  :  Boson,  Taîné,  meurt  entre  965  et  967,  sa  femme  Con- 
stance entre  961  et  965;  Guillaume  le  cadet  se  sentait  vieillir  en 
962  et  ne  devait  guère  survivre  au  plaid  de  965.  Quant  à  sa  femme, 
si  elle  n'est  pas  connue,  c'est  que  probablement  elle  devait  être 
déjà  morte  en  962.  De  plus,  la  situation  de  Guillaume  à  Avignon 
complète  bien  celle  de  Boson  à  Arles.  Tout  cela  concorde. 

Le  clerc  Archimbaud,  donataire  du  comte  Guillaume  en  962, 
ne  fut  pas  son  seul  enfant.  L^acte  est  rédigé  au  nom  du  donateur 
par  les  soins  de  son  autre  fils,  le  comte  Boson,  qui  dut  lui  suc- 
céder après  le  mois  de  mars  965  et  qui  dut  mourir  lui-même,  sans 
enfants  mâles,  avant  le  i^''  avril  976  K  A  cette  dernière  date,  en 
effet,  on  voit  figurer  à  Avignon,  non  pas  ce  comte  Boson  fils  de 
Guillaume,  mais  les  comtes  Guillaume  et  Roubaud  d'Arles  ses 
cousins  germains,  qui  avaient  dû  recueillir  sa  succession  en  qua- 
lité d'héritiers  collatéraux  les  plus  proches. 

Les  archives  de  l'église  d'Avignon  renferment  un  acte  émané 
d'un  comte  Boson,  daté  d'octobre  942  et  de  la  IX^  indiction'-.   Ce 

1.  Avignon,  le  avril  976.  «  Landricus  gratia  Dei  episcopus.  .  .  reddo  ca- 
nonicis  sancti  Stephani  nostre  sedis,  .  .  in  nostri  diocesi.  .  .  Facta  carta 
ista  in  Avennione,  fuit  kalendis  aprilis  anno  ab  incarnatione  Domini 
DCCCCLXXVI.  S.  Walchaudiis  sancte  ecclesie  Cabilicensis  episcopus 
firmavi  manu  propria.  Silvester  episcopus  firmavit.  Guilelnius  firmavit. 
Rotbaldus cornes  firmavit.  Signum  Landrici  presulis.  .  .  Durandus  presbiter 
scripsit  »  (Vaucluse  G.,  chap.  métrop.,  n°  27,  f°  26).  Le  Gallia,  t.  I,  instr. 
eccl.  Avenion,,  p.  139,  n°  VII,  a  publié  cet  acte,  mais  sans  donner,  on  ne  sait 
pourquoi,  les  souscriptions  comtales. 

2.  Avignon,  9[66?].  «  Auctoritas  enim  jubet  ecclesiastica  et  lex  consistit 
romana  ut  quicquid  in  hoc  seculo  vivere  cupit  terrena  débet  despicere  et 
amare  celestia  utillud  adimplere  valeat  quod  Dominus  discipulis  suis  pre- 
dixit  :  ((  Operamini  non  cibum  qui  périt  sed  qui  permanet  in  vitam  eter- 
nam.  «IdeoqueegoBoso cornes.  .  .  casufragilitatiscorporismei  etpro  redemp- 
tione.  .  .  anime  genitoris  mei.  . .  villam.  .  .  Agello.  .  .  ultra  fluvium  Duren- 
tia  quam  pater  meus  ex  comparatione  adquisivit.  .  ,  transfundo  ad  ecclesiam 
sancte  Marie  et  sancti  Stephani  Avinionensis.  .  .  »  (Arch.  de  Vaucluse  G.  lo, 
f.  101^  dans  Tacte  du  24  nov.  1209).  Il  existe  dans  la  commune  de  Noves 
un  lieu  dit  Agel  et  une  porte  du  bourg  est  dite  :  Porte  d'Agel.  C'est  tout 


Lé  royaume  de  BOURGOGNE-PROVENCE  20S 

comte  déclare  donner,  pour  le  repos  de  l'âme  de  son  père  et  pour 
la  sienne,  à  l'église  N.-D.  et  Saint-Etienne  d'Avignon  le  village 
d'Agel,  au  delà  delaDurance  :  son  père  en  avait  acquis  une  part 
et  lui-même,  depuis  la  mort  de  son  père,  en  a  agrandi  la  consis- 
tance par  sespropres  acquêts.  La  date  dit  expressément  que  l'acte 
a  été  dressé  à  Avignon  :  elle  ne  le  dirait  pas  qu'on  le  saurait 
quand  même,  d'abord  parce  que  la  donation  s'adresse  à  l'église 
d'Avignon  et  surtout  parce  que  le  scribe  place  Agel  ultra  flu- 
vium  Durentia.  Si  la  date  de  Tannée  était  exacte,  il  faudrait  for- 
cément admettre  que  Berthe,  après  la  mort  de  son  premier  mari, 
en  935,  avait  conservé  seulement  Arles  en  Provence  et  que  le 
comté  d'Avignon  avait  été  donné  alors  à  un  autre  comte  Boson. 
Ce  Boson,  comte  d'Avignon,  devrait  dans  ce  cas  être  identifîéavec 
le  fils  deRoubaud  qui,  en  949,  succéda  dans  Arles  même  à  Berthe. 
Passant  d'Avignon  à  Arles,  il  aurait  été  remplacé  lui-même  à  Avi- 
gnon par  son  frère  cadet  Guillaume  qu'on  y  rencontrera  en  962. 
De  plus,  cet  acte  présumé  de  942  ferait  connaître  que  Roubaud,  le 
père  mystérieux  de  Boson  et  de  Guillaume,  avait  acquis  Agel 
avant  933  et  ce  serait  là  le  premier  renseignement  positif  donné 
sur  lui.  Mais  la  date  de  942  ne  concorde  avec  l'indiction  IX°  ni 
de  près  ni  de  loin;  cette  année  correspond  en  effet  à  la  XV^  et 
on  ne  peut  passer  de  IX  à  XV  d'aucune  manière  vraiseml)lable 
en  supposant  l'erreur  coutumière  d'un  X  pris  pour  un  V,  d'un 
V  pour  II,  ou  réciproquement.  Des  critiques  peuvent  observer 
que  l'indiction  est  généralement  inexacte  dans  le  calcul  des  dates 
à  cette  époque  :  mais  ces  critiques  doivent  observer  aussi  que 
les  inexactitudes  les  plus  fréquentes  sont  des  inexactitudes  qui 
coudoient  la  vérité.  L'inexactitude  absolue,  comme  celle  de  IX 
pour  XV,  est  une  exception  rare.  Cet  acte  de  942  n'est  pas  con- 
servé en  original  :  car  son  original  était  en  fort  mauvais  état  dès  le 
début  du  xiii^  siècle.  Il  faut  donc,  on  le  constate  à  regret,  que 
l'un  de  ses  copistes  plus  ou  moins  modernes  ait  fait  erreur,  en 
transcrivant  soit  la  date  d'années,  soit  l'indiction.  Gomme  la  date 

ce  qui  reste  d'Agelluin  ;  dans  la  môme  commune  se  trouve  Villargelle  qu'il 
ne  faut  pas  confondre  avec  Agel  et  dont  le  nom  est  moderne. 


206  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XII®   SIÈCLE 

d'année  est  le  groupe  de  chiffres  le  plus  long",  l'erreur  doit  porter 
sur  elle.  Ce  qui  le  confirme,  c'est  d'abord  que  le  préambule  est 
conçu  selon  le  type  d'une  formule  qui  sera  employée  à  Avignon, 
avec  des  variantes,  vers  964,  par  le  prêtre  Lambert,  tandis  qu'on 
n'en  connaît  pas  d'exemples  dans  la  première  moitié  du  x^  siècle, 
émanant  de  Provence.  Ce  qui  le  confirme  tout  à  fait,  c'est  que  la 
comparaison  de  l'acte  attribué  à  942  avec  l'acte  de  962  amène  un 
rapprochement  décisif.  L'acte  de  962,  dont  la  date  est  certaine, 
nomme  25  témoins  :  l'acte  de  la  IX^  indiction  en  a  19.  Or,  sur  ces 
19,  près  de  la  moitié  figurent  également  parmi  les  25  de  962. 
Pour  préciser,  ce  sont  les  2«,  3%  5%  6%  7%  8%  9%  10«  etl2«  témoins 
qui,  en  962,  sont  respectivement  les  3%  1«^  4%  8%  10%  13%  2% 
5^  et  11*^.  Pour  l'un  d'eux,  le  1^^  de  962,  il  peut  y  avoir  doute; 
mais  l'ensemble  est  frappant.  Une  alternative  s^impose  :  l'acte  de 
la  IX^  indiction  est  un  faux,  ou  bien  sa  date  a  été  mal  transcrite  et 
il  faut  le  restituer  à  une  date  très  rapprochée  de  962.  L'examen 
de  la  formule  initiale  de  l'acte  de  la  IX*^  indiction  amène  exacte- 
ment au  même  résultat,  puisqu'on  la  retrouve,  plus  développée 
cependant,  dans  un  acte  écrit  à  Avignon  par  le  prêtre  Lambert 
vers  964  K  L'acte  examiné  pourrait  être  rendu  suspect  parce  que 
Guillaume,  évêque  d'Avignon,  le  produisit,  comme  titre  de  pro- 
priété, dans  un  procès  :  l'original  étant  en  mauvais  état,  il  fallut  en 
faire  un  vidimus  à  Noves  le  24  novembre  1209  -.  Ce  ne  serait  pas 
la  seule  fois,  malheureusement,  qu'on  rencontrerait  ainsi  un  acte 
forgé  comme  titre  à  produire  dans  un  procès.  Malgré  cela,  l'acte 
paraît  bien  authentique  :  le  faussaire,  qui  l'aurait  rédigé  en  1209 


1.  «  .  ,  .qui  vult  dimittere  cupiditate  terrena  et  mereare  celestia.  .  .  ut.  .. 
valeat  pervenire.  ..  [operamini  non  cibum  qui  peritj  set  qui  permanet  in 
vitam  eternam.  .  .  »  (Chantelou,  Hist.  de  Montmajour^  éd.  du  Roure,  p.  39). 

2.  Noves,  24  novembre  1209.  «  prefatus  dominus  Guillelmus  episcopus 
quoddam  instrumentum  antiquissimum  vetustatefere  consumptum  in  causa 
predicta  introduxit,  cujusinstrumenti  ténor  hec  erat.  .  .  »  (Vaucluse  G.  15,f°s 
100  v°-i02  r°).  Cet  acte  de  1209  est  lui-même  en  copie  dans  le  cartulaire 
des  hommages  de  Févêché,  intitulé  Homagia  diversorum  1157  (G.  15,  reg. 
vélin  de  139  ff),  transcrit  après  le  21  novembre  1287  (f»  22  v°),  probable- 
ment sur  Tordre  de  Tévêque  Jacques  d'Uzech. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE- PROVENCE  207 

pour  l'évêque,  aurait  pu  sans  doute  emprunter  une  partie  des 
souscriptions  à  Tacte  authentique  de  962  qui  existait  dans  le  car- 
tulaire  du  xii®  siècle  aux  archives  du  chapitre.  Mais  ce  serait  bien 
invraisemblable  que  le  faussaire  eût  eu  connaissance  de  l'acte 
avig-nonnais  des  environs  de  964  auquel  il  aurait  emprunté  la  for- 
mule initiale  du  faux  commis  par  lui  :  cet  acte  de  964  était,  en 
effet,  déposé  aux  archives  de  Montmajour  et  non  pas  à  celles  de 
l'église  d'Avignon  ovi  n'existe,  croit-on,  aucun  modèle  pareil 
de  cette  époque.  De  plus,  ce  faussaire  se  serait  trahi  par  quelque 
inexpérience  dans  la  rédaction  de  la  pièce  destinée  au  jjrocès,  alors 
que  la  lecture  et  l'examen  de  ce  texte  ne  permet  de  relever  aucune 
irrégularité  choquante.  Tout  considéré,  l'acte  de  la  IX''  indiction 
produit  en  1209  paraît  bien  être  authentiqué.  Il  ne  peut  ainsi 
émaner  que  du  comte  Boson  fils  du  comte  d'Avignon  Guillaume 
et,  par  suite,  comme  l'indiction  doit  être  à  peu  près  exacte,  cet 
acte  doit  être  de  966  ou  des  années  voisines.  C'est  la  seule  date 
possible  ;  car,  en  mars  965,  Guillaume  père  de  Boson  vivait 
encore  et  en  976  Bosonlui-même  était  déjà  mort.  Ainsi  le  groupe 
dcccc.xlll  indictione  VIII"  doit  être  restitué  dcccclxv,  par  une  in- 
terposition du  /  avant  le  xei  le  changement  de  //  en  f ,  ou  bien  en 
dcccclxvi  on  bien  encore  en  dcccclxvil.  L'acte  émané  de  Boson 
remonte  donc  au  mois  d'octobre  965,  966  ou  967. 

Voilà  ce  que  les  archives  de  l'église  d'Avignon  permettent 
de  savoir  au  sujet  de  Guillaume,  comte  d'Avignon  (949  ?-965),  de 
ses  deux  fils,  le  comte  Boson  (966  ?,  -f  av.  970)  et  le  clerc 
Archambaud,  morts  sans  héritiers  directs  au  profit  de  leurs 
cousins  les  comtes  d'Arles.  L'existence  de  cette  branche  de  la 
maison   de    Provence  est    désormais  fixée. 

En  dehors  des  comtes  d'Arles  et  d'Avignon,  les  textes  indiquent 
un  comte,  Grifon,  qui  avait  dû  être  installé  en  même  temps 
qu'eux,  probablement  comme  comte  de  Glandèves  et  qui  avait 
des  rapports  avec  Apt  K  Ce  sont  les  trois  seuls  connus. 


1.  Apt.  19  février  [955],  l'an  XIII,  ind.  5.  «  Crifo,  cornes  et  nepos  meus 
Rothstagnus  clarissimus  episcopus...   in  comitatu  Atense...  villa  ..  Vallis... 


208  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XIl*^    SIECLE 

III 

Vorigine  de  Boubaud,  père  des  comtes  d'Arles  et  d'Avignon. 

Le  seul  point  qui  reste  obscur,  c'est  l'origine  de  Roubaud,  le 
père  des  comtes  d'Arles  Boson  et  d'Avignon  Guillaume  installés 
par  le  roi  de  Jurane  Conrad  quand  il  mit  la  main  sur  la  Provence 
en  949.  Si  la  comtesse  Berthe  avait  reconnu  le  roi  de  France  en 
948,  il  est  probable  que  Conrad  a  dû  la  remplacer  par  des  titu- 
laires nouveaux,  n'ayant  aucun  rapport  personnel  avec  elle.  Il 
faudrait  trouver,  de  préférence  en  Viennois,  ou  en  Bourgogne, 
un  pays  où  le  nom  de  Roubaud  ait  existé  dans  le  dernier  quart 
du  IX®  siècle,  et  dans  le  premier  quart  du  x''  :  on  pourrait  penser 
que  le  père  des  comtes  en  provenait. 

Roubaud  n'est  pas  un  nom  fort  répandu.  Au  milieu  du 
X®  siècle,  mais  pas  avant,  on  le  rencontre  à  Vienne,  porté  par  des 
gens  quelconques  dans  l'entourage  du  comte  de  Viennois  Charles- 
Constantin,  notamment  par  un  de  ses  écuyers  ou  valets.  C'est 
déjà  un  peu  tard  comme  temps  pour  l'objet  de  la  recherche, 
toutefois  l'indication  est  à  retenir  ^ 

pro  remedio  genitoris  mei  Crifonis  et  genitricis  meœ  Theviarda  et  matris 
nepotis  mei  episcopi  nomine  Ermengarda...  ecclesiam...  Sancti  Albani... 
Signiim  Grifoni  comitis...  »  {Hist.  de  Mont/najour,  pp.  30-31). 

1.  Mai  958.  Rotholdus  et  Grimardus  ensraorent  des  biens  dans  le  Vieil- 
nois,  en  présence  de  Charles-Constantin  {Cluny,  n°  10i7). 

Avril  960.  Grimardus  engage  encore  des  biens  dans  le  Viennois  en  pré- 
sence de  Charles-Constintin.  Sijnum  Rolholdi  et  alio  Rotboldi  [Ibid., 
n»  1084). 

19  mai  vers  960  :  ((  ego  Karolus  cornes, ..  quidam  serviens  noster  nomine 
Rotboldus  rogavit...  in  pago  Viennensi....  S.  Karoli  comitis...  S.  Teutbergi 
comitisse.  S.  Richard!  et  Uperti  filiorum  suorum.  S.  Rotboldi  »  [Ihid., 
n°  1094). 

Le  Cartulaire  de  Saint-André-le-Bas  indique  dans  la  seconde  moitié  du 
X'''  siècle  un  Roubaud  marié  à  Ponce  (n°  108  ;cf.  n°  239)  ;  puis,  dans  la  pre- 
mière moitié  du  xi*'  siècle,  un  autre  Roubaud  marié  à  Adalgudis  {\Y>^  3,  28, 
32;  cf.  n^*  26,  33,  80);  enfin,  un  scribe  de  ce  nom  depuis  la  fin  du  x^  siècle 
jusqu'en  1033  (n°s  32,  142;  cf.   n»  186).    Le  Cartulaire  de  Saint-Maurice  de 


Le  BOYAtMÈ  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  209 

Dans  la  première  moitié  du  x®  siècle,  le  nom  de  Roubaud  se 
rencontre  dans  le  royaume  de  Bourgogne,  c'est-à-dire  en  Varais, 
dans  le  duché  français  de  Bourgogne,  de  même  en  Autunois  et  sur- 
tout en  Maçonnais,  à  proximité  par  conséquent  du  royaume  de  Pro- 
vence. En  février  912,  on  voit  Roubaud  et  sa  femme  Odile  acquérir 
des  biens  en  Maçonnais  :  en  922,  on  le  retrouve  avec  sa  femme 
dans  les  mêmes  localités.  En  917,  une  donatrice,  Berneldis, 
nomme  un  Roubaud  parmi  ses  enfants.  Ces  trois  actes  concernent 
le  Maçonnais  *.  A  la  même  époque,  la  souscription  d'un  Rou- 
baud figure  dans  un  acte  qui  concerne  l' Autunois  2.  Enfin,  en 
934,  il  en  est  de  même  dans  un  acte  relatif  au  comté  de  Varais  ^. 

Qu'on  prenne  garde^  d'autre  part,  à  ce  fait  que  le  comté  de 
Varais  et  le  comté  de  Maçonnais  appartiennent  à  la  fois  à  Aubry, 
puis  à  son  fils  Liétaud  (933-958),  comme  vassal  du  duc  de 
Bourgogne  Hugues  le  Noir^.  De  893  à  920,  ce  n'est  pas  encore 
Hugues  qui  détient  cette  haute  situation  ;  c'est  le  marquis  d'Au- 
vergne Guillaume,  puis  encore,  en  926  et  927,  c'est  son  neveu  de 

Vienne  montre  le  même  scribe  dès  996  {n°  112  :  Saint-André,  Appendix 
n°  37  ;  11°  153  :  Saint-André  App.,  n°  26);- enfin,  au  milieu  du  xi^  siècle, 
deux  autres  Roubaud,  dont  un  marié  à  Laiverta  (n°  60  :  Saint-André^ 
App.,  n°  58)  et  un  clerc  (n"  17  :  Saint-André,  App.,  n°  119).  Le  Cartulaire  de 
Domène  présente  un  chevalier  de  ce  nom  qui  n'est  pas  antérieur  au 
xi-î  siècle  (nos  81,  89,219;  cf.  233,  §  99). 

1.  Aciago  villa,  février  [912]:  «  Rotbal  et  uxor  sua  Otelia  emtores,...  in 
pago  Matisconense,  in  agro  Maciacense,  in  villa  Crossiago  vel  in  villa 
Saciago...  »  {Cliiny,  n°  188). 

Suriago  [917]:  <(  Ego...  Berneldisfemina  et  iufantibus  suis...  Ratbolt,  Ber- 
tigo,  Bernolt...  in  pago  Matisconense  in  agro  Galoniacense,  in  villa  Buidon, 
in  loco..,  Vineolas...  »  [Ibid.,  n°  206). 

29  septembre  [922]  :  «  Rotbaldo  et  vxori  suse  Odile,  Odila  genetrice  tua... 
in  pago  Matisconense,  in  villa...  Crusciacus...  »  [Ibid.,  n°  231). 

Galoniacum   est  Jalogny,    Saône-et-Loire,   arr.   de  Mâcon,   cant.  Cluny  ; 

Cf.  le  n°  133. 

2.  [910-922]  :  «  ...  S.  Beralti,..  Robaldi,  Wigonis...  »  [Ibid.,  n°  114  ;  cf. 
n»  169). 

3.  Alta  Petra,  7  juin  [934]:  «  ...in  comitatu  Warascorum,  in centena Neu- 
dentense  in  villa  Warneriofontana...  S.  Rotboldo  teste...  S.Ugocomes...  » 
[Ibid.,  n°  419). 

4.  Voir  ci-dessus,  p.  148,  n.  1. 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes.  —  VII.  14 


210  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

même  nom  qui  dominent  à  la  fois  le  comté  de  Maçonnais  et,  sem- 
ble-t-il,  le  Varais  ^.  Puisque  le  nom  de  Roubaud  paraît  plus 
répandu  en  Maçonnais  qu'en  Varais  ou  enAutunois,  il  peut  s'être 
propagé  de  Mâcon  à  Besançon  ou  à  Autun,  en  raison  des  liens 
étroits  qui  existaient  entre  ces  diverses  cités.  D'autre  part,  Guil- 
laume d  Auvergne  avait  épousé  la  sœur  de  Louis  l'Aveugle  et, 
en  raison  de  ce  lien,  le  nom  en  question  a  pu  plus  facilement  se 
propager  de  Mâcon,  où  on  le  trouve  d'abord,  à  Vienne,  où  on 
constate  son  existence,    à  partir  du  milieu  du  x®  siècle. 

Le  nom  de  Roubaud  a  été  porté  fréquemment  par  les  membres 
d'une  maison  féodale  qui  dominait  les  environs  deConi  :  le  premier 
d'entre  eux,  de  ce  nom,  est  connu  par  sa  souscription  à  un 
acte  du  13  avril  944  et  il  était  mort  le  5  mars  984  -.  11  eut 
pour  fils  Anselme  11  et  Alineo  11,  qui  le  5  mars  984  reçoivent 
du  marquis  de  Turin  les  localités  de  Caraglio  et  Cervere. 
Alineo  11  lui-même  mourut  avant  le  5  février  101 8  et  il  eut  pour 
fils  Roubaud  11.  Celui-ci,  par  une  coïncidence  curieuse,  épousa 
une  femme,  nommée  Odile,  comme  le  Roubaud  qui  vivait  cent 
ans  auparavant  en  Maçonnais.  Le  5  février  1018,  lui,  sa  femme 
et  leurs  cinq  fds,  tous  de  race  et  de  loi  salique,  donnent, 
à  l'abbaye  Saint-Ghaffre  en  Velay,  quinze  manses  de  Gervere, 
Fontane,  Marene,  Villamairana,  Quaranta  et  Garaglio  3.  Le    JO 

1.  Mâcon,  29  novembre  [901J.  «  Signum  Willelmi  principis  et  comitipala- 
tio  »  {Cluny,  n»  74). 

Décembre  [926]  :  «  Domno  Guilelmo  illustrissimo  marchione  Alvernorum 
et  comité  Matisconense  »  [Cluny,  n°  276). 

2.  Ferclinando  Gabotto.  Il  comune  a  Cuneo  nel  secolo  xiii  e  le  origini 
comunali  in  Piemonte  [Bollettino  storico-bibliografico  Subalpino,  anno  V, 
n°^  i-ii,  Torino,  1900,  pp.  47-48).  Cf.  Adriani.  Degli  antichi  signori  di 
Sarmatorio,  Manzano  e  Monfalcone.  Torino,  1853,  p.  52. 

M.  Gabotto  distingue  le  Roubaud  vivant  en  944  du  Roubaud  mort  avant 
984  :  le  premier  serait  Toncle  du  second.  Il  est  plus  simple  de  croire  que 
les  deux  ne  font  qu'un.  Ce  Roubaud,  frère  d'Anselme  I,  a  été  le  père  d'Ali- 
neo  II  et  d'Anselme  II.  On  a  ainsi  trois  générations  :  Alineo  I,  mort  avant 
944,  représente  la  première;  ses  fils  Roubaud  I  et  Anselme  1,  vivants  en 
944,  représentent  la  deuxième  ;  ses  petits-fils  Anselme  II  et  Alineo  II, 
vivants  en  984,  représentent  la  troisième. 

3.  Février  [1018]  :  «  Monasterio  S.  Theotfredi...  in  regno  Aquitaniae,  in 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  211 

mai  1023^  Roubaud  augmente  sa  première  donation  et  il  meurt 
avant  le  l'^'' juillet  K 

La  concession  de  984  prouve  que  cette  famille  était  sous 
la  dépendance  des  marquis  de  Turin  :  d'autre  part,  Roubaud  II 
[■f  1023)  était  fils  d'Alineo  (984),  comme  celui-ci  était  fils  de 
Roubaud  I  (944).  Étant  donnée  cette  alternance  régulière,  il  est 
permis  de  se  demander  si  Roubaud  I  n'aurait  pas  été  fils,  lui- 
même,  d'un  Alineo  I.  Enfin,  la  donation  inattendue  de  1018 
laisserait  supposer  que  la  famille  était  originaire  du  Velay. 

Précisément,  quand,  au  xi®  siècle,  le  chroniqueur  de  la  Nova- 
laise  raconte  l'origine  de  la  maison  des  marquis  de  Turin,  il  dit 
que  ses  fondateurs,  les  deux  frères  Roger  et  Ardouin,  étaient 
venus  en  Italie,  dénués  de  tout,  suivis  d'un  certain  Alineus  :  ils 
avaient  quitté  des  montagnes  stériles  pour  s'établir  en  Piémont  2. 
L'époque  de  cette  immigration  est  fixée  par  le  fait  que  Roger 
devint  comte  d'Oriate  en  remplacement  de  Rodolphe  :  or  celui-ci 
vivait  encore  le  21  avril  902  3.  D'autre  part,  Alineo,  compagnon  de 

comitatu  Vallavense,  ego  Rotbaldus,  filius  quondam  Alinei,  et  Mainardus 
seu  Aubertus  atque  Aicardus  necnon  Willelmus  et  Alineus,  qui  et  Elezo, 
qui  professi  sumus  omnes  ex  natione  nostra  lege  salica  vivere,  ipso  geni- 
tore  nostro  consentiente...  donamus...  res  juris  nostri...  in  locis...  Colum- 
berio,  villa  Calbiana.  Saxeto,  Insula,  Prata  Saxadasca,  Sancto  Juliano... 
Insuper...  in  locis...  Cervariaî,  Fontanis,  Marenis,  villa  Magrana,Quaranta, 
Quadralio...  »  {Cart.  Saint-Chaffre,  n°  CCCLXVII).  Cervere,  prov.  Cuneo, 
cire.  Saluzzo;  Marene,  prov.  Cuneo,  cire.  Saluzzo  ;  Caraglio,  prov.  et  cire. 
Cuneo. 

Fedele  Savio.  Il  monastero  di  San  Teofredo  di  Cervere,  Torino,  1897 
[Miscell.  di  storia  ital.,  t.  V). 

1.  «Fuerunt  duo  fratres  Rogerius  et  Arduinus  et  unus  corum  cliens 
nomine  Alineus.  Hii  ergoprodigi  et  exuti  omnibus  rébus  ad  Italiam  veniunt 
de  sterilibus  montibus»  [Chronicon  Novaliciense^lih.  V,  cap.  VIII;  CipoUa, 
Monum.  Novalic.vetustiora,  t.  II,  p.  249). 

2.  Hist.  Pair.  Mon.,  Chart.,  t.  I,  col.  103. 

3.  De  bonne  heure  aussi  le  nom  de  Roubaud  existait  dans  le  pays  de 
Nîmes  :  mais,  évidemment,  ce  n'est  pas  là  que  le  roi  Conrad  en  949  pou- 
vait aller  prendre    ses  comtes  pour  la  Provence. 

Nîmes,  23  mai  [898]  :  «  judices  id  est...  Rotbaldo  »  (Eug.  Germer-Durand, 
Cartulaire  du  chapitre  de  l'église  cathédrale  de  Nîmes,  Nîmes,  1874,  n°  VIII). 
—  25  mai  [912]:  u  Signum  Rodbaldus  »  {Ibid.,  n°  XIII).  —  31  juillet  [921]: 
«  Rotbaldo...  sacerdotum..  »  [Ibid.,  n°  XX).  — Octobre  [941]...  «  de  infantes 


212  LA   PROVENCE    DU   PREMIER   AU   Xtl®    SIÈCLE! 

Rog"er,  étaitmort  avant  944.  Il  est  fort  probable,  ainsi,  que  les  frères 
Roger  et  Ardouin  avec  leur  vassal  Alineus  vinrent  d'Auverg"ne  en 
Italie  à  l'époque  où  Louis  l'Aveugle  j  descendit,  c'est-à-dire  à  la 
fin  de  900.  11  n'est  pas  surprenantque  le  souverain  ait  trouvé  des 
chevaliers  en  Auvergne  prêts  à  le  suivre  :  c'était  son  beau-frère 
Guillaume  qui  en  était  le  marquis. 

Mais  Guillaume  était  également  comte  de  Maçonnais  et  on 
aboutit  encore  ainsi  à  Mâcon,  où  on  remarquait  le  nom  de  Rou- 
baud  en  912  et  en  922.  La  diffusion  de  ce  nom  à  Autun,  à 
Besançon,  à  Vienne  et  à  Goni  paraît  donc  bien  être  partie  du 
Maçonnais  *. 

Fait  remarquable,  le  nom  d'Alineo  a  été  également  introduit 
en  Provence  avec  celui  de  Roubaud  :  mais,  tandis  que  celui  de 
Roubaud  est  porté  dans  la  maison  comtale,  celui  d'Alineo 
n'est  porté  que  par  de  simples  chevaliers  -. 

D'ailleurs,  il  y  a  moyen  de  préciser  la  provenance  de  Roubaud 
dont  les  fils  devinrent  comtes  en  Provence  au  cours  de  949.  Si 
Ton  unit  sa  génération  aux  deux  suivantes,  on  rencontre  dans  sa 
famille  deux  titulaires  du  nom  de  Roubaud,  deux  titulaires  du 
nom  de  Boson,  deux  titulaires  du  nom  de  Guillaume  et  un  titu- 
laire du  nom  d'Archambaud.  Ces  trois  générations  ont  vécu  et  se 
sont  succédé  depuis  le  début  du  x®  siècle  jusqu'au  début  du  xi®. 

Rotbaldocondam  »  (/i)ic/.,n°XLIII).  —  21  janvier[973].«  S.  Rotbaldo  »(//)«(/., 
no  LXX).  —  Cf.  no«  LXXIX,  LXXXI,  CXII,  CXX,  GLVII,  CLXXI. 

1.  Arles,  novembre  [961]  :  «  infantes  Elleneo  »  (Albanès,  Gall.  noviss., 
Arles,  n"  260).  —  Nice,  20  janvier  [1002]  :  *<  AUineu  testis  »  [Cart.  de  Nice, 
n»  12).  —  15  sept.  [1003]  :  «  S.  Allineus  testes  »  {Ibid.,  n°  19).  —  [Nice] 
mars  [1018]  «  Aleneo  testis  »  [Cart  de  Nice,  n»  11).  —  lOSir  :  «  in  comitatu 
Forojuliensi,  in  Castro Salernis..,  Allineus  firmat  »  [Saint- Victor,  n*»  502.  — 
«  Alineus  et  uxor  meain  territorio...  Salernas  »  [Ibid.,  517).  —  «  Aileneus 
f.  »  [Ibid.,  629).  —  «  Alienuset  nepotes  sui  »  {Ibid,  765).  —  «  Petrus  Ali- 
neus f.  »  [Ibid.,  326).  Le  M'^  Pietro  Brayda  di  Soleto  a  porté  son  atten- 
tion sur  le  problème  soulevé  par  cette  origine  des  Roubaud  et  des  Alineo. 

2.  Guillaume,  né  le  29  novembre  826,  fils  de  Bernard  et  de  Doddane, 
décapité  en  850.  Le  frère  cadet  de  Guillaume,  Bernard,  marquis  d'Auvergne, 
était  né  le  22  mars  841  :  il  devint  comte  de  Mâcon  et  ne  mourut  qu'après 
880.  G'est  ce  Bernard  Plantapilosa  qui  fut  le  père  de  Guillaume,  comme 
lui  marquis  d'Auvergne  et  comte  de  Mâcon. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  213 

Il  s'agit  donc  de  trouver  une  autre  famille,  royale  ou  ducale  de 
préférence,  où  ces  quatre  noms  se  trouvent  réunis  pour  la  plupart 
au  début  du  x*'  siècle  et  dans  l'entourage  de  laquelle  se  ren- 
contrent les  autres.  Cette  dernière  recherche  aboutit  au  même 
résultat  qne  la  précédente.  Seule,  la  famille  de  Guillaume  mar- 
quis d'Auvergne  répond  aux  conditions  du  problème. 

Guillaume  (893-920)  porte  le  nom  de  son  oncle  *  et  de  son 
bisaïeul  paternel  ^  :  ce  nom  sera  recueilli  après  lui  par  le  fils  de 
sa  sœur  Adalinde,  qui  lui  succédera  comme  marquis  d'Auvergne 
et  comte  de  Maçonnais  ^.  Guillaume  s'étant  marié  à  Engilberge, 
fille  du  roi  Boson,  en  eut  un  fils  auquel  il  donna  le  nom  de  son 
beau-père  ^.  Les  noms  de  Roubaud  et  d'Archambaud  ne  se  ren- 
contrent pas  dans  la  famille  du  marquis  d'Auvergne  :  mais, 
en  ce  qui  concerne  le  premier,  on  vient  de  voir  suffisamment 
qu'il  se  rencontre  au  début  du  x®  siècle  en  Maçonnais,  comté 
dépendant  du  marquis.  En  ce  qui  concerne  le  second,  il  sulfit  de 
rappeler  qu'il  est  porté  dans  la  maison  des  sires  de  Bourbon.  Le 
premier  qui  le  fasse  connaître  est  Archambaud,  lequel,  vivant  en 
920  et  en  950,  mourut  avant  954  ^.  Cet  Archambaud  était  fils 
d'Aymar  et  d'Ermengarde,  son  frère  Aymon  eut,  à  son  tour,  un 
fils  de  ce  nom  ^  :  les  possessions  de  sa  famille  se  trouvaient  à 
Souvigny,    dans  la  viguerie   de   Deneuvre  qui  dépendait,   on   le 


1.  Guillaume,  fils  de  Thierry  et  d'Aldane,  marquis  de  Gothie  et  moine  à 
Gellone. 

2.  Guillaume,  fils  d'Acfred  et  d'Adalinde.  Bourges,  11  septembre  [910] 
{Cluny,  n»  112).  Cf.  Ibid.,  n»»  214,  276,  286. 

3.  Vienne,  25  décembre  [920]  {Cart.  Saint- André-le-B as,  n»  124).  —  Cf. 
Cluny,  n°  446. 

4.  Mars  [920]  Cluny  n»  217).  —  Novembre  [950]  [Ibid.,  n°  782).  —  Bour- 
bon, janvier  [954]  {Ibid.,  n»  871). 

5.  Bourges,  11  septembre  [910].  «  Signum  Aimardi  «  {Cluny,  n°  112).  — 
Mars  [920]  :  Aymar  donne  «  curtem  Silviniaci,  in  vicaria  Donobrensi  »  (Ibid. 
n^' 217).  Pour  sa  femme,  voir  le  n°  871. 

6.  Bourbon,  janvier  [954]  :  «  in  pago  Alvernico,  in  vicaria  Donobrense, 
villa  Salviniaco  »  (Cluny,  n»  871).  Souvigny,  Allier,  arr.  de  Moulins; 
Châtel-de-Neuvre  [sic]^  Allier,  arr.  Moulins,  cant.  Le  Montet. 


214  LA   PROVENCE   DU   PKEMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

sait,  de  l'Auvergne  i.  Aymar  était  par  conséquent  l'un  des  vas- 
saux de  Guillaume,  marquis  d'Auverg-ne  :  en  tout  cas,  il  évoluait 
dans  son  orbite.  On  reconnaît  probablement  sa  souscription 
dans  l'acte  célèbre  du  marquis  qui  fonde  Clunj,  daté  de  Bourges 
le  H  septembre  910. 

Au  milieu  du  x*^  siècle,  le  marquis  de  la  marche  limousine 
Boson  aura  comme  vassal  Archambaud,  vicomte  de  Limoges  ~  : 
mais,  à  supposer  que  les  noms  de  Guillaume  et  de  Roubaud  se 
trouvent  aussi  à  Limoges,  le  Limousin  est  bien  loin  de  la  Pro- 
vence et  de  la  Jurane.  L'époque  à  laquelle  cette  coïncidence  se 
produit  est,  de  plus,  trop  tardive. 

En  somme,  tout  invite  à  croire  que  Roubaud,  père  de  Boson  et 
de  Guillaume,  était  originaire  du  Maçonnais  et,  en  tout  cas,  qu'il 
vivait  dans  la  dépendance  du  marquis  d'Auvergne  Guillaume, 
gendre  du  roi  Boson.  Ses  deux  fils  ont  dû  naître  à  l'époque  où 
vivait  ce  marquis,  c'est-à-dire  de  893  à  920  :  l'aîné  a  reçu  le 
même  nom  que  le  fils  du  marquis  et  le  cadet  celui  du  marquis  lui- 
même.  Roubaudneparaît  pas  avoir  été  comte  :  son  rang  était  donc 
relativement  modeste,  mais  il  devait  être  uni  au  marquis  par  un 
lien  assez  étroit  qu'il  est  impossible  de  déterminer.  Boson  ^  et 
Guillaume  étant  nés  ainsi  vers  900  ou  910,  la  durée  de  leur  vie 
a  été  normale  puisqu'ils  sont  morts  tous  deux  vers  966. 

1.  Pour  le  surplus,  voir  M.  A.  Chazaud,  Etude  sur  la  chronologie  des  sires 
de  Bourbon  iX^-XIH^  siècles).  Moulins.  G.  Desrosiers.  MDCCGLXV,  in-8 
(public,  de  la  Soc.  d'émulation  de  l'Allier). 

2.  8  août  958  (GaZZ.  Christ.,  t.  II,  Instr.,  col.  168-169  ;  R.  de  Lasteyrie, 
Etude  sur  les  comtes  et  vicomtes   de, Limoges.  Paris,  1874,  p.  122,  n'>  XV). 

3.  Parmi  les  chartesde  Cluny,  se  trouve  la  suivante  :  (cego  in  Dei  nomen 
Betsonus  et  uxor  sua  Constantia  dono...  in  locum  sépulture  mee  ad  locum 
Cavariaco,  très  sexlaradas  de  terra  arabile...  Ipse  terra  est  sita  in  pago 
Lucdunensi,  in  villa  Corpetro...  S.  Bosonis  et  uxor  sua  Constantia..,  Data 
per  manu  Vuitaldi  sub  die  lunis,  mensi  junio,  régnante  Radulfo  rege...  ». 
Au  dos  :  '(  Bosonis  in  villa  Corpetro»  [Cluny,  n°  2283).  Si  cette  acte  datait, 
non  pas  de  Rodolphe  III,  comme  le  veut  l'éditeur,  mais  de  Raoul  (932; 
•fis  janvier  936),  on  serait  bien  tenté  d'identifier  ce  Boson  et  sa  femme 
Constance  avec  le  fils  de  Roubaud  qui  devait  devenir  en  949  comte  d'Arles. 
On  connaîtrait  donc  le  lieu  exact  d'origine  de  la  famille.  Cavariaco  serait 
Chaveyriat,  Ain,  arr.  Trévoux,  cant.  Châtillon-sur-Chalaronne  ?  La  forme 
Cavaniaco  donnerait  Chavagneux. 


LE   ROYAUME    DE   BOURGOCtNE-PROVENCE  215 

Si  Roubaud  est  orig-inaire  du  Maçonnais,  on  comprend  mieux 
pourquoi  Mayeul,  en  quittant  la  Provence  devait  passer  tout 
d'abord  quelques  années  à  Mâcon  ;  les  relations  de  famille, 
qui  le  firent  s'y  diriger,  s'étaient  nouées  aisément,  puisque 
les  comtes  de  Provence  en  étaient  eux-mêmes  originaires. 

Ces  rapports  entre  la  Provence  et  le  Maçonnais  n'ont  pas  dû 
attendre,  pour  se  former,  l'installation  en  949  des  fils  de  Rou- 
baud comme  comtes.  Dès  933  ^  et,  par  conséquent,  du  temps  de 
Hugues  roi  de  Lombardie,  on  rencontre  dans  le  pays  d'Avignon 
le  nom  de  Roubaud  porté  par  un  propriétaire  qui  reçoit  avec  sa 
femme,  de  l'archevêque  d'Arles  Manassès  et  du  chapitre  pri- 
matial  de  Saint-Etienne,  environ  un  demi-hectare  de  vignes  entre 
Laurade  et  Ofiano.  Cette  concession  leur  est  faite  en  via- 
ger et  à  mi-fruits.  L'objet  en  est  modique  et  les  termes 
du  contrat  sont  tels  qu'il  y  a  lieu  de  se  demander  s'il  concerne 
des  agriculteurs  cultivant  de  leurs  mains  ou  de  riches  proprié- 
taires adjoignant  ainsi  une  vigne   à  leur    domaine  2.  Malgré   le 

1 .  Arles,  juin  [933]  :  u  Convenit  inter  virum  venerabilem  dominum  nostrum 
Manassen,  sancte  Arelatensis  secclesise  arcliiepiscopum  etquemdam  homi- 
nem  nomine  Rotbaldum  et  uxorem  suam  Dominicain,  una  per  consensum 
et  voluntatem  congregationis  Sancti  Stephani  protomartiris...  de  vineas 
que  sunt  de  ratione  canonicis...  in  pago  Avennico,  inter  Ofiano  et  Laurata, 
hoc  sunt  modiate  IIII..  dum  Deus  Rotbaldo  et  uxori  sue  vitam  concesserit 
ipsas  vineas  cum  bono  studio  fodere  et  propaginare  studeant  et  ipsum  fruc- 
tum  quem  Deus  ibi  dederit  usque  ad  Arelatem  civitatem  salvum  venire 
faciant  ;  medietatem  unam  recipiant  canonici  et  decimum  :  aliam  labora- 
tores  accipiant.  Post  obitum  vero  illorum,  ipsas  vineas...  ecclesie...  rever- 
tantur...  Facta  est  cunvenientia  ista  in  Arelate  civitate  publiée  in  mense 
junio,  anno  XXXIII  régnante Ludoico  rege  et  imperatore,  filio  Bosoni  régis. 
Signum  Drogo  episcopus,  Odolricus  humilis  episcopus,  Raiambaldus  abbas 
atque  levita.  Isti  et  alteri  XXIII  firmaverunt  »  (Albanès,  Gall.  Christ, 
novissima,  Arles,  n.  244).  La  modiata,  de  vigne  doit, en  principe,  produire  un 
inodius  de  vin  :  le  muid  de  Languedoc  équivalait  à  7  hectolitres  et  celui  de 
Dauphiné  à  5  hectolitres  (Fréd.  Mistral,  Dict.  proo.- français,  t.  II,  p.  385). 

2.  Cette  opinion  ne  se  basera  pas  sur  la  qualification  de  quemdam 
hominem  attribuée,  simplement,  à  Roubaud.  Tous  les  bénéficiaires  qui  ne 
remplissent  pas  personnellement  des  fonctions  de  comte  ou  de  vicomte 
peuvent  se  voir  appliquer  cette  formule  un  peu  dédaigneuse  ;  elle  ne 
signifie  donc  pas  forcément  que  le  bénéficiaire  soit  un  simple  manant. 
Ainsi,  l'ancêtre  de  la  maison  de  Baux,  Pons,  mari  de  Blismodis,  dans  un 
échange  avec  le  même  archevêque  le  10  décembre  [954   ?],  se  voit  qualifié 


216  LA    PROVENCE    DU    PREIMIER   AU    XIl^    SIÈCLE 

peu  de  relief  de  Tacte,  deux  évêques  le  souscrivent  :  ceux  de 
Marseille  et  d'Aix.  Ce  détail  laisserait  croire  que  Roubaud,  le 
concessionnaire,  est  un  personnag'e  plus  important  qu'il  n'en  a 
l'air  et,  de  là  à  l'identifier  avec  le  père  des  deux  futurs  comtes, 
il  n'y  a  qu'un  pas.  Le  franchira  qui  voudra  i.  Dans  ce  cas,  Rou- 
baud, en  933,  serait  déjà  venu  se  fixer  de  Maçonnais  en  Pro- 
vence, et  il  aurait  eu  des  propriétés  près  de  Tarascon.  La 
femme  de  ce  Roubaud  s'appelle  Dominique.  Une  autre  Domi- 
nique se  rencontrera  dans  ce  même  pays  d'Avignon,  l'an  XL VI 
du  règne  de  Conrad  ~.  Ce  peut  être  une  parente  de  la  précé- 
dente qui  était  alors  certainement  morte,  puisque  le  bail  de 
933  était  caduc  dès  l'an  XLII. 

Rencontrant  ainsi  le  nom  de    Roubaud   dans    les   environs  de 
Tarascon  dès  933,  il  est  tout  naturel  de  trouver  celui  de  Boson 


lui  aussi  de  aliquem  hominew  [GalL  noviss.,  Arles,  n<*  256).  C'était  cepen- 
dant déjà  un  propriétaire  riche.  Ses  enfants  le  16  juin  [983]  seront  viri 
honorabiles  nostrique  fidèles  [Ibid.,  n^  283);  il  y  a  progrès,  mais  c'est  bien 
le  moins,  puisque  l'un  deux,  évêque,  est  le  propre  prévôt  d'Arles.  L'opi- 
nion que  Roubaud  pourrait  être  un  cultivateur  se  baserait  sur  les  termes 
énonçant  l'obligation  qui  lui  incombe  de  s'appliquer  à  bien  travailler  et, 
par  contre,  le  droit  qui  lui  appartient  de  garder  la  moitié  des  fruits  : 
medietatem  aliam  laboratores  accipiant.  Le  rédacteur  de  l'acte  ne  distingue 
pas  entre  les  bénéficiaires  et  les  travailleurs  du  sol  :  il  en  résulte  l'impres- 
sion que  le  bénéficaire    travaille    lui-même. 

1.  Boson  et  sa  femme  Dominique  étaient  morts  le  31  décembre  [981  ?J, 
l'an  XLII  du  règne  :  à  cette  date,  l'archevêque  d'Arles  Itier  renouvelle  en 
efîet  la  concession  viagère  de  933  en  faveur  d'un  nouveau  titulaire.  Selon 
les  mœurs  de  cette  époque,  le  lecteur  s'attend  à  y  trouver  le  nom  du  fils 
de  Roubaud  et  de  Dominique.  Cette  attente  est  déçue  :  le  nouveau  bail 
est  en  blanc  {Gall.  noviss.,  Arles,  n°  281).  Ce  nouveau  bail  ne  peut  con- 
cerner personnellement  un  comte  de  Provence,  cela  est  évident.  Mais  se 
hâter  d'en  conclure  que  celui  de  933  ne  concernait  donc  pas  le  père  des 
comtes  serait  aller  trop  vite.  En  efïet,  le  père  des  comtes  pourrait  prendre 
personnellement  à  bail  un  demi-hectare  de  vigne;  les  comtes,  ses  enfants  ou 
petits-enfants,  peuvent  se  faire  renouveler  ce  bail  eh  blanc  pour  en  faire 
bénéficier  un  de  leurs  tenanciers.  Cette  hypothèse  est  même  la  seule  qui 
explique  assez  bien  la  lacune  du  nom. 

2.  Avril  [985?]  l'an  46  :  «  ego  Dominica...  de  res  proprias  meas...  ex 
comparatione,..  in  pago  Avenico  ubi  dicitur  Lanairata...  »  (Chantelou, 
Hist.  de  Montmajour,  éd.  du  Roure,  p.  55). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE- PROVENCE  217 

porté  dans  le  voisinage,  car  le  nom  de  Boson  devait  être  plus  répan- 
du que  le  nom  de  Roubaud.  Boson  et  sa  femme  Folcoara,  Fou- 
quière,  étaient  propriétaires  dans  ce  canton  méridional  du  comté 
d' Avignon  dénommé  le  pays  Roubian  ^,  qui  comprenait  Laurade 
et  Tarascon.  Le  l^''  mars  [969  ?],  l'an  XXX,  ils  font  un  échange 
avec  l'église  d'Arles  :  les  biens,  que  Boson  donne  à  l'archevêque 
Itier,  provenaient  des  parents  de  sa  femme.  C'étaient  six  champs 
placés  notamment  à  MoUières  2  et  à  Tarascon.  En  retour,  Boson 
reçoit  de  l'église  d'Arles  le  terroir  tout  entier  du  vieux  château 
de  Saint-Chamas,  au  comté  d'Aix  ^.  Trois  ans  après,  le  14  mai 
971 ,  les  mêmes  époux  donnaient  à  Montmajour  deux  églises 
dédiées  la  première  h  Saint-Vincent,  la  seconde  à  Saint-Julien 
et  à  Saint-Jean,  avec  les  terres  qui  en  dépendaient,  dans  la 
vallée  Ulieria  ^.  Le  tout  provenait  de  l'héritage  de  leurs  parents. 

1.  Roubian  n'est  plus  qu'un  quartier  de  la  commune  de  Tarascon.  — 
Yo'ir  Saint- Victor,  n°  170  :  septembre  [976], Tan  37.  «  in  comitatu  Avinionense, 
/n  agro  Rupiano,  in  terminio  de  villa  Tarascone,  in  loquo  qui  dicitur  Vir- 
las...  »  n**  169  :  5  février  1000  :  «  in  comitatu  Avenionense,  in  agro  Rupiano, 
in  terminio  de  Villa  Laurata,  in  locoque  dicunt  Basellano.  » 

2.  Mollières,  comm.  de  Boulbon,  au  point  où  se  joignent  les  communes 
deBoulbon,  Mezoargues,  Vallabrègues  et  Tarascon. 

3.  Arles,  l^^"  mars  [969],  Fan  XXX  :  «  Ego,  in  Xpisti  nomine,  Boso  etconjux 
mea  Folcoara  comutamus  ad  ecclesiam  S.  Stephani  sedis  Arelatensis... 
aliquas  res  que  michi  Bosoni  ex  parte  conjugis  mee  Folcoare  et  ei  ex  pro- 
jenieparentorum  suorum  legibus  obvenit  in  comitatu  Avenionensi,  in  agro 
Rubiano...  in  loco  itaque  super  Marignano  campum  unum  que  consortat... 
terram  Sancti  Nazari...  In  alio  vero  loco,  campum  unumadipsos  Quatrones 
et  consortat...  terram  sancti  Cesarii...  In  alio  vero  loco  campum  unum  ad 
Molleriam  et  consortat...  terram  communem.  Et  quartus  campus  in  villa... 
Tharascone  et  consortat...  terram  sancte  Marthe,  Et  in  alio  loco...  inter 
Saignonem  et  Aurignana  campum  unum  et  consortat...  terram  Sancti 
Genesii...  In  ipso  loco,  alium  campum...  Ista  omnia...  transfundimus...  et 
accipimus  pro  his...  castrum  vetustissimum  in  comitatu  Aqueuse  qui  voca- 
tur...  Sanctum  Amantium...  »  [Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n°  271). 

4.  Arles,  14  mai  971,  l'an  33.  «  ego,  in  Dei  nomen,  Boso  et  uxor  mea 
Folcoara...  cedimus...  Montmajore  res  quasdam  nostri  juris  que  nodis  ex 
progenie  parentum  nostrorum  legibus  obvenerunt...  in  comitatu  Arelatense, 
in  termino  in  valle  Ulieria,  ecclesia  sancti  Vincentii  et  ecclesia  sancti 
Juliani  et  sancti  Johannis  cum  territorio  ad  easdem...  pertinente...  ab 
oriente...  ab  occidente  via  publica  supra  mare,  a  septentrione  ipso  Bosone 
donatore  cum  via  publica  ;  a  meridie  et  parte    occidental!  Thetberti  terra 


218  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XIl''    SIÈCLE 

Cette  vallée,  au  comté  d'Arles,  se  trouvait  à  l'est  et  à  proxi- 
mité de  la  mer,  de  l'étang  de  Berre  ou  du  Rhône  i.  Peut-être,  dès 
le  mois  de  mai  [961],  voit-on  figurer  les  souscriptions  de  Boson 
et  de  Folcoara  dans  un  acte  passé  à  Arles.  Mais  celle  de  Boson, 
venant  au  14®  rang,  n'est  pas  immédiatement  suivie  de  celle  de 
i^o/coara  qui  figure  seulement  au  21®.  Les  souscriptions  féminines 
d'Astrude  et  de  Folcoara  sont,  en  effet,  dans  cet  acte  rejetées  au 
dernier  rang  2.  On  se  demandait  si  le  Roubaud,  marié  à 
Dominique  et  propriétaire  en  933  dans  le  canton  Roubian,  ne 
doit  pas  être  identifié  avec  le  père  des  comtes  institués  en  949. 
Pour  le  Boson,  mari  de  Folcoara  en  968  et  971,  il  est  bien 
évident  qu'aucun  doute  analogue  ne  peut  être  soulevé.  11  ne 
peut  être  identifié  avec  le  comte  d'Arles  Boson,  époux  de  Cons- 
tance et  mort  vers  966  ;  il  ne  peut  l'être  davantage  avec  le  comte 
d'Avignon  Boson,  mortentre  965  et 976.  Ce  Boson,  mari  de  Fol- 
coara^ n'était  pas  comte.  La  donation  de  971  le  spécifie  en 
termes  exprès  et  fort  clairs  :  les  terrains  qu'il  cède  sont  bornés, 
en  effet,  au  nord  par  une  terre  que  se  réserve  Boson,  le  dona- 
teur et  la  voie  publique,  au  midi  par  la  terre  de  Thibert  et  d'Ar- 
chier  d'une  part,  par  la  terre  comtale  de  l'autre.  Boson,  le  dona- 
teur, n'est  pas  comte,  puisque  ses  terres  ne  sont  pas  des  terres 
comtales.Les  deux  actes  qui  précèdent  le  montrent  possédant  six 
champs  dans  le  canton  Roubian  et  deux   églises  dans  la  vallée 

et  Archerii  et  terra  Comitale...  Acta...  in  monasterio  Monte  majore  publiée 
anno  incarnationis  dominice  DCCCCLXXI,  II  idus  maii  anno  XXXIII 
régnante  Conrado  reg-e  Alamannorum  sive  Provincie,  indictione  I...  (Chan- 
telou,  Hist.  de  Montmajour,  éd.  du  Roure,  pp.  46-47). 

Cet  acte  prouve  qu'alors  Tère  adoptée  à  Montmajour  pour  le  règne 
était  celle  de  939. 

1.  Que  le  Rhône  ait  pu  être  dénommé  mare,  ce  fait  est  prouvé  parl'ile  de 
Miémar  dans  la  commune  de  Roquemaure. 

Les  pouillés  du  diocèse  d'Arles  mentionnent  plusieurs  églises  sous  le 
titre  de  Saint-Vincent,  dont  une  dans  Arles  même  ;  ils  n'en  mentionnent 
qu'une  seule  portant  le  nom  de  Saint-Julien  et  elle  était  également  dans 
Arles.  Cela  indiquerait  que  la  vallée  Ulieria  se  trouvait  dans  la  banlieue  de 
la  ville,  à  l'est  du  Rhône,  entre  Arles  et  Montmajour  [Gall.  noviss.,  Arles, 
n°«  865, 1491,  1588). 

2.  Chantelou,  pp.  37-38 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  219 

Ulieria  :  conclure  de  là  qu'il  possédait  tout  le  canton  Roubian, 
dont  retendue  vaut  au  moins  celle  de  la  commune  actuelle  de 
Tarascon,  et  toute  la  vallée  Ulieria^  ce  ne  serait  pas  sensé.  De 
nombreuses  personnes  se  partageaient  le  canton  Roubian  en 
alleux  ou  en  fîefs  :  il  en  était  forcément  de  même  de  la  vallis 
Ulieria.  Pour  le  Roubian,  les  chartes  deMontmajour  et  de  Saint- 
Victor  font  connaître  quelques-uns  de  ces  propriétaires  ^  :  pour  la 
vallée,  l'étendue  considérable  de  terrain  que  ce  vocable  géogra- 
phique suppose  ne  permet  pas  d'en  douter.  Bien  entendu,  ce 
canton  et  cette  vallée,  comme  les  comtés  d'Avignon  et  d'Arles 
dont  ils  faisaient  partie,  se  trouvaient  sous  la  puissance  des 
comtes;  mais  il  ne  faut  pas  confondre  les  tenanciers  féodaux  plus 
ou  moins  riches  et  nombreux,  qui  se  partagent  l'usage  du  sol, 
avec  le  comte  dont  le  domaine  supérieur  plane  au-dessus  de  toutes 
leurs  terres  2. 

Les  comtes  avaient  cette  seigneurie  qui  dominait  le  pays  : 
ils  possédaient  dans  le  pays  directement  des  propriétés  dis- 
séminées parmi  celles  de  leurs  vassaux  et  parmi  les  alleux. 
C'est  ainsi  qu'on  verra  à  Arles,  le  17  avril  [979j,  le  marquis 
Guillaume  donner  à  un  de  ses  serviteurs,  dans  le  canton  Roubian 
et  près  de  la  roubine  des  Lônes,  une  condamine  mesurant 
249  dextres  de  long  sur  130  de  large  :  elle  contenait  ainsi  plus  de 
25  hectares  ^,  Les  actes  étaient  rédigés  alors  en  mauvais  latin. 


1.  Arles,  novembre  [970],  l'an  XLIII  :  «  ego...  Vuilelmus...  in  agro 
Rupiano...  ubi  vocant  Becis,  condamina  unaobdima...  »  (Chantelou,  éd.  du 
Roure,  pp.  54-55). 

1002...  «  ego...  Otbertus  et  uxor  mea  Laviarda..,  in  terminio  da  villa  Lau- 
rata  vel  in  Rupiano...»  (i7)i(/., p.  72).  —  Arles,  septembre  [974]...  «  egoAran- 
trudes...  in  agro  Rupiano,  in  terminio  de  villa  Tarascone,  in  loquo... 
Vidas...  de  vinea  culta...  »  {Saint-Victor,  n°  170).  —  Cf.  n»169. 

2.  23avril  1040:  ((egoBertrannuscomes...cedo...aliquid  de  meo  honore... 
in  regno  Provincise. ,  .  in  comitatu  Avenionense,  in  castro...  Tarascone, 
mea  dominicatura, . . .  in  villa  Laurata  meam  dominicaturam,  in  villa  Gra- 
visonis  meam  dominicaturam. , .  »  [Ihid.,  pp.  136-137). 

3.  Le  dextre  carré  valait  en  ares  à  Arles  :  0,2619,  à  Marseille  0,1424,  à 
Maussane  0,1368,  à  Saint- Rémy,  Graveson  et  Châteaurenard  0,0876.  Cette 
superficie  équivalait  pour  Arles  à  6  cannes  carrées  1/4,  pour  Marseille  à  un 


220  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU   XII®    SIÈCLE 

mais  avec  beaucoup  de  précision.  Le  rédacteur  de  celui-ci  déclare 
nettement  qu'il  s'agit  d'une  propriété  du  comte,  proprietas  :  ce  n'est 
donc  pas  une  seigneurie,  dominicatura  ^.  C'est  ainsi  encore 
qu'on  verra,  en  août  1002,  la  comtesse  Alix  donner  à  Mont- 
majour,  dans  la  vallée  Ollieria  et,  plus  précisément,  au  lieu  dit 
Scuarias  de  cette  vallée,  ce  que  le  chevalier  Otbert  y  tenait  :  les 
termes  de  cet  acte  montrent  que  la  comtesse  donne  à  Tabbaye 
non  pas  la  terre  elle-même,  mais  la  seigneurie  du  fief  possédé 
par  le  chevalier  en  question  -  ;  de  plus,-  elle  ne  fait  pas  ce  don 
directement  à  l'abbaye,  mais  aux  églises  Saint-Julien  et  Saint- 
Vincent  qui,  placées  dans  cette  vallée,  étaient  unies  à  l'abbaye 
depuis  971. 

Boson  et  Fouquière  abandonnèrent  donc    en    968    à  l'église 
d'Arles  six  champs  disséminés  dans  le  canton    Roubian,  notam- 


carré  de  15  pans,  Pour  Maussane  à  1/8  de  civadier,  pour  Saint-Remy, 
Graveson  et  Châteaurenard  à  1/100  d'éminée  (Tableau  de  comparaison 
entre  les  mesures  anciennes  et  celles  qui  les  remplacent  dans  le  nouveau 
système  métrique,  avec  leurs  explications  et  leur  usage  pour  le  départe- 
ment des  Bouches-du-Rhône,  publiées  par  ordre  du  Ministre  de  l'Intérieur. 
Marseille,  imprimerie  du  Commerce  de  Corentin  Carnaud,  an  X,  p.  13). 
L'indication  de  ces  chiffres  précis  est  due  à  la  cordiale  obligeance  de 
M.  J.  Fournier  archiviste-adjoint  des  Bouches-du-Rhône. 

1.  Arles,  17  avril  [979] l'an  42  :  a  ego...  Vuilelmus...  cedo...  tibi  aliquid  de 
proprietatem  meam,  qui  milii  legibus  obvenit,  in  comitatu  Avinionense, 
in  agro  Rupiano,  in  loco  que  nominanta  la  lona...  condamina  I,  qui  habet 
per  longo  dextros  de  ambos  latus  CCXLVIIII  et,  in  queque  frontes,  dextros 
CXXX.  Consortes  :  de  uno  latus,  lona  aquarum  ;  de  alio  latus  et  uno 
fronte,  terra  vicinabile  ;  de  alio  vero  fronte,  terra  sancti  Pétri  etVuilelmo... 
{Cart.  Saint-Victor,  n°  1042).  La  roubine  des  lônes,  lagunarum,  dans  la 
commune  actuelle  de  Tarascon,  descend  le  long  de  la  Montagnette,  de 
Rognonas  sur  Tarascon  en  passant  par  Graveson. 

2.  août  [1001?]  :  «Sacrosancte  Dei  ecclesiae,  quae  constructaesse  vide- 
tur  in  honore  béate...  Marie,  sanctique  Pétri...  et  sancti  Vincenti  et  sancti 
Juliani,  in  loco...  Monsmajor,  ego...  Adalax...  donamus  in  terminiis  de  val- 
libus  que  nominatur  Ollieria  quantum  ibi  Otbertus  miles  tenet.  Habet 
ipsa  terra  consortes,  videlicet  terras  que...  vocantur  Scuarias,  et  etiam  ter- 
ras vicinabiles...  «(Chantelou,  éd.  du  Roure,  pp.  70-71.) 

septembre  1002  :  «ego...  Otbertus  et  uxor...  Laviarda  donamus... 
progenie  parentum  meorum  legibus  obvenit...  in  comitatu  Arelatensi  ad 
arces  piscatorias...  »{Ibid.,  p.  72.) 


Le  royaume  de  BOtRGOGNE-PROVENCE  22l 

ment  à  Mollières  et  à  Tarascon  ;  ils  donnèrent  en  971  à  Mont- 
majour  deux  églises  placées  dans  la  vallée  Ulieria. 

D'autre  part,  en  979,  le  marquis  Guillaume  cède  une  conda- 
mine  placée  dans  le  canton  Roubian,  auxLônes;  en  1001,  la 
comtesse  Alix  cède  elle-même  sa  seigneurie  sur  les  biens 
possédés  par  le  chevalier  Otbert  dans  la  vallée  Ulieria  et  au  lieu 
dit  Scuarias. 

La  lecture  des  textes  suffît  pour  montrer  à  l'évidence  que  les 
six  champs  de  968,  à  Mollières  et  à  Tarascon,  ne  peuvent  être 
confondus  avec  la  condamine  de  979  aux  Lônes .  Cette  simple  lecture 
prouve  aussi  que  la  mense  immobilière  existant  en  971  des  deux 
églises  Saint- Vincent  et  Saint-Julien  ne  pouvait  alors  comprendre 
le  domaine  du  chevalier  Otbert^  au  lieu  dit  Scuarias,  puisque  ce 
domaine  vint  en  augmenter  la  consistance  en  1001  seulement. 
Certes,  les  biens  donnés  en  968  existent  dans  le  canton 
Roubian  comme  ceux  donnés  en  979  ;  ceux  donnés  en  971 
existent  dans  la  vallée  Ulieria  comme  ceux  donnés  en  1001  : 
ces  immeubles  sont  rapprochés  les  uns  des  autres,  mais  ce 
voisinage  dans  la  même  région  est  le  seul  rapport  qu'ils  aient 
visiblement  entre  eux.  Tirer  de  ce  voisinage  relatif  la  conclu- 
sion que  le  donateur  de  979  est  l'ayant  droit,  qui  mieux  est,  le 
fils  des  donateurs  de  968,  en  tirer  la  conclusion  analogue  que  la 
donatrice  de  1001  est  la  belle-fîUe  des  donateurs  de  971,  cela 
revient  à  dire  que  le  voisinage  suppose  la  parenté.  Le  proprié- 
taire du  52  de  la  rue  de  Rivoli  en  1901  serait,  sûrement  le  fils 
ou  le  gendre  de  celui  qui  possédait  le  47  en  1871  ^ 


1.  «  Par  ces  chartes,  Boson  et  Folcoare  donnent  à  Montmajour  des  biens 
«  patrimoniaux  sis,  les  uns  inagro  Rubiano,  dans  le  comté  d'Avignon,  et 
«  les  autres  in  valle  Ulierie,  dans  le  comté  d'Arles. 

«  Or,  l'an  42  du  règne  de  Conrad,  le  comte  Guillaume  mari  d'Adélaïde 
«  donne  à  l{ug;ues  Blave {Cart.  Saint-Victor, n°  i0^2)  une  partie  de  ses  biens 
K  propres,  sise  in  agro  Rubiano  et,  l'an  1001,  Adélaïde  et  son  fils  Guil- 
«  laume  donnent  à  Montmajour,  pour  le  repos  de  l'âme  de  leurs  parents,  un 
«  bien  sis  in  valle  Olieria.  Le  comte  Guillaume  et  sa  femme  Adélaïde  pos- 
«  sédaient  donc  les  biens  patrimoniaux  de  Boson  et  Folcoare.  Or,  com- 
«  ment  et  pourquoi  auraient-ils  possédé  ces  biens,   s'ils  n'avaient  été  les 


222  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 


IV 

Guillaume,  comte  de  Provence  et  premier  m,arquis 

(970-994) 

§  1.  —  Guillaume  comte  de  Provence 

(970-979) 

Après  avoir  ainsi  fait  entrevoir  quelle  fut  Torigine  probable  du 
père  des  deux  comtes  installés  en  949  dans  Arles  et  dans  Avignon, 
après  avoir  montré  le  nom  de  Roubaud  porté  en  Provence  dès 
933,  après  avoir  montré  celui  de  Boson  porté  lui-même  en  968 
et  971  par  un  propriétaire  voisin  des  propriétés  comtales,  il 
importe  de  poursuivre  l'histoire  des  comtes,  à  partir  du  moment 
où,  le  comte  d'Avignon  Boson,  fils  de  Guillaume,  venant  à  dis- 
paraître, seuls  demeurent  les  deux  fils  du  comte  d'Arles  Boson 
et  de  Constance,  c'est-à-dire  Roubaud  et  Guillaume.  Le  dernier 
acte  rédigé  du  vivant  de  ce  comte  d'Arles  au  mois  de  mars  965 
avait  permis  de  dire  que  Roubaud  était,  sans  doute,  Taîné  des  deux. 

Roubaud  est,  en  effet,  le  seul  de  ses  deux   fils  dont  le    comte 

a  héritiers  de  Boson  et  Folcoare,  s'il  n'y  avait  eu  entre  eux,  par  conséquent, 
((  le  lien  de  la  parenté,  de  la  filiation  ?  »  (Louis  Blancard,  De  Vexistence 
simultanée  de  Guillaume,  mari  d'Arsinde,  et  Guillaume,  mari  d'Adélaïde, 
comtes  de  Provence  au  X^  siècle,  tirage  à  part,  pp.  7-8). 

Cela  revient  bien  à  assurer  que  le  propriétaire  du  52  est,  cela  va  de 
soi,  fils  de  celui  qui  possédait  le  47  trente  ans  avant  ;  mais,  chose  plus 
grave,  c'est  confondre  le  52  avec  le  47.  Ces  deux  maisons  sont  toutes  deux 
dans  la  rue  de  Rivoli,  mais  ce  sont  cependant  deux  maisons  bien  dis- 
tinctes. Il  faut  encore  moins  confondre  Mollières  et  Tarascon  avec  les 
Lônes,  quoique  ces  localités  soient  dans   le  canton  Roubian,  toutes  trois. 

Autre  erreur  :  il  semblerait  que  d'après  la  charte  n°  1042  de  Saint-Vic- 
tor, «  le  comte  Guillaume»  était  «  mari  d'Adélaïde  ».  Cet  acte  cependant 
n'en  souffle  motdans  son  dispositif.  Quant  aux  souscriptions  elles  portent: 
«  Signum  Vuilelmus,  qui  hanc  cartula  scribere  et  firmare  rogavi,  manu  sua 
firma.  Signum  Arsinda  comitissa  firmavit.  » 


LE  ROYALME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  223 

d'Arles  requière  l'avis  favorable,  après  celui  de  son  frère  le  comte 
d'Avignon.  Si  cette  approbation  du  plaid  résultait  seulement  de 
la  souscription  de  Roubaud,  le  fait  serait  moins  probant.  A  cette 
époque,  il  était  fréquent  de  voir  confirmer  un  titre  déjà  existant, 
par  la  simple  apposition,  au  bas  de  ce  titre  plus  ou  moins  ancien, 
des  souscriptions  nouvelles  destinées  à  le  valider.  Dans  ce  cas,  il 
il  est  évident  que  le  dispositif  de  l'acte  au  moment  où  on  le 
rédige  ne  put  annoncer  les  souscriptions  que  les  possesseurs 
futurs  de  cet  acte  jugeront  bon  dans  l'avenir  d'y  faire  adjoindre 
pour  le  maintien  de  leurs  droits.  Quand  l'historien  n'a  pas  sous 
lesyeux  le  titre  original,  il  ne  peut  déterminerpaléographiquement 
si  toutes  les  souscriptions  de  ce  titre  ont  bien  été  apposées  lors  de 
la  rédaction  primitive  du  texte.  Il  ne  garde  à  sa  disposition  que 
les  procédés  de  critique,  indépendants  des  apparences  paléogra- 
phiques que  l'original  est  seul  à  pouvoir  lui  fournir,  et,  forcément, 
il  peut  toujours  supposer  que,  parmi  les  souscriptions,  il  s'en 
trouve  d'ajoutées  après  coup.  La  preuve  que  les  souscriptions 
datent  de  la  rédaction  de  l'acte  ou  qu'elles  sont  postérieures 
résultera  de  divers  indices,  suivant  qu'elles  sont  annoncées  ou 
non  par  le  dispositif,  suivant  qu'elles  forment  un  ou  plusieurs 
groupes  distincts,  suivant  que  la  coexistence  de  ces  groupes  à  l'ins- 
tant de  la  rédaction  est  probable  ou  non,  suivant  que  deux  des 
souscriptions  annoncent  la  même  fonction  qu'une  seule  personne 
peut  remplir  à  la  fois  dans  la  même  localité,  de  sorte  que  la  pre- 
mière d'entre  elles  empêche  l'existence  de  la  seconde  au  même 
moment.  Le  critique  doit  relever,  en  cas  de  besoin,  tous  ces 
indices  et  en  établir  la  concordance  ou  la  discordance,  afin  d'éta- 
blir son  opinion,  dune  manière  sérieuse  et  réfléchie,  sur  le  fait  de 
savoir  si  les  souscriptions  d'un  acte  de  cette  époque  datent  du 
moment  de  sa  rédaction  ou  lui  sont,  en  partie,  postérieures. 

En  ce  qui  concerne  le  plaid  comtal  de  965,  on  constate  que  ce 
document  porte  quatorze  souscriptions  :  celle  du  comte  d'Arles 
de  qui  émane  le  document,  celle  du  juge  arlésien  Lambert  qui 
l'assiste,  celle  du  comte  d'Avignon  qui  l'approuve  sont  placées 
en   tête  du    groupe.  Suivent   celles    d'un    second  juge,   Ray- 


â24  LA  PROVENCE    DÛ   PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

nouard,  du  vicomte  Pons  et  de  neuf  autres  conseillers  ou  notables 
arlésiens.  Le  groupe  s'ordonne  donc  par  rangs  hiérarchiques*.  Si 
l'on  rapproche  de  ce  groupe  de  souscriptions  le  dispositif,  on  y 
trouve  annoncées  comme  étant  présentes  au  plaid  les  quatorze 
personnes  dont  les  souscriptions  sont  notées  après  la  date.  Il  est 
donc  certain  que  le  groupe  des  quatorze  souscriptions  date  bien 
de  la  rédaction  de  l'acte.  Le  dispositif  annonce  même  davan- 
tage d'assistants  qu'il  n'y  a  eu  de  souscriptions  :  les  notables  Gui- 
bert,  Tassilon,  David,  Amalric,  Pons  et  Jossaud,  soit  six  sur 
quinze  présents,  ne  souscrivent  pas.  Ce  sont  les  6®,  9^,  10®,  11® 
12^  et  14®  de  la  liste  d'ensemble  des  simples  conseillers  annoncée 
par  le  dispositif.  De  plus,  l'acte  annonce  le  consentement  de 
Roubaud,  fils  du  comte  d'Arles,  et  la  souscription  de  ce  person- 
nage consulté  ne  figure  pas  dans  le  groupe  qui  suit  la  date.  On 
ne  peut  s'en  montrer  surpris,  puisque  six  conseillers  notables 
s'abstiennent  également  de  le  faire  ^.  Cette  mention  de  Roubaud 
dans  le  texte  lui-même  établit  la  certitude  :  on  y  voit  que,  du 
vivant  de  son  père,  il  ne  portait  pas  encore  le  titre  de  comte  et, 
si  son  père  le  consulte,  c'est  qu'il  est  son  fils  aîné. 


1.  Le  juge  Lambert  précède  le  comte  Guillaume  ;  c'est  que  celui-ci 
intervient  seulement  pour  confirmer  le  jugement  rendu  par  le  comte 
d'Arles  assisté  du  juge. 

2.  «  in  conspectu  Bosoni  comitis,  filii  Rothboldi  quondam  atque  in  pre- 
sentia  omnium  virorum  Arelatensium  judicumque  ac  principum,  scilicet 
omnibus  his  nominibus  :  Raynoardo  judice  Lamberto  judice,  Pontio  vice- 
comitis,  Arlulfo,  Rostagno,  Archimberto,  Bonefacio,  Rajamberto,  Widberto, 
Ingelmare,  Wicheranno,  Tassilone,  David,  Amaliico,  Pontio,  Widone, 
Walchaudo,  Hildoardo...  Placuit  itaque...  comiti  excellentissimi  hanc 
notitiam  diffînitionis  conscribi  facere,  consentiente  ejus  filio  Rothboldo  et 
fratre  ejus  Wilelmo  comité,  omnibusque  consiliantibus  Arelatensium 
principibus 

Ego  igitur  cornes  Boso  hanc  notitiam  concessionis  scribi  et  manu  mea 
roborare  curavi. 

Lambertus  judex  firmavit.  Comes  Wilelmus  fîrmavit.  Raynoardus 
firmavit.  Pontius  firmavit.  Bonefacius  fîrmavit.  Rostagnus firmavit,  Wiche- 
rannus  firmavit.  Raymbertus  firmavit.  Hildoardus  firmavit.  Arlulfus  firmavit. 
Ingelradus  firmavit.  Archimbertus  firmavit.  Wido  fîrmavit  »  {Cart.  de 
Saint- Victor j  n»  29). 


LE  ËOYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  225 

La  preuve,  que  le  comte  d'Arles  Boson  a  eu  de  sa  femme  Cons- 
tance deux  fils  nommés  Roubaud  et  Guillaume,  est  fournie  posi- 
tivement parla  donation  à  Montmajour  de  biens  situés  à  Ansouis, 
dans  la  partie  du  pays  d'Aix  qualifiée  de  supérieure  parce  qu'elle 
s'étendait  dans  la  région  montagneuse  au  delà  de  la  Durance  ^ .  Cette 
donation  est  datée  d'Arles  au  mois  de  mai  [963]  l'an  XXIV®. 
On  est  surpris  de  voir  Guillaume  y  figurer  comme  Roubaud, 
alors  qu'en  965,  deuxansplus  tard,  celui-ci  sera  seul  appelé  à  four- 
nir son  consentement  ;  on  est  surpris  encore  davantage  de  les  voir 
tousdeuxporterle  titre  de  comte  à  côté  de  leur  père,  quand  deuxans 
plus  tard  Roubaud  ne  le  recevra  pas  encore.  Ces  anomalies  n'ont 
qu'une  explication  possible  :  il  faut  reconnaître  que  les  souscriptions 
des  deux  fils  de  Boson  ont  été  apposées  à  l'acte  pour  le  confirmer, 
de  leur  autorité,  après  965.  c'est-à-dire  après  la  mort  de  leur  père. 
Il  doit  en  être  de  même  pour  la  souscription  de  Pons  des  Baux, 
le  jeune,  qui  suit  la  leur.  D'abord,  elle  est  placée,  en  dehors  des 
règles  hiérarchiques,  avant  celle  des  deux  juges  Béranger  et  War- 
bidus.  Puis,  ce  Pons  III  le  jeune,  fils  d'Ison,  appartient  à  la  généra- 
tion qui  disparut  vers  1030  :  son  oncle  Pons  II  l'ancien  est  connu 
de  966  à  990,  son  grand-père  Pons  I  vivait  encore  en  954.  En 
962,  si  Pons  III  le  jeune  était  déjà  né,  il  était  encore  tout  enfant 
et  l'insertion  de  sa  souscription  avant  celle  des  juges  n'est  pas 
rationnelle.  Par  conséquent,  les  souscriptions  de  Guillaume,  de 
Roubaud  et  de  Pons  ont  dû  être  apposées  après  965  pour  con- 

1.  Arles,  mai  [963],  Tan  XXIV  :  «  Ego  Genciuset  uxor  mea  Aiburga...  pro 
seniore  meo  Bosone  et  uxor  sua  quondam...  in  pago  Aqueuse  superiore  ad 
castrum...  Ansoyse.  SignumGencius  etuxor  suaAyburga  qui  hanc  chartam 
scribere  et  firmare  rogaverunt,manus  illorum  firma.  Boso  cornes  et  uxor  sua 
Constantia  ûrm-A\ernni.  Illorum  filii  siiniliter  Willelmus  cornes,  Rotbaldus 
cornes.  Pontius  juvenis  fîrrnavit.  Berengarius  judex  fîrmavit.  Warbidus 
judex.  Rostagnus  fîrmavit.  Lambertus  firmavit.  Rainaldus  firmavit.  Vibal- 
dus  fîrmavit.  Item  Boso  firmavit.  Ingilrannus  fîrmavit.  Item  lugilrannus 
firmavit.  Wilfredus  firmavit.  Dodo  firmavit.  Anno  voluit  et  consensit  et 
firmavit.  Astrus  firmavit.  Fulcoara  firmavit.  Fulcardus,  imperante  Odilone 
rogatus  scripsit  »  (Cliantelou,  Ilist.  de  MontrnaJoiu%  éd.  du  Roure, 
pp.  37-38).  —  Le  donateur  et  sa  femme  souscrivent  les  premiers.  Puis, 
par  ordre  hiérarchique,  le  comte,  les  juges,  les  vassaux  et  simples  témoins 
finalement  deux  femmes.  C'est  le  scribe  qui  clôt  le  groupe. 

Mém.  et  doc.  de  V École  des  Charles.  —  VII.  15 


226  LA   PROVENCE    DU   PREMIER   AU   XTl^    SIÈCLE 

fi rmer  la  donation  d'Ansouis.  Les  deux  fils  du  comte  d'Arles 
se  retrouvent  ensemble  au  mois  d'avril  [972?],  l'an  33,  à  Arles, 
le  l^'-  avril  976  à  Avignon,  le  24  novembre  [979?],  entre  977  et  985 
comme  maîtres  indivis  et  seig'neurs  d'une  terre  fiscale  au  comté 
d'Arles,  le  1^^  mars  982  à  Garpentras,  le  6  mars  [990]  à  Arles, 
en  992  également  à  Arles,  le  28  août  vers  990,  le  29  août  [993] 

1.  Arles,  avril  [972],  an  XXXIII  :  «  Ego,  in  Dei  nomine,  Wilelmiis,  cornes 
Provincie  et  conjux  mea  Arsinnie...  aliquid  de  proprietate  mea...  in  comi- 
tatu  Forojulieîise...  in  comitatu  Sisterico...  Signum  domnus  Wilelmus 
commes  et  uxor  sua  Arsinna...  Signum  domnus  Rotbaldus  commes  voluit 
et  consensit  et  firmavit...  »  [Cart.  de  Saint-Victor,  n°  598).  —  Avignon, 
l^i"  avril  976  :  «  Landricus  gracia  Dei  episcopus...  Signum  Vualchaudus 
sancte  ecclesie  Cabilicensis  episcopus  firmavi  manu  propria.  Silvester  epis- 
copus firmavit.  Guilelmus  comes  firmavit.  Rotbaldus  comes  firmavit. 
Signum  Landrici  presulis  qui  hanc  cartam  fieri  jussit...  Bermundus  vice- 
comis  f.  Eldebertus  f.  Adalelmus  f.  Leutfredus  presens  fuit.  Ridfredus  f. 
Isnardus  presens  fuit.  Item  Isnardus.  Vuernerius  hiimilis  episcopus  Aven- 
nionensis.  Durandus  presbiter  scripsit.  »  (Vaucluse  G.,  chap.  métr.  27, 
f"  26).  Les  comtes  signent  après  les  évêques  :  cependant  Tévêque  donateur 
ne  souscrit  lui-même  qu'après  eux.  Suit  le  groupe  hiérarchique  du  vicomte, 
des  juges  et  des  témoins.  La  souscription  de  Garnier,  successeur  du  dona- 
teur, a  évidemment  été  intercalée,  dans  l'espace  resté  libre  entre  les 
simples  témoins  et  le  scribe,  pour  confirmer  l'acte  après  la  mort  de  Landry. 

—  24  novembre  [979?J,  l'an  XL  :  a  ...Rodbaldus  cornes  et  Guillelmus  frater 
meus.,  donamus...  Psalmodiensi...  de  alodem...  [in  pago  Aqu]ense,  in  villa... 
[Vergerio]...ecclesias  sanctœ  Mariœ  cum  cimiterio  vel  medietatem  de  déci- 
mas... Signum  Rodbalbus  comes...  Signum  Guillelmus.  S.  Aldebertus.  S. 
Bonifilio.  S.  Amico.  S.  Poncio  »  (Arch.  du  Gard:  H.  106,  ff.  21   v°-22  r").  — 

—  Garpentras,    1®''  mars    982  :  «   cum    consilio   et    voluntate...    hujus 

Provintia3  principis  necne  fralris  ejus  Rothboldi  comitis...  »  [Gall.  Christ., 
t.  I,  instr.,  p.  148). —  [977-985]  :  «ego  Lambertus  et  uxor  mea  Walbnrgis... 
donamus...  aliquid  de  fisco  quod  tenemus  pro  seniore  nostro  Guillelmo 
comité  et  fratre  suo  Rotbaldo,  paludesvidelicet.  .  Signum  domini  Guillelmi 
comitis...  S.  Rotbaldi,  comitis.  S.  Arsenniscomitisse...  »  (Chantelou,  pp.49- 
oO).  — Arles,  6  mars  [990  ?],  ind.  3  :  «  ...  ante  presentiam  domini  Willelmi 
Provincie  comitis...  civitas  Forojuliensis...  igitur  nunc,  inclyte  comes,  tibi 
est  a  Domino  facultas  concessa  ut  expelleres  Agarenos  a  pristinis  finibus... 
princeps  consilium  ad  suam  conjugem  vel  ad  judices  suos  Aldebertum 
atque  ad  Adelelmium  necnon  et  adceteros  fidèles  suos...  quesivit...  Signum 
Willelmi  comitis  et  uxoris  sue  Adalays...  Rotbaldus  comes  voluit  et  con- 
cessit   et    manu    propria   firmavit...  »    (Chantelou,   Hist.  de    Montmajour, 

éd.  du  Roure,  pp.  66-68).  —  Arles,  992  :  « dominus  princeps  et  marchio 

istius  Provinciœ  bonse  indolis  Willelmus,  conjuge  sua  Adalaix  et  filio  suo 
nomine  Willelmo...  adstante   domno   Annone  archiepiscopo...    Rotbaldus 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  227 

peut-être  à  Arles.  Chose  remarquable,  dans  tous  ces  actes 
postérieurs  à  la  mort  de  leur  père,  c'est  la  souscription  de  Guil- 
laume qui  précède,  à  deux  exceptions  près,  celle  de  son  frère  aîné 
Roubaud.  Il  faudrait  en  connaître  la  raison.  L'acte  de 97i,  relatif 
à  des  biens  situés  dans  les  comtés  de  Fréj  us  et  de  Sisteron,  est  une 
donation  qui  émane  de  Guillaume  lui-même  :  il  est  donc  naturel 
que  le  donateur  souscrive  le  premier.  Son  frère  aîné  Roubaud 
nintervientque  pour  la  confirmer.  L'actede  976émane  de  l'évêque 
d'Avignon  :  il  est  souscrit  par  les  évêques  de  Gavaillon,  d'Aix,  les 
deux  comtes  et  le  donateur.  L'acte  de  982  émane  de  l'évêque  de 
Garpentras,  qui  déclare  agir  du  conseil  et  de  la  volonté  des  deux 
frères  :  les  expressions  employées  par  lui  sont  à  noter.  11  voit 
en  Guillaume,  qu'il  nomme  le  premier,  le  «  prince  de  cette  pro- 
vince »  et,  en  Roubaud,  simplement  un  comte.  L'esprit  se 
reporte  au  protocole  des  actes  privés  de  cette  époque  qui 
voyait  en  Conrad,  assez  fréquemment,  non  pas  le  roi  de  Pro- 
vence, mais  le  roi  «  des  Provences  ».  Une  de  ces  a  Provences  », 
sinon  toutes,  évidemment,  obéissait  à  Guillaume.  Enfin,  l'acte  de 
990  mentionne  des  faits  qui  se  passent  successivement  à 
Manosque,  dans  le  comté  de  Sisteron  et  à  Arles.  Il  est  relatif  à 
Fréjus  et  il  émane  directement  de  Guillaume  :  comme  en  972,  on 
ne  peut  donc  être  surpris  de  voir  l'auteur  de    l'acte  souscrire  le 

cornes  voluit  atque  firmavit.  Stephanus  episcopus...  Pontius  episcopus  fir- 
mavit.  Alius  Pontius  arcliiepiscopus  firmavit.  Udolricus  firmavit  episco- 
pus...» (Bouche,  t.  II,  p.  47).  —  28  août  [vers  990]  :  a  ego  Willelmus  iiicli- 
tus  cornes...  in  pago  Regense,  in  agro  Variacense,  hoc  est  villa...  Valeri- 
ciola...  aut  de  fîsco,  aut  de  alode...  de  illa  mea  medietate...  Rodbaldus 
cornes  firmavit-  Adalaix  comitissa  firmavit.  Wilelmus  cornes  firmavit,  et 
filius  ejus  Wilelmus  firmavit  »  [Cluny,  n°  1837).  —  29  août  [993]  :  «  ego 
Guillelmus  cornes  et  uxor  mea  Adalaiz  et  germanus  meus  Rodbaldus  et 
filius  meus  Guillelmus...  donamus...  ecclesiam..  S.  Cosmœ  et  S.  Damiaiii 
et  alia...  Sanctse  Mariœ...  in  territorio  civitatis  Magalonensis,  in  suburbio 
castri  Substantionensis...  de  villa  Caldisianicas...  S.  Guillelmus  comes  et 
uxor  mea  Adalaiz  et  frater  meus  Rotbaldus  et  filius  meus  Wilelmus...  » 
(Arch.  du  Gard  :  H.  106,  Cart.  de  Psalmody,  f°  15).  Louis  V  étant  mort  le 
22  mai  987,  Hugues  Capet  fut  élu  le  l^r  juin  (Richer,  lib.  Illl,  cap.  5  et  12). 
Psalmody,  entre  le  vieux  Vistre  et  le  Vidourle,  comm.  Saint-Laurent 
d'Aigouze,  Gard,  arr.  Nimes,  canton  Ai  gues-M  or  tes;  Candillargues,  Hérault, 
canton  Mauguio,    arr.  Montpellier. 


228  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

premier  et  de  voir  son  frère  Roubaud  figurer  seulement  au  second 
rang  pourle  confirmer.  En  résumé,  deux  constatations  s'imposent. 
D'abord,  les  actes  où  paraissent  ensemble  les  deux  frères,  avec 
Guillaume  au   premier   rang,    concernent  le  comté   d'Arles,   la 
partie  du  comté  d'Aix  placée    sur  la  rive  droite  de  la  Durance, 
les  comtés  de  Fréjus,    de   Sisteron,  d'Avignon,    de    Garpentras. 
Geux  que  Roubaud  souscrit  le  premier  sont  relatifs  à  Riez  et  à 
Aix.  Deux    actes  ont   été  rédigés   à  Arles   (976  et  990),  comme 
l'avaient  été  auparavant  tous  ceux  émanés  de  leur  père  ;  deux 
autres  ont  été  rédigés  à  Avignon  et  à  Garpentras.  Un  seul  con- 
cerne le  domaine   fiscal    au   comté  d'Arles.    11  semble  ressortir 
clairement  de  laque  Guillaume,  après  la  mort  de  son  père  Boson 
comte  d'Arles  et  de  son  cousin  germain  Boson  comte  d'Avignon, 
laissa  le  comté  d'Arles  à  son  frère  aîné  Roubaud,  en  prenant  pour 
lui  le    comté  d'Avignon,    c'est-à-dire   la    région  comprenant  les 
cités  d'Avignon,   Garpentras,    Gavaillon,   Aix  sur  la  rive  droite, 
Sisteron,  et  qu'il  y  joignit  sans  doute  Fréjus  sur  la  rive  gauche. 
Dans    les    actes  qui   concernaient   ces  cités,  la   souscription  de 
Guillaume  dès  972  passait  la  première  :  mais  il  lui    fallait  tou- 
jours l'approbation  de  son  frère  aîné  Roubaud.  La  Provence  res- 
tait indivise  entre  eux  deux  :  ils  s'en  partageaient  la  jouissance. 
Ge  cantonnement  de  Guillaume  sur  la  rive  droite,  que  l'on  croit 
entrevoir,  explique  seul,  d'ailleurs,  pourquoi  il  y  choisira  le  lieu 
de  sa  sépulture,  au  lieu  de  se  faire  enterrer  dans  Arles.  Si  ce  can- 
tonnement était  admis,  on  devrait  observer  que  les  actes,  émanés 
de  l'aîné  Roubaud  personnellement,  sont  surtout  relatifs  à  Arles  : 
fait  remarquable,  il  n'en  existe  point  qui    soient    antérieurs  à  la 
mort  de  Guillaume.  Ge  silence  paraît  prouver  que  la  personnalité 
de   l'aîné   était     abolument  effacée.    Après    avoir    constaté    que 
presque  tous  les  actes  concernent  la  rive  droite,  il  faut  constater 
en  second  lieu  un    fait   absolument    certain.    Toute    l'initiative 
appartient   au    cadet,   non    seulement  sur    la   rive  droite,  mais 
encore  sur  la  rive  gauche  de  la  Durance.  L'acte  relatif  aux  marais 
de  Montmajour  est  sans  réplique.  Get  effacement   de   Roubaud 
est    vraiment  extraordinaire,   puisqu'il  n'a   pas    fait   la  moindre 
donation  à  Montmajour  de  son  propre  mouvement. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  229 

Après  avoir  parlé  des  actes  où  les  deux  frères  paraissent 
ensemble,  il  faut  passer  en  revue  ceux,  plus  nombreux,  qui 
émanent  seulement  de  Guillaume  ou  qui  le  concernent  ;  on  en 
compte  au  moins  seize  K    Sur  ce  nombre,  cinq  ont   été  passés  à 

1.  Arles,  20  août  [970?],  l'an XXXI  :  «  antedomno  Willemmo,  inlustrissimo 
comité  et  anle  vassos  dominicos,  tam  romanos  quam  salicos,  unà  cum  plu- 
rimarum  personarum  diversis  legibus  viventibus...  in  comitatu  Aquense... 
de  villa  Stavello...  cornes  prefatus  et  judex  Bercngarius  judicaverunt...  » 
(Cart.  de  Saint-Victor^  n*^  290).  Les  souscriptions  de  ce  plaid  ont  disparu. 

Arles,  mai  [972  ?],  l'an  XXXIII:  «...Hicterius    sancte    sedis    Arelatensis 

venerabilis   archimandrita favente  viro  illustrissimo  Guillelmo  comité  .. 

abbatiam  Sancti  Vincentii  Sanctique    Ferreoli...   nuncupatam  Nionis,  que 

est  in  comitatu    Vasionensi,    territorio    Provincie Statuentes...    nulli, 

licere...  magne  parveque  persone  tam  duxsive  marchiosive  etiam  cujusque 

dignitatis  sit  preditus  homo Signum  archiepiscopus  Hicterius...  Signum 

Guillelmus  comes  fîrmavit.  Airardo  episcopo  firmavit,  Garnerius  abba...  » 
(Biblioth.  d'Arles,  ms.  168,  n''  44  ;  tiré  des  Arch.  de  Saint-Césaire). 

Arles,  17  août  977,  l'an  XXXVIII  :  «  Ego...  Teucinda...  cedo...  insulam... 
Monte  majore...  in  comitatu  Arelatense...  Signum  Teucinde...  Riculfusepis- 
copus  voluit  et  consensit.  Vuillelmus  comes  firmavit.  Lanbertus  f.  Poncius 
firmavit...  Archinricus  levita  atque  indignus  monachus  scripsit  »  (Chan- 
telou,  pp.  52,  53).  Cette  charte  prouve  que  le  moine  Archinric  de  Mont- 
majour  prenait  alors  l'ère  à  940. 

Marseille,  mercredi  31  octobre  [977]  :  «  ego...  Honoratus  episcopus... 
in  comitatu  Massiliense...  incomitatu  Aquense...  in  comitatu  Senescience... 
in  comitatu  Forojuliense...  incomitatu  Ucetico...  Signum  domni  Honora ti... 
Domnus  Guillelmus  comes  fîrmavit  »  (Car^.  Sam^-Fic^or,  n°  23).  La  sous- 
cription du  comte  figure  la  dernière,  après  celles  du  donateur,  des  simples 
témoins  et  de  la  famille  vicomtale.  Il  est  donc  certain  qu'il  n'était  pas  pré- 
sent à  la  rédaction  de  l'acte  et  qu'on  l'a  prié  ensuite'de  la  confirmer. 

Le  mercredi  tombe  le  31  octobre  en  966,  977,  983  et  988.  L'acte  est  pro- 
bablement postérieur  au  mois  de  mars  965,  date  â  laquelle  Guillaume 
n'était  pas  encore  comte  ;  il  est  antérieur  à  la  date  du  6  mars,  l'an  XL  de 
Conrad,  où  paraît,  comme  évêque  de  Marseille,  Pons,  neveu  et  successeur 
d'Honorat  [Saint-Victor,  n°  72).  Pour  déterminer  la  date  complète  de  ce 
dies  adquem,  il  faut  observer  que  l'ère  a  pu  être  prise,  au  plus  tôt  en  937  et 
au  plus  tard  en  942  ;  par  conséquent,  il  s'agit  d'un  6  mars  flottant  entre 
976  et  981.  Les  dates  de  983  et  988  sont  éliminées  pour  le  mercredi 
31  octobre  :  il  reste  comme  possibles  les  années  966  et  977.  Il  y  a  lieu  main- 
tenant d'observer  que  l'acte  du  6  mars  [976-981]  donne  les  souscriptions 
de  six  témoins  :  Déodat,  Marin,  Dominique,  Thierry,  Nizier  et  Autard. 
Cinq  de  ces  témoins  sur  six  se  retrouvent  parmi  les  six  témoins  assistant 
le  31  octobre  à  l'acte  d'Honorat,  à  la  suite  de  l'évêque  de  Fréjus,  de  la 
famille  vicomtale   et  du  comte.  C'est  une  très  grande   probabilité  que  les 


230  LA    PROVENGE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

Arles,  trois  à  Avignon,  un  à  Marseille,  un  à  Apt,  un  à  Manosque 
et  cinq  dans  des  localités  indéterminées  :  soit,  six  actes  dressés  sur 

deux  actes  du  31  octobre  et  du  6  mars  ont  été  passés  à  des  dates  rap- 
prochées, le  premier  â  la  fin  du  pontificat  d'Honorat,  le  second  au  début 
de  celui  de  son  successeur.  La  date  de  966  est  donc  écartée  et  il  reste  le 
mercredi,  31  octobre  [977]  :  pour  le  second  acte,  reste  possible  le  6  mars 
[978-981]  avec  probabilité  pour  978  ou  979. 

Avignon,  12  mai  979,  ind.  7  :  «  ...  cum  consilio  senioris  mei  Chuonradi 
régis  atque    incliti    marchionis   Wilelmi...    Signum  Vualcaudi  episcopi... 

Dodo    firmavit Ricardus    firmavit...     Durandus   presbiter Signum 

Silvestri  archiepiscopi  Aquensis  ecclesiœ.  Signum  Vuarnerii  Avenionis 
ecclesiœ.  Signum  Vuilelmi  comitis  [Saint- Victor,  n°  1043).  Le  groupe 
final  des  deux  évêques  et  du  comte  paraît  former  une  confirmation  posté- 
rieure à  la  rédaction  de  l'acte.  L'acte  concerne  le  pays  de  Cavaillon. 

Arles,  17  avril  [981?],  l'an  42...  «ego,  in  Dei  nomen,  Vuilelmus,  marchius 
Arelatense  Provintie..,  cedo...  aliquid  de  proprietatem  meam...  in  comitatu 
Avinionense,  in  agro  Rupiano...  Signum  Vuilelmus...  Signum  Arsinda 
comitissa  firmavit.  Signum  Eldebertus  et  Vuarbidus  et  Bonfilius  judices... 
Signum  Bonfilius  vicarius  firmavit....  Aimericus  presbiter  rogitusscripsit  » 
[Saint- Victor,  n»  1042). 

juin  [981],  l'an  42  :  «  Willelmus  comes  et  conjux  mea  Arsindis...  cedi- 
mus...  in  regno  Provincie,  in  pago  Aquensi,  villam...  Pertusum...  que 
michi  ex  donatione  Ingilranni  Cavallicensis  episcopi  et  fratris  sui  Novi- 
longi  legibus  obvenit...  Signum  Willelmi  inclytus  comes  et  uxor  sua  Arsin- 
dis... Archinricus  monachus...  mandante  Willelmo  comité  scripsit  » 
(Chantelou,  pp.  56-57).  La  date  est  fixée  par  l'acte  précédent  du  10  août 
977  émané  du  même   scribe. 

Avignon,  6  mai  982,    ind.    10^  :  «  e^o  Warnerius    Avenionensis  ecclesiœ 

O  7  7  O 

episcopus...  in  agro  Fretensi...  S.  Warnerii  humilis  episcopi...  S.  War- 
nerii,  Durandi  et  aliorum  canonicorum.  S.  Theodorici  episcopi  Vasionensis, 
Willelmus  voluit,  consentiit  et  firmavit.  Eldebertus,  Adalelmus,  Lam- 
bertus  Dodonus.  Hugo  presbyter  firmavit  »  (Deloche,  Saint-Remy  de 
Provence,  pp.  56-60).  La  souscription  comtale,  suivie  de  celle  des  juges, 
a  pu  être  apposée  après  coup. 

Manosque,  mercredi  2  janvier  [984],  l'an  44  :  u  in  placito  générale...  in 
presentiaGuilelmo  comité  et  Heldeberto  judice  et  Garbido  iuâice...» [Saint- 
Victor,  n°  654).  Il  s'agit  d'un  jugement  entre  l'évêque  de  Marseille  et  celuide 
Sisteron  :1e  groupe  des  souscriptions  est  incomplet.  Le  mercredi  2  janvier 
tombe  en  967,  978,  984,  989;  d'autre  part,  l'ère  ayant  pu  être  prise  de  937  à 
942,  la  date  de  l'an  44  flotte  entre  le  2  janvier  [980]  et  le  2  janvier  [985]  : 
c'est  donc  le  mercredi  2  janvier  [984J  dont  il  s'agit  et  l'ère  était  prise,  dans 
cet  acte,  en  941. 

Avignon  986,  ind.  14«  :  «  ego  Vuillelmus  comes,  inclitus  marchio,  et  uxor 
mea  Adalaix  comitissa  donamus  ..  in  comitatu  Avenionense,  lacum  Bul- 
bonum  et  brachium  Mairanicarum...  Sig-num  Vuillehni  incliti  marchionis  et 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  231 

la  rive  gauche  et  cinq  sur  la  rive  droite.  C'est  la  même  propor- 
tion que  celle  déjà  observée  pour  les  neuf  actes  où  paraissent  les  deux 
frères,  puisqu'il  en  est  trois  qui  sont  datés  d'Arles,  un  d'Avignon, 
un  de  Garpentras  et  deux  d'une  localité  inconnue.  Les  actes,  où 
Guillaume  paraît  seul,  sont  deux  fois  plus  nombreux  que  ceux  où 
figure  l'approbation  de  son  frère.  Observant  quels  sont  les  comtés 
intéressés  par  ces  seize  actes  sur  lesquels  porte  l'examen  actuel,  on 
voit  nommer  Avignon  trois  fois,  Aix  quatre  fois,  dont  une  à  propos 
de  Pertuis  sur  la  rive  droite,  Arles  deux  fois,  Fréjus  deux  fois, 
Apt  deux  fois,  Vaison  une  fois,  Gavaillon  une  fois,  Marseille  une 
fois,  Senez  une  fois,  Riez  une  fois  et  Sisteron  une  fois.  La  pré- 
pondérance d'Avignon  et  d'Aix  est  intéressante  ;  elle  est 
souvent   fournie  par    des  titres  qui  concernent  Saint- Victor    ou 

uxoris  suœ  x\dalaix  comitissœ...  »  (Ruffi,  Dissertations  historiques,  1712, 
p.  16;    d'après  le  Cart.    de  Saint-André  d'Avignon,    p.  34). 

989,  ind.  i^^  :  «antepresentiam  domniAnnonissancte  Arelatensisecclesie 
archipresulis...  subtuscastrus...Fossas,  secusmare...  Signum  domni  Annonis 
archiepiscopi...  Willelmus  cornes  firmavit.  Ymbertus  prepositus  f.  Poncius 
Massiliensisepiscopus  f.  Riculfusepiscopus  firmavit  »  (Albanès,  Gall.  Christ, 
noviss.,  Arles,  n°  291). 

Arles,  mai  [988?],  l'an  49  :  «  ego...  Silvester  dono...  per  remedium  anime 
mee...  etper  remedium  anime  Vuillelmi  Provintie  marchioni...  Lonicus, 
in  comitatu  Forojuliensi...  »  (Chantelou,  pp.  57-58).  La  date  flotte  entre 
985  et  990,  avec  probabilité  plus  grande  pour  989,  si  l'ère  est  prise  à  940. 
Arles,  juin  [989],  l'an  49  :  «  ...inter  domno  Vuillelmo  comité  et  uxor  sua 
Adalax  apud...  Aicardo...  de  villa...  Segalarias...  in  comitatu  Aquense... 
S.  domnus  Vuilelmus  et  uxor  sua  Adalax...  S.  Teutbaldus  vicarius...  »  [Mém. 
de  VAc.  de  Marseille,  1887,  pp.  252-253). 

Apt,  5  août  991,  ind.  4''  :  «  Teudericus  sedis  Aptensis...  episcopus... 
cum  consilio  et  voluntate  Vuillelmi  totius  Provinciœ  principis...  »  [Gall. 
Christ.,  t.  I,  instr.,  col.  74-75  ;  Cart.  d'Apt,  n°  3). 

Arles,  juillet  [993?],  l'an  54...  «  ego  Rostagnus  et  frater  meus  Vuala... 
in  comitatu  Atense...  S.  Rostagnus  et  Vuala...  Vitburga  et  Insingarda  et 
infantes illorum  Gontardus  et  Hoda  et  Vuilla  et  Billiilde...  Domnus  Vuillel- 
mus  comes  firmavit.  S.  Pontius  juvenis  firmavit  Aimericus  presbyter,  nota- 
rius,rogatus  scripsil  »  (Chantelou,  pp.  71-72).  La  date  flotte  entre  juillet  990 
et  juillet  995,  suivant  qu'on  prend  le  début  de  l'ère  en  937  ou  en  942:  le  roi 
étant  mort  le  19  octobre  993,  cela  réduit  le  début  possible  de  937  à  940. 
Le  scribe  arlésien  Aimeric  se  rencontre  le  17  avril  [981  ?],  l'an  42  (Saint- 
Victor,  n°  1042),  et  en  novembre  [982?],  Tan  43  (Chantelou,  pp.  54-55)  :  la 
date  de  993  est  la  plus  probable,  avec  le  point  de  départde  l'ère   en  940. 

[993-1000]  :  «  comes  Willelmus...  in  terra  de  Valentiola  et  de  Archin- 
zosco...  »  {Cluny,  n°  1290). 


232  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

Montmajour,  abbayes  marseillaise  et  arlésienne.  Sur  dix-huit 
mentions,  neuf  concernent  les  localités  dépendant  d'Avignon  et 
de  la  rive  droite,  neuf  des  localités  placées  sur  la  rive  gauche. 
Parmi  ces  seize  actes,  il  se  présente  deux  plaids  comtaux  : 
l'un  est  tenu  en  janvier  àManosque,  l'autre  en  août  à  Arles.  Dans 
ce  plaid  d'août,  on  voit  les  vassaux  de  loi  romaine  passer  avant 
ceux  de  loi  salique  ;  en  Provence,  c'est  naturel  ^  Quant  au  comte, 
il  n'indique  pas  quelle  est  sa  loi  personnelle.  En  somme,  la  série 
d'actes,  où  Guillaume  paraît  seul,  permet  de  maintenir  l'opinion 
qui  désignait  Avignon  comme  le  centre  probable  de  ses  biens 
personnels.  Il  est  évident  que  le  comte  habite  tantôt  Arles  et 
tantôt  Avignon  :  toutefois  sur  la  rive  droite,  il  choisit  comme 
résidence,  hors  de  toute  cité,  le  château  de  Manosque  formé  par 
la  paroisse  Saint- Sauveur  et  à  la  sortie  duquel  se  forme  déjà  un 
bourg  avec  l'église  Notre-Dame.  C'est  une  innovation.  Dans  les 
cités,  les  comtes  commençaient  à  n'être  plus  tout  à  fait  chez  eux. 
Quelquefois,  Guillaume  passait  Noël  à  Manosque  et  Pâques  à  A  ries. 

On  a  vu  qu'à  Arles  même,  Roubaud  était  relégué  par  Guil- 
laume au  second  plan.  Si  l'on  passe  en  revue  les  actes  privés, 
émanés,  non  plus  de  Guillaume,  mais  des  primats  d'Arles,  du 
temps  d'itier  et  d'Annon,  de  963  à  996,  on  voit  que,  parmi  une 
vingtaine  de  pièces,  deux  seules  sont  soumises  àl'approbation  com- 
tale,  parce  qu'il  s'agit  dans  ce  cas,  non  pas  d'une  simple  donation 
ou  d'un  échange  de  terres  ecclésiastiques,  mais  d'une  fondation 
d'abbaye.  L'approbation  demandée  alors  est  celle  de  Guillaume 
et  non  pas  celle  de  Roubaud  ^. 

Il  est  difficile  de  dire  à  quoi  exactement  est  dû  cet  effacement 
de  Roubaud,  depuis  la  mort  de  son  père.  S'il  était  bien  l'aîné  de 
Guillaume,  il  dut  abdiquer  les  droits  de  prééminence  qu'il  tenait 
de  sa  naissance.  Jusqu'alors,  il  y  avait  eu  des  comtes  en  Provence, 
résidant  dans  Arles,  dans  Avignon,  dans  Senez  et  ailleurs.  Celui 

1.  Il  en  était  ainsi  déjà  en  845  :  «  ante  Rothbertum  vicarium  de  viro 
illustri  Adalberto  comité  et  tam  scavinis  tam  romanis  quam  salicis...  » 
{Saint- Victor,  n"  26). 

2.  Gall.  noviss,,  Arles,  nos265  à  296.  Voir  les n^^  291  et  276(Bibl.  d'Arles, 
ms.  168, n»  44). 


LE    ROYAUME   DE   BOURGOGNE-PROVENCE  233 

d'Arles  avait  plus  d'importance  que  les  autres,  parce  qu'il  rési- 
dait dans  la  capitale  de  la  Provence  :  c'était  donc  le  seul  dont 
le  titre,  dans  les  actes,  fût  suivi  quelquefois  de  l'indication  de  sa 
résidence.  Le  précepte  du  8  décembre  966  qualifiait  encore 
ainsi  Boson  comte  d'Arles.  Avec  l'avènement  de  ses  fds,  l'un  dans 
Arles,  l'autre  dans  Avignon,  une  transformation  se  produit.  Le 
plaid  du  20  août  970  ne  permet  pas  encore  de  la  saisir  :  la  dona- 
tion d'avril  972,  émanée  de  Guillaume  et  approuvée  par  Rou- 
baud,  en  témoigne  pour  la  première  fois.  Guillaume  n'est  plus 
un  simple  comte  d'Avignon,  Roubaud  n'est  plus,  de  son  côté, 
un  simple  comte  d'Arles  :  tous  deux  ne  sont  plus  de  simples 
comtes  en  Provence.  Guillaume  s'intitule  comte  de  Provence  : 
ceci  suppose  que  tous  les  autres  comtes  en  Provence,  existant  pré- 
cédemment à  Senez  et  ailleurs,  avaient  disparu.  Seul  Guillaume 
demeurait  et  son  frère  Roubaud  auprès  de  lui  :  Roubaud  ne 
prend  d'ailleurs  pas  le  titre  nouveau,  il  le  laisse  à  Guillaume 
seul  en  signe  de  prééminence.  L'approbation  qu'il  donne  à 
quelques-uns  de  ses  actes,  soit  sur  la  rive  gauche,  soit  sur  la 
rive  droite,  prouve  que  la  propriété  de  la  Provence  était  légale- 
ment indivise  entre  eux  deux.  Par  le  fait,  Roubaud  jouissait  sur- 
tout d'Arles  et  Guillaume  d'Avignon.  Mais  Guillaume  était  le 
chef  unique.  Ce  titre  éminent  que  Guillaume  assume  en  972  est 
celui  que  commentera  l'évêque  de  Carpentras  en  982,  en  disant 
que  Guillaume  est  le  prince  de  cette  Provence  et  en  passant 
sous  silence  son  frère  le  comte  Roubaud.  L'évêque  d'Apt  préci- 
sera, en  991,  en  déclarant  que  Guillaume  est  le  prince  de 
toute  la  Provence. 


§  2.  —  L'érection  de  la  marche  de  Provence 

(979) 

Au  moment  où  la  Provence  retrouvait  son  unité,  sous  l'au- 
torité d'un  seul  chef,  le  titre  de  comte  parut  insuffisant  pour 
définir    cette    autorité.    Dans     des     circonstances     analogues, 


234  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®  SIÈCLE 

en  911,  le  comte  d'Arles,  Hugues,  était  devenu  duc  de  Pro- 
vence. Guillaume  n'était  pas  de  race  assez  illustre,  semble-t-il, 
pour  ceindre  à  son  tour  la  couronne  ducale.  Le  roi  de  Bourgogne 
ne  devait  pas,  d'ailleurs,  tenir  beaucoup  à  élever  un  duc  dans  son 
royaume.  Tout  le  monde  reçut  bientôt  satisfaction  par  un  moyen 
terme.  Le  12  mai  979,  un  évêque,  celui  de  Gavaillon,  déclare 
avoir  pris  le  conseil  de  son  seigneur  le  roi  Conrad  et  de 
Guillaume,  l'illustre  marquis.  Guillaume  lui-même^  le  17  avril 
981,  se  qualifie  marquis  de  la  Provence  artésienne.  Avec  ce 
titre  de  marquis,  il  reparaît  en  986  à  Avignon  ;  de  même,  à 
Arles  en  992,  il  agit  comme  seigneur,  prince  et  marquis  de  cette 
Provence  ;  finalement,  en  mai  993^  un  des  vassaux  de  Guillaume 
précise  encore  que  ce  prince  est  marquis  de  Provence.  Ainsi  Guil- 
laume reçoit,  entre  972  et  979,  le  titre  de  marquis  de  Provence 
comme  Hugues,  en  911,  était  devenu  marquis  de  Viennoise. 
Il  aurait  pu  dire  :  «  duc  ne  puis,  marquis  suis.  »  Par  tradition, 
la  Provence  était  mieux  qu'une  marche  et  elle  constituait  un 
duché.  En  mai  972,  le  style  de  l'archevêque  d'Arles  prévoit 
l'existence  possible  d'un  duc  ou  d'un  marquis.  Après  la  mort  de 
Guillaume,  on  le  traitera  par  inadvertance  de  duc^  et  on  n'aura 
pas  tout  à  fait  tort,  puisque  ce  personnage  avait  été,  en  somme, 
marquis  d'un  duché.  Les  autres  actes  continuent  h  donner  son 
titre  ancien  de  comte  à  Guillaume  et  ce  n'est  pas  irrégulier,  car  ce 
titre  n'est  pas  incompatible  avec  le  nouveau.  Dans  chaque  duché, 
dans  chaque  marche,  le  duc  ou  le  marquis  possède  personnel- 
lement un  ou  plusieurs  comtés  :  en  Provence,  le  marquis  les 
possédait  tous,  c'est  vrai,  mais  il  les  possédait  par  indivis  avec 
son  frère,  de  sorte  qu'en  droit  le  marquis  de  Provence  était 
propriétaire  de  la  moitié  seulement  des  comtés  placés  dans  la 
marche. 

A  quoi  convient-il  d'attribuer  ce  nouvel   état  de  choses  dont 
profita  Guillaume  en  devenant  comte,  puis  marquis  de  Provence  ? 


l.  «  Willelmusquondam  dux  et  Provinciae  pater  patrise  »  (C/uaii/,  n°2866). 
«  Willelmus  Arelatensis  dux  »  (Raoul  Glaber,  lib.  I,  cap.  IV,  §  9). 


LE  ROYAUME  DE  nOUHGOGNE-PROVENCE  235 

L'institution  d'un  marquis  revient  à  organiser  la  défense  d'un 
pays  frontière  sous  l'autorité  miltaire  d'un  seul  chef.  Si  l'orga- 
nisation de  la  Provence  en  marche  était  dirigée  contre  le 
royaume  de  Lombardie,  elle  ne  tarderait  pas  jusqu'en  979  à 
se  faire  jour.  On  a  vu  que  la  marche  d'Ivrée  avait  été  renforcée 
contre  les  Alpes  en  trois  zones  à  l'avènement  de  Béranger,  le 
15  décembre  950.  Le  roi  de  Bourgogne  venait  précisément  d'ins- 
taller les  fils  de  lloubaud  comme  comtes  d'Arles  et  d'Avignon 
en  949  :  s'il  avait  eu  la  préoccupation  d'organiser  la  Provence 
contre  la  Lombardie,  il  aurait  fait  de  Boson  un  marquis,  au  lieu 
de  le  laisser  simple  comte  d'Arles  toute  sa   vie. 

L'organisation  de  la  Provenceen  979  serait-elle  dirigée  contre  le 
royaume  de  France?  C'est  fort  probable.  En  effet,  le  roi  de  France 
Lothaire  s'associa  son  fils  Louis  V  et  le  fit  sacrer  à  Gompiègne 
le  8  juin  979.  Aussitôt,  il  l'expédie  à  Brioude,  auprès  d'Alix 
d'Anjou,  veuve  d'Etienne,  comte  deGévaudan,  pour  l'épouser  et 
se  faire  reconnaître  comme  roi  de  Guyenne.  Malheureusement,  les 
caractères  des  deux  nouveaux  époux  étaient  aussi  mal  assortis  que 
leur  âge  respectif  :  le  jeune  roi  ne  tarda  pas  à  haïr  sa  femme. 
L'union  dura  à  peine  deux  ans,  dit  Richer,  et  un  divorce  survint. 
Le  roi  de  France,  fâché  de  la  tournure  que  prenaient  les  événe- 
ments, rappela  son  fils  auprès  de  lui.  Alix,  peinée  de  son 
abandon  et  craignant  pis  encore,  se  réfugia  en  Provence  :  elle  y 
épousa  Guillaume  d'Arles. 

Richer  place  le  récit  des  affaires  de  Guyenne  (979-981),  c'est- 
à-dire  le  sacre  de  Louis  V,  son  séjour  à  Brioude,  son  mariage 
avec  Alix,  après  le  récit  des  alTaires  contemporaines  de  Ger- 
manie (978-981)  K  II  est  facile  de  rétablir  les  dates  :  le  sacre   de 

1.  Richer,  Illstoriarum,  lib.  III,  §  91  :  «  Promotio  Ludovici  in  regnum 
Francorum. — §92.  Ilem  promotio  Ludovici  in  reg-num  Aquitaniae  eiusque 
uxoratio.  — §94:  Adelaidis  at  Ludovico  reginœ  in  Aquitania  promolio 
eorumque  divortium  »  (éd.  in  usum  scholarum,  pp.  119-421). 

Les  paragraphes  consacrés  à  la  guerre  de  Germanie  et  au  traité  qui  inter 
vintsont  les  §  68  à  81.   Cette  guerre  ayant  débuté  avant  le  sacre  de  Louis, 
l'historien,  pour  ne  pas  couper  son  développement,  en  fait  la  narration  com- 
plète jusqu'au  traité  de  981  et  y  ajoute  le  voyage  du  duc  de  France   auprès 


236  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl*^    SIÈCLE 

Louis  V  a  été  célébré  le  8  juin  979.  Son  séjour  en  Guyenne  et 
son  union,  qui  y  dura  près  de  deux  ans,  doivent  donc  être  reportés 
de  979  à  981 .  Précisément,  on  a  deux  préceptes  de  Lothaire, 
datés  du  9  juillet  981,  où,  par  exception,  il  mentionne  le  règne  de 
son  fils  à  côté  du  sien.  Ces  préceptes  marquent  le  moment  pré- 
cis où  Louis  V  rentrait  de  Guyenne  en  France.  C'est  peu  après 
que  la  reine  Alix,  abandonnée  à  Brioude,  dut  se  décider  à  se 
mettre  en  Provence  à  l'abri  de  toute  vexation. 

11  y  a  vraiment  une  coïncidence  remarquable  entre  les  événe- 
ments de  Guyenne  et  l'époque  où  se  constate  l'organisation  de  la 
Provence  en  marche.  Le  premier  acte,  qui  mentionne  le  titre  de 
marquis  porté  par  Guillaume  mari  d'Arsinde,  est  du  12  mai  979  : 
le  sacre  de  Louis  que  son  père  allait  envoyer  pour  régner  en 
Guyenne  est  du  8  juin.  Il  paraît  évident  que  le  roi  de  Bourgogne 
organisa  la  Provence  en  marche  contre  le  royaume  de  France,  ou 
plus  exactement  contre  le  royaume  de  Guyenne,  dès  qu'il  eut 
vent  des  événements  qui  se  préparaient  et  de  la  prochaine  expan- 
sion française  sur  ses  frontières.  Ce  n'était  pas  un  acte  d'hosti- 
lité proprement  dite  :  c'était  une  mesure  de  prudence.  La  France 
était  alors  en  guerre  contre  la  Germanie  et  Conrad  paraît  avoir 
gardé  une  neutralité  complète  dans  la  querelle.  En  981,  Lothaire 
pourra  donc  lui  écrire  en  invoquant  la  satisfaction  qu'il  res- 
sentait d'avoir  maintenu  fermement  les  relations  amicales  déjà 
anciennes  entre  la  France  eT  la  Bourgogne  ^.  Mais,  on  le  devine, 
Lothaire  avait  alors  à  demander  un  service  important  au  roi  de 
Bourgogne  :  deux  ans  auparavant,  celui-ci  n'était  sans  doute  pas 
si  bien  rassuré  sur  les  intentions  cordiales  de  Lothaire. 


du  roi  de  Germanie,  sous  les§  81  à  90,  en  raison  de  ses  rapports  étroits  avec 
cette  guerre.  Alors  seulement,  il  passe,  §  91  à  95,  aux  événements  contem- 
porains de  Guyenne  qui  débutent  en  979  et  s'achèvent  eux-mêmes  en  981. 
Cette  méthode  se  comprend. 

1.  «  Lotharius  Francorum,  gratia  Dei,  rex  Conrado  Alemannorum  régi, 
quicquid  sibi.  Amicitiam  inter  nos  a  multo  tempore  constitutam  inviolabi- 
liter  conservare  semper  mihi  gratum  fuit....  »(Richer,  Historiarum,  lib.  III, 
§86). 


tE   ROYAUME    DE  BOURGOGNE -PROVENCE  237 

§  3.  —  L'expulsion  des  Sarrasins 

(983) 

La  marche  de  Provence,  constituée  en  979  contre  une  menace 
éventuelle  de  la  France,  rendit  au  moins  le  service  aux  Proven- 
çaux de  les  débarrasser  des  Sarrasins.  Cet  événement  vaut  la 
peine  qu'on  s'y  arrête,  après  avoir  dit  quelques  mots  de  l'occu 
pation  désastreuse  et  prolongée  qui  le  précéda.  On  sait  déjà 
comment  ^  vingt  d'entre  eux,  venus  d'Espagne  sur  une  barque 
légère  pour  aborder  probablement  en  Gothie,  furent  portés  sans 
le  vouloir  à  la  dérive  par  le  vent  du  sud-ouest  sur  les  côtes  de 
Provence.  Ils  débarquent  la  nuit,  entrent  par  surprise  dans  le 
village  voisin,  en  massacrent  les  habitants,  prennent  le  parti  de 
s'établir  dans  les  hauteurs  peu  accessibles  de  la  chaîne  des  Maures, 
tout  près  du  village  surpris  et  de  la  mer,  se  retranchent  contre 
les  gens  du  pays  qui  voudraient  venger  les  leurs.  Ils  se  terrent 
dans  des  buissons  épineux,  qui  rendent  par  leur  épaisseur  tous  les 
abords  infranchissables,  et  ne  ménagent  qu'un  seul  sentier  d'ac- 
cès, de  manière  à  jouir  d'une  entière  sécurité.  Trouvant  ce  repaire 
à  leur  goût,  ils  envoient  chercher  du  renfort  en  Espagne  avec  la 
promesse  de  gagner  sans  peine  tout  le  pays.  Leurs  compatriotes 
peuvent  à  peine  croire  à  unepareille  aubaine.  Gentautres  seulement 

1.  «  Opidum  vocabulo  Fraxinetum  quod  in  Italicorum  Provintialiumque 
confiniostare  manifestum  est...  mari  uno  exlatere  cingitur,  cœteris  densis- 
sima  spinarum  silva  munitur...  XX  tantum  Saraceni  lintre  parvula  ex  His- 
pania  egressi,  villamque  clàm  ingressi,  christicolas...  jugulant...  mon- 
temque  Maurum  villulaîcoherentem  contra  vicinas  gentes  refugium  parant;., 
spineam  silvam...  spissioremsua  pro  tuitione  fatientes...  Loci...  asperitate 
confisi,  vicinas  gentes  clàm  circumquaque  perlustrant...  in  Hispaniam 
nuntios  dirigunt  vicinasque  gentes  nichili  se  habere  promittunt.  Centum 
denique  tantummodo  mox  Saracenos  reducunt...  Interea...  Provincialium... 
invidia  cepit  inter  se  dissidere,  alius  alium  jugulare,  substantiam  rapere... 
pars...  hos...  Saracenos,  non  minus  callidos  quam  perfidos,  in  auxilium 
rogat;  cumque  his  una  proximum  conterit...  trucidare...  terram  fructife- 
ram  in  solitudinem  reddere...  »  (Liudprand,  Antapodosis,  lib.   I,  cap.    1-4). 

Voir  la  feuille  XXV-35,  sur  la  carte  du  service  vicinal. 


238  LA   PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

se  décident  à  rejoindre  les  premiers  arrivés.  Précisément  à  cette 
époque,  les  Provençaux,  envieux  les  uns  des  autres,  ne  pensaient 
qu'à  se  tuer  et  à  se  voler  réciproquement.  Ne  pouvant  se  faire 
assez  de  mal  à  eux-mêmes,  il  en  est  qui,  pour  venir  à  bout  de 
leurs  adversaires,  appellent  à  leur  aide  les  pirates  étrangers.  Bref, 
ce  que  les  Sarrasins  peu  nombreux  n'auraient  pu  faire  de  leurs 
propres  forces  contre  les  Provençaux  unis,  ils  arrivent  à  le  faire 
grâce  à  la  guerre  civile  qui  rongeait  ce  malheureux  pays.  Les  Sar- 
rasins augmentent  leur  nombre  peu  à  peu,  grâce  à  l'aveuglement 
des  habitants  divisés  qui  les  laissent  faire  :  le  moment  vient  où 
ils  peuvent  impunément  ravager  les  campagnes  et  piller  les 
habitants  qu'ils  mettent  finalement  d'accord  en  les  exterminant 
sans  acception  de  parti. 

Ce  récit,  qui  est  celui  de  Liudprand,  offre  toutes  les  apparences 
de  la  vérité  :  on  n'a  aucune  raison  de  le  suspecter.  Selon  lui,  le 
Freinet,  où  débarquèrent  les  Sarrasins,  se  trouvait  aux  confins 
de  l'Italie  et  de  la  Provence.  En  réalité,  d'après  les  textes  du 
XI*'  siècle,  ce  n'était  pas  un  simple  château  qui  portait  ce  nom, 
mais  toute  une  région  du  comté  de  Fréjus  bordée  par  la  mer  au 
sud,  protégée  au  nord  par  les  montagnes  boisées  qu'on  appelle 
les  Maures  et  où,  selon  Liudprand,  les  Sarrasins  cherchèrent  leur 
refuge  après  le  sac  du  premier  village  pris  par  eux.  Le  golfe  de 
Grimaud  était  le  mouillage  naturel  de  cette  région.  Elle  compre- 
nait notamment  les  châteaux  de  Saint-Tropez,  de  Grimaud,  de 
Miramas,  le  village  de  la  Mole,  le  revest  de  la  Moure.La  Garde- 
Freinet  est  le  seul  lieu  qui  ait  retenu  le  nom  générique  du  can- 
ton ;mais  ce  n'était,  commel'indique  son  qualificatif,  qu'un  poste 
d'observation  placé    à    la    limite    du    Freinet^    Le    canton    du 

1.  Cart.  de  Saint-Victor,  n°«  18,  110,  551,  590,  591,  592,  595.  La  forme 
latine  est  :  Fraxenetum,  Fraxinitum,  Fraxanetum.  Le  seul  texte  qui  révèle 
la  forme  vulgaire  Fragnetum  est  le  n°  592  :  c'est  bien  l'équivalent  de  la 
forme  actuelle  Freinet. 

La  Môle,  Var,  arr.  Draguignan,  cant.  Saint-Tropez.  —  Grimaud,  Var,  arr. 
Draguignan.  —  La  Garde-Freinet,  Var,  arr.  Draguignan,  cant.  Grimaud.  — 
N.-D.  de  Miramas,  chapelle  sur  une  colline,  dans  la  commune  précédente. 
—  La  Moure,  hameau  dans  la  même  commune.  —  Saint-Tropez,  Var,    arr. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  239 

Freinet  formait  donc  l'extrémité  du  diocèse  de  Fréjus  sur  la 
côte,  vers  Toulon,  en  remontant  la  frontière  de  ce  diocèse  par  la 
Môle,  Grimaud,  la  Garde  et  la  Moure.  Le  diocèse  de  Fréjus 
dépendait  de  la  province  d'Aixet  celui  de  Toulon  de  la  province 
d'Arles.  Pour  admettre  l'expression  dont  se  sert  Liudprand,  en 
disant  que  le  canton  du  Freinet  se  trouve  sur  les  limites  de  la 
Provence  et  de  l'Italie,  il  faut  croire  que  les  Sarrasins  vinrent 
s'y  établir  au  moment  où  la  province  d'Embrun  était  rattachée 
à  l'Italie,  c'est-à-dire  sous  le  règne  de  Charles  le  Gros  :  Fréjus 
et  Antibes  formaient  la  frontière  de  la  Provence  ;  Vence  et 
Nice  celle  de  l'Italie.  De  fait,  par  le  texte  du  concile  de  Valence 
réuni  pour  l'élection  de  Louis  l'Aveugle,  on  voit  que  l'événe- 
ment  s'était  produit  avant  890  K 

La  période  d'anarchie  et  de  guerre  civile,  qui  favorisa  l'instal- 
lation des  pillards,  doit  coïncider  avec  le  règne  de  Boson,  com- 
battu par  les  Carolingiens.  Quand  Hugues  devint  duc  de  Pro- 
vence, les  Sarrasins  devaient  être  déjà  assez  forts  pour  ne  plus 
ménager  personne  :  au  fur  et  à  mesure  que  leur  nombre  devient 
plus  grand  et  que  le  temps  passe,  l'aire  de  leurs  dévastations 
s'étend  plus  loin  du  Freinet,  soit  parce  que  leur  audace 
croît,  soit  parce  que  les  environs  immédiats  sont  déjà  rava- 
gés. En  936,  ils  vont  piller  Acqui,  pendant  que  leurs  compa- 
triotes d'Afrique  venaient  par  mer  s'emparer  de  Gènes  -.  En 
941,  ils  interceptent  les  passages  des  Alpes  à  l'ouest  et  au  nord 
de  la  Lombardie  :  le  roi  Hugues  se  voit  contraint  d'intervenir. 
N'ayant  pas  de  flotte,  il  traite  avec  le  hasileus  :  en  942,  les 
Grecs  viennent  bloquer  le  Freinet  par  mer  pour  l'empêcher 
de    se    ravitailler.    Ils    jettent    leur    feu    grégeois   qui   détruit 


Dragiiig-nan.  — La  chaîne  des  Maures  s'étend  parallèlement  à  la  mer,  entre 
le  Gapeau  du  côté  de  Toulon  et  l'Argens  du  côté  de  Fréjus,  entre   la  rade 
d'Hyères  et  le  g-olfe  de  Fréjus. 
Feuilles  XXV,  35  et  36. 

1.  <(  Sarrazeni,  Provinciam  depopulantes,  terram  in  solitudinem  redig-e- 
bant  »  {Mon.  Germ.  hist.  ;  Capitularia,  t.  II,  1893,  p.  377). 

2.  Liutprand,  Aniapod.,  lib.  11,  cap  43;  lib.  IV,  cap.  4. 


246  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII«    SIÈCLE 

les  barques  arabes,  pendant  que  les  Lombards  et  les  Pro- 
vençaux s'emparent  par  terre  du  Freinet  et  obligent  les  Sarra- 
sins à  s'enfuir  dans  les  bois  des  Maures.  Une  diversion,  amenée 
par  Déranger  en  Lombardie,  empêche  malheureusement  de  venir 
à  bout  définitivement  de  l'ennemi.  Hugues  trouve  bon  de  ren- 
voyer la  flotte  grecque  et  de  s'allier  avec  les  Sarrasins,  qu'il  venait 
de  battre,  pour  chasser  Béranger  de  Lombardie  K  Pour  prix  de  ce 
service,  les  Sarrasins  continuèrent  à  occuper  tranquillement  le 
Freinet.  C'est  l'époque  où  la  Provence  paraît  être  tout  à  fait 
épuisée.  Lavènement  du  roi  de  Bourgogne,  en  949,  marque  le 
début  d  une  ère  de  restauration,  lente  à  se  dessiner.  Le  roi, 
menacé  à  la  fois  des  Hongrois  et  des  Sarrasins,  trouve  moyen  de 
lancer  les  premiers,  qui  ne  faisaient  que  passer,  sur  les  seconds 
qui  étaient  fixés  à  demeure.  Cette  tactique  valait  mieux  que  celle 
de  Hugues  :  les  Provençaux,  de  leur  côté,  devaient  être  guéris  de 
leur  aveuglement  fratricide.  On  vendit  des  Sarrasins  prisonniers 
sur  le  marché  d'Arles  ".  Mais,  en  963,  leur  repaire  n'était  pas 
encore  détruit  3.  C'était  chose  faite  avant  990  ^.  Pour  se  faire 
une  idée  du  désert  qu'étaient  à  ce  moment  les  cités  de  Fréjus  et 
de  Toulon  voisines,  il  suffît    de    lire   les  textes  :    ils   sont  élo- 

1.  Liutprand,  Antapod.,  lib.  V,  §  9,  16,  17. 

2.  Ekkehard,  Casus  {Script.,  t.  îl,  pp.  110-111), 

3.  Liudprand,  De  rébus  gestis  Ottonis,  §  4,  7. 

4.  Arles,  6  mars  [990  ?]  :  «  Riculfus  Forojuhensis  episcopus,  in  villa 
Manoasca  ante  presentiam  domini  Willelmi  Provincie  comitis  et  genibus 
ejus  provolutus  rogavit  eum..,  civitas  Forojulierisis...  acerbitate  Saraceno- 
rum  destructa  atque  in  solitudinem  fuit  redacta  ;  habitatores  quoqiie  ojus 
interfecti  seu  timoré  longius  fuerunt  efîugati.  Non  superest  aliquis  qui 
sciât  vel  predia  vel  possessiones...  ecclesie...  ;  non  sunt  cartarum  pagine, 
dcsunt  regalia  precepta.  Privilégia  quoque  seu  alla  testimonia  aut  velus- 
tate  consumpta  aut  igné  perierunt,  nihil  aliud  nisi  tantum  solo  episcopa- 
tus  nomine  permanente.  Igitur,  nunc,  inclyte  cornes,  tibi  est  a  Domino 
facultas  concessa  ut  expelleres  Agarenos  a  pristinis  fînibus...  »  (Chantelou, 
éd.  du  Roure,  pp.  66-68). 

«  Cum  gens  pagana  fuisset  e  finibus  suis,  videlicet  de  Fraxeneto  expulsa 
et  terra  Tolonensis  cepisset  vestiri  et  a  cultoribus  coli,  unusquisque 
secundum  propriam  virtutem  rapiebat  terram...  :  Domine  cornes,  ecce 
terra,  soluta  a  vinculo  pagane  gentis  tradita  est  in  manu  tua,  donatione 
régis...  »  [Cart.  de  Saint- Victor,  n°  11). 


Le  royaume  de  BOURGOGNE-PROVENCE  24l 

quents.  Les  Sarrasins  étaient  donc  demeurés  un  siècle  dans  leur 
poste  du  Freinet.  L'importance  de  leur  disparition  finale  est  telle 
qu'il  convient  d'en  fixer  la  date  avec  précision. 

L'arrestation  armée  de  l'abbé  de  Gluny  saint  Majeul,  origi- 
naire d'Avignon,  fut  la  cause  immédiate  de  l'événement.  La  vie 
du  saint,  faite  par  Gyr  et  terminée  par  Arbaud,  est  le  meilleur 
texte  à  consulter  *  :  mais  les  faits  dont  elle  donne  le  récit  sont 
présentés  sans  le  souci  d'une  chronologie  constante  et  rétablir 
leur  ordre  réel  ne  va  pas  sans  difficultés. 

La  lecture  des  livres  2  et  3  de  cette  vie  peut  se  résumer  ainsi. 

1**  Souvent  Mayeul  se  rendit  auprès  des  empereurs  et  des  rois 
(Lib.  II,  §  23). 

2^  Il  réforma  la  vie  religieuse  non  seulement  en  France,  mais 
en  Italie;  en  Germanie  même,  il  ne  resta  pas  inconnu  (§  26). 

3°  Il  fut  en  pèlerinage  au  sanctuaire  de  N.-D.  du  Puy  (§  27). 

4**  Il  guérit  un  aveugle  en  Viennois  (§  29). 

S**  Une  autre  fois,  en  passant  à  Goire,  il  guérit  l'évêque  Albert 
au  moment  des  fêtes  de  Pâques  (§  32) . 

6^  Se  trouvant  à  Rome  et  dénué  d'argent,  il  put  miraculeuse- 
ment faire  une  aumône  à  saint  Paul  (§  33). 

7°  Sa  renommée  venant  à  l'empereur  Otton,  celui-ci  désira  le 
voir  et  le  chargea  de  missions  profitables  à  l'Eglise  (§  35). 

8®    Il  réforma,  près  de  Ravenne,  Saint-Appollinaire  in  classe, 

9**  Pour  être  agréable  à  l'impératrice,  il  s'occupa  de  la  con- 
struction de  Saint-Sauveur  de  Pavie. 

10°  Depuis  longtemps  absent  et  voulant  rentrer  à  Gluny, 
comme  il  descendait  le  col  et  approchait  de  la  Dranse,  après 
avoir  traversé  le  village  d'Orsières  et  le  torrent  qui  y  passe,  il 
est  surpris  par  les  Sarrasins  dans  les  défilés  de  la  route,  lui  et 
ses  compagnons.  Geux-ci  prennent  la  fuite  à  grands  cris,  mais  les 
Sarrasins  les  gagnent  et  les  saisissent.  Le  saint  est  atteint  à  la 
main  d'un  trait  envoyé  du  haut  d'un  rocher  sur  un  de  ses  fami- 
liers proche  de  lui  et  dont  il  voulut  parer  le  coup.  Mû  de  com- 
passion pour  ses  compagnons,  il  renonce  à  fuir  alors  que,   peut- 

1.  Acta  Sanctorum^  mai,  t.  II,  pp.  667-683. 
Mém.  et  doc.  de  iÉcole  des  Charles.  —  VII.      •  16 


242  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII*'    SIÈCLE 

être,  il  l'eût  pu.  Personne  n'est  tué:  les  Sarrasins,  ramenant  leurs 
prisonniers,  aperçoivent  de  loin  le  saint,  assis  seul  sur  une 
pierre  ;  ils  s'emparent  de  lui.  Gomme  ils  se  moquent  des  chré- 
tiens et  de  leur  religion,  le  saint  en  prend  vivement  la  défense. 
On  lui  met  les  fers  aux  pieds  et  on  l'enferme  dans  un  trou  de 
rocher.  Pendant  la  nuit  qui  survient,  le  pape  lui  apparaît  :  se 
réveillant  en  sursaut,  il  augure  de  là  qu'il  sera  délivré.  Tous  ses 
livres  lui  avaient  été  volés,  cependant  il  sent  sur  lui  le  livre  de  saint 
Jérôme  sur  l'Assomption  de  la  Vierge  dont  il  ne  se  séparait 
presque  jamais.  Alors,  calculant  mentalement  le  nombre  de  jours 
qui  restaient  jusqu'à  la  fête  prochaine  de  l'Assomption,  il  trouve 
qu'il  V  en  a  vingt-quatre.  S 'adressant  à  Dieu,  il  le  prie  de  le  déli- 
vrer auparavant  ;  puis  il  s'assoupit  sur  le  rocher.  En  se  réveillant 
de  nouveau,  peu  après,  il  s'aperçoit  que  les  chaînes  de  ses  pieds 
avaient  disparu.  Le  jour  arrivant  sur  ces  entrefaites,  les  Sarra- 
sins sont  frappés  de  stupeur  à  la  vue  de  Mayeul  délivré  de  ses 
entraves  et,  cessant  de  le  tourner  en  dérision,  ils  commencent 
à  le  vénérer.  De  leur  consentement,  Mayeul  adresse  à  Cluny 
quelques  mots  pressants  afin  d'annoncer  son  malheur  en  deman- 
dant qu'on  envoie  la  rançon  réclamée  pour  lui  et  ses  compa- 
gnons. Quand  elle  arrive,  il  est  mis  en  liberté  :  ses  compa- 
gnons et  lui  peuvent  fêter  l'Assomption,  puis  il  rentre  enfin 
à  Clunj. 

11^  Chargés  des  dépouilles  du  saint,  les  Sarrasins  prennent 
leur  route  habituelle,  en  toute  sécurité,  pour  se  replier  sur  le 
Freinet.  Mais  les  chrétiens,  l'ayant  reconnue,  font  tomber  les 
Sarrasins  dans  une  embuscade  au  milieu  d'une  forêt  des  Alpes 
dont  leurs  trompettes  font  soudain  retentir  les  échos.  Pris  de 
panique  à  ce  bruit  imprévu,  les  pillards  s'enfuient  :  poursuivis, 
beaucoup  d'entre  eux  sont  tués.  Le  reste  gagne,  du  seul  côté  qui 
soit  accessible,  une  croupe  rocheuse  escarpée  pour  pouvoir  s'y 
retrancher.  Les  chrétiens  en  barrent  l'entrée  et  la  nuit  arrive. 
Voulant  en  profiter  pour  s'échapper,  les  Sarrasins  essaient  de 
descendre;  par  un  pas  difficile,  ils  glissent  au  bas  de  la  corniche 
escarpée.  Ils  se  tuent  en  y  tombant  les  uns  après  les  autres  toute 


V 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  243 

la  nuit.  Au  matin,  les  chrétiens  n'en  trouvent  plus  que  quelques- 
uns  de  cachés  dans  lesanfractuosités  qui,  pour  avoir  la  vie  sauve, 
demandent  le  baptême.  Ils  s'emparent  de  tout  le  butin  qu'ils  se 
partagent  également.  Attribuant  leur  succès  aux  mérites  du 
saint,  ils  lui  rendent,  pour  sa  part  de  butin,  les  livres  qui  lui 
avaient  été  pris  (Lib.  III,  pars  !»,§  38-42). 

12°  Peu  après,  le  pape  meurt.  Mayeul,  sur  la  demande  de 
l'empereur  Otton  II  et  de  sa  mère  l'impératrice  Alix,  repart 
pour  l'Italie  :  un  désaccord  surgit  entre  l'empereur  et  lui   (§  45). 

13**  Revenant  de  Rome,  un  songe  lui  révèle  la  mort  de  l'empe- 
reur Otton  I  qui  devait  survenir  dans  Tannée  courante.  De  retour 
et  se  reposant  en  Provence,  un  messager  de  Germanie  ne  tarde 
pas,  effectivement,  à  lui  en  apprendre  la  nouvelle. 

C'est  encore  ainsi  que,  plus  tard,  se  trouvant  à  Vérone,  il 
prédit  à  l'empereur  Otton  II  sa  fin  prochaine  (§  47). 

14°  Quand  Guillaume  prince  de  Provence  sent  approcher 
son  heure  dernière,  il  appelle  Mayeul  pour  soulager  son  âme. 
Celui-ci  se  rend  en  conséquence  pour  le  voir  à  Avignon  ;  mais, 
désireux  d'éviter  la  foule,  il  fait  dresser  sa  tente  dans  l'île  du 
Rhône,  à  côté  de  la  ville.  Le  comte  lui  fait  porter  six  pains  et 
tant  de  monde  veut  prendre  place  sur  le  bac  vermoulu  que 
celui-ci  coule  dans  le  fleuve.  Le  saint,  à  cette  vue,  se  met  en 
prière  à  l'église  ancienne  de  Saint-Martin   et  tous   sont  sauvés 

(§  83).    _  _ 

Ce  récit  fut  composé  après  la  mort  de  Mayeul,  évidemment 
pour  faire  ressortir  les  miracles  dont  il  était  l'auteur  et  obtenir 
sa  béatification  :  les  faits  intéressants  qu'il  renferme  sont  énu- 
mérés  avec  beaucoup  de  précision  par  un  témoin  très  informé. 
Le  récit  de  la  nuit  qui  suivit  la  capture  du  saint  est  tellement 
naturel  et  détaillé  que  l'auteur  devait  le  tenir  de  la  bouche  même 
de  l'abbé. 

Mais  l'auteur,  en  faisant  connaître  les  mérites  de  Mayeul,  ne 
suit  pas  un  ordre  chronologique  rigoureux.  Ainsi,  quand  le  saint 
se  trouve  à  Coire,  au  plus  tard  le  31   mars   9671,  il  est    sur  le 

1.  Arpertus,  évêque  dé  Coire  depuis  949,  mourut  le  6  janvier  968  (Gams). 


244  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

chemin  de  Germanie  en  Italie.  Il  se  rend  donc  en  Germanie  ou 
bien  il  en  revient  :  l'appel  qu'Otton  I  lui  avait  adressé  est  forcé- 
ment antérieur.  Cependant,  l'auteur  ne  le  mentionne  que  trois 
paragraphes  plus  bas.  Le  16  juillet  967-,  on  voit  Mayeul  s'occuper, 
sous  les  auspices  d'Otton,  de  l'érection  d'un  cloître  de  bénédictins 
à  Pavie  ^  et  cela  confirme  ce  fait. 

En  dehors  de  la  date  de  son  passage  à  Coire,  il  y  a  d'autres 
éléments  chronologiques  à  recueillir.  D'abord  le  songe,  qui  lui 
révéla  la  fin  prochaine  d'Otton  I,  n'a  pu  avoir  lieu  qu'après  le 
7  mai  972  :  à  cette  date,  le  saint  se  trouvait  donc  en  Italie,  mais 
il  revint  bientôt  et  apprit  la  nouvelle  de  la  mort  en  Provence 
où  il  se  reposait  de  son  voyage  vers  la  fin  de  mai  973.  Un  pré- 
cepte impérial  confirme  précisément  cette  conclusion.  Daté  de 
Ravenne  le  25  mai  972,  il  est  relatif  à  Saint-Apollinaire  in 
classe  ^.  Mayeul  était  alors  auprès  de  l'empereur  et  ce  pré- 
cepte se  rapporte  à  la  réforme  de  cette  église,  mentionnée  par 
la   Vie  dans  un  paragraphe  différent  de  celui  qui   relate   Tan- 


Otlon  I,  couronné  empereur  à  Rome  le  2  février  962,  mourut  le  7  mai  973. 

II  passa  les  années  962,  963  et  964  en  Italie,  qu'il  quitta  en  janvier  965  pour  la 
Germanie.  Le  13  janvier,  il  est  à  Coire  ;  le  18,  à  Saint-Gall  ;  le  23,  à  Reiche- 
nau.  Il  revint  en  Italie  en  septembre  966,  passant  encore  par  Coire,  et  y 
demeura  jusqu'après  la  mort  de  l'évêque  en  question.  Par  conséquent,  s'il 
se  trouvait  en  Germanie  quand  Mayeul  y  va  ou  en  vient,  le  passage  de 
Mayeul  à  Coire  se  trouve  fixé  à  Pâques  de  965  ou  966,  c'est-à-dire  le  26 
mars  965  ouïe  15  avril  966  (G.  Kichter,  Annalen  der  deutschen  Geschichte... 

III  abteilung,  ester  band,  pp.  88-115). 

1.  Mabillon,  Acta  SS.  ord.  S.  Bened.  éd.  Venet.,  sec.  V,  747;  Stumpf, 
Reichskanzler,  t.  II,  p.  38. 

2.  Stumpf,  pp.  45  et  508,  Ce  précepte  relatif  à  Saint-Apollinaire  in  classe, 
accordé  le  25  mai  972  en  présence  de  Mayeul,  n'empêche  pas  que  la  réforme 
elle-même  doive  remonter  au  printemps  de  967.  Le  pape  et  l'empereur 
étaient  alors  tous  deux  à  Ravenne  (Jaffé,  2«  éd.,  n»»  3712-3718).  Mayeul 
devait  y  être  aussi  ;  quelque  temps  après,  il  obtint  personnellement  une 
bulle  (Jafîé,  2«  éd.,  n°  3744)  et,  le  16  juillet,  survient  l'acte  relatif  aux  béné- 
dictins de  Pavie.  A  propos  de  Saint-Sauveur  de  Pavie,  Mayeul  a  pu  s'en 
occuper  aussi  au  printemps  de  972  (Jafîé,  2^  éd.,  no»  3764).  L'empereur  se 
trouve  à  Ravenne  le  1*^''  décembre  971  et  le  8  janvier  972,  à  Rome  du 
14  avril  au  l*"*  mai,  à  Ravenne  le  25  mai,  à  Pavie  le  28,  à  Brescia  le 
11  juillet,  à  Pavie  le  l^"^  août,  à  Constance  le  18. . 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  245 

nonce  de  la  mort  du  souverain.  En  second  lieu,  Titinéraire 
d'Otton  II  fait  connaître  que  cet  empereur,  depuis  la  mort  de  son 
père,  ne  se  rendit  pas  en  Italie  avant  la  fin  de  Tannée  980.  Le 
24  octobre,  il  est  encore  à  Constance;  le  5  décembre,  il  est  à 
Pavie  avec  sa  mère  Alix.  Du  28  décembre  980  au  22  jan- 
vier 981,  il  séjourne  à  Ravenne  ;  le  3  février,  on  le  trouve  k 
Arezzo  ;  enfin,  le  30  mars,  il  esta  Rome  où  il  demeure  jusqu'au 
5  mai.  Le  11  avril,  il  y  célèbre  Pâques  avec  sa  mère,  sa  femme, 
le  roi  et  la  reine  de  Bourgogne,  le  duc  de  France  Hugues  Gapet. 
De  là,  l'empereur  part  pour  le  sud  et  il  ne  revient  de  Salerne 
à  Rome  qu'à  la  fin  de  décembre  982.  Puis,  il  va  rejoindre  sa 
mère  à  Pavie  et,  du  7  mai  au  18  juin  983,  se  trouve  à  Vérone  où  il 
tient  un  plaid  général.  Le  20  juin,  il  passe  à  Mantoue,  du  14  au 
16  juillet  à  Ravenne,  le  24  août  sur  le  Trigno,  le  27  à  Larino. 
Enfin,  Benoît  VII  étant  mort  en  octobre,  l'empereur  se  rend  à 
Rome  où  il  meurt  lui-même  le  7  décembre  ^  La  vie  prouve 
que  saint  Mayeul  se  trouva  à  l'assemblée  de  Vérone  en  mai  ou 
en  juin  983  :  c'est  à  cette  date  seulement  qu'il  put  y  prédire  à 
l'empereur  sa  mort  prochaine.  Gomme,  d'autre  part,  Benoît  Vil 
est  le  seul  pape  qui  soit  mort  pendant  le  séjour  d'Otton  II  en 
Italie  et  que  sa  mort  date  du  mois  d'octobre  983,  il  résulte  de  là 
que  le  saint  était  revenu  d'Italie  en  Bourgogne  après  le  plaid  de 
Vérone  et  avant  cette  mort.  Dès  que  la  nouvelle  lui  en  parvint, 
c'est-à-dire  vers  la  fin  d'octobre  ou  au  début  de  novembre,  sur 
la  demande  de  l'impératrice  Alix  et  d'Otton  II,  il  se  hâta  de 
regagner  l'Italie  où  il  retrouva  l'empereur,  quelques  semaines 
avant  la  mort  de  ce  prince,  et  où  il  eut  des  difficultés  avec  lui. 
De  tout  ce  qui  précède,  il  ressort  que  la  capture  de  saint  Mayeul 
par  les  Sarrasins  vingt-cinq  jours  avant  l'Assomption,  c'est-à- 
dire  le  21  juillet,  sa  mise  en  liberté,  rançon  payée,  avant  le 
15  août,  son  arrivée  à  Cluny,  passé  le  15  août,  la  victoire  rem- 
portée par  les  Provençaux  sur  les  Sarrasins  qui  ne  tardent  pas 
à  se  replier  du  Valais  sur  le  Freinet,  se  placent  forcément  entre 

1.  Richter,  AnnaZen,  ïAîf/.,  pp.  133-141. 


246  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII*'    SIÈCLE 

l'assemblée  de  Vérone  et  la  mort  de  Benoît  VII.  Cette  assem- 
blée eut  lieu  entre  le  7  mai  et  le  18  juin  983  ;  la  mort  du  pape 
survint  en  octobre  983.  Par  conséquent,  saint  Mayeul  fut  capturé 
le  samedi  21  juillet  983. 

La  localité,  où  se  produisit  cette  surprise,  est  facile  à  identifier. 
Il  faudrait  manquer  de  réflexion  pour  penser  à  la  Durance  et  à 
OrcièressurleDrac^.  En  effet,  dans  cette  hypothèse,  le  saint  aurait 
quitté  la  Durance  pour  gagner  le  Drac.  La  Vie  dit  formellement  qu'il 
approchait  de  la  Dranse,  après  avoir  traversé  Orcières  et  le  tor- 
rent qui  y  passe.  C'est  le  contraire.  Déplus,  le  messager  de  Mayeul, 
parti  le  22  juillet  pour  Cluny,  se  trouvait  de  retour  avant  le 
15  août  avec  la  rançon  demandée  ;  le  trajet,  aller  et  retour, 
d'Orcières  à  Cluny,  représenterait  plus  de  cinq  cents  kilomètres. 
En  trois  semaines,  pour  un  messager  seul,  ce  serait  très  faisable, 
mais  il  fallut  forcément  du  temps  à  Tabbaye,  pour  réunir  une 
somme  aussi  considérable  que  celle  demandée,  et  cette  somme  ne 
put  voyager  aussi  rapidement  qu'un  courrier  chevauchant  sans 
bagages.  Enfin,  rentrant  d'Italie  à  Cluny,  la  route  naturelle  de 
Mayeul  était  le  Grand  Saint-Bernard. 

Quand  on  part  d'Aoste  de  très  grand  matin,  on  peut  parvenir 
au  col  par  Saint-Remy  vers  le  milieu  de  la  journée.  Dans  l'après- 
midi,  on  peut  descendre  par  Liddes  sur  Orsières,  jusqu'à  Martigny 
et  Saint-Maurice.  C'est  une  forte  journée  à  dos  de  mulet.  La  route 
actuelle  prend  des  lacets  que  ne  suivait  pas  la  voie  romaine.  A 
Orsières-,  comme  le  dit  la  Vie,  le  voyageur  passe  de  la  rive  droite 
sur  la  gauche  du  cours  d'eau.  Mayeul  a  certainement  été  arrêté 
entre  Orsières  et  Martigny.  Avant  d'arriver  à  Sembrancher  3, 

1.  La  Durance.  affluent  du  Rhône,  descend  de  la  cime  du  Gondran  et  du 
Montgenèvre  en  Briançonnnais. 

La  voie  d'Italie  en  Espag-ne  la  suivait  par  Briançon,  Embrun  et  Gap. 

Orcières,  Hautes-Alpes,  arr.  Embrun,  se  trouve  non  pas  sur  la  Durance, 
mais  sur  le  haut  Drac  et  dans  le  diocèse  de  Gap.  La  vallée  du  Drac  et  celle 
de  la  Durance  communiquaient  par  Chorges  et  le  col  de  Manse. 

2.  Orsières,  à  la  jonction  du  val  de  Perret  et  du  val  d'Entremont,  Valais. 

3.  Sembrancher,  à  la  jonction  du  val  d'Entremont  et  de  la  vallée  de 
Bagnes,  Valais. 

La  Dranse,  affluent  du  Rhône,  sur  la  rive  gauche,  à  Martigny. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  247 

la  route  est  encaissée  entre  la  rivière,  à  droite,  trop  large  et 
trop  impétueuse  pour  être  franchie,  et  les  hauteurs  à  gauche  qui 
descendent  quelquefois  jusqu'à  la  rive  du  torrent.  On  est  à  la  limite 
inférieure  des  arbres  d'essence  résineuse  et  on  traverse  des  vergers 
de  pommiers.  D'après  la  Vie,  il  semblerait  que  la  rencontre  se  soit 
produite  dans  cette  région  entre  Orsières  et  Sembrancher  ;  car,  à 
Sembrancher  la  Dranse  d'Entremont,  suivie  jusqu'alors,  joint  la 
Dranse  de  Bagnes  :  or  l'auteur  de  la  Vie  qualifie  de  simple  torrent  le 
premier  de  ces  deux  cours  d'eau  et  paraît  réserver  le  nom  de  Dranse 
au  second  en  déclarant  que  le  saint  en  approchait  au  moment 
où  il  fut  surpris.  Gela  est  probable  :  toutefois,  si  l'on  note  que, 
d'après  la  Vie,  les  Sarrasins  s'étaient  embusqués  dans  des  rochers 
inaccessiblesduhautdesquelsilsparurent  subitement,  il  fautpenser 
que  l'attaque  a  eu  lieu  un  peu  plus  loin  et  après  le  confluent  des 
Dranses  à  Sembrancher.  La  rivière  est  naturellement  plus  large, 
la  route  actuelle  passe  un  moment  sur  la  rive  droite.  Le  défilé  est 
sauvage  :  il  y  a  là  des  éboulis  de  rochers  énormes  sur  une  pente 
rapide  et  dénudée  qui  soutientune  cime  àpic,  la  route  est  resserrée 
entre cettepente  qui  la  domineet  la  rivière.  Les  Sarrasins  s'étaient 
certainement  embusqués  à  ce  passage,  le  plus  favorable  pour  eux 
entre  le  col  et  le  Rhône.  En  tout  cas,  c'est  là  que  Mayeul  dut 
passer lanuit  du 21  au 22 juillet  983,  frémissant  de  douleuraufond 
d'un  trou  de  rocher,  sous  la  corniche,  dormant  d'un  sommeil  agité 
par  les  rêves  de  la  fièvre.  De  là  à  Gluny,  la  distance  dépassait 
encore  quatre  cents  kilomètres  aller  et  retour.  Le  messager  du 
captif  et  les  moines  de  l'abbaye  durent  avoir  fort  à  faire  pour 
mettre  aussitôt  à  sa  disposition  l'énorme  rançon  demandée  :  mille 
livres  d'argent. 

On  voit  que  les  Sarrasins  du  Freinet  étendaient  loin  l'aire 
de  leurs  razzias  dans  les  derniers  temps  de  leur  séjour  en  Pro- 
vence :  on  voit  combien  leur  nombre  avait  augmenté,  puisqu'ils 
étaient  un  millier  à  bénéficier  de  cette  expédition. 

Cette  capture  d'un  compatriote  puissant  et  respecté  ,  alors 
intermédiaire  entre  le  pape  et  l'empereur,  produisit  en  Pro- 
vence l'élan   nécessaire   à    l'effort  qui   s'imposait.   La    victoire 


248  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

du  marquis,  qui  anéantit  les  Sarrasins  à  leur  retour  par  les 
Alpes,  doit  donc  bien  être  fixée  au  mois  de  septembre  983.  En  effet, 
munis  de  leur  butin,  ceux-ci  ne  durent  pas  tarder  à  rentrer  vers 
la  fin  d'août  pour  le  mettre  à  l'abri.  La  Vie  de  Mayeul  par  Gyr 
n'indique  pas  le  nom  du  vainqueur  :  celle  qui  fut  faite  par 
Odilon  nomme  Guillaume.  Le  marquis  rendit  à  l'abbé  ses  livres, 
mais  il  ne  lui  rendit  pas  son  argent  :  il  se  payait  de  sa  peine.  On 
ne  peut  dire  où  se  produisit  la  rencontre.  Les  textes  bour- 
guignons, émanant  de  l'entourage  de  Mayeul,  ne  sont  pas  les 
seuls.  La  chronique  de  Novalaise,  qui  est  un  texte  piémontais, 
ne  parle  pas  de  cette  défaite  des  Sarrasins  survenue  pendant 
leur  retour  de  Valais  en  Provence  ;  par  contre,  elle  donne 
des  détails  sur  la  prise  de  leur  réduit  du  Freinet  et  elle  attribue 
ce  fait  d'armes,  non  pas  à  Guillaume,  mais  à  son  frère  Roubaud, 
aidé  par  Ardoin,  marquis  de  Turin,  qui  possédait  la  vallée  de 
Suse.  Quelques-uns  des  prisonniers,  faits  par  ce  dernier  au  Freinet, 
furent  emmenés  à  Turin^.  Ce  témoignage  est  irrécusable. 

Tout  porte  à  croire  que  la  prise  du  Freinet ,  par  Roubaud  et  Ardoin , 
est  un  fait  contemporain  de  la  victoire  remportée  par  Guillaume 
sur  les  Sarrasins  qui  revenaient  de  Valais  avec  leur  butin.  En  effet, 
la  mention  de  Roubaud  au  lieu  de  Guillaume  est  significative  : 

d.  ((  Eodem  tempore  quo  Fusci  morabantur  in  Castro  Frascenedello  et 
undique  difïluentes  per  climata  mundi  tollunt  et  predantur  omnia,  quidam 
eorum  fuit  nomine  Aimo...  Vadit  quippe  ad  comitem  Robaldum  Provincie 
finibus  et  adjurât  eum  ut  nemini  prodat  secretum  quod  cupiebat  illi  fari 
nec  etiam  proprise  uxori.  Ipse  autem  testatur  nemini  prodere.  Ille  ait  : 
Ecce  trado  vobis  inimicos  vestros  perpetratores  nequiciœ.  Qui  gavisus 
est  valde  et  spopondit  ei  tribuere  omnia  si  hoc  opus  exercuisset.  Mandat 
idcirco  omnibus  Arduinoque  ut  adjuvent  eum  in  quodam  negocium.  Omnes 
dinique  occurrunt  hostiliter  ei.  Litigantes  vero  inter  se  homines  nescii 
quo  tenderent,  at  ipse  hortatur  illos  ut  sequantur  illum.  Dum  itaque  veni- 
rent  ad  castrum,  ortans  eos  Robaldus  ait  :  0  fratres,  pugnate  pro  anima- 
bus  vestris  quia  in  terra  estis  Saracenorum  !  Illi  vero  fortes  adhelete  dimi- 
cantet  depopulantur  locum  illum...»  —  «  In  his...  temporibus,  eum  vallis 
Segusina  inermem  et  inhabitatam  permaneret,  Ardoinus  vir  potens  eripit 
illam  et  nobis  tulit Tempore  illo  quo  capti  fuerant  Sarraceni  ex  Frasce- 
nedello, duo  eorum  constricti  tenebantur  nodis  in  civitate  Taurinis  ab 
Arduino...  »  [Chron.  Novalic. ,lih.  V,  §  18,  19,  1  ;Cipolla,  Monum.  Novalic. 
Vetustiora,  t.  II,  pp.  260,  262,  243). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  249 

étant  donné  refl'acement  habituel  de  ce  comte  devant  son  frère, 
c'est  celui-ci  qui  serait  nommé  comme  chef  d'expédition  s'il 
avait  été  présent.  Pendant  que  les  Sarrasins,  forts  d'un  millier 
d'hommes,  étaient  séparés  en  deux  groupes,  l'un  qui  revenait  de 
Valais,  l'autre  qui  gardait  le  Freinet,  les  marquis  de  Provence  et 
de  Turin  s'entendirent  pour  une  action  commune.  Les  Proven- 
çaux, guidés  par  le  traître  Aymon,  combinèrent  leur  expédition 
dans  le  plus  grand  secret.  Tandis  que  le  marquis  de  Provence 
Guillaume  dressait,  dans  un  défilé  des  Alpes,  l'embuscade  où  devait 
tomber  le  premier  groupe,  son  frère  Roubaud,  avec  le  marquis  de 
Turin ,  se  rendait  maître  du  repaire .  Plus  tard,  ces  deux  faits  d'armes 
simultanés  se  confondirent  dans  la  mémoire  des  nouvelles  géné- 
rations :  Raoul  Glaber  en  est  la  preuve.  Pour  lui,  l'armée  du 
marquis  Guillaume  vint  à  bout  des  Sarrasins,  en  s'emparant  du 
Freinet  après  l'aventure  de  saint  Mayeul,  et  ce  fait  mémorable 
eut  lieu  vers  l'époque  de  la  mort  d'Otton  le  Grand.  Raoul,  qui  n'est 
pas  un  modèle  de  précision,  écrivait  plus  de  cinquante  ans  après 
l'événement,  d'après  les  traditions  bourguignonnes  K  Les  termes 
employés  par  lui  ne  sont  d'ailleurs  pas  absolument  inexacts.  Il  ne 
dit  pas  que  Guillaume  ait  pris  le  Freinet  :  il  dit  que  ce  fut  son  armée. 
Toutes  les  forces  militaires  de  la  Provence  relevaient  en  effet  du 
marquis.  Mais,  Guillaume  étant  absent,  c'était  Roubaud  qui  com- 
mandait le  corps  provençal  envoyé  au  Freinet.  Les  traditions  du 
Piémont  avaient  gardé  fidèlement  la  mémoire  de  l'appui  prêté  par 
Ardoin  à  Roubaud  :  Raoul  place,  à  la  mort  d'Otton  le  Grand,  ce 
qui  se  passa  en  réalité  trois  mois  avant  celle  d'Otton  IL 

Ainsi  disparut  ce  fléau  des  pillards  mahométans  que  la  Provence 


i.  «  Contigit  ergo  eodem  tempore  ut  beatus  pater  Maiolus...  Ipsi  denique 
Sarraceni  paulo  post  in  loco  qui  Fraxinetus  dicitur  circumacti  ab  exercitu 
Willelmi  Arelalensis  ducis  omnesque  in  brevi  perierunt...  Ipso  igitur 
in  tempore  mortuus  est  predictus  Otto  imperator  suscepitque  filius  ejus, 
secundus  videlicet  Otto,  eundem  imperium  »  (Raoul  Glaber,  Hisioriae, 
lib.  I,  cap.  IV,  §  9  et  10).  Raoul  donne  trois  détails  intéressants  :  le  mon- 
tant de  la  rançon,  le  nombre  des  Sarrasins  qui  prirent  Mayeul  et  l'épisode 
du  livre  foulé  aux  pieds  par  l'un  d'eux. 


250  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®  SIÈCLE 

avait  laissé  d'abord  s'établir  chez  elle  avec  indifférence  et  même, 
qui  pis  est,  avec  indulgence,  absorbée  qu'elle  était  par  ses  dissen- 
sions intestines.  Qu'un  grand  pays  ait  subi  longtemps  cette 
honte,  la  faute  en  est  à  ses  gouvernants  et  à  ce  pays  lui-même, 
insouciant  de  s'unir  pour  chasser  les  étrangers  qui  le  dépouillaient. 
Le  triste  Louis,  Hugues  l'avisé  laissèrent  cette  plaie  s'étendre  : 
les  Hongrois  seuls  paraissent  avoir  aidé  passagèrement  le  jeune 
Conrad.  Toujours  les  Provençaux  se  laissaient  tondre  :  les  divi- 
sions locales  et  l'anarchie  générale  avaient  produit  leur  œuvre. 
Ce  fut  une  impuissance  telle  que,  pendant  un  siècle,  un  millier  de 
pillards  résolus  purent  tranquillement,  sans  arriver  à  être  un  contre 
cent,  exploiter  et  terrifier  la  Provence  à  demeure.  Peu  à  peu, 
cependant,  l'excès  des  maux  subis  en  commun  dut  amener  un 
rapprochement  nécessaire  entre  les  victimes.  Restait  à  attendre 
des  circonstances  favorables.  Le  comte  Guillaume  surgit  :  il  se 
met  au  premier  rang  avant  Roubaud,  unit  sous  son  autorité  dès 
971  tous  les  comtés  de  Provence,  se  fait  décerner  le  titre  régulier 
de  marquis  en  979  à  l'occasion  d'un  mouvement  de  la  France 
en  Guvenne.  La  Provence  a  désormais  un  chef  effectif,  bien  à  elle. 
Plus  d'influences  viennoises,  comme  de  861  à  926  ;  l'autorité  royale 
elle-même,  exercée  par  une  dynastie  étrangère,  s'éloigne  et  s'anni- 
hilera peu  à  peu.  Rien  ne  manquait  plus  qu'une  occasion  pour  faire 
disparaître  les  Sarrasins  :  le  21  juillet  983,  ils  saisissent  Mayeul  et 
le  rançonnent  durement.  Cette  provocation  cause  leur  perte  aussi- 
tôt. On  peut  mesurer  la  profondeur  de  la  plaie  à  laquellele  marquis 
venait  de  porter  remède,  en  voyant  quels  souvenirs  puissants  et 
vivaces  se  lient  dans  le  souvenir  du  peuple  de  Provence  au  nom  sar- 
rasin. Cette  occupation  destructrice  ne  dura  qu'un  siècle  et,  depuis 
lors,  mille  ans  vont  passer  sans  que  personne  puisse  l'oublier. 
La  Provence  date  volontiers  ses  vieux  monuments  de  cette 
époque  lamentable;  les  Sarrasins,  qui  ont  tout  fait  pour  la  détruire 
en  un  siècle,  précèdent  dans  sa  mémoire  les  Romains  qui  en 
avaient  passé  cinq  à  la  développer. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOG^'E-PROVENCE  251 


§  4.  — Le  rôle  administratif  du  marquis. 

Le  rôle  du  marquis  n'est  pas  tout  à  la  guerre  :  après  la  vic- 
toire, les  terres  conquises  ou  abandonnées  lui  appartiennent  et  il 
les  cède  au  premier  occupant.  Chacun  s'y  précipite  et  s'empare 
de  ce  qu'il  a  la  force  de  prendre  ;  mais  l'anarchie  n'est  plus,  comme 
jadis,  souveraine.  C'est  le  marquis  qui  règle  les  conflits  naissants 
et  les  gens  font  appel  à  son  autorité.  Il  y  a  le  droit  au-dessus  de 
la  force  :  le  marquis  lui-même  ne  se  contente  pas  de  son 
droit  propre  de  conquête.  Le  roi  reste  la  source  du  droit  régu- 
lier et  sert  surtout  à  ratifier,  à  légaliser  ce  qui  se  passe  en  fait  : 
de  même  que,  quatre  ans  auparavant,  il  avait  concédé  à  Guil- 
laume la  marche,  de  même  maintenant  il  concède  au  mar- 
quis victorieux  le  domaine  du  fisc  royal  à  tenir  en  alleu  *  et  ce 
fisc  royal  sera  désormais  le  fisc  comtal.  En  même  temps,  sans 
doute,  il  lui  délègue  tous  ses  droits  régaliens  :  notamment  la 
garde  et  la  protection  des  églises  cathédrales  avec  la  tutelle  des 
juifs   2  •  les  évêques,  cessant  de  reconnaître  le  roi  comme    sei- 

1.  «  Notitia  conventionum  ville  Cathedre...  Ig-itur,  cum  gens  pagana 
fuisset  e  finibus  suis,  videlicet  de  Fraxeneto,  expulsa  et  terra  Tolonensis 
cepisset  vestiri  et  a  cultoribus  coli,  unusquisque  secundum  propriam  vir- 
tutem  rapiebat  terram,  transgrediens  terminos  ad  suam  possessionem.  Qua- 
propter  illi  qui  potentiores  videbantur  esse,  altercatione  facta,impingebant 
se  ad  invieem  rapientes  terrain  ad  posse,  videlicet  Wilelmus  vicecomes 
et  Pontius  de  Fossis.  Qui  Pontius,  pergens  ad  comitem,  dixit  ei  :  Domine 
cornes,  ecce  terra  soluta  a  vînculo  pagane  gentis  tradita  est  in  manu  tua, 
donatione  régis.  Ideo  rogamus  ut  pergas  illuc  et  mittas  terminos  inter 
oppida  et  castra  et  terram  sanctuariam  nain  tue  potestatis  est  eam  terni i- 
nare  et  unicuique  distrihuere  quantum  tibi  placitum  fuerit.  Quod  ille, 
ut  audivit,  concessit  et  continue  ascendens  in  suis  equis  perrexit.  Cumqne 
fuisset  intra  fines  Catedre  ville,  cepit  inquirere  nomina  montium  et  concava 
vallium  et  aquarum  et  foncium.  Que  cum  audisset,  misit  terminos  in  terra 
sanctuaria  qui  sunt  in  carta  que  est  in  cartulario  sancti  Vicloris,  ita 
dicendo  :  Quantum  ego  habeo  infra  istos  terminos  donatione  régis,  hoc  est 
fiscum  regalem,  dono  Sancto  Vicforietmonachis  ibi  excubanfibus...  ))  (Saint- 
Victor,  n»  77).  Le  caractère  allodial  du  domaine  fiscal  concédé  ressort  du 
n»  106i  de  ce  recueil.  —  La  Cadière,  Var,  arr.   Toulon,  cant.  Le  Beausset. 

2.  Arles,  29  décembr,e  [1008  ?].  Le  prévôt  d'Arles,  pour  faire  un  échange 


âo2  LA    PROVENQE    DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

gneur  direct,  deviennent  les  sujets  du  marquis  dont  ils  reçoivent 
des  alleux  :  ils  sont  médiatisés  ^ 

Dans  toute  la  Provence,  le  marquis  possède  en  dernier  ressort 
le  pouvoir  judiciaire  qu'il  exerce  parle  ministère  de  ses  deux  juges 
laïques,  éclairés  eux-mêmes  par  le  conseil  des  «  bons  hommes  » 
chevaliers  ou  agriculteurs  ;  quand  bien  même  les  deux  parties  en 
cause  sont  des  évêques,  cette  composition  entièrement  laïque  du 
tribunal  ne  varie  pas  2. 

La  potestas^  c'est-à-dire  le  pouvoir,  est  entre  les  mains  du 
marquis;  on  ne  dispose  de  rien  sans  sa  voluntas.  Le  roi  n'est 
plus  qu'un  suzerain  et  manifeste  de  plus  en  plus  rarement  son 
existence.  Quand  il  parle,  il  ne  se  hasarderait  plus  à  exprimer  des 
ordres  impératifs.  Il  fait  connaître  simplement  son  consensus  que 
l'on  reçoit  en  Provence  avec  respect,  mais  ce  n'est  plus  là  qu'une 
formalité^  .La  Provence  avait  parfaitement  conscience  de  former  un 

avec  les  Juifs,  prend  le  consentement  du  comte  [Gall.  noviss.,  Arles, 
no305).  —  27  janvier  1040  :  «  ego  Josfredus  cornes  et  uxor  mea  donamus  et 
firmanus  donationem  terrarum  judaycarum...  propter  precium  quam  inter 
nos  et  ipsos  convenit  »  [Saint- Victor,  n°il9).  Cf.,  n»  194:  8 décembre  1045. 

1.  Le  12  mai  979,  l'évêque  de  Cavaillon  déclare  encore  que  le  roi  est 
son  seigneur,  mais  il  ne  donne  pas  ce  titre  au  marquis  :  «  Ego  Walcaudus... 
Cavellicensis...  prœsul...  cum  consilio  senioris  mei  Chuonradi  régis  atque 
incliti  marchionis  Willelmi...  »  [Cart.  Saint-Victor,  n°  1043;  Bibl.  d'Avi- 
gnon, ms.,  n»  2399,  f°  30,  n«21). 

La  médiatisation  dut  se  produire  bientôt.  Le  l^'' mars  982,  l'évêque  deCar- 
pentras  n'invoque  plus  le  roi  ;  en  990,  à  Manosque,  l'évêque  de  Fréjus  se 
présente  devant  le  marquis  genibus  ejus  provolutus. 

27  et  28  avril  1051.  «  ego  Raimundus  episcopus...  pro  pâtre  meo  ac 
matre,  fratribus  sive  sororibus  meis  et  avunculo  meo  domno  Wilelmo  et 
seniore  meo  comité  qui  ipsum  alodem  mihi  dédit...  y)  (Saint- Victor,  n°  606). 

2.  Manosque,  2  janvier  984.  «  In  placito  générale  Wilielmo  comité... 
venit  episcopus  Pontius...  Massiliensis...  et  abbas  sancti  Victoris...  recla- 
maverunt  se  de  Rodulfo  episcopo...  Fuit  Heldebertus  judices,  Garbedus 
judices...  in presentiaGuilelmo  comité  etHeldeberto  judice  etGarbidojudice 
et  Aicardo  et  Guilelmo...  et  aliis  plures  bonis  hominibus,  tam  satellites 
quam  pagenses...  Si  quis  ante  principe  per  judicium  judicis  fuerit  defini- 
tum  nec  poterit  immutari  sed  postea  temptare  voluerit  X  libras  auri  esse 
dampnandum  »  [Saint- Victor,   n°  654). 

3.  1005«  Igitur  ego  Pontius...  Massiliensis  ecclesie  pontifex...  una  cum 
consensu  domni  Rodulfi  régis  Alamannorum  et  Provincie  seu  etiam  cum 
precepto  et  conibentia  domni  apostolici  pape  urbis   Rome,  cum  voluntate 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  25â 

pays  distinct,  un  royaume  entre  la  Gothie,  la  Viennoise,  la  Lombar- 
dié  et  la  mer.  Le  marquis  gouverne  ce  royaume  comme  une  sorte 
de  vice-roi  :  le  roi  de  Bourgogne,  dans  sonéloignement,  se  rend 
compte  lui-même  de  cet  état  de  choses  et  qualifie  quelquefois 
duc  le  marquis.  Quand  il  s'adresse  à  ce  pays,  c'est  volentibus  et 
nolentibus  :  on  n'est  pas  plus  détaché.  L'historien  allemand 
Thietmar  constatera  fort  bien  l'indépendance  de  la  Provence 
dans  le  royaume  de  Bourgogne  K 

Cette  parenthèse  close,  il  est  établi  que  Guillaume,  devenu  mar- 
quis de  Provence  en  979,  anéantit  les  Sarrasins  dans  l'automne 
de  983. 

etiam  domni  Rodhbaldi  comitis  et  domne  Adalaizis  comitisse  domnique 
Guillelmi  comitis  filii  ejus,  consentiente  etiam  pariterque  rog-ante  clero  ac 
populo  sancte  ecclesie  Massiliensis,  facio..,  »  [Saint- Victor,  n°  15). 

[1018-1032J  :  «  In  nomine  domini  Dei  et  Salvatoris  nostri  Jhesu  Christi. 
Rodulfus  rex  Alamandorum  divine  ordinante  providentia  omnibus  fidelibus 
parentibus  et  amicis,  volentibus  et  nolentibus,  vel  cunctis  ministrantibus, 
rempublicam  ordinantibus,  cunctis  civilibus  Aralatensis  audientibus,  duci- 
bus,  viscommitibus,  scavinos,  judices  et  vicarios  seu  varvassuris  atque 
ceteris  omnibus  tam  presentibus  quam  et  futuris,  notum  esse  volumus 
vestre  industrie  qualiter  vir  venerabilis  Jausfredus  commis  Aralate  volente 
et  consenciente  fratre  suo  Bertramno...dat...  ad  proprium  alode..,  quicquid 
fiscusregius  vel  commitalis  exinde  exigere  débet...  quapropter...  nostram 
exorant  clementiam...  ut.,  mea  etiam  auctoritate...  hos  nostros  apices... 
de  Massilia  in  Aralate  fieri  jussimus   »  (Saint-Victor,  1061). 

En  1037,  le  comte  Bertrand  donnera  encore  in  regno  Provincie,   in  pago 
Sisterico   (Chantelou,  p.  134). 

1.  1016.  Le  roi  Rodolphe  III,  se  rencontrant  à  Strasbourg  avec  son  neveu 
l'empereur  Henri  II,  lui  présente  sa  femme  et  les  deux  fils  qu'elle  avait  eus 
d'un  précédent  mariage.  L'empereur  leur  concède  en  fief,  éventuellement, 
tout  ce  que  son  oncle  avait  promis  de  lui  laisser  en  mourant  et,  de  plus, 
tout  ce  que  Guillaume  de  Poitiers  tenait  delà  munificence  royale  :  «  et  quod 
Willehelmus  Pictaviensis  hactenus  habuit  regio  munereprestitum.»  L'em- 
pereur fait  donner  un  évêché  à  un  homme  dévoué,  mais  Guillaume  de  Poi- 
tiers chasse  ce  nouvel  évêque.  L'historien  ajoute  :  «  Ob  hoc  solum  talis 
rector  inter  eos  dominatur  ut  eo...  et  ne  lex  nova  alterius  régis  ibi  adveniat 
qua  inolitam  consuetudinem  rumpat.  Wuillehemus  comes,  de  quo  predixi, 
miles  est  régis  in  nomine  etdominus  inre;  et,  in  his  partibus,nullus  vocatur 
comes  nisi  is  qui  ducis  honorem  possidet  cine  illius  potcstasin  hac  regione 
paulo  minus  minueretur  consilio  et  actu,imperaloriœ  majestati  sicut  predixi 
reluctatur»  (Thietmar,  Chronicon  ;Migne,  i.  i  39,  col.1377).  Au  lieude  Wuil- 
lehemus Pictaviensis,  il  faut  restituer  Wuillehemus  Provincialisila  maison  de 


254  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XI1<^    SIÈCLE 


§  5.  —  Les  deux  femmes  du  marquis  Guillaume. 

Le  marquis  Guillaume  se  maria  deux  fois.  Arsinde  fut  sa  pre- 
mière femme  :  l'acte,  passé  à  Arles  en  avril  972,  où  Guillaume 
prend  le  titre  de  comte  de  Provence,  est  rédigé  au  nom  des  deux 
époux  1.  De  même,  Tactede  donation  de  Pertuis  passé  en  juin  981  ~. 
Le  second  acte,  où  paraît  le  titre  de  marquis,  passé  à  Arles  le 
17  avril  981,  est  la  donation,  consentie  à  Hugues  Blavie,  d'une 
condamine  aux  Lônes  dans  le  canton  Roubian.  Cet  acte  est  rédigé 
au  nom  seul  de  Guillaume,  mais  il  est  souscrit  également  par  sa 
femme  Arsinde  ^.  Conformément  à  une  règle,  qui  est  constante  à 
cette  époque,  le  titre  militaire  de  marquis  ne  peut  être  porté  par  une 
femme  ;  Arsinde  prend  donc  simplement  sa  qualité  de  comtesse. 

Arsinde,  si  l'on  juge  par  son  nom,  devait  être  originaire  de 
Languedoc  ^.  L'acte  du  29  août  993"'  prouve  que  le  frère  de  Rou- 

Poitiers  ne  possédait  aucun  des  grands  pays  qui  composaient  le  royaume 
de  Bourgogne  :  pas  plus  le  Viennois  que  la  Provence.  La  maison  de  Poi- 
tiers étant  plus  connue  en  Allemagne  que  la  maison  de  Provence,  Thietmar 
lui  a  attribué  ce  qui  convenait  à  cette  dernière. 

Par  une  erreur  opposée,  en  1042  les  Annales  Altahenses  font  d'Agnès, 
femme  de  Henri  III,  la  fille  de  Guillaume,  comte  de  Provence,  alors  qu'elle 
était  fille  de  Guillaume  duc  de  Guyenne  :  «  Brunonem  episcopum  cum  viris 
et  feminis  misit  ad  desponsandam  sibi  Wilelmi  comitis  Provinciœ  filiam.  » 
(G.  Ricliter,  Annalen  der  Deutschen  geschichte;  III  abteilung,  ester  band, 
Halle,  1890,  p.  345,  note  d). 

1.  Arles,  avril  [972].  «  ego  in  Dei  nomine  Wilelmus  comes  Provincie  et 
conjux  mea  Arsinna  »  [Saint-Victor ,  598). 

2.  juin  [981j  :  «  Willelmus  comes  et  conjux  mea  Arsindis  »  (Chantelou, 
pp.    56-57), 

3.  Arles,  17  avril  [981]  :  «  ego  in  Dei  nomen  Vuilelmus,  marchius  Arela- 
lense  Provintie...  Signum  Vuilelmus...  Signum  Arsinda  comitissa  firma- 
vit...  »  [Saint-Victor,  n»  1042). 

4.  [Vers  959].  «  Arsindis  comitissa  cum  filiis  suis  Odo  et  Raimundo...  in 
comitatu  Narbonense...  prœdictus  Raymundus  comes...  »  [Y aissète ,11  ist.de 
Languedoc,  t.  V,  2^  éd.,  col.  232-233,  n»  106-XCI).  Cf.  n»  79,  89. 

5.  [Avignon  ?]  29  août  [993]  :  «■  ego  Guillelmus  comes  et  uxormea  Adalaizct 
germanus  meus  Rodbaldus  et  filius  meus  Guillelmus...  hune  testamentum 
nostrum...  fieri  eligimus...  donamus  ad...  Psalmodium...  in  pago  Nemau- 
sensi,  ubi   Rodanus  vel  Vitusalus  Visterque   [iter]    faciunt...    ecclesiam... 


LE    ROYAUME    DE  BOL'RGOGNE-PROVENCE  255 

baud,  Guillaume,  se  remaria  avec  Alix  et  qu'il  en  eut  un  fils 
nommé  Guillaume  comme  lui.  Cet  acte  est  en  effet  rédigé  en 
commun,  au  nom  de  Guillaume,  de  sa  femme  Alix,  de  son  fils 
Guillaume  et  de  son  frère  Roubaud  K  Dès  986,  Alix  était  la  femme 
du  marquis  -  :  elle  était  sœur  de  Drogon,  évêque  du  Puy,  et,  par 
conséquent,  fille  du  comte  d'Anjou  Foulques  et  de  Gerberge, 
comme  le  prouve  un  acte  de  septembre  994  ^.  Il  s'agit  donc  bien 
d'Alix,  veuve  du  comte  de  Gévaudan  Etienne  I  ;  elle  avait  eu  de 
de  ce  premier  mariage  Pons,  Bertrand,  Guillaume  et  Ermen- 
garde.  En  979,  elle  s'était  remariée  avec  Louis  V.  Pendant 
près  de  deux  ans  elle  avait  été  reine  de  Guyenne  ;  mais,  divorcée 
en  981  et  délaissée  à  Brioude,   elle  s'était  réfugiée  en  Provence 

Sancti  Cosma3  et  Sancti  Damiani  et  alia  ecclesia,..  Sanctae  Maria3...  in  terri- 
torio  civitatis  Magalonensis,  in  suburbio  castri  Substantionensis  in  termi- 
nium  de  villa  Caldisianicas,  cum  cellulis...  Facta  donatione  ista  IIII  calen- 
das  septembris  anno  septimo  quod  usurpavit  Ugo  ad  Carolum  filium  Ludo- 
vici  regem...  »  (Gard,  H.  106,  Cart.  Psalmocly,  f°  15). 

1.  M.  Blancard  a  parlé  des  actes,  tirés  des  archives  de  Psalmody,qui  con- 
cernent Guillaume  et  sa  femme  Alix.  Ces  actes  lui  paraissent  décisifs  et 
à  bon  droit  ;  mais  le  fait  qu'ils  prouvent  péremptoirement  est  exactement 
le  contraire  de  ce  que  M.  Blancard  croyait  pouvoir  avancer.  La  cause  de 
cette  erreur  regrettable  de  M.  Blancard  est  bien  simple  :  il  parle  de  ces 
actes,  non  d'après  leur  texte,  mais  d'après  l'analyse  qu'en  faisait  Mabillon. 
Celui-ci  se  trompait  en  disant  :  «  Ad  hsec  eidem  Warnerio  Guillelmus 
comes  et  uxor  ejus  Adelais  ac  cognatus  ejus  Rotbaldus  comes  ac  Guillel- 
mus frater  ejus  dimiserunt  ecclesiam  de  Bergen...  »  {Annales  Ordinis  S, 
Benedicti...  t.  IV,  Lucœ  MDCCXXXIX,  pp.  162-163).  L'erreur  consistait  à 
à  dire  que,  d'après  ces  actes,  Guillaume  mari  d'Alix  était  différent  du 
frère  de  Roubaud,  Guillaume.  Mabillon  aurait  dû  imprimer  :  <(  ac  cognatus 
ejus  Rotbaldus  comes  ac  Guillelmus  filius  ejus.  »  M.  Blancard  répète  Ter- 
reur échappée  par  inadvertance  à  Mabillon  et  il  ne  l'aurait  certainement 
pas  répétée  s'il  avait  pris  la  peine  de  lire  les  textes  de  Psalmody  avant  d'en 
parler  (L.  Blancard,  De  Vexistence  simultanée  de  Guillaume  mari  d'Ar- 
sinde  et  Guillaume  mari  d'Adélaïde,  comtes  de  Provence  au  A'®  siècle,  p.  9). 

Nice,  30  décembre  [1000-1032]  :  «  ego  Odila...  per  remedium  animarum 
Willelmo magnifico  comité...  in  comitatu  Nicensis,  in  terri torio,  prope  civi- 

tate,  Cimela >y   (C^e  E.  Cais  de  Pierlas  et   Gust.    Saige,  Chartrier  de 

Saint-Pons,  Monaco,  1903,  p.  5,  n»  III). 

2.  Avignon,  986  :  «  ego  Vuillelmus  comes,  inclilus  marchio  et  uxor  mea 
Adalaix  comitissa...  »  (Ruffi,  Dissert,  hist.,  1712,  p.  16). 

3.  Le  Puy,  septembre  [994]  :  «  ego  Drogo  gratia  Dei  episcopus  Anicien- 


256  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

et  s'y  était  unie  à  Guillaume,  comme  le  raconte  Richer  K  Guil- 
laume venait  précisément  d'être  revêtu  du  titre  de  marquis,  en 
raison  de  la  venue  de  Louis  V  en  Guyenne  :  c'est  peut-être  la 
raison  pour  laquelle  la  reine  divorcée  et  désireuse  de  vengeance 
vint  se  donner  à  lui  plutôt  qu'à  un  autre.  Malgré  Tissue  mal- 
heureuse de  son  bref  mariage  avec  Louis  V,  Alix,  après  tout^ 
avait  été  reine.  Pour  un  marquis,  la  mariée  était  encore  belle  : 
cette  union  dut  être  pour  lui  à  peu  près  ce  qu'avait  été  vers  913 
pour  le  duc  de  Provence  Hugues  son  mariage  avec  la  veuve  du 
roi  de  Jurane.  Les  deux  actes  de  986  et  de  993  ne  sont  pas 
les  seuls  où  Alix  paraisse  à  côté  du  marquis  :  il  y  en  a 
quatre  autres  et  ce  sont  ceux  de  juin  [989],  du  6  mars  990,  de 
992  et  du  28  août  [993  ?]  2.   L'acte  du  mois  d'août  1001    prouve 


sis,  filius  Fulconis  comitis  et  Gerbergœ  dedi  et  concessi  Willelmo  comit 
Provinciœ  filio  Willelmi  quondam  comitis  et  Adalasiae  sororis  meœ  cas- 
trum  de  Chalanconio  cum  omnibus  pertinentiis  suis  quod  heredes  Alberti 
mihi  nuper  vendiderunt.  -j-Signum  Drogonis  episcopi.  Actum  apud  Podium 
mense  septembris  anno  VIII  regnantibus  Hugone  et  Roberto  regibus  » 
(Bibl.  nat.  Dom  Housseau,  I,  n°  256;  tiré  des  Arch.  de  Barcelone  parmi  les 
titres  des  comtés  d'Aragon  et  de  Provence).  La  communication  de  ce  texte 
est  due  à  l'obligeance  de  M.  Guy  de  Puybaudet,  ancien  membre  de  l'École 
de  Rome. 

1.  ((  Regina,sese  viduatam  dolens  et  verita  maioris  incommodi  iniuriam, 
Willelmum  Arelatensem  adiit  eique  nupsit.  Et  sic  ex  divortio  adulterium 
publicum  operatum  est  »  (Richeri  Ilistor.,  lib.  III,  §  95). 

2.  Arles,  juin  [989]  :  «  ...inter  domno  Yuilelmo  comité  et  uxor  sua 
Adalax  apud  heum  hominem  nomine  Aicardo. . .  de  villa.  . .  Segalarias. . . 
in  comitatu  Aquense. . .  de  castrum  quod  edificari  potuerit...  donamus 
tibiunam  medietatem. . .  Signum  domnus  Vuilelmus  et  uxor  sua  Adalax... 
Signum  Teutbaldus,  vicarius.  »  (Bouches-du-Rhônc,  II.  Saint-Victor,  I, 
n«  17  ;  Mém.  de  VAc.  de  Marseille,  1887,  pp.  252-iD3).  M.  Blancard  a  iden- 
tifié Segalarias  avec  Saint-Zacharie. 

Arles,  6  mars  [990]:  »  Signum  Willelmi  comitis  et  uxoris  sue  Adalays... 
Rotbaldus  comes  voluit  et  concessit  »  (Chantelou,  pp.  66-68). —  28  août 
[993  ?]  :  «  Rodbaldus  comes  f.  Adalaix  comitissa  f.  Wilelmus  comes  f.  et 
filius  ejus  Wilelmus  f.  »  {Cluny,  n°  1837).  — Arles,  992  :  «  domnus  princeps 
et  marchio  istius  Provinciœ  bonœ  indolis  Vuillelmus  conjuge  sua  nomine 
Adalaix  et  filio  suo  nomine  Vuillelmo  veniens.  .  .  Factum  hoc  testamentum 
in  ipso  monasterio  per  preceptum  domini  Vuillelmi  principis  consentiente 


LE    ROYAUME   DE    ËOtJRGOGNE- PROVENCE 


2^1 


qu'Alix  eut  de  Guillaume  non  seulement  un  fils,  mais  une  fille 
nommée  Constance  *  ;  cette  fille  portait  ainsi  le  nom  de  sa  grand' 
mère  paternelle.  A  peine  les  Carolingiens  disparus,  la  femme 
répudiée  de  Louis  V  prit  sa  revanche  :  elle  maria  sa  fille  avec  le  roi 
de  France  Robert  II.  Cet  événement  se  produisit  entre  le  mois 
d'août  1001  et  le  25  août  1003  :  Constance  reçut  en  dot  de  l'or 
qu'elle  ne  gaspilla  pas  ~.  A  sa  suite,  les  modes  de  Provence 
envahirent  la  France.  Elle  devait  mourir  à  Melun  en  juillet  1032. 
Les  derniers  actes  que  l'on  ait  du  marquis  sont  de  992  en 
faveur  de  Saint-Césaire  d'Arles,  du  29  août  993  en  faveur  de 
Psalmody  et  du  28  août  vers  990  en  faveur  de  Cluny.  Etant 
donné  que  le  frère,  la  femme  et  le  fils  de  Guillaume  souscrivent 
celui-ci  comme  celui  du  29  août,  étant  donné  qu'il  s'agit  égale- 
ment d'une  libéralité  en  faveur  d'une  abbaye,  on  est  porté  à  croire 
que  cet  acte  fut  passé  le  28  août  993,  la  veille  de  celui  relatif  à 
Psalmody.  Ce  sont  là,  en  somme,  les  dernières  dispositions  prises 
par  le  marquis  à  la  veille  de  sa  mort.  On  sait  que,  quand  Guil- 
laume sentit  approcher  son  heure  dernière,  il  demanda  l'assistance 
spirituelle  de  saint  Mayeul  et  celui-ci,  malgré  son  grand  âge,  vint, 
pour  le  voir,  planter  sa  tente  dans  l'île  sise  sous  Avignon.  Il  est 
bien  évident  que  le  marquis  se  devait  de  témoigner  sa  recon- 
naissance à  l'abbé  :  cette  donation  du  28  août  en  est  un  sou- 
venir. Par  conséquent  les  actes  du  28  et  du  29  août  993   ont   dû 


conjuge  ejus  simul  cum  filio  in  praesenti  adstante  domno  Annone  archiepiscopo 
(jui  voluerunt  et  fîrmarunt  simul  cum  canonicis.  Domnus  Rotbaldus  comes 
voluit  atque  firmavit.  Stephanus  episcopus  firmavit. . .  Pontius  episcopus 
firmavit.  Alius  Pontius  archiepiscopus  firmavit.  Udolricus  episcopus  firma- 
vit. Vuillelmus  vicecomes  firmavit.  »  (Bibl.  nat.  de  Madrid,  ms.  Ee.  45,  fî. 
24  v°-25  r°;  Bouche,  Hist.  de  Provence,  t.  II,  p.  47). 

1.  Août  [1001]  :  «  ego  in  Dei  nomen  Adalax  comitissa  et  filius  suusVil- 
lelmus  comes  etfilia  sua  Constantia...  Signum  Adalax  comitisse  et  filii  sui 
Villelmi  comitis  et  filiœ  sue  Constantie.  .  »  (Chantelou,  pp.  70-71). 

2.  1029:  ((ego  Robertusgratia  Dei  Francorum  rexet  Constantia  divino  nutu 
regina.  Me  et  conjugem  meam  Constanciam  jocunda  conversatione  mihi 
admodum  dilectam  et  in  administratione  rerum  ad  se  pertinentium  satis 
utilem  et  strenuam  predium...  quod  de  auro  apatris  sui  domo  asportato... 
emerat. . .  »  (Bibl.  nat.,  ms.  lat.  17048,  p.  424). 

Mém.  el  Doc.  de  V École  des  Charles.  —  VII.  17 


258  LA    PROVENCE    DU   PREMIER    AU    XIl*^    SIÈCLE 

être  passés  à  Avignon  et  Guillaume  a  dû  mourir  dans  cette  cité 
peu  après.  Il  donna  de  plus,  à  Cluny,  Sarrians  pour  y  élever  une 
église  à  la  sainte  Croix,  en  souvenir  de  sa  victoire,  et  il  déclara 
sa  volonté  d'y  être  inhumé  ^  Sa  mort  survint  avant  le  mois  de 
septembre  994  et  ces  derniers  faits  confirment  bien  l'opinion 
que  le  marquis  occupait  spécialement  la  région  d'Avignon. 

§  6.  —  L'époux  d'Arsinde  n  est  pas  différent  de  celui  d'Alix. 

Malgré  la  clarté  des  textes  passés  en  revue,  il  est  impossible 
de  quitter  Guillaume,  marquis  de  Provence,  sans  parler  d'une 
petite  difficulté  qui  a  fait  commettre  une  grande  erreur. 

L'opinion  qu'il  y  a  lieu  de  considérer  à  ce  sujet  se  base  fonda- 
mentalement sur  l'interprétation  de  deux  actes  :  le  premier,  qui 
serait  de  septembre  980,  et  le  second  qui  remonte  au  mois  de 
juin  981  2. 

Cette  opinion  émet  les  deux  propositions  suivantes  : 

1°  Etant  donné  que  la  comtesse  Alix  et  son   fils  Guillaume 

1.  [4031-1048]  :  «  . ,  .in  villa  Sarrianisquam  Wilelmus  quondam  dux  Pro- 
vintiaî  etpaterpatrise. . .  monasterioCluniensi  etlocoinquo  se  sepeliri  roga- 
vit. .  .  moriensdonando. . .  œcclesiam  construere  studuit  et  eam  coiisecrare 
et  dedicare  rogavit  a. . .  Regimbaldo  Arelatensium  archyepiscopo  ad  hono- 

rem    Dei    et  memoriam    dominice  et    victoriosissime    crucis    ac    Domini 

>  » 

genitricis  et. . ,  Pétri  et  Pauli  et. . .  Marcelli. . .  et. . .  Saturnini.  . .  »  [Cluny y 
n°  2866). 

2.  Louis  Blancard,  Noie  sur  l'origine  des  comtes  de  Provence^  Aix, 
typogr.  Remondet-Aubin,  sur  le  Cours,  53,  4868,  in-8  de  8  pp.  (Extrait 
du  Congrès  scientifique  de  France,  33®  session  tenue  à  Aix  en  décembre 
i 866,  t.  II,  pp.  382-386).  —  Sur  les  terres,  comtes  et  vicomtes  en  Pro- 
vence, au  x*'  siècle,  d'après  la  charte  de  donation  de  Ségalarie  à  Aicard, 
fils  d'Arlulfe  (989)  :  communication  faite  à  la  séance  du  34  mars  4887. 
(Extrait  des  Mémoires  de  V Académie  des  Sciences,  Belles-Lettres  et  Arts 
de  Mai'seille,  années  4885-4887,  Marseille,  Barlatier-Feissat,  4887,  pp.  233- 
255).  —  La  charte  de  Gibellin  de  Grimaut  :  lecture  faite  à  la  séance  du 
47  juillet  4887.  Marseille,  4887,  in-8  de  23  pp.  (Extrait  des  Mémoires  de 
l'Académie  des  Sciences,  Belles-Lettres  et  Arts  de  Marseille,  années  4885- 
4887,  pp.  349-344).  —  De  l'existence  simultanée  de  Guillaume  mari  d'Ar- 
sinde  et  Guillaume  mari  d'Adélaïde,  comtes  de  Provence  au  x^  siècle.  S.  1. 
n.  d.,  in-8  de  40  pp.  (Extrait  des  Mémoires  de  r Académie  de  Marseille, 
années  4893-4896,  pp.  497-206). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  259 

souscrivent  la  donation  de  Pertuis  à  Montmajour,  émanée  en  juin 
981  du  comte  Guillaume  et  de  sa  femme  Arsinde,  le  comte  Guil- 
laume mari  d' Arsinde  alors  vivant  ne  peut  être  le  même  que  le 
comte  Guillaume  mari  d'Alix,  père  de  Guillaume  et  souche 
de  la  maison  des  comtes  de  Provence;  en  effet,  il  est  bien  cer- 
tain qu'un  homme  ne  peut  avoir  deux  femmes  côte  à  côte  dans 
le  même  acte,  c'est-à-dire  à  la  fois. 

2^  Etant  donné  le  texte  de  la  donation  de  Saint-Tropez  en 
septembre  980,  cette  nécessité  de  distinguer  deux  comtes  Guil- 
laume, l'un  mari  d'Arsinde,  l'autre  mari  d'Alix,  se  trouve  con- 
firmée d'une  manière  éclatante.  Il  était  acquis  que  le  premier  est 
fils  de  JBoson  et  de  Constance  ;  ce  texte  prouve  désormais  que  le 
second  est  fils  de  Boson  et  de  Folcoare. 

Ne  pas  accepter  les  conséquences,  qui  découlent  de  proposi- 
tions d'un  aspect  aussi  décisif,  semble  marquer  la  volonté  de  s'in- 
surger contre  l'évidence.  Il  faut  cependant  avoir  ce  courage  pour 
deux  raisons  bien  simples:  le  premier  acte  est  mal  interprété,  le 
second  est  apocryphe,  au  point  qu'il  n'en  subsiste  rien. 

En  ce  qui  concerne  le  premier,  par  lequel,  en  juin  981 ,  le 
comte  Guillaume  et  sa  femme  Arsinde  donnent  à  Montmajour 
ce  qu'ils  possèdent  à  Pertuis  en  vertu  d'une  cession  de  l'évêque 
de  Gavaillon  Engilran  et  de  son  frère  Nivelon,'la  seule  difficulté 
provient  des  souscriptions.  Il  importe  d'étudier  l'ordre  dans 
laquelle  elles  se  présentent.  On  en  rencontre  quatre  groupes 
distincts.  1^  La  souscription  du  comte  donateur  et  celle  de  sa 
femme  ;  2^  les  souscriptions  de  neuf  notables  artésiens  ou  autres 
qui,  sans  exprimer  leur  qualité,  confirment  la  donation  ou  en 
témoignent;  S**  la  souscription  de  la  comtesse  Alix  et  celle  de 
son  fils  Guillaume  ;  4^  les  souscriptions  des  trois  fils  du  Nivelon 
mentionné  dans  le  texte  de  la  donation  et  celle  d'une  quatrième 
personne  qui  la  confirme  également;  5^  enfin  la  souscription  du 
scribe,  le  moine  de  Montmajour  Archinric.  Il  est  impossible  de 
ne  pas  être  frappé  de  ce  fait  que  la  souscription  d'Alix ,  au 
lieu  de  suivre  celle  du  comte  et  de  sa  femme,  ne  vient  qu'en  troi- 
sième rang,  après  celles  des  témoins.  Cela  est  contraire  aux  règles 


260  LA   PROVENCE  bU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

strictes  de  la  préséance  :  immédiatement,  il  y  a  lieu  de  pré- 
sumer que  les  3^  et  4®  séries  de  souscriptions  ont  été  intercalées 
après  coup  entre  les  souscriptions  des  témoins  et  celle  du  scribe. 
Chacun  sait  que,  dans  les  orig-inaux,  souvent  il  existe  un  vide 
entre  le  texte  et  la  souscription  du  scribe  :  celui-ci  Ta  laissé 
pour  les  témoins,  dont  il  ne  connaît  pas  d'avance  exactement  le 
nombre,  et  les  témoins,  en  y  faisant  apposer  leurs  souscriptions, 
peuvent  ne  pas  le  remplir  complètement.  Chacun  sait  aussi 
combien  il  est  fréquent  —  sans  qu'on  s'en  soit  toujours  aperçu  — 
que  les  actes  soient  suivis  de  souscriptions  plus  récentes,  mises 
plus  ou  moins  longtemps  après  leur  rédaction  pour  les  approuver. 
S'il  faut  citer  des  exemples,  celui  du  i®'"  avril  976,  fourni  par  le 
cartulaire  d'Avignon,  suffira  comme  indéniable  ^.  Les  souscrip- 
tions se  présentent  à  cet  acte  de  la  manière  suivante.  1°  Trois 
souscriptions  d'évêques  voisins  ;  2^  les  deux  souscriptions  des 
comtes;  3^  la  souscription  de  l'évêque  d'Avignon  Landry,  auteur 
de  la  donation  ;  4''  la  souscription  du  vicomte  ;  5**  six  souscrip- 
tions de  témoins  ;  6**  la  souscription  de  Garnier,  évêque  d'Avi- 
gnon, successeur  de  Landry  ;  7**  la  souscription  du  scribe.  Il 
est  évident  que  Garnier  a  mis  sa  souscription  au  bas  de  cet 
acte,  après  la  date  de  sa  rédaction,  dahs  l'espace  resté  vide  entre 
celle  du  dernier  témoin  et  celle  du  scribe.  Cela  est  évident  pour 
la  raison  péremptoire  qu'un  évêque,  s'il  est  présent  au  moment 
de  l'acte,  peut  bien  souffrir  à  la  rigueur  la  préséance  du  comte  de 
sa  cité,  mais  ne  saurait  souscrire  après  les  simples  témoins.  D'ail- 
leurs, une  église  ne  peut  avoir  deux  évêques  titulaires  à  la  fois, 
pas  plus  qu'un  comte  ne  peut  avoir  deux  femmes  légitimes.  Ce 
qui  s'est  passé  pour  l'acte  de  976  d'Avignon,  c'est  exactement  ce 
qui   a  dû  se  passer  pour   la   donation  de  981  à  Montmajour. 

Le  critique  a  donc  une  présomption  très  grave  :  mais  il  peut 
aller  plus  loin  et  donner  les  dates  exactes  auxquelles  les  3®  et 
i^  séries  de  souscriptions   ont  été,  l'une  après  l'autre,  ajoutées  à 


i.  Avignon,  avril 976  (Arch.de  Vaucluse,  G.,  chap.  métrop.,  n°  27  prov., 
f»  26). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  261 

cet  acte  dans  le  vide  restant,  sur  le  parchemin,  entre  le  dernier 
témoin  et  le  scribe.  Cette  donation  de  Pertuis  par  Guillaume  et 
Arsinde  était  pour  Montmajour  un  accroissement  considérable 
de  temporel  que  les  héritiers  des  donateurs  devaient  chercher  à 
reprendre  et  que,  par  contre,  Tabbaye  devait  chercher  à  se  faire 
confirmer  par  la  juridiction  spirituelle  de  Fordinaire,  ainsi  que  par 
les  ayants  droit  des  donateurs  après  la  mort  de  ceux-ci.  C'est  ce 
qui  se  produisit.  Les  archives  de  Montmajour  ne  renfermaient 
pas  moins  de  trente  actes  relatifs  à  cette  affaire,  depuis  981  jus- 
qu'en 1286  1. 

Le  25  septembre  de  l'an  1000,  à  Avignon  2,  la  comtesse 
Alix  et  son  fils  Guillaume  d'une  part,  l'abbé  de  Montmajour 
Archinric  de  l'autre,  se  présentent  devant  l'archevêque  d'Aix 
dans  le  diocèse  duquel  se  trouvait  Pertuis  :  ils  lui  demandent 
instamment  d'approuver  le  don  de  Pertuis  fait  jadis  à  Montma- 
jour par  le  comte  Boson  et  celui  fait  ensuite  par  le  comte  Guil- 
laume, ce  que  l'archevêque  accorde.  Sans  aucun  doute,  Alix 
et  son  fils  Guillaume  qui  paraissent  ici  sont  les  mêmes  personnes 
que  celles  dont  les  souscriptions  forment  le  troisième  groupe  au 
bas  delà  donation  de  981.  11  paraît  certain  aussi  que,  s'ils 
demandent  l'approbation  de  ce  don,  ce  ne  peut  être  qu'en  qualité 
d'ayants  droit  du  comte  Guillaume  rappelé  par  eux  à  l'ar- 
chevêque :  la  donation  de  ce  Guillaume  qu'ils  citent  ainsi  est 
sans  contredit  celle  de  981.  Quant  au  don  du  comte  Boson  qui 
paraît  avoir  été  antérieur,  sa  date  et  sa  teneur  sont  inconnues  : 
il  peut  s'agir  de  Boson,  le  père  du  Guillaume  de  981,  c'est-à-dire 
de  Boson  fils  de  Roubaud,  mort,  on  l'a  .vu,  vers  966.  11  peut  s'a- 
gir aussi  du  comte  d'Avignon  Boson  fils  de  Guillaume,  dont, 
avant  976,  le  Guillaume  fils  de  Boson  et  petit-fils  de  Roubaud 
s'était  trouvé  lui-même  l'ayant  droit.  De  son  côté,  l'abbé  Archin- 
ric, qui   s  adresse  à   l'archevêque  d'Aix  en  1000,    paraît  être  la 

1.  Chantelou,    éd.  du  Roure,  pp.  56-57,  72-73,  90-91,   124-126,  127-128 
134-135,    135-136,    140-142,   153-154,   154-155,  190-191,  234,  239,  239  240. 
304-305,  305-307,  307,  308,  332-333,  333-334,  334,  334-343,  343-344,  348-350, 
354-355,  364-365,  365. 

2.  Ibid.,  pp.  90-91. 


262  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*'    SIÈCLE 

même  personne  que  le  scribe  Archinric  de  981 ,  alors  simple 
moine  dans  l'abbaye. 

Cette  approbation  de  Tarchevêque  d'Aix  obtenue,  l'abbé  de 
Montmajour  ne  s'en  tint  pas  là.  Deux  ans  après,  en  1002,  le 
comte  Roubaud,  frère  du  comte  Guillaume  de  981,  et  sa  femme 
Ermengarde  approuvent  à  leur  tour  la  donation  de  juin  981  et 
abandonnent  toutes  les  prétentions  qu'ils  pourraient  avoir  en 
qualité  d'ayants  droit  du  donateur  K  Le  préambule  de  cette  con- 
firmation —  point  k  noter  —  n'est  guère  que  la  copie  de  celui  de 
981  :  cela  prouve  que  les  parties  l'avaient  sous  les  yeux.  Or, 
voici  l'ordre  des  souscriptions  de  l'acte  de  1002.  1**  Les  deux 
souscriptions  du  comte  Roubaud  et  d'Ermengarde  ;  2^  les  deux 
souscriptions  de  Guillaume,  neveu  de  Roubaud,  et  d'Alix, 
mère  de  ce  Guillaume  ;  3^  la  souscription  d'un  vicomte  ;  4°  onze 
souscriptions  confirmatives  ou  simplement  testimoniales  de  per- 
sonnes sans  qualité  énoncée  ;  5**  les  quatre  souscriptions  des  trois 
fils  de  Nivelon  et  d'une  quatrième  personne. 

Tandis  qu'Alix  et  l'abbé  ont  recours  à  l'autorité  de  l'ar- 
chevêque en  1000  pour  confirmer  l'acte  de  981,  maintenant 
Roubaud,  en  1002,  confirme  cet  acte  de  lui-même.  On  peut  infé- 
rer de  cette  différence  de  forme  que  Guillaume  fils  d'Alix 
était  encore  mineur  en  septembre  1000  et  que  l'intervention  de 
l'archevêque  est  sollicitée  par  l'abbé  ad  majorem  cautelam  pour 
remédier  à  ce  défaut  d'âge. 

Les  Guillaume  et  Alix  qui  souscrivent  la  confirmation  de 
1002  sont,  à  n'en  pas  douter,  les  mêmes  personnes  que  les  auteurs 
delà  confirmation  précédente  du  15  septembre  1000,  dont  les 
souscriptions  figuraient  aussi  à  la  suite  de  l'acte  de  981.  Seule- 
ment, ici,  en  1002,  le  fils  passe  avant  sa  mère  :  on  peut  croire 
qu'il  est  devenu  majeur.  En  1002,  leurs  souscriptions  sont  bien 
de  la  même  date  que  la  rédaction  de  l'acte  :  on  les  trouve  à  leur 
place  régulière  après  celles  des  donateurs,  avant  celles  du 
vicomte  et  des  témoins.  Quant  à  la  5®  série  de  souscriptions  pla- 

1.  Chantelou,  éd.  du  Roure,  pp.  72-73. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  263 

céeau  bas  de  la  confirmation  de  1002,  rien  ne  dit  qu'elles  soient 
de  la  date  de  l'acte.  Il  y  a  présomption  qu'elles  soient  posté- 
rieures, car  le  rang  de  la  famille  qui,  jadis,  avait  donné  Pertuis 
aux  comtes  de  Provence  et  l'intérêt  qu'il  y  avait  pour  Montma- 
jour  à  s'assurer  son  consentement  persistant  auraient  dû,  si  ses 
membres  avaient  souscrit  au  moment  de  l'acte  confîrmatif,  la 
faire  passer  avant  les  témoins  ordinaires. 

Ce  n'est  pas  tout  :  le  4  août  1018  i,  Montmajour  obtint 
encore,  des  trois  frères  qui  composaient  alors  cette  famille,  le  don 
de  la  moitié  de  Pertuis  qu  ils  retenaient  à  titre  viager  et  dont 
les  confronts  sont  les  mêmes  que  ceux  indiqués  en  1002.  On 
remarque  que  cette  donation  émane  précisément  des  trois  frères 
dont  les  souscriptions  avaient  été  mises  à  la  fin  des  actes  de  981 
et  de  1002. 

Désormais,  tout  se  présente  clairement  à  l'esprit  et  il  suffit  de 
produire  côte  à  côte  les  quatre  actes  de  juin  981,  de  1000,  de 
1002  et  de  1018  pour  faire  jaillir  la  vérité. 

Les  souscriptions  qui  accompagnent  la  donation  de  juin  981 
sont  de  trois  époques  différentes.  Au  fur  et  à  mesure  qu'un  acte 
confirmatif  de  cette  donation  intervenait,  les  auteurs  de  cet  acte 
nouveau  ne  se  bornaient  pas  à  le  souscrire  :  ils  souscrivaient 
en  même  temps  l'acte  primitif  de  981.  Ainsi,  les  1*^^,  2®  et 
5®  groupes  de  souscriptions  ont  seuls  été  apposés  en  juin  981 , 
lors  de  la  rédaction  de  l'acte.  Le  3®  groupe  y  a  été  joint  le  25 
septembre  1000  et  le  4"^  y  a  été  joint  seulement  le  4  août  1018. 
De  même,  en  ce  qui  concerne  l'acte  de  1002,  les  quatre  premiers 
groupes  de  souscriptions  qui  y  figurent  sont  seuls  contempo- 
rains de  cet  acte  ;  le  5*^  y  a  été  joint  le  4  août  1018. 

11  résulte  de  cet  éclaircissement  que,  si  le  Guillaume  auteur 
de  l'acte  de  juin  981  n'a  jamais  pu  avoir  deux  femmes  à  la  fois, 
rien  n'empêche  qu'il  les  ait  eues  successivement.  Ce  fut  d'abord 
Arsinde,  d'avril  972  jusqu'en  juin  981  ;  ce  fut  ensuite  Alix  qui 
sera  sa  veuve. 

1.  Chantelou,pp.  127-128. 


264  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

En  1002,  au  bas  de  l'acte  où  Roubaud  confirme  la  donation  de 
981,  la  souscription  de  Guillaume,  fils  d'Alix,  précise  qu'il  est 
le  neveu  de  ce  Roubaud.  L'acte  du  29  août  993  avait  déjà  eu  soin 
de  dire  à  plusieurs  reprises  que  Guillaume  mari  d^Alix  était  frère 
de  Roubaud.  Les  souscriptions,  mises  après  coup  sous  l'acte 
de  mai  961,  disaient  que  les  frères  Guillaume  et  Roubaud 
étaient  fils  de  Boson  et  de  Constance.  Ces  frères  paraissaient, 
entre  977  et  985,  comme  seigneurs  du  fisc  possédé  par  Lambert 
près  de  Montmajour  :  au  bas  de  ce  dernier  acte,  figuraient  leurs 
deux  souscriptions  et  celle  d'Arsinde.  Il  est  donc  bien  évident, 
même,  semble-t-il,  pour  les  aveugles,  que  Guillaume  mari  d'Ar- 
sinde, auteur  du  don  de  981,  est  le  propre  frère  de  Roubaud  con- 
firmateur  de  ce  don  en  1002.  Il  est  évident  que,  sa  femme  Arsinde 
étant  morte,  Guillaume  frère  de  Roubaud  se  remaria  avec  Alix, 
dont  il  eut  Guillaume,  désigné  en  1002  comme  le  neveu  de  Rou- 
baud. L'acte  de  981,  produit  par  l'opinion  qu'on  examine,  se 
trouvant  ainsi  clairement  expliqué,  la  première  proposition  que 
les  adeptes  de  cette  opinion  en  faisaient  découler  ne  s'étaie  plus 
sur  rien . 

La  confirmation  de  l'acte  de  981  par  Roubaud  en  1002  n'est 
d'ailleurs  pas  la  seule  :  en  mars  [1032-1054],  les  deux  frères  Ber- 
trand et  Geoffroy,  comtes  de  Provence,  confirment  à  Montma- 
jour^ ce  que  leur  aïeul  Guillaume  avait  donné  à  cette  abbaye. 
Bertrand  et  Geoffroy  étaient  fils  de  Guillaume  et  de  Gerberge  : 
puisqu'ils  parlent  du  mari  d'Arsinde  comme  de  leur  grand-père, 
cela  prouve  encore  une  fois  que  celui-ci  épousa  Alix  leur 
grand'mère  après  la  mort  d'Arsinde.  Le  même  Geoffroy  en  1057 
confirmera  à  Saint-Victor  la  condamine  donnée  jadis  à  Hugues 

1.  Mars  [1032-1054]:  «  ego  Gaufridus  Dei  ordinatione  cornes...  depreca- 
tione  mei  fratris  Bertranni...,  Pertusum...  abavo  nostro  Guillelmo  data...  » 
(Chantelou,  pp.  135-136).  —  1057  :  «  ego  Gausfredus...  et  uxor  mea  Stefa- 
nia,..  donamus...  in  Rubiano...  condaminam...  quam  dédit  avus  meus 
Wuilelmus  marchio  sive  cornes  Provincie  et  avia  mea  Adalax  comitissa... 
Ugoni...  Blavie...  »  [Saint- Victor,  n°  184).  —  ITavril  [981].  «  Dilecto  Ugone, 
ego...  Vuilelmus  marchius...  in...  Rupiano...  condamina.  Signum  Vuilel- 
mus...  Signum  Arsinda  comitissa  »...  (/jôîg?.,  1042). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  265 

Blavie  par  son  grand-père  Guillaume  et  sa  grand'mère  Alix.  Or, 
en  réalité,  ce  don  avait  été  fait  par  Guillaume  et  sa  première  femme 
Arsinde. 

En  ce  qui  concerne  le  second  acte  sur  lequel  se  base  cette  opi- 
nion et  par  lequel,  en  septembre  980,  le  comte  Guillaume,  fils 
de  Boson  et  de  Folcoare,  mari  d'Alix  et  père  de  Guillaume,  aurait 
donné  Saint-Tjopez  et  le  golfe  de  Grimaud  à  Gebelin  de  Gri- 
maldi,  il  faut  en  distinguer  Je  fond  et  la  forme. 

La  substance  est  en  contradiction  avec  les  chartes  authentiques 
du  Cartulaire  de  Saint-Victor  qui  témoignent  que  toute  cette 
région,  et  en  particulier  Grimaud,  dut  être  concédée  par  le  mar- 
quis aux  vicomtes  de  Marseille  K  La  date  de  980  est  impossible; 
alors,  les  Sarrasins  occupaient  encore  les  localités  qui  auraient  fait 
l'objet  de  la  donation.  Ils  furent  expulsés  seulement  en  983.  En 
990,  l'évêque  de  Fréjus,  dans  le  diocèse  de  qui  ces  localités 
existent,  venait  déclarer  au  marquis  que  son  évêché  se  trouvait 
absolument  dévasté,  que  tous  les  titres  de  propriétés  avaient  dis- 
paru, que  personne  ne  savait  plus  ce  qu'il  possédait  au  juste  ; 
c'est  alors  seulement  que  le  marquis,  ému  de  cet  état  de  choses, 
songea  à  reconstituer  Févêché  de  Fréjus.  Si  l'acte  de  980  était 
authentique,  le  marquis  aurait  songé  à  doter  le  soi-disant  Gebelin 
de  Grimaldi  dix  ans  avant  de  régler  l'état  bien  plus  important  de 
l'église  cathédrale.  Il  aurait  songé  à  garnir  Saint-Tropez  dix  ans 
avant  de  restaurer  Fréjus. 

Quant  à  la  forme  de  l'acte  et  à  sa  rédaction,  elle  dénote  un 
apocryphe  qui  ne  tromperait  guère  un  diplomatiste  novice. 
M.  Blancard,  certes,  n'a  jamais  pris  la  forme  de  la  donation  de 
980  comme  authentique  :  avec  un  rare  bonheur,  il  est  même  par- 
venu à  établir  d'une  manière  convaincante  que  cette  rédaction 
fut  l'œuvre  de  Guillaume  de  Grimaldi,  moine  de  Lérins  et  prieur 
de  Puget-lès-Fréjus,  à  la  fin  du  xv^  siècle,  qui  trouvait  ainsi  le 
moyen  d'augmenter  la  série  de  ses  ancêtres  et  qui,  pour  bien 
placer  son  faux  de  manière  à  en  imposer,   le  transcrivit   à  la  fin 

1.  1069  {Saint-Victor,  n»  589). 


266  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®  SIÈCLE 

du  Cartulaire  de  Fréjus  sur  un  feuillet  resté  blanc  ^  En  réalité, 
ses  ancêtres,  lesGrimaldi  de  Gênes,  avaient  été  bannis  de  Ligurie 
en  1270  et  c'est  alors  seulement  qu'ils  étaient  venus  se  fixer  en 
Provence. 

Après  cela,  il  semble  inutile  d'insister  sur  cet  acte  :  M.  Blan- 
card,  cependant,  abusé  par  les  souscriptions  de  l'acte  de  981  qu'il 
croit  toutes  d'une  même  teneur,  n'abandonne  pas  absolument  le 
faux  de  980.  Il  lui  sait  gré  de  l'appui  apparent 'qu'en  retire  sa 
conception  des  deux  Guillaumes,  maris,  l'un  d'Arsinde  et  l'autre 
d'Alix.  Il  persiste  à  croire  que  Guillaume  de  Grimaldi  se  permit 
sur  l'acte  de  980  de  simples  interpolations  avec  quelques  retouches 
et  que  le  fond  en  reste  authentique.  En  admettant  cette  hypo- 
thèse peu  séduisante,  l'acte  du  29  août  993,  rapproché  des  actes 
de  mai  961  et  de  [977-985],  fait  un  devoir  strict  de  reconnaître 
que  les  quatre  mots  placés  ici  en  italiques,  «  nos  Guillelmus 
comes  Bosonis  et  Folcoarse  filius,  in  Arelate  civitate  consis- 
tentes...  »,  constituent  l'une  des  interpolations  fâcheuses  dues  à 
Guillaume  de  Grimaldi.  C'est  un  devoir  cruel  mais  strict.  Lais- 
sant là  cette  hypothèse,  il  faut  dire  que  l'acte  de  980  est  apo- 
cryphe, de  fond  comme  de  forme.  Il  n'y  a  aucun  compte  à  en 
tenir  :  le  faussaire  n'inventait  pas  tous  ses  personnages,  mais  il 
les  groupait  mal,  quand  il  ne  les  inventait  pas. 


'    Boubaud,  marquis  de  Provence. 

(994-vers  1010) 

Quand  le  marquis  Guillaume,  mari  d'Alix,  mourut,  le  titre  de 
marquis  ne  passa  pas  à  son  fils  ;  sans  doute  à  cause  du  bas  âge 

i.  L.  Blancard,  La  charte  de  Gibellin  de  Grimant. 

Cf.  E.  Gais  de  Pierlas,  Doc.  inédits  sur  les  Grimaldi  et  Monaco  et  leurs 
relations  avec  les  ducs  de  Savoie,  suivis  des  statuts  de  Menton,  Turin,  Bocca, 
1885,  in-8,  pp.  18-19. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  267 

de  ce  dernier,  qui  avait  tout  au  plus  une  dizaine  d'années,  ce  fut 
le  comte  Roubaud  qui  en  hérita. 

Ce  comte,  qui,  du  vivant  de  son  frère  Guillaume,  avait  été 
réduit  à  un  rôle  effacé,  commence  à  agir  de  lui-même  une  fois 
demeuré  seul.  Le^  actes,  qui  émanent  de  lui  désormais,  le 
montrent  dans  les  comtés  d'Orange,  de  Marseille,  surtout  d'Aix  et 
de  Nice  1.  Il  fut  marié  avec  Ermengarde,  dite  aussi  Eimildis^  qui 

1.  [993-1002]  :  «  ego  Rotbaldus  marchio  et  conjux  mea...  Eimildis in 

comitatu  Aurasico.  ,  .  castrum. . .  Podium  Odoliimm Rtobaldus  cornes 

et  uxor  sua  Eimildis.  Adalax  comitissa  et  filius  suus  Willelmus.  Poncius. 
Leotgerius.  Rostagnus  de  Sabran.  Amelius.  Slephanus.  Aicardus.  Willel- 
mus   vicecomes...  »  [Cluny,  n°  1987) 

22  août  [1002]:  «  ...in  comitato  Nicensis  prope  civitatis...  qui  mihi 
advenit  propter  donacionem  domni  Wilielmi  incliti  comiti  qui  fuit  condam 
et  domni  Rodbaldi  comiti  necnon  et  domni  Mironi.  .  .  »  (E.  Gais  de  Pier- 
las,  Cartulaire  de  Vancienne  cathédrale  de  Nice.  Turin,  J.-B.  Paravia,  1888, 
pp.  23-24,  n»  18). 

Arles,  7  décembre  1002  :  «  ego  Balda.,.  Correns...  Signum  Rotbaldus 
cornes  firmavit.  Signum  Adalax  comitissa  fîrmavit.  Signum  Vuilielmus 
cornes  firmavit »  (Chantelou,  pp,  98-100). 

1002  :  «  ego  in  Christi  nomine  Rotbaldus  comes  et  conjux  mea  Ermen- 
garda.,.  villam...  Pertusus,...  in  regno  Provincise,  in  pago  Aquense...  qui 
michi  ex  prœcepto  régis  legibus  obvenit...  Signum  Rotbaldus  comes  et  uxor 
sua  Ermengarda...  Willelmus  nepos  suus  firmavit.  Adalax  comitissa  firma- 
vit. Adalelmus  judex  firmavit...  »  [Ibid.,  pp.  72-73). 

ir>  septembre  [1003]  :  »    in  comitato  Nicensis   subtus  monte    Calve- 

roles qui  mihi  advenit  per  donacione  Wilielmi  et  Rotbaldi  comitis  nec- 
non et  Mironi  vel  uxore  sua  Odila.  Et  habet  consortes  de  uno  latere  in 
terra  comitare...  »  [Cartul.  de  Nice,  pp.  25-26,  n°  19). 

Saint- Pons,  11  mai  lOOi:  élection  de  l'abbé  Jean  par  sept  moines  et  quatre 
autres  personnes,  «  coram...  antistitum  Bernardum  Niciensis  et  alium  Ber- 
nardum  Antipolensis  ceterorumque  priorum  hominum  necnon  et  mulie. 
rum...  hune  monachum  nomine  Joannem,  vultu  decorem,  illustrum  sensu, 
stemma  sublimem,  moribusque  insignem...  Rodbaldus  inclitus  comes  firma- 
vit. Ermengarda  comitissa  firmavit.  Willelmus  de  Nicia  firmavit»,..  [Cart. 
Saint-Pons,  n°  II). 

1005  :  «  ego  Pontius...  Massiliensis...  pontifex...  cum  consensu  domni 
Rodulfi  régis  Alamannorum  et  Provincie,  seu  eciam  cum  precepto... 
domni  apostolici  pape  urbis  Rome,  cum  voluntate  etiam  domni  Rodhbaldi 
comitis  et  domne  Adalaizis  comitisse,  domnique  Guillelmi  comitis  filii 
ejus...  Rodballus  gratia  Dei comes  firmavit,  voluit  et  consensit  et  manu  pro- 
pria roboravit.  f  Signum  Poncius  episcopus  manu  propria  firmavit.  Adalax 
inclita  comitissa  assensum  prebuit  et  manu  sua  fîrmavit.  Guillelmus  comes 


268  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XIl*^    SIÈCLE 

paraît  jusqu'en  lOOo.  Lui  vivait  encore  en  1008,  mais  mourut 
avant  le  22  avril  1015.  Il  eut  un  fils  et  une  fille,  comme  son 
frère. 


VI 

Guillaume^  marquis  de  Provence  et  les  comtes  indivis. 
(Vers  1010- vers  1040) 

Le  fils,  nommé  Guillaume  comme  son  oncle,  est  connu  de  1024 
à  1037  :  il  fut  marquis  après  son  père.  L'acte  du  9  mai  1031  en 
donne  la  preuve.  Guillaume,  filsde  Roubaud,  paraît  dans  les  com- 
tés d'Aix,  Venasque,  Riez,  Sisteron  et  Gap.  S'il  eut  des  enfants 
de  sa  femme  Lucie,  qui  paraît  de  1030  à  1037,  ces  enfants  ne  lui 
survécurent  pas  i.  Il  paraît  avoir  été  le  cadet  de  sa  sœur  Emma; 

Provincie  fîlius  ejus  firmavit.  Guillelmus  Tholose  urbis  cornes  fîrmavit. 
Ermeng-ardis  uxor  Rodballi  comitis  manu  propria  firmavit...  Rado  episco- 
pus  f.  Elmeradus  episcopus  f.  Domnus  Poncius  Arelatensis  archiepiscopus 
f.  Amalricus  Aquensis  episcopus  f.  »  {Saint-Victor,  n°  15). 

Arles,  29  décembre  [1008  ?]:  «  ego  Petrus,  prepositus...  Arelatensi,  comuta- 
mus  .ad  Hebreos...  consenciente  domna  Adalaix  •comitissa  et  filio  suo  Gui- 
lelmo  comité.  Signum  Adalaix  comitissa.  Wilelmus  cornes  [Gall.  noviss., 
Arles,  n°  305). 

Arles,  1008  :  «  ego  Aicardus...in  terminio  Aquensi,  sive  Avenionensi,  vel 
Arelatensi...  Bolcodena...  Signum  Aicardi.  Signum  Leutgarde  ejus  uxoris. 
Signum  Rotbaldi  comitis...  »  (Chantelou,  pp.  121-122). 

1.  1024  :  «  ego  Vuilelmus  filius  Rodbaldi...  in  comitatu  Aquense... 
Signum  ego  Wilelmus...  Adalaiz  comitissa  f.  Vuilelmus  comes  filius  Rod- 
baldi firmavit  »  {Saint-Victor,  n»  225). 

1030  :  «  ego  Willelmus  comes  Provincie  et  uxor  mea  nomine  Lucia...in 
comitatu  Sisterico...  Ego  Willelmus  comes  banc  cartam  scribi  mandavi  et 
manu  propria  firmavi,  testibusque  subnixis  firmari  rogavi.  Poncius  comes 
filius  Tolosani  firmavit.  Bertrannus  f  rater  ejus  firma\it...  »  {Saint- Victor, 
n«   682). 

Gap,  9  mai  1030  :  «  Willelmus  marcliio  ejusque  conjux  Lucia  comi- 
tissa... prope  mœnia  civitatis  »  (Paul  Guillaume,  Notice  historique  et  docu- 
ments   inédits    sur  le  prieuré  de  Saint-André  de  Gap,  p.  10,  §  5). 

[1008-1032]  :  «  de    seniore  nostro  Willelmo  comité  et   uxore  sua  Lucia^ 

comitissa ,  in  comitatu  Vandascense  in  territorio  de  Dîmone  »  {Cluny, 

n»  1994). 

Piolenc,  mai    1037  :  «  ego  Willelmus  nobilissimus  comes  et  uxor   mea 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGN'E-PROVeNCE  269 

en  effet,  celle-ci,  mariée  dès  998,  avait  k  cette  date  au  moins  trois 
fils.  Elle  fîg-ura,  jusqu'en  1024,  du  vivant  de  son  frère,  dans  des 
documents  qui  intéressent  les  comtés  de  Fréjus  et  de  Sisteron  K 
Elle  épousa  Guillaume, comte  palatin  de  Toulouse,  fils  de  Ray- 
mond-Pons et  déjà  veuf  d'une  première  femme  qui  lui  avait  donné 
un  fils  aîné  nommé  Raimond.  Des  trois  fils  de  Guillaume  et  de 
sa  seconde  femme  Emma,  Henri,  Pons  et  Bertrand,  les  deux 
derniers  recueillirent  la  quote-part  indivise  de  la  Provence  à 
laquelle  ils  avaient  droit  comme  ses  représentants  à  elle.  Cela 

nomine  Lucia...  Diliada...  et  Septem  Fontes...  in  episcopatu  Regensi... 
Sig-num  Willelmi  et  uxoris  sue  Lucie...  ».  Au  dos  de  Pacte  :  «  de  Wil- 
lelmi  comitis  filii  Rodbaldi  »  [Cluny,  n°  2917). 

Guillaume  et  sa  femme  Lucie  confirmèrent  l'acte  émané  en  992  du  premier 
marquis  pour  Saint-Ccsaire  :  de  même,  sa  sœuret  son  beau-frère.  [1010-1030]  : 
«  Willelmus  comesfilius  Rotbaldiet  uxor  sua  Dulcia  (stc).  Willelmus  comes 
Tolosanus  etuxor  sua  Ema  firmaverunt...  »  (Ruffî,  Z)tsser^a^toAis,  1712,  p.  45). 
1.  998,  ind.  XII  :  «  clementia  Dei  ordinante  Wilelmus  comes  Tholose 
praecellentissimus,  presidens  amplissima  terrarum  régna,  inter  alia  possi- 
det  Nemausensem  comitatum,  ubi...  Psalmodiacum  Beati  Pétri  conobium... 
ptefatus  Wilelmus  etuxor  ejus.  .  ,  quartam  partem  Beati  Juliani  non  longe 
ipsi  monasterio  adiacentem  et  justicias  jamdicte  ville  sancti  Juliani... 
prebuerunt. .  .  ad  ipsum  cçnobium  et  ad  abbatem  Warnerium.  . ,  Pro  hac... 
donatione. . .  donaverunt. .  ,  Warnerius  abbas.  . .  et  cuncta  congregatio.  . . 
ad  Wilelmum  comitem  et  ad  Emam  uxorem  eius  et  ad  filios  eorum  videli- 
cet  Raimundum  et  Aialricum  et  Pontium  et  Bertrannum  mille  septingentos 
solidos. .  .  Facla  carta.  . .  régnante  Roberto  rege.  Signum  Wilelmo  comité 
et  uxore  sua  Ema...  Signum  Raimundo  filio  Wilelmi.  Signum  Aianrico. 
Signum  Pontio.  Signum  Bertranno.  Isti  omnes  sunt  filii  Wilelmi  »  (Arcb. 
du  Gard  IL  142;  cf.  Ibid.,  H.  106,  f«  81  r°-v°). 

1005  {Saint- Victor,  15).  —  Dimanche  22  avril  1015/6  :  «  ego  Ema  comi- 
tissa,  filia  Robaldi  comitis  et  Ermengarde  uxoris  ejus,  matris  mee...  in 
comitatu  Forojuliensi...  Ema  comitissa...  »  (Chantelou,  pp.  126-127). 

Octobre  [1021]  :  ind.  IV:  «  Adalaiz  comitissa...  in  villa...  Manoasca...  in 
comitatu  Sisterico...  Signum  Adalaiz  comitissa...  Emma  comitissa  firma- 
vit...  Wilelmus  comes   firmavit  »  {Saint- Victor,  n°  653). 

1024,  ind.  VII  :  «  ego  Wilelmus  comes  Tolosanus  et  uxor  mca  Ema... 
pro  remedio...  filiorum  filiarumque...  nostrorum  in  comitatu  Sisterico... 
Manoasca...  Signum  ego Vilelmus  comes  et  uxor  mea  Ema...  »  (Saint-Victor, 
n°  652).  Le  Guillaume  qui.  en  1024,  souscrit  avec  le  marquis  fils  de  Rou- 
baud  le  n°  225,  doit  être  Guillaume  de  Toulouse.  —  novembre  1024  :  «  ego 
Ema  comitissa  et  filius  meusPontius...mansum  unumin  Advenione  civitate.. 
Signum  Emma  commitissa  firmaviL  Signum  Pontii,  Signum  Bertranni.  h 
(Bibl.  d'Avignon,  ms.  2466,  f»  191  r"). 


270  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

prouve  que,  vraisemblablement,  elle  n'avait  pas  été  dotée  :  elle 
mourut  entre  1024  et  1030  ^,  c'est-à-dire  avant  son  frère,  le 
marquis  Guillaume,  qui  disparaît  seulement  entre  1037  et  1040  -. 
Comme  on  le  verra,  la  Maison  de  Toulouse  n'a  jamais  possédé 
que  le  quart  indivis  de  la  Provence  :  il  est  donc  certain  que,  si 
Emma,  n'étant  pas  dotée,  a  transmis  ce  quart  à  ses  fils  Pons  et 
Bertrand,  ceux-ci  n'ont  pas  hérité  de  leur  oncle  le  marquis  Guil- 
laume mort  sans  enfants. 

Laissant  là,  pour  l'instant,  la  Maison  de  Toulouse  qui  entre 
ainsi  en  Provence,  il  y  a  lieu  de  se  reporter  à  la  branche  cadette  de 
la  Maison  des  comtes  de  Provence.  On  a  déjà  dit  que  le  premier 
marquis  Guillaume  avait  eu  de  sa  seconde  femme,  Alix  d'Anjou, 
un  fils  nommé  comme  lui  qui  lui  succéda  en  bas-âge.  En  1002, 
ce  fils  était  encore  mineur,  semble-t-il,  quand  Alix  fait  approuver 
par  l'archevêque  d'Aix  sa  confirmation  du  don  de  Pertuis,  jadis 
émané  du  marquis  en  981.  Les  actes  le  qualifient,  comme  son 
père,  comte  de  Provence  et  il  partage  ce  titre  avec  son  oncle 
Roubaud.  Jamais  il  ne  reçoit  le  titre  de  titre  de  marquis  qui  est 
dévolu  à  celui-ci. 

Du  vivant  de  son  père,  Guillaume  figure  dans  trois  actes  en 
992  et  les  28,  29  août  993  ^.  En  septembre  994,  devenu  comte 
de  Provence  par  la  mort  du  marquis,  il  reçoit  de  son  oncle  mater- 
nel Drogon,  évêque  du  Puy,  une  localité  hors  de  Provence,  qui 
représente  sans  doute  une  partie  des  biens  dotaux  de  sa  mère 
Alix  ^.  Guillaume  est  appelé  à  confirmer  les  actes  de  son  oncle 
Roubaud  dans  les  comtés  d'Aix,  de  Marseille  et  d'Orange,  ce  qui 
prouve  la  possession  toujours  indivise  de  la  Provence  par  les 
comtes  de  Provence.  Ses  actes  personnels  concernent  le  comté 
de  Sisteron.    Il  y  a   apparence  que  les    biens  dont  il  jouissait, 

1.  1030  {Saint-Victor,  682).  Ses  fils  seuls  souscrivent. 

2.  25  mai  1042  (Sami-Ftc^or,  n°  375).  C'est  Geoffroy  qui  est  alors  mar- 
quis. Il  l'était  sans  doute  dès  le  15  octobre  1040  [Saint-Victor,  14);  car,  si  le 
pape  ne  mentionne  pas  alors  le  consentement  du  marquis  Guillaume,  c'est 
qu'il  était  mort. 

3.  Voir,  ci-dessus,  pp.  226,  n.  i,  et  229,  n.  1. 

4.  Voir,  ci-dessus,  p.  255,  n.  3. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  271 

comme  ceux  de  son  père,  se  trouvaient  surtout  sur  la  rive  droite 
de  la  Durance.  Beau-frère  du  roi  de  France,  il  épousa  Gerberge, 
fille  d'Ermentrude  et  d'Otte-Guillaume,  comte  de  Bourgogne  et 
de  Maçonnais.  De  son  temps,  ce  qui  confirme  les  paroles  de 
Thietmar,  les  actes  privés  commencent  à  supprimer  couram- 
ment l'indication  du  règne  du  roi  de  Bourgogne  ^.  Gerberge  paraît 

1.  Avignon,  25  septembre  1000  :  «in  presentia  domini  Amalrici,  Aquensis 
sedis  archiepiscopi,  domina  comitissa  Adalax  et  filius  suus  Willelmus  et 
serviis  omnium  servorum  Dei  Archinricus...  abbas...  villam...  Pertusus...  » 
(Chantelou,  pp.  90-91). 

Août  [1001 J,  ind.  XIV:  «ego...  Adalax  comitissa  et  filius  suus  Villelmus 
cornes  et  fîlia  sua  Constantia...  vallibus...  Ollieria...  Signum  Adalax  comi- 
tisse  et  filii  sui  Villelmi  comitis  et  filie  sue  Constantie...  Rado  episcopus 
firmavit,  Eldebertus  judex  firmavit»  [Ibid.,  pp.  70-71). 

[993-1002]  {Clumj,  n°  1987).  Cf.  ci-dessus,  p.  267,  n»  1.  —Arles,  7  dé- 
cembre 1002  (Chantelou,  pp.  98-100).  —1002  [ibid.,Y>V-  72-73).  Cf.  ci-dessus, 
p.  267,  n.  1. 

1005  {Saint- Victor,  n^lS).  Cf.  ci-dessus, p.  267,  n.  1.— Arles,  29 décembre 
[1008?]  {Gall.  noviss.  Arles,  n»  305),  Cf,  p.  267,  n.  1. 

1013,  sans  date  de  règne  :  «ego  Wilelmus  comes  Provincie,conjuxque  mea 
Girberga  una  cum  fîlio  nostro  nomine  Wilelmo...  donamus...  ad  proprium 
alodem...  in  comitatuSisterico...  de  villa...  Manuasca...  ecclesia  sancti  Mar- 
tini... non  longe  a  fluvio  Durentia...  Ego  Willelmus  comes  Provincie, 
annuente  Domino,..,  manu  mea  firmavi...  Domna  Guiberga,  inclita  comi- 
tissa firmavit.  Domnus    Wilelmus    eorum   preclara    soboles  firmavit » 

{Saint- Victor,  n»  646). 

Mercredi  de  mars  [1013-1018]  :  «  Walpertus  presbiter...  pro  redemptione 
anime  comiti  Wilelmo  et  uxore  sua  Adalais...  et  pro  redemptione  filium 
suum  domno  Wilelmo  comité  et  uxore  sua  Wirberga...  ad  Sanctum  Satur- 
ninum...  »  {Saint- Victor,  n°  133).  Il  s'agit  de  Saint-Savournin  dans  le  comté 
d'Aix. 

Décembre  [1013-»1018]  :  «  ecclesiam  S.  Saturnini...  in  loco...  Voraginis, 
in  comitatu  Aqueuse,  ego...    Bonefatius...    Facta    hec  donatio...  in    mense 

decimbri  régnante  Domino  nostro  Jhesu  Christo  féliciter,  amen 

Guilelmus  comes  firmavit  et  uxor  ejus  Girberga  et  omnes  filii  eorum  fir- 
maverunt.  Domnus  archiepiscopus  Amalricus  firmavit  »  (Chantelou,  pp. 
100-101).  C'est  le  premier  exemple  du  règne  du  Christ  remplaçant  celui  du 
roi  de  Bourgogne. 

Saint-André-lès-Avignon.  1018  :  «  ego  Vuillelmus  comes  et  uxor  mea 
Gisberga  donamus...  in  comitatu  Sistarico,  in  monte...  Lura,  locum  Sancti 
Donati...  Signum  Vuillelmi  comitis  et  uxoris  ejus  Gisbergœ  manus  illorum 
firma.  Jofredus  comes  firmavit.  Bertrannus  comes  firmavit.  Arnulfus  scripsit. 
(Ruffi,  Dissertations,  p.  20  ;  d'après  le  Cart.  deSaint-André,  p.  41). 


272  LA    PROVENCE   i>Û    PREMIER   AU   Xll''    SIÈCLE 

depuis  1013  jusqu'en  1019  :  elle  lui  donna  trois  fils,  Guillaume, 
Foulques-Bertrand  et  Geoffroy.  Le  comte  de  Provence  Guil- 
laume IV  mourut  âgé  de  trente  à  trente-cinq  ans,  en  1018  et 
après  le  30  mai.  Au  lieu  de  se  faire  enterrer  à  Sarrians  auprès  du 
marquis  Guillaume  II  son  père,  sa  sépulture  fut  creusée  dans  le 
rocher  de  Montmajour,  à  côté  des  fondations  de  l'église  dont  la 
construction  venait  d'être  entreprise  le  30  mai  1016  et  au  niveau 
du  sol  de  la  crypte  K  Sa  veuve,  Gerherge,  ne  lui  survécut  pas 
longtemps,  semble-t-il  :  elle  paraît  dans  quatre  actes,  les  deux 
premiers  de  1018  et  les  deux  derniers  de  1019,  en  faveur  de 
Saint- Victor  de  Marseille  et  de  Saint-André-lès-Avignon.  Sa 
mort  doit  être  antérieure  à  1024  2. 


!.  Mercredi,  30  mai  1016:  «  anno  ab  incariiatione  Christi  MXVI,  fuit  in- 
choata  basilica  in  honore  sancte  Mariée  matrisDomini,seu  omnium  sancto- 
rum,  indictione  XIV,  III  kalendas  junii,  feria  IV«,  régnante  Roberto  rege. 
In  tertio  anno  fundalionis  hujus  basilicœ,  obiit  Guillelmus  inclitus  cornes 
Adelaidis  et  honorifice  sepultus  est  in  fundamento  hujus  ecclesiœ  »  (Chan- 
telou,  éd.  du  Roure,  p.  114;  cf.  p.  119  pour  la  description  de  la  tombe).  Il 
suit  de  là  que  Guillaume  mourut  entre  le  30  mai  1018  et  le  29  mai  1019. 
Les  chartes  de  Saint-Victor,  n°^  226  et  630,  précisent  que  ce  fut  avant  le 
début  de  l'an  1019.. 

2.  1018.  «Ego  Geiriberga  comitissima  etfilii  mei  Vuilelmuset  Fulco  sive 
Josfredus.,.  in  comitatu  Aqueuse...  Ego  comitissima  Geiriberga,  annuente 
Domino,  hanc  donationem  dedi  et  manu  mea  firmavi...  »  [Saint-Victor^ 
n»  226). 

1018,  règne  de  Rodolphe  ;  «  ego  Adalax,  illustrissima  comitissa,  mater  Vil- 
lelmi,  quondam  Provintie  comitis  et  ego  Geriberga,  Çque  comitissa,  ejus- 
dem  principis  olim  uxor,  una  cum  consensu  filiorum  optimatumque  nos- 
trorum...  in  pago  Provincie,  in  comitatu  Regense...  Ego  Adalax  et  ego 
Girberga,  una  cum  fdiis  et  nepotibus  nostris...  W^ilelmus,  filius  Vilelmi 
comitis  lirmat.  Fulco  fraterejus.  Gosfredusfirraat...  »  (Sai/î^Vic/or,  n»  630). 

1019,  règne  de  Rodolphe  :  «  ego  Geriberga  comitissa,  una  cum  consensu 
filiorum  optimatumque  nostrorum  propter  remedium  anime  senioris  mei 
Guilelmi  comitis  Provincie  et  mee  filiorumque  nostrorum  quorum  hec  sunt 
nomina  :  Wilelmus,  Fulcho,  Josfredus...  in  comitatu  Sisterico,  in  villa... 
Manoascha...  Ego  Girberga,  una  cum  filiis,...  Wilielmus  filius  comitis 
Vilielmi  firmavit.  Fulco  frater  ejus  fîrmavit.  Josfredus  frater  firmavit.,.  » 
[Saint- Victor,  n°  649). 

1019  «  Ego  Gisberga  comitissa  una  cum  filiis  meis  Willelmo,  Fulcone 
Bertranno,  Gaufredo  donamus...  planitiem...  ad  radicem  montium...  »  (Ruffi, 
Dissertations,  p.  21,    d'après   le  Cart.  de  Saint-André-lès-Avignon,  p.  32). 


Le  royaume  de  bourgogne-provènce  273 

Les  fils  de  Guillaume  IV  ne  portèrent  pas  immédiatement 
après  la  mort  de  leur  père  le  titre  de  comte  de  Provence  ;  ils 
étaient  sans  doute  encore  trop  jeunes  pour  le  recevoir.  L'aîné 
d'entre  eux  fut  Guillaume  V,  que  Guillaume  IV  nommait  dès 
1013  dans  une  donation  ;  il  eut  une  vie  encore  plus  brève 
que  son  père.  Il  paraît  en  1018  et  1019  aux  côtés  de  sa  mère 
dans  des  actes  relatifs  aux  comtés  d'Aix,  Riez,  Sisteron  et  Avi- 
gnon ^  Il  disparaît  depuis  et  était  certainement  mort  en  1030  -, 
à  vingt  ans  tout  au  plus,  sans  avoir  été  marié.  La  veuve  du 
premier  marquis  Guillaume  II  survécut  ainsi  à  son  mari,  àson  fils 
et  peut-être  même  à  l'aîné  de  ses  petits-fils.  En  dehors  des  actes 
où  on  l'a  vue  figurer  avec  son  mari,  puis  avec  son  fils,  il  faut 
noter  qu'en  1015  elle  avait  complété  la  donation  de  l'église  Saint- 
Martin  de  Manosque  à  Saint-Victor,  émanée  en  1013  de  son  fils  3, 
en  abandonnant  la  part  de  cette  église  qui  lui  appartenait  ^.  En 
1018,  elle  agit  de  concert  avec  sa  belle-fille  devenue  veuve  •''. 
Enfin,  on  connaît  deux  actes  plus  récents,  de  1021  et  1024, 
qu'elle  souscrit  :  le  premier  avec  la  comtesse  Emma  à  propos  de 
Manosque  ^,  le  second  avec  le  marquis  Guillaume  III,  fils  de 
Roubaud,  à  propos  du  comté  d'Aix  ^.  Gomme  Fatteste  Arnoux, 
moine  de  Saint- André-lès- Avignon,  là  vieille  douairière  mourut 
en  1026  ^.  On  voit  que,  très  probablement,  la  veuve  du  vainqueur 

Il  s'ag-it  du  comté  d'Avignon,  sur  la  rive  droite  du  Rhône.  Peut-être  est-ce 
Guillaume  V,  qui  en  1025  figure  encore  dans  un  acte  approuvé  par  les 
vicomtes  :  ce  serait  sa  dernière  mention  [Saint- Victor,  n^  456). 

1.  Le  Guillaume  qui  souscrit  en  1024  une  charte  avec  Guillaume  fils  de 
Roubaud  doit  être  le  comte  de  Toulouse  et  non  pas  Guillaume  V  [Saint- 
Victor,  n°  225).   Voir  ci-dessus,  p.  268,  n.  1. 

2.  Saint- Victor,  n»  681. 

3.  Ibid.,  n°  646. 

4.  1015:  ((  ego  comitissa  Adalaiz,  annuente  Domino...- dedi...  »  [Saint- 
Victor,  n»  648). 

5.  Saint-Victor,  no  630. 

6.  Ibid.,  no6b3. 

7.  Saint- Victor,  n»  225. 

8.  1026  :«  ...Aquibusannisusque  ad  presentem  annum...quo  felix  Adalax 
comitissa  dormivit  in  pace...  qui...  a  natiuitate  Xpisti  millesimum  vicesi- 
mum  sextum    presentem  annum  efficiunt  in  ([uo  iste    libellus   cons(  riptus 

Mém.  et  Doc.  de  t'École  des  Chartes.  —  VII.  18 


274  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XU^    SIÈCLE 

des  Sarrasins  passa  la  fin  de  sa  vie  à  Avignon  et,  en  tout  cas 
sur  la  rive  droite  de  la  Durance,  où  on  pensait  déjà  que  son  mari 
possédait  la  plupart  de  ses  biens  :  c'est  la  meilleure  explication 
du  fait  que  sa  mort  est  notée  par  un  moine  voisin  d'Avignon. 
Elle  devait  être  fort  âgée,  car  le  comte  d'Anjou  Foulques,  son 
père,  était  mort  lui-même  vers  958.  En  979,  quand  elle  avait 
épousé  Louis  V,  elle  était  déjà  mère  de  quatre  enfants  d'un  pre- 
mier mariage  :  ces  indications  prouvent  qu'elle  dut  mourir  octo- 
génaire. Elle  fut  inhumée  à  Montmajour. 

Guillaume  V,  fils  de  Gerberge,  étant  mort,  ses  deux  frères  cadets 
recueillirent  tout  Théritage  du  comte  de  Provence  Guillaume  IV. 

Ici  se  présente  une  difficulté  qu'il  faut  résoudre.  En  1013, 
d'abord,  Guillaume  IV  et  sa  femme  Gerberge  avaient  mentionné 
seulement  leur  fils  Guillaume  V.  Puis,  dans  trois  actes  successifs, 
datés  de  1018  et  1019,  Gerberge  nomme  ses  trois  fils  Guillaume, 
Foulques  et  Geoffroy.  Une  première  conclusion  à  tirer  delà,  c'est 
que  Guillaume  est  manifestement  l'aîné  des  trois.  En  effet,  il 
porte  héréditairement  le  nom  de  son  père  et  de  son  grand-père 
paternel;  de  plus,  dans  le  premier  acte,  il  est  le  seul  nommé  et, 
dans  les  suivants,  il  est  toujours  nommé  le  premier.  Ses  frères 
cadets  Foulques  et  Geoffroy  portent  évidemment  les  noms  de 
Foulques  le  Bon  et  de  Geoffroy  Grisegonelle,  c'est-à-dire  du  père 
et  du  frère  de  leur  grand'mère  paternelle  Alix. 

En  second  lieu,  l'acte  de  1019,  tiré  des  archives  de  Saint- 
Victor,  indique  nettement  par  sa  rédaction  que  ces  trois  fils,  Guil- 
laume, Foulques  et  Geofïroy,  sont  les  seuls  issus  du  mariage  de 
Gerberge  et  de  Guillaume  IV. 

est  a  quodamfragilimonacho  Arnulfo  nomine...  »(Bibl.  nat.  de  Madrid, ms. 
Ee  40,  f"  118  v°),  —  Voir  l'enquête  du  2  janvier  1215  :  «  comitissa  Blanca 
quœ  sepulta  est  apud  Montem  Majorera  dédit  monasterio  illi  onmejusquod 
ipsa  habebat  in  tota  villa  et  territorio  de  Lagozes...»  (Biblioth.  Méjanes 
ms.  812  :  recueil  Bbuquier,  t.  I,  pp.  145-146;  Catal.des  mss.  Départements, 
t.XVI,  Aix,  1894  ms.  915).  Parun  mandement  de  Benoît  VIII,  du  l^^" sept.  1010, 
on  sait  que  Alix  a  porté  le  surnom  de  Blanche  :  «  Omni  etiam  reverentia  et 
veneratione  dignissimœ  domnse  Adeleidi  comitissœ  cognomento  Blanchaj 
nuruique  ejus  domnœ  Gerbergse  comitissa^.  y)(ï{uïii,  Dissertations,  1712,  p.  19; 
cf.  Duchesne,//is^  Franc.  Script.,  t.  IV,  pp.   169-171  ;  Jafîé,  2^  éd.,  n»  4013). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  275 

A  partir  de  10  J  9,  les  noms  de  Guillaume  V  et  de  Foulques  ne 
paraissent  plus  :  quant  à  Geoffroy,  on  le  rencontre  jusqu'en  1060. 
Chose  singulière,  il  n'est  pas  seul  cependant:  Bertrand,  comme  lui 
comte  de  Provence,  se  trouve  joint  à  lui  à  dater  de  1030  et  ce  Ber- 
trand est  déclaré  son  frère.  Tous  deux  sont  petits-fils  du  premier 
marquis  Guillaume:  un  acte  de  Montmajourle  dit e:x'pressément. 
La  nécessité  veut  donc  que  Bertrand  soit,  comme  Geoffroy,  fils  du 
comte  Guillaume  IV,  mort  en  1018.  Mais  il  faut  expliquer  com- 
ment il  se  fait  que,  du  vivant  de  son  père,  il  ne  paraît  jamais. 
Puisqu'il  ne  paraît  jamais  avant  1030,  ce  n'est  pas  un  quatrième 
enfant  de  ce  comte  mort  en  1018.  On  a  dit  que  deux  des  fils  de 
Guillaume  IV  cessent  précisément  de  paraître  après  1019  :  ce 
sont  Guillaume  V  et  Foulques.  Il  faut  donc  que  Bertrand,  sur- 
gissant après  leur  disparition,  soit  à  identifier  avec  l'un  d'eux.  Les 
probabilités  sont  pour  quïl  faille  l'identifier  avec  Foulques  de 
préférence.  En  effet,  si  l'un  des  deux  frères  connus  jusqu'en  1019 
change  de  nom,  ce  ne  doit  pas  être  l'aîné,  porteur  du  nom  héré- 
ditaire illustré  par  le  premier  marquis.  Ces  probabilités  se 
changent  en  certitude  à  la  lecture  de  l'acte  de  1019,  tiré  des 
archives  de  Sain t-André-lès- Avignon.  Cet  acte  n'indique  pas  que 
Guillaume  IV  ait  eu  quatre  fils  :  Guillaume,  Foulques,  Bertrand 
et  Geoffroy,  ce  qui  serait  contraire  aux  constatations  tirées  des 
actes  de  1018.  Il  montre  simplement  que  le  second,  des  trois  fils 
énumérés  par  les  actes  de  1018,  est  en  train  de  changer  de  nom  :  il 
porte  à  la  fois  celui  de  Foulques,  sous  lequel  il  était  jusqu'alors 
connu,  et  celui  de  Bertrand  qu'il  préférera  désormais. 

Si  cet  exemple  d'un  enfant,  ayant  successivement  deux  noms, 
était  unique,  il  surprendrait.  Mais  ce  fait  est  fréquent  jusqu'au 
XII®  siècle.  Dès  sa  naissance,  l'enfant  était  nommé  |)ar  ses  parents, 
et,  surtout  s'il  était  l'aîné,  son  nom  lui  venait  généralement  du 
côté  paternel  :  ce  nom  était,  à  partir  du  xi*' siècle,  prévu  pour  ainsi 
dire  d'avance  par  la  coutume  établie,  dans  les  familles  princières. 
C'est  ainsi  que,  depuis  le  vainqueur  des  Sarrasins,  l'aîné  à 
chaque  génération,  chez  les  comtes  de  Provence,  s'appellait  Guil- 
laume.   Cela   dura  jusqu'à   l'extinction  de  la  Maison.  Chez    les 


276  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII^    SIÈCLE 

comtes  d'Albon,  ce  n'était  pas  seulement  l'aîné,  mais  les  deux 
premiers,  dont  le  nom  était  coutumier:  l'aîné  recevait  le  nom  de 
Guigues,  le  second  celui  de  Humbert.  Une  tradition  analogue  exis- 
tait dans  la  plupart  des  familles  baronales.  Les  sires  de  Mévouillon 
tenaient  tellement  à  leur  coutume  particulière,  qui  était,  dès  le 
XII*'  siècle,  de  s'appeler  Raymond,  que,  par  précaution  et  pour 
prévenir  le  cas  où,  l'aîné  venant  à  mourir  sans  enfants,  leur  terre 
passerait  au  puîné,  les  deuxpremiers  enfants  mâles,  k  chaque  géné- 
ration, recevaient  toujours  le  nom  héréditaire  :  le  second  pouvait 
ainsi  à  l'occasion  remplacer  l'aîné,  sahs  changer  le  nom  du  maître 
de  la  terre  i,  et  il  en  fut  ainsi  pendant  tout  le  xiii^  siècle,  c'est-à- 
dire  pendant  quatre  générations,  jusqu'à  l'extinction  de  la  famille. 
De  même  les  sires  de  Castellane  avaient  deux  Boniface  à  chaque 
génération  :  on  se  rend  compte  que  le  second  était  de  rechange. 
Ces  exemples  sont  pris  en  Provence  et  en  Dauphiné  :  en  Langue- 
doc, il  en  était  de  même.  Tout  le  monde  sait  que  les  ducs  de 
Guyenne  avaient  pris  l'habitude  de  s'appeler  Guillaume  :  à  l'une 
de  leurs  générations,  les  deux  aînés  s'étant  succédé  et  étant  morts 
sans  enfants,  le  troisième,  déjà  possesseur  des  deux  noms  Guy  et 
Geoffroy,  n'hésita  pas  un  instant  à  en  prendre  un  troisième, 
c'est-à-dire  à  relever  le  nom  coutumier  de  Guillaume,  quand  il 
devint  duc. 

Tandis  que  l'aîné  tirait  ainsi  son  nom,  selon  la  coutume,  de  la 
ligne  paternelle,  la  ligne  maternelle  se  dédommageait  en  fournis- 
sant fréquemment  celui  des  cadets. 

En  outre,  il  arrivait  quelquefois  que  l'enfant,  ainsi  nommé  à 
sa  naissance,  recevait  un  surnom,  co(/nomentum,  c'est-à-dire  un 

1.  Avignon,  28  juin  1263.  Testament  de  Raymond  l'aîné,  baron  de 
Mévouillon  :  «  Item,  volo  et  precipio...  quod  semper  sit  unicus  hères  uni- 
versalis  in  terra  mea,  licet  forte  sint  plures  liberi.  Et  ille  hères  universalis 
vocetur  Raymundus  ex  quo  erit  hères,  licet  ante  aliud  nomen  haberet  et 
ille  hères  teneatur  providere  aliis  liberis  utriusque  sexus.  ,  .  »  (Arch.  de 
risèrc,  R.  3642,  cahier  de  parchemin,  f°  o  r°).  Ce  testament  est  libellé 
comme  un  véritable  statut  de  famille  :  si  les  deux  premiers  enfants 
n'avaient  pas  suffi,  le  troisième  aurait  donc  eu  l'oblig-ation  de  quitter  son 
nom  de  naissance  ou  de  baptême  pour  prendre  celui  de  Raymond  en 
héritant  de  la  baronnie. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  277 

second  nom,  àToccasion  de  son  baptême;  en  effet,  le  baptême  est 
considéré  par  TÉglise  comme  mie  renaissance  ^ .  Une  certaine  quan- 
tité d'exemples  du  xi®  siècle  prouvent  que  généralement,  quand 
le  nom  de  naissance  vient  du  côté  paternel  pour  l'aîné,  par 
contre  le  surnom  de  baptême  vient  du  côté  maternel,  par  l'in- 
termédiaire du  parrain  et  de  la  marraine.  Gomme  un  chrétien  fait 
du  baptême  le  principal,  c'est  le  surnom  de  baptême  qui,  une 
fois  reçu,  devient  pour  chacun  peu  à  peu  d'un  usage  plus  fréquent 
que  le  nom  de  naissance.  En  iait,  quand  ce  surnom  ne  remplace 
pas  tout  à  fait  le  nom,  du  moins  il  prédomine  et,  dès  lors,  il  n'est 
plus  possible  de  dire  que  la  personne  dont  il  s'agit  a  un  nom  de 
naissance  et  un  surnom  de  baptême,  mais  bien  un  nom  de  bap- 
tême et  un  prénom  de  naissance.  Les  textes  donnent  l'épithète  de 
co(/nomentum,  non  pas  au  plus  récent,  mais  à  celui  des  deux  qui, 
présentement,  est  le  moins  employé  des  deux.  Ce  n'est  pas  le 
lieu  de  produire  ici  les  exemples  nombreux  de  surnoms  de  bap- 
tême dont  les  exemples  peuvent  s'emprunter  aux  maisons  prin- 
cières  depuis  le  x^  jusqu'au  xii^  siècle.  Leur  connaissance  fait 
comprendre  comment  Foulques,  fils  puîné  du  comte  Guillaume  IV 
et  deGerberge,  peut  ne  plus  être  connu  à  partir  de  1019  que 
sous  le  surnom  de  Bertrand.  Auxi®  siècle,  la  chose  était  fréquente: 
elle  cessera  de  l'être  au  xii'^  siècle  quand  on  prendra  l'habitude  de 
célébrer  le  baptême  aussitôt  après  la  naissance.  Les  noms  de  nais- 
sance disparaîtront  alors  par  le  fait,  ou  plutôt  ils  se  confondront 
désormais  avec  les  surnoms  de  baptême  jusqu'alors  éventuels. 
On  reconnaît  un  surnom  de  baptême,  quand  il  est  joint,  dans  le 
même  texte,  au  nom  de  naissance,  à  ce  fait  qu'il  s'énonce 
grammaticalement  au  même  cas  que  lui,  si  le  texte  est  correct  : 
Fulcone  Bertranno^  dit  la  donation  de  1019  faite  à  Saint- André. 
S'il  s'agissait  d'un  surnom  patronymique  rappelant  le  nom  du 
père,  on  aurait  :  Fulcone  Bertranni.  Il  s'agit  donc  de  Foulques- 

1.  7  avril  [907].  «  Notum  sit  omnibus  in  Christo  renatis  quia  ego  Geral- 
dus. . .  »  {Cluny,  n°  95). 

1062  :  ((  recolentes  nos  secunda  generatione  ad  vitam  renatos  perpe- 
tuam. . .  »  [Saint- Victor,  n°  546). 


278  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

Bertrand  et  non  pas  de  Foulques  Bertrand.  En  l'espèce,  Foulques, 
n'étant  pas  l'aîné  de  sa  génération  peut  avoir  reçu  son  nom  de 
naissance  du  côté  maternel  :  on  peut  dire  plus  sûrement  encore 
que  son  surnom  de  baptême  en  vient  aussi.  Cela  ne  suppose 
pas  qu'il  vienne  de  la  mère  elle-même  forcément;  car  Adélaïde,  la 
grand'mère  paternelle,  vivait  encore  au  moment  du  baptême  et, 
en  pareil  cas,  la  mère  s'efface  naturellement  devant  l'aïeule.  Elle 
respecte  le  privilège  de  l'âge.  On  a  dit  que  Foulques  porte  le 
nom  du  père  de  sa  grand'mère  paternelle.  Cette  grand'mère,  en 
premières  noces,  avait  épousé  le  comte  de  Gévaudan  Etienne,  fils 
de  Bertrand  :  elle  en  avait  eu  trois  fils,  dont  un  également  nommé 
Bertrand.  C'est  le  surnom  qu'elle  donna  à  son  petit-fils  à  son 
baptême,  ou  qu'elle  lui  fit  donner  par  le  parrain. 

Ce  fils  puîné  du  comte  Guillaume  IV  est  donc  connu  sous  le 
nom  de  Foulques  en  1018,  sous  ceux  de  Foulques-Bertrand  en 
1019  et  sous  celui  de  Bertrand,  depuis  1030  jusqu'à  la  date  de 
sa  mort  vers  1050  K  Geoffroy,  frère  de  Foulques-Bertrand,  ne 
devait  mourir,  on  le  répète,  que  vers  1060;  quant  à  l'aîné  des 
trois,  Guillaume  V,  il  était  mort  tout  jeune,  peu  après  1019. 

VII 

Foulques-Bertrand  et  Geoffroy,  marquis  de  Provence. 
(Vers  1040- vers  1060) 

Les  deux  frères  restants  paraissent  étroitement  unis  :  l'un  ne 
paraît  guère  sans  l'autre  -.   Ils  se  qualifient,  par  indivis,  comtes 

\.  Bertrand  n'était  pas  le  nom  héréditaire  que  les  Provençaux  étaient 
accoutumés  à  voir  porter  parleurs  comtes.  Aussi,  après  sa  mort,  un  acte  de 
Montmajour  joint  par  habitude  le  nom  de  Guillaume  à  celui  de  Bertrand  : 
«  ego  Guillelmus  et  ego  Gaufredus  comités  et  fratres,  filii  Guillelmi  III 
cognomento  Bertrani  Arelatensis  comitis  et  ante  euin  e  vivis  crepti,  nostrorum 
gravedinem  recolentes...  de  una  medietate  quam  pater  noster  Bertrannus 
dédit...  »  [Chantelou,  éd.  du  Roure,  pp.  190-191).  La  phrase,  qui  attire  l'at- 
tention,   paraît,    d'ailleurs,  interpolée. 

2.  Pour  les  actes  antérieurs  à  la  mort  de  leur  père  et  de  leur  mère,  de 
1013  à  1019,  voir  ci-dessus,  pp.  271,  n.  1;  272,  n.2. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  279 

de  Provence,  à  la  suite  de  leur  père.  Gomme  leur  aïeul,   le    pre- 
mier marquis,  ils  affirment  même  en  1034  qu'ils  sont  princes   de 

1030  :  «  ego  Isoardus...  in  comitatu  Gapicense...  Bertrannus  cornes  fir- 
mavit,  . .  »  [Saint-Victor,  n°  713). 

1030  :  «  ego  Bertrannus  cornes  Provincie...  unum...  mansum  ab  integro 
quem  excoluit  homo  nomine  Rothbaldus  in  villa  Ausonivis,  in  comitatu 
Sisterico...  ego  Bertrannus  cornes...  »  (Saint-Victor,  n°  681). 

La  même  année,  le  marquis  Guillaume  donne  «  unum  mansum  ab  inte- 
gro, quem  excoluit  homo  nomine  Isimbardus,  in  villa  Ausonivis,  in 
comitatu  Sisterico  »  (Ibid.,  n°  682).  Il  résulte  de  là  que  Bertrand  était  co- 
propriétaire avec  le  marquis  d'un  domaine  dans  le  comté  de  Sisteron  : 
mais  les  mas  qui  composaient  ce  domaine  comtal  n'étaient  pas  indivis. 
Chacun  de  ces  mas  était  attribué  soit  à  l'un,  soit  à  l'autre  des  deux  comtes 
copropriétaires  du  domaine. 

Marseille,  samedi  d'août  1031.  «  Ego...  Bertrandus,  miseratione  Dei 
omnipotentis  comes  vel  gubernator  Provintie  regionis,  dono  duos  mansos... 
propter  malum  quod  ego  feci  cum  meo  hoste...  juxta  Marignane.  Idcirco 
consuluimeos  fidèles  quid  facere  debuimus...  et  dederunt  michi  consilium, 
ex  parte  meliori,  ut...  secundum  consilium  eorum,  diffînitvim  est  ut...  est 
unus  mansus  in  villa  Petra  Foco...  est  alius...  in  villa  Foro  Calcherio...  in 
comitatu  Tolonense...  Bertrannus  comes...  Feraldus  episcopus  testis... 
Raimbaldus  archiepiscopus  testis. .  ,   »  (Saint-Victor,  n°  455). 

[1018-1032]  :  <c  Rodulfus  rex  Alamandorum...  omnibus  fidelibus...  cunctis 
civilibus  Aralatensis  audientibus,  ducibus,  viscommitibus,  scavinos,  judices 
et  vicarios...  vir  venerabilis  Jausfredus  commis  Aralate,  volente  et  con- 
senciente  fratre  suo  Bertrammo...  totam  partem  commitalem  que  ad  com- 
mitem  aut  ad  fiscocommitale  vel  regale...  de...  Madalgas. ..  »  [Saint- Victor, 
n'^  1061).  Mazaugues,  du  diocèse  d'Aix,  aux  limites  de  Marseille  et  Toulon. 

[1018-1032]  :  «  ego  Bertrannus  comes...  in  comitatu  Sisterico,  in  Castro 
Furnocalcario...  Signum  Bertrannus  comes...  Signum  Beringarius  vice 
comes.  Signum  vescoFrodo.  Signum  Amiens.  .  .  »  [Saint- Victor,  n°  666). 

1034  :  «  ego  Bertrannus  comes  et  princeps  totius  Provinciœ  do  quartam 
partem  villœ...  Gaisela...  ecclesiœ  S.  Perpétuée  »  (Bibl.  nat.,  ms.  lat.  13915, 
f"  363  r°). 

1034  :  <(  ego  Josfredus  et  ego  Bertrannus  comités  ac  principes  tocius  Pro- 
vincie... in  comitatu  Aquense...  Gaufredus  firmavit.  Bertrannus  firmavit. 
Raiambaldus  archiepiscopus  firmavit...  »  [Saint-Victor,  n»  333). 

12  avril  [1033-1036],  règne  du  Christ  :«  ego  Bertrannus  comes...  in  comi- 
tatu Avenionense,  in  territorio  castri...  Tarascone,..  consentiente  tamen 
episcopo  Senioreto  de  Avinione  etcanonicis  et  judice  Berengario...  Signum 
Bertranni  cômitis.  Gaufredus  comes  voluit  et  consensit  »  (Chantelou, 
pp.  137-138). 

Sarrians,  jeudi  [19  mai  1037]  :  h  nos  duo  fratres  comités  Provincie 
Gausfredus  atque  Bertrannus  quandam  terram  aliquando  sancti  Maioli 
hereditatem  actenus  vero  possessam  a  nostris  antecessoribus,  Diliadam  et 


280  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®   SIÈCLE 

toute  la  Provence.  Mais,  tant  que  vécut  leur  oncle  au  5®  degré, 
Guillaume  fils    de    Roubaud,    on  ne  trouve  aucun  acte    où   ils 

septem  Fontes...  Actum  pubblice  apud  Serrianum  villam  feria  V.  Ascen- 
sionis  Domini  régnante  Chonone  imperatore  anno  X  regni  sui...  Testes 
Raymbaldus  archiepiscopus,  Feraldus  episcopus,  Petrus  episcopus,  Petrus 
episcopus  Sextericensis,  Franco  episcopus...  »  {Cluny,  n°  2916).  L'éditeur 
date  à  tort  cet  acte  du  26  mai  :  le  scribe  des  deux  comtes  de  Provence  ne 
dit  pas:  «  feria  VpostAscensionein»,  mais  bien  ((  feriaV  Ascencionis.»  Quant 
au  marquis  Guillaume,  il  se  trouvait  aussi  à  ce  plaid  général  comme  ses 
deux  cousins,  car  on  le  trouve  à  20  kilomètres  de  là,  à  Piolenc,  en  dessus 
d'Orange,  faisant  la  même  donation  qu'eux  cette  même  année.  C'est  d'ail- 
leurs l'avis  de  l'éditeur  (C/Mmy,  n"  2917).  Ces  deux  donations  prouvent  que 
le  domaine  des  trois  princes  était  indivis  dans  le  comté  de  Riez. 

1037:  «  régnante  Cono  imperatore,  ego  Guidbertus...  in  comitatu  Tho- 
lonensi...  Josfredus  comes  firmavit...  »  {Saint- Victor^  n°  380). 

1037  :  «...  Bertrannus  comes...  cedo...  in  regno  Provincia?,  in  pago  Sis- 
tergico...  Manuasca,  seu  Podium  Bosoni...  Signum  Bertranni  comitis... 
Josfredus  comes  frater  ejus  voluit  et  firmavit...  »  (Chantelou,  p.  134\ 

1038  :«  régnante  Cona  imperatore,  ego  Josfredus  comes  Provintie...dono... 
fideli  meo  Fulchoni  vicecomiti  Massilie  et  uxori  sue  Odile  aliquid  de  alode 
meo...  in  comitatu  Tolonense...  Ego  Josfredus  comes  Provintie. ..  »  [Saint- 
Victor,  n«  447). 

1038  :  ((  ego  Bertrannus  comes  Provincie...  firmavi...  »  {Saint-Victor, 
n°  448).  Confirmation  de  la  donation  de  son  frère. 

16  janvier  1040  :  «  ego...  Jodfredus  et  frater  meus  Bertrannus  comités  Pro- 
ventie...  in  comitatu  Arelatense...  Tripontio...  Signum  Godfredi  et  Bertranni 
comités...  Roborata  hec  carta  octabis  sancti  Laurentii,  in  manu  archiepis- 
copidomni  Raimbaldi-...  »  {Saint- Victor,  n°  172). 

27  janvier  1040.  «...  Nos...  Abamari...  in  comitatu  Arelalensi...  Ego  Josfre- 
dus comes  et  uxor  mea  donamus  et  firmamus  donationem  terrarum  juday- 
carum...  >■>  {Sainte Victor,   n°  179). 

Mercredi  23  avril  1040,  règne  du  Christ  :  «  ego  Bertrannus  comes...  in 
regno  Provincial...  in  comitatu  Avenionense  in  castro  Tarascone...  in  comi- 
tatu Arausico...  in  comitatu  Cavellico...  in  comitatu  Aqueuse...  in  comitatu 
Tolonense...  Bertrannus  comes...  libentissime  dédit...  Eldejarda  Eveza 
uxor  ejus  firmavit.  Josfredus  comes  firmavit...    »  (Chantelou,  pp.   136-137), 

Marseille,  mercredi  15  octobre  1040  :  «...  assensum  prebentibus  princi- 
pibus  Gausfredo  et  Bertranno,  cum  totius  Provintie  nobilibus...  »  {Saint- 
Victor,  n"  14).  Il  s'agit  de  l'église  de  Saint- Victor  de  Marseille. 

Montmajour,  1040:  «  ego  Bertrandus  comes...  in  comitate  Avenionense... 
accepi  precium  solidatas  octoginta...  accepi  pretium  solidatas  octoginta... 
Signum  Bertrannus  comes...  Josfredus  comes...  Berangarius  comes  {sic)...  » 
(Chantelou,  pp.  138). 

Montmajour,  1040  :  a  ego  Gaufredus  comes...  in  comitatu  Avenionense... 
accepi  pretium  solides  centum...  S.  Gaufredus  comes...  Bertrannus  inclytus 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  281 

assument  le  titre  de  marquis.  Après  sa  mort,  survenue  entre  1037 
et  1040,  c'est  différent.    Non  seulement   ils    héritent   de  lui    un 

cornes  firmavit...  Rostagniis  episcopus  Avenionensis  firmavit.  Stephania  comi- 
tissa  firmavit  »  (Chantelou,  pp.  138-139). 

Avignon,  janvier  1041  :  «  egoGaufredus  et  fratermeus  Bertrannus  comités 
AvenionenseSjCLimconsilio  etvoluntatefidelium  nostrorum...  Mairanicas...  » 
(Polycarpe  de  la  Rivière,  Annales,  pp.  626-627);  Columbi,  a  De  rébus  gestis 
epîscoporum   Vasionensiuni  »,  1656,  p.  60.  —  Cnrt.  Saint-André). 

Arles,  mardi  25  mai  1042.  «  Ego  Guido...  in  comitatu  Aquense...  Acta 
publiée  apud  Arelatem,  in  presentia  domni  Raimbaldi  presulis  atque  Jos- 
fredi  marchionis  Provincie  et  ceterorum  nobilium...  Josfredus  cornes  sive 
marchio  Provincie  firmavit  {Saint-Victor,  n"  375). 

Arles,  avril  1043  :  a  ego...  Raiambaldus  archiepiscopus  dono...  aliquid  de 
alode...  ecclesiaî...  in  comitatu  sancte  Arelatensis  a^cclesiaî,  in  castello... 
Salone...  Acta  est...  in  civitate  Arelato,  in  mense  aprilis,  anno  ab  Incarna- 
tione  Domini  millesimo  XLIII,  regnantibus  principibus  in  Galliis  Gauz- 
fredo  et  Bertranno...  »  {Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n»  369). 

Mars  [1040-10i-4],  règne  du  Christ  :  «  ego  Bertrannus  comes^..  in  comi- 
tatu Aquense...  Pertusus...  Bertrannus  comes  f. ...  »  (Chantelou,  pp.  134- 
135).  —  [1040-1044]  :  «  ego  Gaufridus  Dei  ordinatione  comes...  depreca- 
tione  mei  fratris  Bertranni  nostrorumque  nobilium  militum  laudatione... 
Pertusum...  quaî  olim  ab'avo  nostro  Guillelmo  data...  Signum  Gausfredi... 
Bertrannus  comes  frater  ejus  f. .  . .  »  [Ibid,  pp.  135-136). 

Marseille,  samedi  29  juillet  1044  :  «  régnante  Heienrico  rege.  Ego  Gau- 
fredus  marchio  sive  comes  Provintie...  hereditatis  paterne  quedam  con- 
cedo...  interritorio  comitatus  Massiliensis  »  (Saint- Victor,  n»  34). 

[10  iO-1044]  :  «  ego  Rahimbaldus,  gratia  Dei,  pr5sulatus  honore  sublima- 
tus...  donamus...  consentientibus  totius  Provintie  principibus  seu  comiti- 
bus  Josfredo  atque  Bertranno...  Gauzfredus  comes  f.  Bertrannus  frater 
ejus  f »  {Saint-Victor,  n»  151.  —  Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n»  363). 

1044.  règne  de  Henri  :  a  ego  Bertrannus,  auctore  Deo,  marchio  sive  comes 
Provincie...  in  comitatu  Sigisterico...  territorio  castelli...  Forcalcherium... 
pro  remedio  anime  mee,  uxoris  ac  fdiorum  et  genitoris  mei  Willelmi 
sive  genitricis  mee...  jure  paterne  hereditatis...  Bertrannus  marchio  sive 
comes...  firmavit,  Raiambaldus  Arelatensis  arciepiscopus  f.  Hismido  Hebre- 
dunensis  archiepiscopus  f.  Petrus  archiepiscopus  Aquensis  f.  Stepha- 
nus  episcopus  Aptensis  f.  Franco  episcopus  Carpentoracensis  f.  Petrus 
episcopus  Vasensis  f.  Udulricus  Tricastrensis  episcopus  f,  »  {Saint-Victor, 
no  659). 

8  décembre  1045  :«. . .  de  convenientia  terra rum...Judeorum...  Gosfredus 
comes  Provincie...  »  {Saint- Victor,  n°  194). 

1045:  «...  Guillelmus  vicecomes  Massiliensis...  in  territorio  Massiliensi... 
Ego  Gauzfredus  marchio  sive  comes  Provincie...  firme...  »  {Saint-Victor  ; 
n»  24). 

1048.  «  Ego  Gosfredus  et  Bertrannus  frater  meus,   utrique   Provinciales 


282  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU  XII*'    SIÈCLE 

quart  indivis  de  la  Provence  qu'ils  joignent  à  leur  moitié,  mais 
la  branche  qu'ils  représentent  recueille  le  marquisat. 

Par  une  innovation  jusqu'alors  sans  exemple,  les  deux  frères 
prennent  ensemble  le  titre  de  marquis.  Les  actes  de  1042,  de 
1044,  de  1048  et  de  1050  en  donnent  la  preuve.  Un  autre  fait  est 
àsignaler:  les  actes  antérieurs  à  la  mort  de  leurpère  paraissaient 
prouver  que  Foulques-Bertrand  était  l'aîné  de  Geoffroy.  Par 
contre,  les  actes  postérieurs  à  cette  mort  indiquent  que  Geoffroy 
aie  premier  rang".  H  y  a  là,  en  somme,  une  répétition  de  ce  qui 
s'était  produit  deux  générations  auparavant.  Des  deux  fils  du 
comte  d'Arles  Boson,  c'était,  de  son  vivant,  son  fils  Roubaud 
qui  était  cité  comme  Faîne.  Après  la  mort  du  père,  Guillaume,  le 
cadet,  prit  le  premier  rang  au  détriment  de   Roubaud. 

Les  actes,  où  figurent  les  deux  comtes  de  Provence  Geoffroy 
et  Bertrand,  concernent  les  comtés  d'Arles,  Marseille,  Aix,  Tou- 
lon, Riez,  Digne,  Embrun,  Gap,  Sisteron,  Vaison,  Orange? 
Cavaillon  et  Avignon.  Il  est  bien  rare  qu'un  acte  émané  de  l'un 
d'eux  ne  soit  pas  confirmé  par  l'autre  :  évidemment,  la  Provence 
était  encore  indivise  entre  eux.    Ils  n'ont   pas  à  approuver   les 

raarchiones  sive  comités. . .  »  [Saint- Victor,  n°  737).  Il  s^agii  de  Chaudol 
comm.  La  Javie,  au  diocèse  de  Digne. 

Mars  1048:  «...  egoRaiambaldus  Arelatensium  archiepiscopus,  in  presentia 
Jausfredi  comitis  et  Stéphanie  uxori  sue  et  in  presentia  episcoporum... 
Heldebertus  Antibolensis,  Elifantus  Aptensis,  Durantus  Venciensis...  in 
comitatu  Arelatense  »...  [Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n'^  381). 

[1040-1048  ?]  :  «  Vasensis  civitatis  medietas  quam  beatî??  Mariœ...  ecclesia 
ex  antiquo  jure  possederat  et  altéra  medietas  quam  Gaufridus  Provinciœ 
cornes  cum  fratre  suo  Bertramno  per  manum  Pétri...  episcopi  eidem  eccle- 
siœ  tradidit...  »  (Bulle  de  Pascal  II  du  27  avril  1108  ;  Louis-Anselme 
Boyer,  Hist.  de  V église  de  Vaison...  Avignon,  Chave,  1731.  Livre  second, 
pp!^  22-23), 

[Vers  1050]  :  «  ...in  villa  Fligtingnagna  et  alia  villa  ..  Sujuno...  in  manus 
potestates  comités,  id  est  Jofredus  sive  Bertrannus...  et  Bertrannus 
cornes  vel  Jofredus  donaverunt...  Signum  ipsi  comités...  Signum  Baran- 
guerius  vicecomes  et  uxor  sua...  »  (Saint- Victor,  n°  675).  11  s'agit  du 
comté  de  Sisteron. 

1050  :  <(  ego  Bertrannus comes  sive  marcliio  Provinciœ...  in  comitatu  Sis- 
tarico,  in  villa...  Manuasca..  ,  »  (Ruffi,  Dissert.,  p.  64  :  cet  acte  n'est  pas 
dans  le  Cari,  de  Saint- Victor  publié).  Cf.  Cart.  deOellone,  n°  VII. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  283 

actes  concernant  la  mense  archiépiscopale  ou  capitulaire  d'Arles  : 
par  contre,  l'archevêque  d'Arles  ratifie  des  actes  comtaux  relatifs 
à  des  biens  sis  dans  le  comté  d'Arles  ^.  Cet  archevêque  se  sert 
d'ailleurs,  une  fois,  pour  désigner  le  comté  d'Arles,  du  terme  in 
comitalu  sancte  Arelatensis  ecclesie  :  cela  tendrait  à  prouver 
que  le  comté  d'Arles  venait  d'être  inféodé  à  son  église  -.  Par 
contre,  les  comtes  possèdent  toujours  la  garde  des  Juifs  ^.  En  990, 
on  le  sait,  le  premier  marquis  avait  concédé  en  fief  à  l'église  de 
Fréjus  la  moitié  de  la  cité  de  Fréjus  ;  ce  fait  n'est  pas  isolé.  On 
constate  que  l'église  de  Vaison  avait  reçu  une  concession  iden- 
tique. Les  deux  comtes  actuels  allèrent  plus  loin  :  ils  abandon- 
nèrent à  l'évêque  de  Vaison  l'autre  moitié  de  sa  cité.  L'évolu- 
tion qui  pousse  les  comtes  hors  des  cités  arrive  alors  à  son  terme. 
Sous  le  premier  marquis,  on  avait  vu  paraître  le  château  de 
Manosque  comme  résidence  comtale  :  maintenant  paraissent  celui 
de  'Forcalquier,  dans  le  même  diocèse  de  Si.steron,  et  celui  de 
Tarascon  dans  le  diocèse  d'Avignon.  Les  actes  comtaux  datés 
d'Arles  deviennent  rares  et  l'archevêque  y  tient  le  premier 
rang  ^.  Deux  actes  de  1040  offrent  beaucoup  d'intérêt  :  Geoffroy 
et  son  frère  Bertrand,  chacun  à  part,  font  la  même  donation  à 
Montmajour  ^.  Au  lieu  de  recevoir  chacun  le  même  prix,  Geof- 
froy reçoit  100  sous  et  Bertrand  la  valeur  de  80  sous  seule- 
ment. Gela  revient  à  dire  que  le  comte  auquel  appartient  tou- 
jours le  premier  rang  reçoit  un  prix  supérieur  d'un  quart  à  celui 
reçu  par  le  comte  sur  lequel  il  a  la  préséance.  Ce  quart,  hors  part, 
représente  une  sorte  de  préciput  qui  égale  le  1  /9  du  prix  global 
dont  chacun  reçoit  les  4/9  pour  sa  part  ordinaire. 

La  femme  de  Foulques-Bertrand,  Hildegarde  «  Eveza  »,  n'est 
connue  que  par  un  seul  acte  de  1040  ^  :  il  en  eut  deux  fils,  Guil- 

\.  Saint-Victor,  n°  172. 

2.  Gall.  noviss.,  Arles,  n°  369. 

3.  Saint-Victor,  n^s  179,  194. 

4.  Saint-Victor,  n"  375. 

o.  Chantelou,  pp.  138,  138-139. 

6.  Ihid.,  pp.  136-137.  Les  dates  ne  permettent  pas    de  l'identifier   avec 
la  fille  de  Ramire,  roi  d'Aragon,  et   d'Ermessinde-Gisberge,   Thérèse   qui 


284  LA    PROVENCE    DU    PREMIER  AU    XII®    SIÈCLE 

laume  Bertrand  et  Geoffroy.  De  son  côté,  Geoffroy  fut  marié  à 
Stéphanie,  surnommée  Douce  qui  paraît  dès  1040  i  et  vivra  encore 
en  1095  -  :  il  en  eut  un  fils,  Bertrand,  et  une  fille,  Gerberge, 
nommée  régulièrement  comme  sa  grand'mère  paternelle. 

Bertrand  eut  donc  un  fils  nommé  Guillaume,  tandis  que  Geof- 
froy donne  au  sien  le  nom  de  Bertrand,  :  ce  fait  confirme  l'opi- 
nion que  Bertrand  est  bien  l'aîné,  quoique  Geoffroy  ait  la  pré- 
séance. Guillaume,  en  effet,  était  le  nom  héréditaire. 

Du  temps  de  ces  deux  comtes  de  Provence,  certaines  chartes 
de  donation  à  l'abbaye  de  Cluny  et  à  celle  de  Saint- Victor  sont 
faites  pour  attirer  l'attention. 

1^  Le  mercredi  22  mai  1023,  veille  de  l'Ascension,  sous  le 
règne  de  Rodolphe  ou  Rouph,  se  trouvent  réunis  à  Saint-Privat, 
dans  le  terroir  du  château  de  Sarrians,  un  concile  d'évêques  et  une 
assemblée  de  princes  —  seigneurs  et  dames  —  de  Provence.  Les 
évêques  de  Gap  et  de  Sisteron  sont,  entre  autres,  présents  ^. 

2^  Le  jeudi  19  mai  1037,  jour  même  de  l'Ascension,  sous  le 
règne  de  Conrad,  ou  Gonon,  se  trouvent  encore  à  Sarrians  des  pré- 
lats et  des  seigneurs  dont  Fun  est  acconipagné  de  sa  femme.  On 
remarque  à  cette  assemblée  le  primat  d'Arles,  les  évêques  de  Gap, 
Sisteron,  Vaison  et  Garpentras.  Tous  ces  personnages  entourent  le 
marquis  et  les  deux  comtes  de  Provence  réunis  '*. 

aurait  épousé  un  comte  de  Provence  (J.  Pistori,  Hispanise  illustratse... 
Franconofurti,  1606,  t.  3,  pp.  623-624).  En  effet,  Ramire  épousa  Ermes- 
sinde  le  22  août  1036. 

1.  Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n°  381.  La  souscription  de  la  comtesse 
à  l'acte  de  1040  (Chantelou,  pp.  138-139)  paraît  être  postérieure,  mais  son 
mari  était  marié  dès  le  27  janvier  1040  [Saint- Victor,  n°  179). 

2.  11  septembre  1095  :  «  Stephania  cog-nomento  Dulcis  »  [Saint- Victor, 
no220). 

3.  Saint-Privat,  22  mai  1023.  «  Facta  est  autem  hec  carta  anno  ab  incar- 
natione  Domini  millesimo  XXIII,  indictione  VI,  feria  IIII,  ante  Domini 
Ascensa,  in  concilio  quod  fuit  apud  Sanctum  Privatum  in  territorio  Sar- 
rianis  castri  ubi  fuit  diversorum  episcoporum  cseterorumque  nobilium 
utriusque  sexus  religiosa  congregatio  régnante  piissimo  rege  Rodulfo  » 
[Cluny,  n»  2779). 

4.  Sarrians,  19  mai  1037.  «  Actum  publiée  apud  Serrianum  villam,  feria 
V  Ascensionis  Domini  régnante  Chonone  imperatore  anno  X  regni  sui  « 
{Cluny,  n»  2916). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  285 

3*^  En  l'année  1044,  sous  le  règne  de  Henri,  se  tient  un  con- 
cile où  figurent  le  primat  d'Arles,  les  archevêques  d'Embrun  et 
d'Aix,  les  évêques  d'Apt,  Garpentras,  Vaison  et  Saint-Paul.  Ces 
évêques  souscrivent  une  donation  du  marquis  Bertrand  ' . 

4**  Une  vingtaine  d'années  plus  tard,  cette  dernière  donation 
est  approuvée  dans  un  nouveau  concile  et  une  nouvelle  assemblée 
où  se  trouvait  réunis  les  évêques,  les  vicomtes,  les  seigneurs 
de  Provence,  c'est-k-dire  tous  les  vassaux  directs,  ecclésiastiques 
ou  laïcs,  des  marquis  et  comtes  du  pays  :  ce  concile  se  réunit  à 
Barbara,  dans  le  terroir  de  Gourthézon,  vers  1064  -. 

1.   1044  [Saint-Victor,  n"  659).    Cette   donation    offre  de  l'intérêt  à  un 
point  de  vue  spécial.  Le  marquis  donateur  déclare  que  tout   contrevenant 
doit  encourir    «    legem  sacrilegi,  id  est  DCLXX  solidos  et  eversores  pacis 
incurrat,  idestut  exiliumsubeat  ».  Le  droit  romain  punissaitles  vols  sacri- 
lèges, commis  la  nuit,  de  l'exposition  aux  bêtes  et  ceux  commis  le  jour  de 
la  déportation  pour  les    honeatiores,  des   mines  pour  les  humiliores  [Jus- 
tiniani  codicis,  lib.    IX,  tit.  XXIX,  1.  1,2,  3,  4;  Digestorum,  lib.  XLVIII, 
tit.  XIII;  Pauli  sententiarum,  lib.  V,  tit.  XXI  :  De  sacrilegis,  ce  dernier  sur- 
tout). La  lex  romana  Wisigothorum,  ne  contenant  pas  de  peine  pécuniaire 
applicable  aux  sacrilèges,  sur  la  demande  des  évêques  de  la  première  Narbon- 
naise,  le  pape  Jean  VIII,  au  concile  de  Troyes,  après  avoir  compulsé  les  lois 
impériales,  en  trouva  une  de  Justinien  qui,  outre  l'exil,  condamnait  à   une 
composition    de    5  livres  d'or  et,  d'autre  part,  un   capitulaire  de   Charle- 
magne  qui  punissait,  d'une  composition  de  600  sous,  tout  dommage  apporté  • 
aux  immunistes.  Cette  loi  de  Justinien  n'est  pas  connue,  mais  le  Capitulaire 
en  question  est  la  Capitulare  legihus  additum  de  803,  §  2.  Le  pape,  se    fon- 
dant sur  l'autorité  de  Justinien,  mais  modérant  la  composition, ordonna  de 
s'en  tenir  au  chiffre  établi  par  Charlemagne  et  de  joindre  à  la  Lex  Romana 
Wisigothoriini  cette  disposition  du  capitulaire  carolingien  (Troyes,  août  878  : 
Jaffé,  2«  éd.,  n°  3180).  Cette  décrétale  passa  dans  Ives  de  Chartres  et  dans 
Gratien.  Ici  le  marquis,  conformément  à  l'esprit  du  droit    romain^  spécifie 
bien  la  peine  de  l'exil  et  une  réparation  pécuniaire.  Cependant  cette  compo- 
sition, au  lieu  d'être  fixée  à  600  sous,  l'està  670,  c'est-à-dire  qu'il  l'augmente 
de  70  sous.  Peut-être  convient-il  de  lire  560  sous  au  lieu  670  :  dans  ce  cas, 
cette  somme  pourrait  se  décomposer  en  600  de  composition  et  60  sous   de 
ban  que  le  marquis   abandonne  éventuellement.    Mais  c'est   peu   probable, 
car,  dans  un  autre  acte  du  25  octobre  1055,  on  lit  encore  un  autre  chiffre  : 
«  propter  sacrilegium  quod  comiserat,   emendare    deberet    DCG  solidos  » 
(Saint-Victor,  n°   739).    Sans  doute    faut-il    tenir    compte    des    différences 
successives  de  valeur  des  monnaies  :  en  raison  de  la  baisse  de  l'aloi  ou  du 
poids,  les  700  sous  de  1055 équivaudraient  aux 670  de  1044  etaux  600de  803. 
2.  [14   février  1063/4-1^1"  mai  1065].  «  Acta  puplice  in  concilio   apud  Bar- 
bararas  »  [Saint-Victor,  n°  659). 


286  LA    PROVElNCE    du    premier    au    XI l^     SIÈCLE 

Sous  le  principat  du  vainqueur  des  Sarrasins,  on  a  noté  des 
assemblées  tenues  à  Manosque  aux  fêtes  de  Noël  ;  le  marquis  se 
rendait  ensuite  à  Arles  pour  Pâques  avec  les  juges  de  Provence. 
Maintenant,  auxi®  siècle, la  coutume  existe  donc,  en  Provence,  de 
tenir  chaque  année  pendant  la  semaine  de  l'Ascension  un  con- 
cile des  trois  provinces,  sous  la  présidence  du  primat,  et  une 
assemblée  générale  des  grands  vassaux  sous  la  présidence  du 
marquis  et  des  comtes.  C'est  une  cour  plénière  annuelle. 

Elle  ne  se  tient  pas  dans  une  cité,  mais  en  plein  champ,  près 
d'une  chapelle  ou  d'un  village.  De  plus,  le  lieu  de  réunion,  en 
fait,  est  toujours  le  même.  Quoique  séparés  par  l'Ouvèze 
qui  descend  sur  Bédarrides  pour  se  jeter  dans  la  Sorgue,les  loca- 
lités de  Gourthézon  et  Sarrians,  toutes  deux  en  Vaucluse,  ne 
sont  distantes  que  de  huit  kilomètres.  L'Ouvèze  est  à  mi-chemin: 
Barbara  sur  sa  rive  droite  ^  et  Saint-Privat  sursa  rive  gauche  '^  se 
touchent,  pour  ainsi  dire.  Barbara  est  dans  le  diocèse  d'Avignon, 
Saint-Privat  dans  celui  d'Orange,  à  quatre  ou  cinq  kilomètres  des 
lieux  dits  «  les  Confines  »  et  «  le  Pont  des  Trois-Evêchés  »,  où  se 
joignent  les  diocèses  d'Avignon,  d'Orange  et  de  Carpentras. 

Ce  n'est  pas  seulement  à  cause  de  la  commodité  de  ce  pays  de 
plaine  et  de  sa  situation  centrale  que  ce  lieu  de  réunion  était 
choisi  volontiers  pour  la  tenue  des  cours  plénières  annuelles  de 
de  la  Provence.  Sarrians  était  le  domaine  que  le  premier  marquis 
Guillaume,  vainqueur  des  Sarrasins,  avait,  avant  de  mourir, 
donné  à  saint  Mayeul  pour  le  salut  de  son  âme,  prescrivant  d'y 
élever  une  église  et  de  la  dédier  à  Dieu,  en  mémoire  de  la  très 
victorieuse  croix  du  Seigneur,  à  la  Vierge  sa  mère,  aux   saints 

1 .  Le  nom  de  Barbara  ne  se  trouve  pas  indiqué  sur  la  carte  du  Service 
vicinal  :  il  s'est  perpétué  dans  la  chapelle  Saint-Laurent  de  Barbara 
dépendant  de  la  paroisse  de  Gourthézon  et  par  conséquent  du  diocèse 
d'Avignon,  à  une  demi-lieue  de  Bédarrides.  Lors  de  la  visite  pastorale  de 
1707-1708,  c'était  le  fermier  delà  Coucourde  qui  en  avait  la  clef  (Bibl. 
d'Avignon,  ms.  2392,  ff.  20-23).  La  Coucourde  esta  moins  de  2  kilomètres 
de  Saint-Privat. 

2.  Saint-Privat,  comm.  de  Sarrians,  près  de  l'Ouvèze,  sur  la  limite  de 
la  commune,  à  l'ouest  du  château  Tourreau. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  287 

apôtres  Pierre  et  Paul,  au  bienheureux  Marcel  pape  et  martyr,  au 
bienheureux  Saturnin,  martyr  illustre,  et  généralement  à  tous  les 
Saints  ^  Ce  n'est  évidemment  pas  à  Sarrians  que  la  rencontre  de 
Guillaume  avec  les  Sarrasins  revenant  du  Valais  au  Freinet, 
avait  pu  avoir  lieu  en  983.  Cette  dédicace  à  la  croix  divine  qui 
donne  la  victoire  était  certainement,  dans  la  pensée  du  prince 
mourant,  un  souvenir  de  reconnaissance  en  même  temps  qu'un 
espoir  de  salut.  11  voulut  être  enterré  là  où  s'élevait  l'église 
offerte  par  lui.  Quant  au  choix  du  titre  de  cette  église,  on  sait 
que  partout  où  trois  diocèses  se  joignaient,  on  plaçait  ancienne- 
ment une  église  dédiée  à  saint  Christophe,  qui  porta  le  Christ, 
c'est-à-dire  du  saint  qui,  par  son  nom,  personnifiait  la  croix 
elle-même,  parce  que  la  croix  doit  marquer  les  limites  d'un  ter- 
ritoire consacré  à  Dieu  -.  De  même,  on  dédiait  à  saint  Michel  les 
églises  placées  sur  les  hauteurs  ;  quelquefois  à  saint  Barthélémy 
celles  placées  dans  une  île  ou  un  bas-fond.  Au  xi*'  siècle,  on  pré- 
férait dédier  l'église  des  confins,  non  plus  à  un  saint,  mais  à  la 
croix  elle-mêmje.  Guillaume,  voulant  reposer  dans  une  église  pla- 
cée sous  le  patronage  de  la  croix  victorieuse,  devait  donc  choisir 
de  préférence  une  localité  placée  aux  confins  de  trois  diocèses  : 
il  choisit  Sarrians  comme  étant  la  localité,  la  plus  rapprochée 
d'Avignon  où  il  se  trouvait,  répondant  aux  conditions  voulues. 
Cette  église  s'éleva  lentement  :  le  marquis  étant  mort  en  993, 
elle  ne  fut  dédiée  que  quarante  ou  cinquante  ans  plus  tard,  du 

1.  [1033-1054]  :  «  in  villa  que  vocatur  Sarrianisquam  Willelmus  quondam 
dux  Provintise  et  pater  patrie  sanctorum  apostolorum  Pétri  et  Pauli  et 
monasterio  Cluniensi  et  loco  in  quo  se  sepeliri  rogavit  et  beato  Majolo 
adhuc  in  carne  vivente  et  vivens  delegavit  et  moriens  donando  attribuit 
œcclesiam  construere  studuit  et  eam  consecrare  et  dedicare  rogavit  a 
domno  et  venerabili  Regimbaldo  Arelatensium  archyepiscopo  ad  honorem 
Dei  et  memoriam  dominice  et  victoriosissime  crucis  ac  Domini  genitricis 
et  sanctorum  apostolorum  Pétri  et  Pauli  et  beati  Marcelli  pape  et  marti- 
ris  et  beati  Saturnini  martiris  incliti  et  omnium  sanctorum  »  {Cluny, 
n^  2866).  Cette  charte  date  du  jour  de  la  consécration  de  l'église  :  elle  est 
peut-être  du  19  mai  1037,  jeudi  de  l'Ascension,  comme  le  n°  2916. 

2.  G.  de  Manteyer,  Les  origines  de  la  Maison  de  Savoie,  la  paix  en  Vien- 
nois. Grenoble,  Descotes,  1904,  p.  32,  n.  2.  (Extrait  du  Bull,  de  la  Soc.de 
statistique  de  Vlsère,  4"  série,  t.  VII,  p.  118.) 


288  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII^    SIÈCLE 

temps  de  ses  petit s-fîls  Foulques-Bertrand  et  Geoffroy,  par  l'ar- 
chevêque d'Arles  Raimbaud.  Rien  de  plus  naturel  que  le  fait  de 
tenir  les  cours  plénières  annuelles  dans  le  voisinage  du  lieu  où 
reposait,  suivant  sa  volonté,  le  héros  de  la  race  et  le  sauveur  de 
la  Provence.  On  n'attendit  pas  pour  cela  que  l'église  fût  achevée-. 
Cette  église  paraît  subsister  en  partie  :  c'est  l'église  paroissiale 
actuelle  de  Sarrians  dédiée  aux  saints  Pierre  et  Paul.  L'absidiole 
du  nord  a  été  agrandie,  puis  la  nef  a  été,  assez  tard,  augmentée 
de  deux  bas  côtés  ;  tout  le  reste  peut  parfaitement  dater  de  la 
dédicace.  C'était  le  plan  crucial  :  la  travée,  surmontée  d'une 
coupole  grossière,  était  accostée  de  deux  collatéraux  en  berceau, 
étroits  mais  débordants  sur  la  nef.  L'abside  et  les  deux  absidioles 
en  cul  de  four  s'ouvraient  sur  la  travée  et  les  collatéraux  par 
l'intermédiaire  d'un  grand  arc  très  large,  formant  berceau,  sous 
lequel  se  trouve  chacun  des  autres.  L'ensemble,  porté  sur  d'épais 
piliers  quadrangidaires,  est  d'un  aspect  très  lourd.  Deux  marches 
élèvent  le  sol  de  la  coupole  sur  les  collatéraux  :  au  pied  de  ces 
marches,  l'une  des  pierres,  dans  le  pavé  du  collatéral  méri- 
dional, porte  les  deux  lettres  suivantes,  paléographiquement 
antérieures  au  xiu''  siècle  : 


PC 


La  nef  est  d'ailleurs  remplie  de  sépultures  modernes. 

Le  concile,  tenu  à  Barbara  vers  1065,  est  le  dernier  exemple 
connu  des  grandes  assemblées  de  Sarrians  :  avant  1067,  les  deux 
frères  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy  étaient  morts  sans  enfants 
mâles;  leur  cousin  Bertrand,  fils  de  Geoffroy,  le  dernier  de  la 
race  des  comtes  de  Provence,  n'était  qu'un  enfant,  sous  la  tutelle 
de  sa  mère.  Il  est  bien  possible  que  la  tradition  des  cours 
plénières  se  soit  perdue  à  ce  moment.  Il  n'y  avait  plus  de  roi,  de 


Le   tlOYAUME   DE    BOURGOGNE-PROVENCE  289 

duc  ni  de  marquis  pour  faire  droite  justice,  constatent  le  pri- 
mat d'Arles  et  les  moines  de  Montmajour  K  Le  pays  de  Pro- 
vence devait  commencer  à  perdre  conscience  de  son  unité,  jadis 
reconstituée  par  le  vainqueur  des  Sarrasins.  Le  chef  manquait  : 
la  justice  faisait  défaut. 

C'est  pendant  la  vie  du  marquis  Guillaume,  fils  de  Roubaud,  et 
de  ses  neveux,  les  comtes  Geoffroy  et  Foulques-Bertrand,  qu'était 
mort,  le  6  septembre  1032,  sans  enfants,  le  dernier  roi  de  Bour- 
gogne.  Malgré  la  désignation,  faite  dès  1027  parce  souverain,  de 
l'empereur  Conon  son  neveu,  comme  héritier  présomptif  du 
royaume  en  l'associant  à  sa  couronne  ^,  malgré  l'envoi  qu'il  lui  fit, 
au  moment  de  sa  mort,  de  sa  couronne  et  de  la  lance  ajourée  de 
saint  Maurice,  les  Provençaux  paraissent  avoir  préféré  recon- 
naître pour  son  successeur  Eudes,  comte  de  Champagne, 
son  autre  neveu  •^.  A  dater  de  l'expédition  de  Conon  à  Lyon 
et  à  Genève  où,  pour  la  seconde  fois,  il  se  fît  couronner  roi 
de  Bourgogne  le  1^^'  août  1034^*,  les  comtes  de  Provence  se 
soumirent,  tardivement  et  plus  ou  moins,  à  sa  royauté  éloignée  ■^. 
Le  plaid  général  de  mai  1037  mentionne  son  règne  et  le  fait  même 

1.  Septembre  1061  :  «  que  et  incuria  majoruin  principum  et  pigritia  suo- 
rum  pastorum...  née  rex,  née  dux  marchiove  est,  ei  porrigens  manum. 
Quapropter  ego  Raiambaldus  arcliiepiscopus...  »  {Gall.  Christ,  noviss., 
Arles,  n°  414;  Chantelou,  pp.    174-175). 

1067  :  a  tune  temporis  non  erat  dux  neque  marchio  qui  rectam  justiciam 
faceret  sed  a  minimo  usque  ad  maximum  laicalis  ordo  quotidianam  injus- 
titiam  exercebat  »  (Chantelou,  p.  179). 

1082  (Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n°  441).  Môme  formule  qu'en  sep- 
tembre 1061  ;  le  même  préambule  était,  paraît-il,  toujours  de  saison. 

2.  1027  :  «  regnoque  Burgundiœimperatori  tradito  ^>  {'Wipon,  GestaChuon- 
radi,^  21). 

3.  Arles,  18  février  [1033]  :  «  anno  primo  quod  Odo  rex  cepit  regnare  » 
{Saint- Victor,  n»  176). 

Arles,  l®»"  mars  [1033]  :  «  anno  primo  quod  Odo  rex  regnare  cepit  » 
{Saint- Victor,  n°  183). 

janvier  [1033/4]  :  «  régnante  Odone  rege  Alamannorum  sive  Provincie, 
annoab  incarna tione  Domini  millesimo  XXXIII  »  [Ibid.,  n»  101). 

janvier  [1033/4]  :  «  régnante  Odone  rege  Alamannorum  sive  Provincie  » 
[Ibid.,  no64). 

4.  1034  (Wipon,  Gesta  Chuonradi,  §  32). 

5.  8  juin  1035:  «  régnante  Cona  imperatore  »  {Saint- Victor,  n*^  556). 
Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes    —  VII.  19 


2  90  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

dater  de  sa  désignation  en  1027.  Gonon  reconnu  vint  bientôt  à 
mourir  le  4  juin  1039.  Près  d'un  an  auparavant,  il  avait  transmis 
le  royaume  de  Bourgogne  à  son  fils  Henri  dans  une  cour  plénière 
tenue  à  Soleure  K  Cependant,  lui  mort,  certaines  chartes  de  Pro- 
vence déclarent  que  le  trône  est  vacant  '  ;  d'autres,  par  habitude, 
continuent  à  mentionner  le  règne  de  Conon,  bien  qu'il  soit  mort  ^. 
Cela  témoigne  d'une  indifférence  assez  grande  :  car  il  était  impos- 
sible que  sa  mort  ne  fût  pas  connue  au  bout  de  quatre  ans.  A  ce 
point,  l'archevêque  d'Arles  ne  craignit  pas  de  déclarer  l'indépen- 
dance de  la  Provence,  vis-à-vis  de  ces  souverains  étrangers  et 
problématiques,  en  disant  que  les  marquis  de  Provence  régnaient 
sur  le  royaume  de  Provence  ^.  Cette  tentative  n'aboutit  pas  : 
à  dater  de  1044,  le  règne  du  germain  Henri  est  mentionné  d'une 
manière  générale  ^. 

Le  marquis  Foulques-Bertrand  étant  mort  entre  1050  et  1054, 


1.  Wipon,  Gesta  Chuonradi,  §  38  et  39. 

2.  Saint-Genis,  21  mars  1040/1  :  «  régnante  nullo  rege  Provincie  atque 
Burgundie  »  {Saint-Victor,  n^  188).  Cet  acte  date  de  1040,  indiction  VIII, 
la  veille  de  Pâques,  le  XII  des  calendes  de  mars;  il  est  précieux  au  point  de 
vue  de  la  chronologie.  Il  prouve  que  l'année  commençait  à  Pâques,  que  l'in- 
diction  ne  changeait  qu'avec  l'année,  que  les  scribes  confondaient  facile- 
ment avec  le  mois  courant  les  calendes  du  suivant.  L'acte  du  18  juillet 
1048  en  offre  un  autre  exemple  {Saint-  Victor,  n°  384). 

3.  24  octobre  1040  :  «  régnante Cona  regem  Alamannorum  »  (/Aie/.,  n°  318). 
—  1043  :  «  régnante  Chono  imperatore  romano  »  {Ibid.,  n°  531). 

4.  Arles,  avril  1043  :  «  ego...  Raiambaldus  archiepiscopus...  regnantibus 
principibusin  Galliis  Gauzfredo  etBertranno  »{Gall.  noviss.,  Arles,  n°  369). 

5.  Gap,  7  avril  1044  :  u  rege  Henrico  régnante  »  (B.-du-Rh.  B.  1373).  — 
Marseille,  29  juillet  1044.  «  régnante  Heienrico  rege»  [Saint-Victor,  n°  34). 
— 1044  :  «  Heienrico  rege  régnante  »  {Saint- Victor,  n°659). 

[1045-1047?]  :  «  in  comitatu  Sisterico...  Facta  donatio  hec  anno  incarna- 
tionis  dominice  millesimo  XLV  indictione  XIII,  epacta  nulla,  régnante 
Anrigo  imperatore  Alamannorum  et  Romanorum  Burgundionumque  atque 
Provincialium  »  [Saint-Victor,  n**  657).  Henri  III  devint  patrice  des  Romains 
et  reçut  la  couronne  impériale  à  Rome,  le  25  décembre  1046  (Gustav  Richter, 
Annalen  der  Deutschen  Geschichte,  IH  abteilung,  erster  band,  1890, 
p.  372).  Si  cet  acte  est  réellement  de  1045,  il  est  certain  que  la  mention 
du  règne  a  été  amplifiée  après  coup;  par  contre,  si  cette  mention  est 
intacte,  les  chiffres  essentiels  de  l'année,  de  l'indiction  et  de  l'épacte 
auront  été  diminués  :  dans  ce  cas,   l'acte  ne  peut  être  antérieur  à  1047. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  291 

probablement  même  avant  le  27  avril  lOol,  son  frère  Geod'roy 
continue  seul  à  se  titrer  marquis.  Stéphanie,  femme  de  celui-ci, 
qui  avait  paru  pour  la  première  fois  le  27  janvier  1040,  figure 
désormais  à  ses  côtés  dans  tous  les  actes  émanés  de  lui 
jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  '.  Le  premier  de  ces  actes  est  passé 
en  lOoi  à  Tarascon,  résidence  comtale  située  entre  Arles  et 
Avignon,  comme  Manosque  et  Forcalquier  Tétaient  sur  la  rive 
droite  de  la  Durance,  en  dehors  des  cités  occupées  par  les  évêques 
et  les  vicomtes.  Dans  l'acte  du  1^^' juillet  1055,  Geoffroy  reçoit 
encore  le  titre  de  comte  de  Provence,  usuel  pour  tous  les  membres 

1.  [Vers  4050]  :  u  ego  Gofredus  cornes  Arelatensis. . .  de  alode  meo. . .  in 
territorio  castri...  Petrafug,  comitissa.  .  .  cum  filio  suo...  fîrmavit.,,  » 
[Saint-Victor,  n°  472).  —  27  et  28  avril  1051  :  «  ego  Raimundus  episcopus. . . 
pro  pâtre  meo...  et  avunculo  meo  domno  Wilelmo  et  seniore  meo  comité... 
in  Castro...  Monasterio. ..  Gofredus  cornes  firmat  »  [Saint- Victor,  n°  606). 
—  Tarascon,  1054.  Le  comte  Geoffroy,  pour  lui,  sa  femme  Stéphanie,  ses 
neveux  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy,  offre  à  Notre-Dame  et  à  Saint- 
Marcellin  d'Embrun  le  mas  de  Pons  Blanc,  en  présence  de  Hugues,  arche- 
vêque d'Embrun,  et  de  Ripert,  évoque  de  Gap  (Fornier,  Ilist.  des  Alpes 
Cottienes,  éd.  Paul  Guillaume,  t.  I,  Gap,  Jouglard,  1890,  pp.  635-636;  cf. 
Bouche,  Hist.  de  Provence,  t.  II,  p.  65). —  l*^""  juillet  1055  :  «  ego  Godfredus, 
comes  Provinciœ  et  uxor  mea  nomine  Stephania  et  fdius  meus  Bertrannus... 
alode  nostro.  . .  in  Tripontio. , .  donatio  facta  est.  .  .  consiliante  et  présente 
Raimbaldoarchiepiscopovolentibusetpresentibusepiscopis  Alfanto  Aptensi 
et  Riperto  Gapincensi  necnon  Rostagno  Avinionensi.  .  .  »  [Saint-Victor, 
n°  153).  —  1057  :  «  ego  Gausfredus  marcliio  sive  comes  Provinciae  et  uxor 
mea  Stefania  et  filius  meus  Bertrannus.  .  .  in  Rubiano,  unam  condaminam 
.  . .  quam  dédit  avus  meus  Wuilelmus  marchio  sive  comes  Provincie  et 
avia  mea  Adalax  comitissa,  .  .  Ugoni. .  .  Blavie. . ,  Ego  vero  Gausfredus  et 
uxor  mea  et  filius  meus. .  .  fîrmavimus. . .  Dominus  archiepiscopus  Raiam- 
ballus  fîrmavit.  Rostagnus  archiepiscopus  Aquensis  f.  Alfantus  episcopus 
Alensis  f.  Rodulfus  episcopus  Cabillonensis  f.  Poncius  episcopus  Glanecen- 

sis  f ))  [Saint-Victor,  n"  184).  —  Arles,  15  février  1059/60  :  «  ego  in  Dei 

nomen  Godfredus  comes  et  uxor  mea  nomine  Stephania  et  filius  meus  Ber- 
trannus concedimus...  in  comitatu  Arelatensi  in  monlibus  qui  conjuncti 
sunt  monasterio.  . ,  in  villa...  Contignaniguis.  .  .  Signum  archiepiscopi 
Raimbaldiet  corroboratio.  .  .  Signum  Gaufredi  comitis.  .  .  Stephania  comi- 
tissa firmat.  Bertrannus  filius  eorum  firmat...  Laugerius- vicecomes.  .  .  » 
(Chantelou,  pp.  171-172  ;  Gall.  noviss.,  Arles,  n»  406).  A  noter  la  corrobo- 
ratio de  l'archevêque  dont  la  souscription  précède  celle  du  comte.  — 
Arles,  1060  [?)  :  «  ego  Gaufridus  comes  et  uxor  mea  Stephania.  .  .  de  here- 
ditate  nostra. . .  ecclesia  Sancti  Andrée  de  Gigondas  seu  de  Ramierain  terri- 


292  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII®    SIÈCLE 

de  la  maison  depuis  runifîcation  opérée  par  le  premier  marquis, 
près  d'un  siècle  auparavant.  Dans  Facte  de  1057,  destiné  préci- 
sément à  confirmer  une  donation  de  son  aïeul  le  premier  marquis, 
Geoffroy  prend  lui-même  ce  titre  de  marquis.  Mais  Iç  rédacteur 
du  texte  de  cet  acte  indique  à  tort  que  la  donation  confirmée  avait 
été  faite  par  le  marquis  Guillaume  du  temps  de  sa  seconde  femme 
Alix,  grand'mère  de  Geoffroy.  Cette  donation  remonte  à  l'époque 
où  Guillaume  était  encore  marié  avec  Arsinde.  Cette  erreur  s'ex- 
plique par  le  fait  que  Guillaume  seul  figurait  dans  le  texte  de  la 
donation.  Sa  femme  Arsinde  s'était  bornée  à  le  souscrire.  Les  der- 
niers textes  qui  mentionnent  le  marquis  Geoffroy  sont  du  1 5  février 
10o9/60  dans  Arles  et  peut-être  de  1060.  Il  était  mort  dès  1063 
et  peut-être  même  dès  février  1061/2  :  il  fut,  comme  son  père 
Guillaume  IV,  inhumé  à  Montmajour,  dans  le  cloître,  à  la  porte 
du  chapitre. 

Hic,  contemplator, 
Conpimctus  mente,  viator; 
Nam,  quod  es  iste  fuit, 
Nunc  rnernot'  esto  sui. 

Si  foret  hoc  justum, 
Quemquam  lugere  tuorum  ; 
Domine,  Josfredum 
Tune  comitem,nimiùm. 

torio  Aurasiensi. . .  Signum  Gaufridi  comitis.  Stephanette  comitisse  »  (Clian- 
telou,  p.  178).  Cf.  Ibid.,  pp.  145-146.  —  Décembre  10[61]  :  «  nos  Petrus  et 
Guiraldus  Pallioli...  cum  consilio...  seniorum  nostrorum  Guillelmi  Ber- 
tranni  etGaufredi  fratris  ejus  comitum...  in  comitatu  Avennicensi.  .  .  Arzil- 
lerium...Et  nos  dicti  comités  Guillelmus  Bertranni  et  Gaufredus  frater 
meus.  .  .  Firmatum  per  manus  domini  Guillelmi  Bertranni  et  Gaufredi 
fratris  ejus,  comitum  Avenionensium,  anno  ML[.  .?]  Adalax  uxor  Guil- 
lelmi Bertranni  comitis  dédit  et  f.  Rostagnus  Avenionensis  episcopus 
firmavit.  Gaufredus  Arelatensium  conies  firmavit  »  (Ruffi,  Disser/.^  pp.  64- 
65  ;  Polycarpe,  Ann.,  p.  627).  —  [1 045-1061 J  :  «  audi  tu  Gauzfre,  filius 
Girberga,  et  tu  Stefania  uxor  eius.  Ego  Aicardus  et  Josfredus,  filii 
Accelena,  non  le  decebremus...  ad  recuperare...  dominicatura  de  Heras 
et  de  Fossis  quem  Vuilelmus  comes  tenebat  uno  anno  antequam  morte 
accepisset  »  (Gais  de  Pierlas,  Le  XI^  siècle,  p.  91,  Doc.  II  ;  arch.  B.-du- 
Rh.  B.,  276). 


LE  R0Y4UME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  293 

Mitibus  ihc  mitis, 
Durus  fuit  ipse  rebellis  ; 
Optans  celicolas, 
Suspicit   indigenas. 

Telle  est  Tépitaphe  du  comte,  en  lettres  enchevêtrées,  qui 
subsiste  au  Musée  d'Arles  i. 

1.  La  pierre  mesure  1™  70  de  hauteur  X  0"*  57  de  largeur  X  0™16 
d'épaisseur.  Le  profil  de  son  cadre,  en  relief,  se  compose  d'un  bandeau 
extérieur  de  0"060,  sur  trois  côtés  seulement,  et  d'une  doucine  de  0™060 
ou  0"i065  de  large  sur  les  quatre  côtés.  Dans  ce  cadre,  la  table  mesure 
encore  1™  456  de  haut  et  0™  390  de  large.  Au  milieu  de  cette  table,  est 
sculptée,  en  relief  comme  le  cadre,  une  croix  qui  mesure  0™451  de  haut 
et  0^390  de  large,  avec,  dans  chacun  de  ses  cantons,  une  rosace  mesurant 
0*°  160  de  diamètre.  Quatre  cordons  horizontaux  et  quatre  cordons  verti- 
caux forment  les  branches  de  la  croix  :  ils  s'entrelacent  deux  à  deux 
au  centre  et  aux  extrémités  qui  s'élargissent  en  demi-cercles,  de  telle 
sorte  que,  les  bras  de  la  croix  mesurant  45°^™  ou  50™™  de  large,  soit  12™°» 
en  moyenne  pour  chaque  cordon,  les  extrémités  ont  une  largeur  de  130°»™, 
pour  les  branches  verticales,  et  de  120™™  pour  les  branches  horizontales. 
La  table  porte  une  inscription  de  dix  lignes,  en  lettres  capitales  gravées  en 
creux,  que  la  croix  partage  en  deux  parties  égales.  Les  l"*®,  2*=,  7«,  8"  et  9® 
lignes  mesurent  50™™  de  haut;  les  3«  et  4%  55™™;  la  5e,  94™™  ;  la  6« 
110™™;  la  10,  45™™.  Les  l^»",  2%  4«  interlignes,  55™™  ;  les  3%  5%  6"  et  8^, 
50™™;  le  7®,  48™™.  Chaque  ligne  comprend  un  vers,  sauf  la  5®  et  la  6*^,  qui, 
de  hauteur  double,  en  donnent  deux  chacune.  Le  texte  se  compose  donc  de 
douze  vers  rythmiques,  assonances  deux  à  deux,  dont  chacun  comprend 
essentiellement  trois  syllabes  accentuées  alternant  avec  des  atones,  de 
manière  à  être,  en  moyenne,  de  six  syllabes  chacun:  il  y  en  a  de  cinq  et 
d'autres  de  sept.  Quand  deux  voyelles  se  suivent,  elles  ne  comptent  que 
pour  une  syllabe.  Au  point  de  vue  paléographique,  les  ^  sont  barrés  hori- 
zontalement et  le  jambage  de  droite  dépasse  en  hauteur  celui  de  gauche: 
la  forme  en  y  <îe  la  barre,  qui  donne  la  forme  J^,  est  exceptionnelle.  Les  () 
ne  sont  pas  circulaires,  niais  en  forme  de  navette  ;  les  Q  sont  tantôt  de 
forme  ordinaire  tantôt  carrés  Q;  les  S»  également,  de  forme  ordinaire  ou 
en  ZS.  Le  0,  le  f^  et  le  ç  de  forme  onciale  sont  exceptionnels. 

Le  sculpteur  s'est  donné  beaucoup  de  peine  pour  lier,  superposer,  englo- 
ber et  entrelacer  le  plus  de  lettres  possible,  afin  d'obéir  à  la  mode  alors 
courante  qui  était  d'éviter  la  clarté.  On  remarque  aussi  quelques  abrévia- 
tions constituées  par  un  trait  horizontal  dans  les  interlignes.  Le  début 
des  4",  5®,  6*^  et  8^  lignes  n'est  plus  assez  apparent  sur  la  pierre  pour  pou- 
voir être  lu  :  au  xvii«  siècle,  il  n'en  était  pas  encore  ainsi  heureusement.  On  a 
encore  les  facsimilés  et  les  lectures  de  Pierre  Saxi  [Pontificium  Arelatense, 
Aquis  Sextiis,  Roize,  1629,  p.  205),  de   Bouquier  (Bibl.  Méjanes,  ms.   812, 


294  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

De  Stéphanie,  sa  femme,  le  marquis  Geoffroy  avait  deux  enfants, 
Bertrand  et  Gerberge.  Mais,  à  sa  mort,  le  titre  de  marquis  ne 
passe  pas  k  son  fils.  11  passe  à  ses  deux  neveux,  les  comtes  Guil- 
laume Bertrand  et  Geoffroy,  fils  du  marquis  Foulques-Bertrand. 


VIII 

Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy,  marquis  de  Provence 
(Vers  1060-vers  1065). 

Selon  le  nouvel  usage  inauguré  par  Geoffroy  et  Foulques- Ber- 
trand, les  deux  frères,  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy,  se  par- 
tagent le  titre  éminent  de  marquis  :  la  preuve  en  est  fournie  par 
leur  approbation,  vers  1065,  de  la  donation  faite,  en  1044,  par 
leur  père,  Foulques-Bertrand. 

recueil  Bouquier,  t.  I,  p.  d46  =  ms.  915  du  catal.  imprimé),  de  Laurent 
Bonnemant  (Bibl.  d'Arles,  ms.  163  :  Monsmajor,  p.  184).  Les  mesures  détail- 
lées ci-dessus  prouvent  que  le  sculpteur  employait  un  pied  de  0™  340  envi- 
ron, divisé  en  12  pouces,  et  le  pouce, en  12  lignes.  Ainsi,  la  pierre  mesure 
5  pieds  ou  60  pouces  de  haut  sur  20  pouces  de  large  ;  la  croix  mesure 
16  pouces  de  haut  sur  14  pouces  de  large;  les  roses  ont  6  pouces  de  dia- 
mètre ;  les  lettres  du  texte  mesurent  respectivement  4  pouces  ou  48  lignes, 
40  lignes,  24  lignes,  22  lignes  et  20  lignes.  A  la  fin  du  xviii^  siècle,  on  se 
servait  en  Provence  surtout  de  la  canne  qui  comprenait  8  pans,  64  menus 
et  512  primes  :  à  Arles,  la  canne  valait  2™ 0465,  à  Marseille  2^0120,  à  Aix 
1™9880  [Tableau  des  anciennes  mesures  du  département  des  Bouches-du- 
Rhône,  comparées  aux  mesures  républicaines,  publié  par  ordre  du  Ministre 
de  l'intérieur.  A  Paris,  de  l'impr.  de  la  République,  an  VII,  p.  2).  La  divi- 
sion, par  huit,  de  la  canne  en  pans  et  sa  subdivision  en  menus  ne  convient 
pas  à  Fensemble  des  mesures  delà  pierre  et  il  est  intéressant  de  noter  que 
le  sculpteur  du  xi^  siècle  préférait  le  pied  au  pan.  Mais  la  canne  compre- 
nant 8  pans,  elle  comprenait  également  6  pieds:  pour  une  canne  de  2™  0465, 
cela  suppose  un  pied  de  0°^  34108.  Il  est  remarquable  que,  de  1061  à  1790, 
pendant  plus  de  sept  siècles,  la  valeur  du  pied  dans  Arles  n'ait  augmenté 
tout  au  plus  que  d'un  millimètre,  c'est-à-dire  d'une  quantité  presque  nulle, 
puisqu'elle  est  inférieure  aux  trois  millièmes  de  la  grandeur.  S'il  a  été  pos- 
sible défaire  cette  étude  détaillée  de  la  pierre  du  tombeau  de  Geoffroy,  c'est 
grâce  à  l'accueil  plein  d'empressement  et  d'obligeance  trouvé  auprès  de 
MM.  H.  Dayre,  bibliothécaire  archiviste  delà  commune  d'Arles,  et  Lacaze- 
Duthiers,  professeur  d'histoire  au  collège,  vice-président  de  la  Société  des 
Amis  du  Vieil  Arles,  qui  recherchent  et  aiment  l'histoire  de  leur  pays. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  295 

Les  actes  des  marquis  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy  con- 
cernent les  comtés  d'Avig-non,  Sisteron,  Gap  et  Embrun.  On  sait 
que,  désormais,  le  titre  de  marquis  se  partage  :  par  une  innova- 
tion analogue,  du  vivant  de  son  père,  en  1044,  Guillaume  Ber- 
trand jouit  déjà  de  la  qualité  de  comte  dans  un  acte  qui  concerne 
Gap.  C'est  ainsi  que  dès  le  22  octobre  1030,  en  Viennoise, 
Humbert  II  «  aux  Blanches  Mains  »  laisse  son  fils  Amédée  se 
qualifier  comte  '. 

La  dernière  donation,  où  paraissent  en  commun  Guillaume  Ber- 
trand et  Geoffroy,  est  du  14  février  1063/4  :  Guillaume  Bertrand 
reparaît  seul  le  1^'"  mai  1065,  en  se  qualifiant  comte  de  Provence,  et, 
le  13  juillet  suivant,  c'est  Geoffroy.  Tous  deux  étaient  morts  avant 
1067^.    Ils  moururent  encore  jeunes  ;  en  effet,  leur  grand-père 


1.  G.  de  Manteyer,  La  paix  en  Viennois,  Grenoble,  1904  [Bull,  de  la  Soc. 
de  statistique,  pp.  146-147). 

2.  Du  vivant  de  leur  père,  voir  ci-dessus,  p.  281,  note  2  de  la  p.  278,  acte 
de  1044  [Saint- Victor,  n°  659);  puis,  du  vivant  de  leur  oncle  Geoffroy,  voir 
ci-dessus,  p.  291,  n.  1,  actes  de  1054  (Fornier)  et  de  décembre  1061  (Ruffî). 

Gap,  7  avril  1044  :  «  inter  episcopum  Radulphum  et  comitem  Willelmum 
Bertrand!  Vapincensis  civitatis...  mediante  arcbiepiscopo  Ebredunensi... 
Ismidone...  cornes  Provincie  sibi  retinuit...  Signum  Radulphi  episcopi. 
Signum  Ismidonis  archiepiscopi...  Signum  comitis.  Signum  Pétri  de 
Misone...  »  (Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B.  1373,  f°  42  ;  Albanès,  Gallia 
Christiana  novissinia,  t.  1,  province  d'Aix,  Montbéliard.  P.  Hoffmann,  1895  : 
Instrumenta  ecclesise  Gapincensis,  col.  275-277,  n°  IX). 

7  juillet  [1057]  :  «  clerus  et  populus  Ebredunensis  eligimus,  laudamus  et 
corroboramus  Winimannum  archiepiscopum...  prœcipiente...  papa  Victore, 
confirmante  Willelmo  Bertrando  et  Gaufredo  seu  Pontio  Diensi  comité...  » 
[Gall.  Christ.,  t.  III,  instr.  eccl.  Ebredun.,  n°  I,  col.  179). 

Avignon,  14  février  1063/4  :  «  ego  Barangarius. .  ,  in  territorio  Avenni- 
censi...  Willelmus  comes  Provincialis  et  Josfredus  frater  ejus  firmave- 
runt...  »  [Cluny,  n°  3387) 

[14  février  1063/4  mai  1065]  :  «  ego...  Vilelmus  et  ego  Gauzfredus  comi- 
tés sive  marchioues  Provincie,    filii  prefati    Bertranni firmamus...  » 

{Saint-Victor,  n°  659).  11  s'agit  du  comté  de  Sisteron. 

Forcalquier,  1er.  mai  ^065  :  «  ego  Geraldus,  gracia  Dei,  Gisistericensisepis- 
copus. .  .  in  villa  Fontelana  consilio  et  voluntate  domni  Willelmi  Bertranni 
comitis  Provincie  et  comitisse  sue  uxoris,  domni  etiam...  wicecomitis 
Sigistericensis,  .  .  régnante  inseculorum  secula  Domino  Deo  y)  [Saint- Victor, 
n°  680). 


296  LA    PROVENCE    DU  PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

Guillaume  IV,  né  vers  984,  était  mort  en  1018,  à  environ  trente- 
cinq  ans.  Leur  père,  Foulques-Bertrand,  né    vers   1005,     était 

13  juillet  1065  :  «  Bertrannus[sic)  cornes  cum  Ermingarda  uxore  monaste- 
rium  Montis  Andeoni...  exornat  »  (Polycarpe  de  la  Rivière,  Annales,  p.  633  : 
d'après  le  Cartulaire  de  Saint-André,  î^  28).  Bertrand  est  une  erreur  pour 
Geoffroy  :  c'est  Geoffroy  qui  était   comte  d'Avignon. 

[1060-1065]  :  «  ego  Guillelmus  et  ego  Gaufredus  comités  et  fratres, 
filii  Guillelmi  III  cognomento  Bertrani,  Arelatensis  comitis  et  ante  eum  e 
vivis  erepli.  .  .  donamus.  .  .  Pertuso.  .  .  quod  olim  pater  illoruni. . .  dederat 
utDeus...  nos  eripere  dignetur...  Si  quis...  nos  aut  ullus  ex  nostri 
propinquis. . .  Ajungimus...  quam  pater  nosterBertrannus dédit. . .  Manoas- 
ca...  Signum  Guillelmus  et  Gaufredus  comités...  »  (Chantelou,  pp.  190- 
191). 

Cet  acte  de  Montmajour  présente  des  anomalies.  Émané  •  des  deux 
frères,  il  est  rédigé  en  leur  nom  â  la  première  personne  du  pluriel  : 
«  ego  G.  et  ego  G.  comités  et  fratres...  donamus...  ut  Deus...  nos  eripere 
dignetur...  Si  quis...  nos  aut  ullus  ex  nostri  propinquis...  Ajungimus... 
quam  pater  noster  Bertrannus  dédit...  »  Au  milieu  des  phrases  de  ce  style 
correct,  le  lecteur  est  tout  surpris  de  trouver  des  incidentes  où  ce  ne  sont 
plus  les  donateurs  qui  parlent  :  «  filii  Guillelmi  III  cognomento  Bertranni 
Arelatensis  comitis  et  ante  eum  e  vivis  erepti...  quod  olim  pater  illorum 
dederat.  »  De  plus,  il  est  bien  singulier  que,  dans  ces  incidentes,  le  nom  de 
leur  père  soit  accompagné  de  son  numéro  d'ordre  III  :  enfin,  il  est  incroyable 
que  leur  père  soit  qualifié  dans  la  même  incidente  Arelatensis  cornes,  alors 
que  ce  titre  convenait  seulement  à  leur  oncle  Geoffroy.  Tous  ces  indices 
d'inexactitude  et  de  rédaction  étrangère  aux  donateurs  permettent  de  dire 
que  les  phrases  incidentes  où  ils  s'accumulent  ont  été  interposées  par  un 
tiers,  longtemps  après,  quand  on  cherchait  à  identifier  les  deux  donateurs. 
L'interpolateur  donne  à  Foulques-Bertrand,  père  de  Guillaume  Bertrand  et 
de  Geoffroy,  le  nom  de  Guillaume-Bertrand.  Cette  attribution  du  nom  tra- 
ditionnel de  Guillaume  à  Foulques-Bertrand  n'a  rien  d'impossible,  mais 
aucun  autre  texte  ne  l'indique.  Les  mots  et  ante  eum  e  vivis  erepti  paraissent 
concerner  Foulques-Bertrand  :  mais  il  faudrait  rétablir  an^e  eos  au  lieu  de 
ante  eum.  Dans  l'analyse  finale  de  l'acte, les  mois  corroboratio...  donationis 
quam  fecit  Guillelmus  comes...  et  uxor  sua  necnon  filius  eorum...  visent  le 
premier   marquis  Guillaume  II,  sa  femme  et  son  fils  Guillaume  IV. 

[1060-1065]:  «  gadium  de  Guilelmo  Bertranno,  fratre  Gaufredo...  in 
Villa  Piscis. . .  pro  ducentos  soUdos  demelgoires. . .  »  (Chantelou,  p.  156). 

[1060-1065]  :«.. .  Guilelmus  Bertrannus...  in  Rocabruna  et  in  villa 
Piscis. . .  »  [Ibid.,  pp.  156-157). 

[1060-1065]  :  «  ego  Gaufredus  et  frater  meus  Guilelmus  Bertrannus. . . 
monasterio  Corrensis  et  Sancto  Petro  de  Rocabruna...  in  valle  Roca- 
bruna... »  (I6i(/.,  p.   157). 

[1065-1075]  :  «ego  Rostagnus  Avinionensis. . .    episcopus...  apud  Forni- 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  297 

mort  vers  1050,  à  environ  quarante-cinq  ans,  et  eux-mêmes,  nés 
vers  1025,  ne  pouvaient  avoir  que  quarante  ans  lors  de  leur  mort. 
L'erreur  serait  grande  de  croire  que  Guillaume  Bertrand,  l'aîné 
des  deux,  porte  un  surnom  identique  à  celui  de  son  père,  Foulques- 
Bertrand.  Pour  le  père,  c'est  un  surnom  de  baptême  qui  se  joint 
au  nom  de  naissance  en  1019  et  qui  le  remplace  ensuite,  de 
manière  à  devenir  le  nom  réel  et  le  seul  usité.  Pour  le  fils,  c'est 
un  surnom  patronymique  placé  après  le  nom  de  naissance,  non 
pas  au  nominatif  comme  lui,  mais  au  génitif.  Quand  les  deux  ne 
sont  pas  énoncés  à  la  fois,  c'est  le  premier  seul  qui  est  porté.  Tandis 
que  le  surnom  de  baptême  vient  de  la  ligne  maternelle,  le  patrony- 
mique est  proprement  le  nom  du  père.  Tous  les  caractères  du 
surnom  de  baptême  s'opposent  donc  à  ceux  du  surnom  patrony- 
mique :  pour  que  cette  différence  essentielle  subsiste  clairement 
sous  les  yeux,  il  est  à  propos,  quand  il  s'agit  d'un  surnom  de 
baptême  à  écrire,  de  le  joindre  au  nom  de  naissance  par  un 
trait  d'union;  cela  est  naturel,  car  tous  deux  désignent  une 
seule  personne.  Quand,  au  contraire,  il  s'agit  d'un  surnom 
patronymique,  il  reste  séparé  du  nom  de  naissance  et  cela 
va  de  soi.  La  raison  de  cette  attribution  d'un  surnom  patro- 
nymique à  ce  seul  comte  Guillaume  VI  est  évidente  :  depuis  le 
début  du  siècle,  en  raison  de  la  transmission  héréditaire  et  par 
primogéniture  du  nom  de  Guillaume,  les  Guillaume  avaient  été 
fils  de  Guillaume.  Le  comte  Guillaume  IV  avait  eu  pour  père  le 
premier  marquis  Guillaume  II  et  Guillaume  V  avait  eu  pour  père 
Guillaume  IV.  Seul,  le  marquis  Guillaume  III  avait  été  fils  de 
Roubaud,  mais  il  n'appartenait  pas  à  la  branche  de  Guillaume 
Bertrand.  Quand  Guillaume  VI  devint  comte,  la  singularité  de  ce 
fait  qu'il  n'était  pas  fils  d'un  autre  Guillaume  frappa  son  entou- 

calcarium  castrum.  .  .  Uxor  Willelmi  Bertranni  comitis,  videlicet  comi- 
tissia  firmat »    [Saint-Victor,  n°  664). 

[1067-1075]  :«  ego  Rostagnus  episcopus  Avenionensis, . .  apud  castrum 
Furcalcherii. . .  ex  parte  mea  et  ex  parte  comitisse  et  omnium  principum 
nostrorum »  (Saint-Victor,  n°  665). 

Marseille,  avril  1077  :  «  in  civitate  Massilia...  régnante  Domine  nostro 
Jhesu  Christo. . .  Ermengarda  comitissa  fîrmavit...  »  (Saint- Victor,  n°  88). 


298  LA    PROVENCE  DU    PREMIER   AU    XIl^    SIÈCLE 

rage  et,  pour  le  désig-ner  commodément,  on  le  surnomma  du 
nom  de  son  père,  Guillaume  Bertrand. 

Le  marquis  Guillaume  Bertrand  eut  pour  femme  Alix  qui  lui 
survécut  quarante  ans  et  ne  lui  donna  qu'une  fille  nommée  elle- 
même  Alix. 

Quant  au  marquis  Geoffroy,  il  a  dû  être  marié  avec  une  com- 
tesse Ermengarde,  retirée  en  1077  à  Marseille  dans  le  monastère 
de  Notre-Dame  auxAccoules  ;  il  ne  paraît  pas  avoir  eu  d'enfant. 

L'oncle  de  ces  deux  marquis,  le  précédent  marquis  Geoffroy, 
mort  vers  1 060,  âgé  d'environ  quarante  ou  quarante-cinq  ans,  avait 
eu,  de  sa  femme  Etiennette-Douce,  un  fils  nommé  Bertrand  et  une 
fille,  nommée  Gerberge  comme  sagrand'mère  paternelle.  Bertrand 
devait  avoir  une  vingtaine  d'années  tout  au  plus  au  moment  de 
la  mort  de  son  père.  Il  n'est  pas  surprenant  qu'en  1061,  l'arche- 
vêque d'Arles  se  plaigne  de  l'anarchie  qui  renaît  et  de  l'absence 
d'un  chef  respecté. 

On  a  remarqué  plus  haut  que,  lors  de  la  mort  du  marquis 
Guillaume  III,  fils  de  Roubaud,  entre  1037  et  1040,  ses  deux 
neveux  au  5^  degré,  Geoffroy  et  Foulques-Bertrand,  s'étaient 
attribué  en  commun  le  titre  de  marquis.  Cette  innovation  décèle 
forcément  un  relâchement  dans  l'unité  du  pays  constituée  en  979. 
La  marche  avait  désormais  deux  têtes.  Ce  n'est  pas  tout  :  au 
même  moment  se  produit  un  indice  concordant.  Dès  971,  Guil- 
laume II  avait  assumé  le  titre  nouveau  de  comte  de  Provence;  on 
sait  qu'il  y  avait  eu  jusqu'alors  des  comtes  en  Provence,  c'est-à- 
dire  un  comte  dans  Arles,  un  comte  dans  Avignon,  un  comte  dans 
Senez.  Depuis  971,  il  n'existe  plus  d'autre  comte  reconnu  en  Pro- 
vence que  Roubaud,  comte  dans  Arles,  et  Guillaume  son  frère  comte 
dans  Avignon.  Possédant  leur  situation  personnelle,  le  premier 
dans  Arles,  le  second  dans  Avignon,  tous  deux  sont  bien,  par 
indivis,  comtes  de  la  Provence  entière.  Les  actes,  émanés  de  l'un 
d'eux  pour  des  biens  comtaux  dans  n'importe  lequel  des  comtés 
provençaux,  doivent  être,  en  principe,  approuvés  par  l'autre. 
Cette  unité  domaniale,  qui  n'empêche  pas  la  résidence  habituelle 
de  l'un  des  deux  comtes  sur  la  rive  droite  et  celle  de  l'autre  sur  la 


LE  ROYAUME  DK  BOURGOGNE-PROVENCE  299 

rive  gauche,  a  duré  depuis  971,  au  moins,  jusqu'aux  partages 
du  xii^  siècle.  Mais  il  y  eut  forcément  une  transition  entre  l'indi- 
vision familiale  du  début  et  la  séparation  par  branches  qui  devien- 
dront finalement  étrangères  l'une  à  l'autre.  Jusqu'aux  partages, 
les  comtes  continueront  tous  à  s'affirmer  comtes  de  Provence  : 
malgré  cela,  dès  l'époque  de  Foulques-Bertrand  et  de  Geoffroy, 
fils  de  Guillaume  IV,  on  note  un  pas  en  avant  vers  la  séparation, 
dans  certains  actes  où  le  titre  indivis  de  comte  de  Provence  se  trouve 
remplacé  par  un  titre  personnel  à  chacun,  de  manière  à  indiquer 
la  résidence  ordinaire  du  comte  que  l'acte  concerne. 

Dès  avant  la  disparition  du  dernier  roi  de  Provence,  c'est-à-dire 
avant  1032,  un  précepte  de  ce  souverain  qualifie  Geoffroy  «comte 
d'Arles  ».  Il  s'agit  de  Geoffroy,  fils  cadet  de  Guillaume  IV,  qui 
après  la  mort  de  son  père  paraît  avoir  pris  la  préséance  sur  son 
frère  Foulques-Bertrand.  Jusqu'en  1050,  cette  indication  fournie 
par  le  précepte  reste  isolée.  A  cette  date,  un  acte,  tiré  du  Gartu- 
laire  de  Saint-Victor,  qualifie  Geoffroy  «  comte  arlésien  ».  Après  la 
mort  de  son  frère  Foulques-Bertrand,  un  acte,  relatif  à  Saint- 
André-lès-Avignon  et  émané  d'un  vassal  de  ses  deux  neveux,  les 
qualifie  «  comtes  des  Avignonnais  »  :  Geoffroy  lui-même,  qui  con- 
firme cet  acte  en  vertu  de  l'indivision  persistante,  est  qualifié 
«  comte  des  Arlésiens  ».  Bien  entendu,  d'autres  actes  plus  nom- 
breux continuent  à  qualifier  comte  de  Provence  chacun  des  comtes 
existants  :  mais  il  est  évident  que  l'unité  de  la  Provence  n'est  plus 
aussi  forte.  On  retrouve,  en  somme,  un  comte  de  la  région  d'Arles 
et  un  comte  de  la  région  d'Avignon,  comme  depuis  911  jusqu'en 
970  :  mais  ces  comtes  possèdent  toute  la  Provence  par  indivis. 
Cette  localisation  de  chaque  comte  coïncide  avec  la  mise  en 
commun  entre  frères  du  titre  éminent  de  marquis.  Gela  revient, 
en  somme,  à  ceci  que  Geoffroy,  comte  de  Provence  et  en  par- 
ticulier d'Arles,  était  marquis  de  Provence,  spécialement  sur  la 
rive  gauche  de  la  Durance,  tandis  que  Bertrand,  comte  de  Pro- 
vence et  en  particulier  d'Avignon,  était  marquis  de  Provence 
spécialement  sur  la  rive  droite. 

Après  la  mort  de  Bertrand,  ses  deux  fils,  Guillaume  Bertrand 
et  Geoffroy,  lui  succédèrent  ainsi  dans  Avignon. 


300  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XÎI<^    SIÈCLE 

Après  la  mort  de  Geoffroy,  son  fils  Bertrand  lui  succéda  dans 
Arles,  mais  sans  hériter  du  titre  de  marquis  que  se  partagèrent 
seuls  ses  cousins  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy.  Ceux-ci  étant 
morts  à  leur  tour  avant  1067,  la  branche  d'Avignon  ne  fut  plus 
représentée  que  par  Alix,  fille  de  Guillaume  Bertrand. 


IX 

Bertrand^  marquis  de  Provence 
(Vers  1065-vers  1093). 

Reste  à  indiquer  comment  finit  la  branche  d'Arles  ^  Bertrand, 
fils   de   Geoffroy    et  d'Etiennette,  paraît  du  vivant  de  son  père 

1.  ler  juillet  1055    {Saint- Victor,  n«  153).  —  1057  {Saint- Victor,  n»  184). 

—  Arles,  15  février  1059/60  (Chanteloii,  pp.  171-172).  Voir  ci-dessus,  p.  291, 
n.  1.  —  [février  1061  ^2]  :  «  ego  Bertrannus  cornes  et  mater  mea  Stephania 
simulque  conjux  mea  Matildis. .  .  Sanctœ...  Mariœde  Rads.  .  .  S.  Bertrannus 
cornes...   S.  Stephania  materejus  f.  S.  Matildis  conjux  ejus  f...»  (Chante- 

p.  219  ;  cf.,  pour  la  date,  Tacte  correspondant  de  l'archevêque 
Raimbaud,  pp.  174-175  et  non  pas  l'acte  postérieur  de  l'archevêque  Aicard, 
pp.  217-218.  —  Cî.Gall.  Christ,  nova,  t.I,instr.,  p.  96,  fragm,  et GaZ/.  Christ, 
novissima,  Arles,  n*'  2514).  —  1063  :  »  ego,  in  Dei  gratia,  Stephania  comi- 
tissa  et  filius  meus  cornes  Bertrannus...  cedimus...  aliquid  de  hœreditate 
nostra  et  domini  mei  qui  quondam  fuit  comitis  Jausfredi,  ut...  Deus...  illius 
animam  consociari  dignetur  in  luce...  nobis  etiam,  quibus  ejus  principatum 
tradidit,  conférât  pacem  et  prosperitatem. , .  in  episcopatu  Avenionense, 
in. . .  Laureata. . .  et  in  Tarasconensi  Castro. . .  régnante  Henrico  V  impera- 
tore  Alamannorum  vel  patricio  Romanorum  »  (Chantelou,  pp.  175-176).  — 
[1062-1078]  :  «  Bertrannus  cornes  inclytus...  in  Tarascone...  »  {Ibid,,  p.  176). 

—  1078  :  «  ego  Bertrannus  comes  et.Aicardus  Arelatensis  archiepiscopus 
et  Wilielmus  Ugo  reddimus. .  .  omnem  decimam  in  piscatoriis  de  ponte.  .  . 
in  Castro. . .  et  in  villa.  .  .  signum  Aicardus  Arelatensis  archiepiscopus  et 
Bertrannus  comes  et  Wilielmus  Ugo  y){Gall.  Christ,  noviss.,  Arles,  n°  432). 

—  [1078?]  :  u  archiepiscopo  Arelatensi  et  Bertrando  comité  et  Guilelmo 
Ugone  et  Gaufredo  Massiliense.  .  .  statuimus  ut  in  honore  S.  Stephani  et  S. 
Trophimi...  in  insula  Pontis  piscatorii  construeremus  castrum. . .  Ego 
Bertrannus...  »  {Ibid.,  n°  435).  Ce  château  sera  pour  1/4  au  comte,  pour 
1/4  à  l'église  et  pour  1/2  aux  vicomtes  en  fief  de  l'église.  —  Marseille 
[21  juillet  1067-1079]:  «  Bertrannus  totius  Provintie  gratia  Dei  comes...  in 


LE  ROYAUME    DE    BOURGOGNE-PROVENCE  30 1 

depuis  le  l^"^  juillet  1055.  Il  était  marié,  semble-t-il,  dès  février 
1061/2  avec  Mahaud.  Un  acte  de  Saint-Victor  le  qualifie  «  comte 
de  toute  la  Provence  »,  ce  qui  suppose  encore  l'indivision.  Le  tes- 
tament du  comte  d'Urgel,  daté  du  29  avril  1090,  le  qualifie  «  comte 
d'Arles  »,  comme  son  père  l'avait  été  avant  lui.  Une  donation  de 
1078,  relative  au  comté  d'Arles,  montre  sa  souscription  précé 
dée  de  celle  de  l'archevêque.  De  Mahaud,  Bertrand  ne  paraît  avoir 
eu  qu'une  fille  du  nom  de  Cécile  :  il  la  maria  en  1083  à  Bernard 
Atton  et  il  la  dota  de  5000  sous.  Cette  dot  excluait  Cécile  de 
tous  droits  éventuels  à  la  succession  paternelle. 

En  ce  qui  concerne  l'obéissance  de  la  Provence  à  la  cou- 
ronne de  Bourgogne,  on  a  dit  ^  que  les  chartes,  depuis  1044, 
mentionnent  souvent  le  règne  de  Henri.  Il  en  est  qui  ne 
manquent  pas  de  dire  que  l'empereur  des  Allemands,  est  patrice 


fraternitatem  receptus  est  sicut  et  parentes  ejus  antea  fuerant. ..  »  [Saint- 
Victor,  n°  1080).  —  25  août  1081  :  «  ego  Bertrannus  Dei  gracia  cornes  Pro- 
vincise...  dono  omnem  honorem  meum...  Deo  et  S.  apostolis  Petro  etPaulo 
et  domino  meo  Gregorio  papae...  ecclesias...  omnes  quœ  in  mea  potestate 
sunt...  papae  dimitto...  »  [Hist.  Languedoc,  2®  éd.,  t.  5,  col.  670;  Jaffé, 
2^  éd.,  t.  I,  p.  641).  —  1081  :  «  ...  ego  Rostangus.  .  .  Aquensis  archiepiscopus 
et  meus  germanus  frater  Amelius. .  ,  de  nostro.  . .  patrimonio. . .  monaste- 
rium  quod  et  parentes  nostri  de  alodo  suo  fondantes  construxerunt. .  ,  in 
diocesi  Arelatensi...  in  territorio  castri...  nostri...  Fossas...  martirum 
Gervasii  et  Protasii...  Signum  Bertranni  comitis  qui  dédit  et  fîrmavit.  » 
{Cluny,n°  3587).  —  [1083  ?]  :  «  papœ  Gregorio  Arelatensis  comes  Bertran- 
nus... sublimissime  Domine  et  princeps  totius  orbis  terrœ...  sum  vester 
servus...  mando  tibi  quomodo  Hermundus  abbas...  Montismajoris  abbatia 
expulsus  sit  juste  et  qualiter  iste  susceperit  quem  tibi  mitto  Guillelmus... 
Noscis  enim  quemadmodum  dereliquerim...  tui  pro  amore  omnes  episco- 
patus  et  abbatias  et  nolo  ut  hœc...  cuilibet...  nisi...  tibi  subjaceat  »  [Gall. 
Christ,  novissima.  Arles,  n°  443;  Bouquet,  XIV,  pp.  657-658).  —  1083  : 
«  Bertramnus  comes...  débet...  donare  quinque  milia  solidatas  ad  Ermen- 
gardem  vicecomitissam  de  ista  festivitale  S.  Micaelis  ad  quinque  annos, 
duo  milia  in  denarios  et  mille  in  boves  et  vaccas  et  duo  milia  in  caballos 
et  mulos...  tempore  nuptiarum  quando  dabit  fîliam  suam  ad  Bernardum 
Atonem  dabit  ostaticos  decem. .  .  »  (Hist.  Languedoc,  2«  éd.,  t.  5,  coi. 
682-683).  —  29  avril  1090  :  testament  d'Ermengaud,  comte  d'Urgel,  insti- 
tuant Bertrand  comte  d'Arles  tuteur  de  son  fils  Guillaume  (fray  ¥r.  Diago, 
Historia  de  los  Condes  deBarcelona,  Barcelona,  1603,  cap.  Lxxiii,fF.  137-138). 
1.  Cf.  ci-dessus,  p.  290,  n.  5. 


302  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

des  Romains  '.  Peu  à  peu  cependant,  ces  chartes  munies  de  Tère 
royale  se  clairsèment,  sous  Tinfluence  de  la  réaction  papale  contre 
l'empire  -.  Au  moment  de  l'avènement  de  Philippe,  roi  de  France, 
quelques  velléités  de  reconnaître  ce  prince  se  manifestent  '■^.  Gré- 
goire VII  excommunia  Henri,  roi  des  Romains,  au  synode  de  Rome, 
en  février  1075^;  la  Provence,  qui  relevait,  juridiquement  de 
sa  couronne  de  Bourgogne,  pouvait  saisir  cette  excuse  légale  de 
l'abandonner  tout  à  fait.  De  fait,  les  chartes  mentionnent  le  règne 
du  Christ^.  Le  pape  renouvela  son  anathème  en  février  1081  ^'  : 
cet  acte  eut  un  effet  politique  immédiat  en  Provence.  Dès  le 
25  août,  le  comte,  délié  de  son  serment  de  fidélité,  portait 
l'hommage  de  la  Provence  au  pape,  vicaire  du  Christ  régnant  : 
en  même  temps,  il  lui  abandonnait  la  disposition  des  évêchés 
et  des  abbayes.  A  ce  moment,  l'archevêque  d'Arles  Aicard 
personnifiait  dans  sa  cité  le  pouvoir  de  ses  parents  les  vicomtes  : 
les  réformes  de  Grégoire  VII  devaient  l'abattre.  En  effet,  le  légat 
Hugues  de  Die  le  déposa,  en  1080,  dans  le  concile  d'Avignon 
et  le  pape  confirma  cette  déposition  en  sacrant  le  successeur 
d'Aicard  à  Rome,  au  moment  où  il  excommuniait  l'empereur.  On 
voit  le  comte  de  Provence  se  séparer  du  primat  déchu  et  se  ral- 
lier au  légat.  Celui-ci,  après  avoir  élu  Gibelin  pour  remplacer 
Aicard,  bénit  lui-même  un  nouvel  abbé  de  Saint-Victor.  Il  n'est 

1.  1063  (Ghantelou,  pp.  175-176). 

2.  Parmi  les  derniers  actes  de  Saint- Victor  qui  mentionnent  le  règ-ne  de 
Henri  III  et  de  Henri  IV,  on  peut  citer  ceux  du  20  juin  1053  (n°  294),  du 
25  octobre  1055  (no  739),  du  26  juin  1056  (n»  202),  de  1057  (n»»  184  et 
1074),  de  1058  (n»  307),  de  1065  (n"^  121),  d'octobre  1067  (n»  1081),  etc. 

3.  1060  :  u  regni  régis  Philippi  »  [Saint-  Victor,  n°  1079).  —  29  mars  1063/4  : 
«  anno  IIII  régnante  Philippo  rege  »  (n»  492).  C'est  évidemment  MLXIII 
qu'il  faut  lire  et  non,  comme  l'éditeur,  MXLIIl. 

Un  scribe  met  tout  le  monde  d'accord  à  peu  de  frais  en  1060  :  «régnante 
Domino  nostro  rege  atque  imperatore  omnium,  Cona  imperatore  Alaman- 
norum  et  Philippo  rege  F'rancorum  »  (Saint-Victor,  n°  704).  Malheureu- 
sement, il  remplace  Henri  par  Conon  qui  n'existait  plus. 

4.  Rome,  14-22  février  1075  (Jaffé,  2«  éd.,  après  le  n°  4978). 

5.  Par  exemple,  en  mai  1074:  «  nuUo  nobis  alio  rege  solo  Christo  Domino 
in  perpetuum  »  (Saint- Victor,  n°  527). 

6.  Février  1081  (Jaffé,  2^  éd.,  après  le  n»  3198). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  303 

pas  surprenant  que  l'archevêque  déposé  date  désormais  ses  actes  du 
règne  de  l'empereur  excommunié^.  L'élu  du  pape  resta  plusieurs 
années  avant  de  pouvoir  remplacer  réellement  Aicard.  La  der- 
nière date  à  laquelle  on  rencontre  Bertrand,  comte  de  Provence 
et  plus  particulièrement  d'Arles,  est  celle  du  29  avril  1090.  Il 
mourut  avant  le  28  juillet  1094,  ne  laissant,  en  dehors  de  sa  fille 
dotée  et  devenue  étrangère  à  la  Provence,  qu'une  sœur  comme 
héritière.  Bertrand  est  le  dernier  prince  de  la  première  maison 
héréditaire  des  marquis  et  comtes  de  Provence.  Cette  maison 
s'éteignait  à  la  veille  de  la  première  croisade,  expédition  sacrée 
à  laquelle  la  Provence,  devenue  vassale  du  siège  apostolique, 
devait  prendre  une  si  grande  part.  Raymond  de  Saint-Gilles,  mar- 
quis de  Provence,  en  fut  le  chef;  il  représentait  la  branche  de 
Toulouse  et  il  descendait,  par  les  femmes  seulement-,  du  comte 
d'Arles,  Boson  institué  en  949. 

1.  1082  :  «  régnante  Henrico  imperatore  »  [Gall.  Christ,  noviss.,  Arles, 
n»  441  ;  cf.  n»*  439,  440,443). 

2.  28  juillet  1094/5  :  «  ego  Raimundus  gratia  Dei  cornes  et  Provintie  mar- 
chio...  ego  Alvira  comitissalaudo...  ego  Dulcis  comitissa  dono,  sicut  cornes 
donavit  »  [Saint-Victor,  n°  686).  — 17  janvier  1103  :  «  ego  Raimundus  gracia 
Dei  sanctiEgidii  cornes  et  Provincie  marchio,  princes  autem,  Deo  auxiliante, 
milicie  Christiane  in  Jerosolimitano  itinere  »  (Saint- Victor,  n°  %02) .  —  9  juin 
1063  :  «olim  a  Vilelmo  comité  Tolosano,  .  .  abbaliam  Moysiacensis  çenobii 
nunc  vero.  . .  seniori  meo  Pontio  et  filio  ejus  Wilelmo. . ,  si  de  Wilelmo 
Pontii  filio  légales  non  apparuerint  filii,  fratribus  suis  Raimundo  et  Ugoni, 
filiis  Pontii  simili  ter.  .  .  et  si  casu  evenerit  ut  omnium  istorum  comitum 
palatinorum  abolendo  progenies  evanescat,  illi  tamen  qui  sorte  post  eos 
arcem  ac  regimen  Tolosani  comitatus  acceperit.  .  .  »  [Cluny,  n°  3392).  — 
Août  1065  :  ('  ...  ego  Raimundus  comes.  . .  pro  redemptione. .  .  patris  et 
ma  tris,  fralris  quoque  etsororis...  Gordiniacensem  abbatiam...  in  pago 
Uzetico.  . .  Signum  Raimundicomitis. .  .  »  [Cluny,  n°  3404).  —  15  décembre 
1066  :  «  R.  comes  Rutenensis  et  Nemosensis  Narbonensiumque  nobilissi- 
mus))(iZ)tc/.,n"  3410).  —  [1066  ?]  :  «  Raimundum  comitem  de  Rutenis  fdium 
Almodis  »  [Hist.  Lang.,  2«  éd.,  t.  V,  col.  535).  —  1067  :  «  Villelmus  comes  et 
Adalmodis  mater  ejus...  Poncius  comes  pater  ejus  »  [Ibid.,  col.  544).—  16  juin 
1080:  «  R.  comes  frater  Willelmi  »  [Ibid,,  col.  649-652).  —  Juin  1095  : 
«  R.  Tolosanus  comes,  dux  Narbonœ  et  marchio  Provincise  »  {Ibid.,  col.  '^38- 
739).  —  22  juillet  1096:  «  comes  Tolosanus  ac  Rutenensium  ac  marchio 
Provinciœ  »  (Bouquet,  t.  XIV,  pp.  723-724).  Il  meurt  le  28  février  1105  au 
mont  Pèlerin,  près  Tripoli. 


304  LA    PROVENCE   DU    t>REMlEtl    AU    XII®    SIÈCLE 


X 

Raymond  marquis  de  Provence 
(4094-1105). 

On  peut  se  demander  de  qui  Raymond  de  Saint-Gilles  tient 
la  marche  de  Provence  et  depuis  quand  il  prend  le  titre  de 
marquis.  Les  textes  sont  souvent  insuffisants,  en  ce  sens  qu'ils 
mentionnent  presque  toujours  la  qualité  seule  de  comte,  quand 
ils  concernent  un  comte  revêtu  de  la  dignité  de  marquis.  En 
principe,  le  marquis  était  un  chef  militaire  :  peut-être  au 
XI®  siècle  ne  lui  restait-il  qu'une  simple  prééminence  honorifique. 
En  tout  cas,  le  souvenir  du  caractère  militaire  de  la  dignité 
subsiste  assez  pour  que  la  femme  du  comte,  qui  en  est  revêtu, 
ne  se  titre  jamais  que  comtesse.  Malgré  cette  insuffisance  des 
textes,  il  a  été  possible  de  citer  des  actes  montrant  successive- 
ment la  marche  entre  les  mains  du  fils  cadet  de  Boson,  Guil- 
laume (979-992),  de  son  frère  aîné  Roubaud  (vers  1000),  du  fils 
de  celui-ci,  Guillaume  (9  mai  1031)  ;  puis,  par  indivis,  des  deux 
petits-fils  du  premier  marquis,  Foulques-Bertrand  (1044-1048) 
et  Geoffroy  (1042-1057)  ;  finalement,  des  fils  de  Foulques-Ber- 
trand, Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy  (vers  1065).  La  succes- 
sion, dans  son  ensemble,  est  très  claire.  Il  semble  bien  établi 
que,  jusque  vers  le  milieu  du  xi®  siècle,  la  marche  n'a  jamais 
été  indivise  comme  l'étaient  les  comtés.  Elle  se  transmet  d'un 
frère  à  l'autre  quand  le  fils  du  marquis  mourant  est  trop  jeune 
pour  en  assumer  la  charge;  mais,  quand  le  fils  du  marquis  qui  dis- 
paraît est  en  âge  d'être  le  chef,  c'est  lui  qui  la  recueille. 
Donc,  en  principe,  la  succession  a  lieu  de  père  en  fils  ;  mais,  en 
fait,  d'un  frère  à  l'autre,  ou  d'oncle  à  neveu,  quand  cela  est 
nécessaire.  Dans  la  seconde  moitié  du  xi*^  siècle  seulement,  le 
titre  de  marquis  décore  indivisément  deux  frères.  L'unité  de  la 
Provence  tend  donc  à  disparaître. 

Aucun  texte  ne  permet  de  dire  que  la  branche  de  Toulouse,  avant 


LE  ROYAUME  DE  BOÙRGOGNË-PROVEÎ^CE  30S 

Raymond  de  Saint-Gilles,  ait  pris  ce  titre  de  marquis.  Le  grand- 
père  de  celui-ci,  Guillaume,  qui  prend  pied  en  Provence  comme 
mari  d'Emma,  est  a  comte  de  la  ville  de  Toulouse  »,  ou  «  comte 
Toulousain  »  i .  Des  deux  fils  d'Emma  et  de  Guillaume,  l'aîné,  Pons, 
est  comte  de  Toulouse  -  ;  quant  au  second,  Bertrand,  il  demeure 
à  peu  près  inconnu 3.  De  Pons,  viennent  Guillaume^,  Raymond^ 
et  Hugues  ^.  Guillaume  est,  comme  ses  prédécesseurs,  comte  de 
Toulouse  et  palatin  :  il  joint  à  Toulouse,  Albi,  Cahors,  Lodève, 
Périgueux,  Carcassonne,  Agen  et  l'Astarac.  Raymond  de  Saint- 
Gilles  est,  de  son  côté,  comte  de  Rodez,  Nîmes  et  Narbonne  ; 
Hugues  le  cadet  n^est  pas  mieux  connu  que  son  oncle  Ber- 
trand. Quand  l'aîné  des  trois  mourra  et  son  fils  Pons  également, 
sans  enfant,  Raymond  leur  succédera  comme  comte  de  Toulouse. 

Pendant  tout  ce  temps,  aucune  trace  du  titre  de  marquis  de 
Provence  :  Raymond  le  prendra  pour  la  première  fois  en  1094, 
alors  que  tous  les  mâles  de  la  maison  d'Arles  seront  morts.  Une 
conclusion  s'impose  :  c'est  que  Raymond  prend  le  titre  après  leur 
disparition  seulement.  Ce  fait  offre  assez  d'intérêt  pour  mériter 
d'être  fixé. 

Déjà  auparavant,  par  suite  du  mariage  du  comte  de  Toulouse 
Guillaume  avec  Emma  de  Provence  et  par  suite  de  la  succession 
d'Emma  à  son  frère  Guillaume  de  Provence,  décédé  sans  enfants 
de  sa  femme  Lucie,  la  maison  de    Toulouse  possédait,  outre  ses 

1.  1005  :  «  G.  Tholose^urbis  cornes»  [Saint- Victor,  n°  15).  —  1004:  «  W. 
cornes  Tolosanus  »  [Ibid.,  n«652).  Cf.  n°  225. 

2.  1030  :  «  P.  cornes  filius  Tolosani  »  {Ibid.,  n"  682).  —  29  juin  1053  : 
«  P.  Tolosane  urbis  cornes  »  [Cluny,  n°  3344  bis).  —  «  mei  seniores  ac 
palatini  comités  P.  et  ejus  filius  Wilelmus  »  {Ibid.,  n°  3392). 

3.  1030:  «  B.  fraterejus»  {Saint- Victor,  n»  682). 

4.  9  juin  1063  :((inmanu  Wilelmi  comitis  Tolosani...  »  {Cluny,n°  3392). 
—  1067  :  «  Willelmus  cornes  et  Adalmodis  mater  ejus.  ..et  Mantilis  comi- 
tissa  ejus  uxor  »  {Ilist.  Lang.,  2"  éd.,  t.  V,  col.  544-546).  ~  16  juin  1080  : 
«  Guillelmus  Tolosanensium,  Albiensium  seu  Caturciensium,  Lutevensium, 
Petragorensium,  Carcassonensium,  Aginnensium  necne  Astarachensium 
comes  et  dux  »  {Ibid.,  col.  649-652,   652-654). 

5.  15  décembre  1066:  «  R.  comes  Rutenensis  et  Nemosensis,  Narbonen- 
siumquenobilissimus»  {Cluny,  n°  3410). 

6.  9  juin  1063  :  «  Ugoni  »  {Cluny,  n°  3392). 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Chartes.  — VII.  20 


306  LA    PROVENCE    DE    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

biens  en  Guyenne   et  en  Gothie,  une   part   indivise  des  comtés 
de  Provence. 

Ici,  se  place  le  problème  des  comtes  de  Diois  et  de  Venaissin. 
Pendant  le  xi*'  siècle,  il  existe  trois  comtes  de  Diois  dont  l'origine 
est  inconnue  :  ce  sont  successivement  Pons  ^ ,  Guillaume  ^  et 
Hugues 3.  Déplus,  il  existe  un  comte  de  Venaissin,  Bertrand  qui 
paraît  isolément^.  Il  serait  tentant  de  les  identifier  avec  Pons 
comte  de  Toulouse,  son  frère  Bertrand,  son  fils  aîné  Guillaume 
et  son  fils  cadet  Hugues.  Les  noms  et  les  dates  concordent  des 
deux  côtés.  La  raison  la  plus  forte  d'opérer  cette  identification, 
c'est  le  consentement  donné  par  Pons  comte  de  Diois,  le  7  juillet 
1057,  à  l'élection  de  l'archevêque  d'Embrun,  en  compagnie  des 
comtes  de  Provence  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy.  S'il  Ta 
donné,  ce  n'est  évidemment  pas  comme  comte  de  Diois  :  il  fallait 


1.  Torane  [2  octobre  1040?]  :  «  ...  Ego  Pontius...  in  pago  Trevis... 
Villetas.  .  .  Merduzana. . .  Mota  ;  juxta  rivulum. . .  Lota. . .  Actum  castro 
Torana,  feria  V.  luna  XXI,  indictione  VII,  epacta  XV,  régnante  Domino  nos- 
tro  Jesu  Christo...  S.  donni  Pontii  comitis. . .  S.  domni  episcopi  Cono- 
nis. . .  »  —  «...  ecclesia. . .  in  pago. . .  Trevis. . .  in  episcopatu  Diensi  in 
loco. . .  Eron. . .  unam  cellam  in  agro. . .  Lunis. . .  de  loco.  .  .  Gentiacus. .  .  » 
[Cluny,  n«s  2947  et  2948).  Les  jeudis  19  avril  et  13  septembre  1039  coïnci- 
dèrent avec  le  21^  jour  de  la  lune;  de  même,  le  jeudi 2  octobre  1040.  L'in- 
diction  VII  tombe  en  1039  ;  Fépacte  XV  en  1041.—  [1041-  1042]  :  «Pontius 
cornes, ..  in  pago. . .  Trevis  in  episcopatu  Diense  in  loco...  Héron... 
anno  X,  régnante  Eyco  rege...  »  [Cluny,  n°  2951).  —  [7  juillet  1057]  : 
a  clerus  et  populus  Ebredunensis  elegimus,  laudamus  et  corroboramus 
Viminianum  archiepiscopum  in  sede  archiepiscopali  Ebredunensi  prœci- 
piente  summo  pontifice  et  universali  papa  Victore,  confirmante  Willelmo 
Bertrando  et  Gaufredo,  seu  Pontio  Diensi  comité...  ».  Cette  élection  est 
visée  dans  le  privilège  apostolique  donné  à  Asti  le  7  juillet  1057  :  elle 
eut  lieu  sans  doute  le  même  jour,  devant  le  pape  (Marcellin  Fornier,  Hist. 
générale  des  Alpes-Maritimes,  édit.  Paul  Guillaume,  t.  III,  Gap,  Jouglard, 
1892,  in-8,  pp.  190-195.  Appendice,  n°  5).  Pons,  comte  de  Diois,  eut  une 
fille  ;  Pons,  comte  de  Toulouse,  également  [Cluny,  n°  3404). 

2.  23  mars  1074  :  «  Gregorius  episcopus...  Guilielmo  Diensi  comiti. . .  » 
(Jaffé,  2e  éd.,  t.  I,  n°  4848  ;  cf.  n°  4813,  après  n»  4827  et  n«  5147;  Migne, 
t.  148,  col.  343). 

3.  [1088-1099]  :  «  [Urbanus  episcopus.  .  .  Ebredunensi,  Vapincensi  et 
Diensi  episcopis]. . .  iuratosmilitesIIugonicomitineipsi,quandiu  excommu- 
nicatusest,  serviant...  »  (Jaffé,  2«  éd.,  t.  I,  n°5724;  Migne,  t.  151,  p.  521). 

4.  [1049-1068]:  ('..in  presentia...  Bertranni  videlicet  Vendacensis  comi- 
tis... »  (Montm.,  p.  162). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  307 

qu'il  possédât  une  partie  indivise  de  la  Provence,  au  moins  delà 
partie  sise  au  delà  de  la  Durance,  où  se  trouvait  FEmbrunais.  Du 
chef  d'Emma,  c'était  sans  doute  le  cas  de  la  maison  de  Toulouse. 
Le  marquis  Geoffroy,  oncle  des  comtes  Guillaume  Bertrand  et 
Geoffroy  qui  interviennent,  était  quelquefois  qualifié  «  comte 
des  Artésiens  »;  il  résidait  donc  sans  doute  à  Arles,  en  deçà  de  la 
Durance  et  il  s'y  localisait.  Voilà  pourquoi  il  ne  paraît  pas  à  Embrun 
afin  de  donner  son  consentement  avec  celui  de  ses  neveux  et  du 
comte  de  Diois.  Si  on  admet  l'identification  proposée,  il  en  résul- 
terait que,  pendant  la  seconde  moitié  du  xi®  siècle,  quoique  la  Pro- 
vence restât  indivise,  chaque  branche  de  la  famille  des  comtes  qui 
la  gouvernaient  tendait  déjà  à  s'y  localiser  et  à  se  séparer.  Le  mar- 
quis Geoffroy  et  son  fils  Bertrand  étaient  plus  particulièrement 
comtes  d'Arles  ;  son  frère  Foulques-Bertrand  et  ses  neveux, 
comtes  d'Avignon,  et  les  deux  fils  d'Emma,  l'un  comte  de  Diois, 
l'autre  comte  de  Venaissin.  Ce  ne  sont  là  que  des  tendances,  coïn- 
cidant avec  la  mise  en  indivis  du  titre  de  marquis  entre  frères. 
Les  actes  qui  permettent  de  saisir  ces  tendances  particularistes  ne 
sont  encore  que  des  exceptions;  presque  toujours,  quand  ils  font 
suivre  le  titre  comtal  d'un  nom  de  pays,  les  actes  spécifient  encore, 
comme  depuis  970,  que  les  membres  de  la  maison  d'Arles*  sont 
comtes  de  Provence  et  que  les  membres  de  la  maison  de  Toulouse 
sont  comtes  de  Toulouse. 

L'identification  des  comtes  de  Diois  et  de  Venaissin,  pendant  la 
deuxième  moitié  du  xi®  siècle,  avec  les  comtes  de  Toulouse  de 
cette  époque,  est  une  hypothèse  dont  la  valeur  augmente  encore 
par  le  fait  que,  lors  de  la  croisade,  cette  race  de  comtes  de  Diois 
disparaît  subitement,  remplacée  par  la  race  des  vicomtes  de 
Gap  dont  le  chef  se  qualifiera  désormais  comte  de  Diois  ^. 
Dans  l'hypothèse  de  l'identification,  Guillaume  comte  de  Tou- 
louse et  de  Diois  étant  mort  après  1080,  ainsi  que  son  fils  Pons, 
sans  enfant  survivant,  son  frère  puîné,  Raymond,  hérita  de  Tou- 
louse pendant  que  son  frère   cadet    Hugues  héritait  de  Die.  Peu 

1.  1166  :  «  Ego  Isoardus  cornes  Diensis»  (P.  Guillaume,  Chartes  de  Dur- 
bon,  n°*51,  58,  59,  111). 


308  LA    PROVENCE  Dt  PREMIER    AU    XII®  SIECLE 

après,  ce  dernier  comte  de  Diois,  delà  maison  de  Toulouse,  était 
excommunié  et  disparaissait  également  sans  enfant,  tandis  que 
Raymond  de  Saint-Gilles  devenait  marquis  de  Provence.  Une 
fois  en  possession  de  cette  dignité,  rien  n'est  plus  naturel  de  la 
part  de  celui-ci  que  de  concéder  en  fief  le  comté  de  Diois,  au  lieu 
de  le  garder  personnellement  ;  rien  de  plus  naturel  également 
que  de  le  concéder  au  vicomte  de  Gap  et  d'Embrun  qui  en  était 
voisin  1.  La  maison  de  Toulouse  ne  gardait  directement  que  le 
Venaissin.  Le  nouveau  comte  de  Diois,  Isoard,  suivit  le  nouveau 
marquis  de  Provence,  son  seigneur,  en  Terre  Sainte  et  le  comté 
de  Diois  continua  de  relever  ainsi  des  marquis  de  Provence  de  la 
maison  de  Toulouse,  pendant  tout  le  xif  siècle,  jusqu'à  l'extinc- 
tion des  vicomtes  de  Gap.  Puis,  en  juin  1189  2^  le  marquis 
concéda  ce  comté  vacant  à  Aymar  de  Poitiers  déjà,  hors  de 
Provence,  comte  de  Valentinois  ;  celui-ci  lui  en  fît  hommage  et 
ses  descendants  le  gardèrent  définitivement. 

Ainsi,  dans  la  deuxième  moitié  du  xi^  siècle,  les  trois  branches  des 
Maisons  de  Provence  et  de  Toulouse  tendent  à  se  localiser  comme 
comtes  d'Arles,  comtes  d'Avignon,  comtes  de  Diois  et  deVenaissin. 
Il  serait  inexact  de  dire  qu'il  y  eut  à  cette  époque  d'autres  comtes, 
notamment  des  comtes  d'Orange,  en  dehors  des  maisons  de  Pro- 
vence et  de  Toulouse.  En  réalité,  il  y  a  eu  des  princes  d'Orange  ^, 

1.  A  moins  d'être  antérieure  à  1095,  cette  concession  n'a  pas  dû  être 
faite  directement  par  Raymond  de  Saint-Gilles  :  devenu  marquis,  il  donna 
tout  ce  qu'il  avait  dans  la  Provence  en  fief  à  son  fils  Bertrand.  En  juin  1095, 
Bertrand  se  marie  et  assure  ainsi  à  sa  femme  Avignon  et  Die.  Le  nom  de 
Digne  est  évidemment  une  mauvaise  lecture  [Hist.  de  Lang.j  2«  éd.,  t.  V, 
col.  738-739).  Par  suite,  c'est  peut-être  Bertrand  qui  concéda,  après  juin 
1095,  le  comté  de  Die  au  vicomte  de  Gap  Isoard. 

2.  Saint-Saturnin,  juin  1189  :  «  nos  R.  Dei  gracia  dux  Narbone,  cornes 
Tholose,  marchio  Provincie  donamus...  tibi  Ademario  de  Pictavia...  omne 
jus  et  dominium...  in  Diensi  comitatu...  et  ego  A.  de  Pictavia...  fidelitatem 
et  hominium  vobis  facio...  »  (Arch.  de  l'Isère,  B.  3517.  Cf.  J.  Chevalier, 
Essai  sur  Die,  t.  I,  pp.  468-469,  avec  la  date  de  juillet). 

3.  Pont-sur-Sorgues  [27  août  1107]  :  élection  de  Bérenger,  évêque 
d' O range  assentiente  Geraldo  Ademario  A  urasicœ  principe  cum  totius  populi 
Aurasicensis concione  [Gall.  Christ.,  t.  I,  instr.,  pp.  131-132.  —  L.  Duhamel, 
Fragments  d'anciens  cartulaires  de  Vévêché  d'Orange,  n^  XIV;  Mém.  de 
VAcad.   de  Vaucluse,  t.  XV,  1896,  pp.  395-396). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  309 

des  princes  d'Antibes  *,  comme  il  y  a  eu  des  princes  de  Riez  2,  à 
partir  du  moment  où  l'unité  de  la  marche  s'affaiblit,  à  partir,  par 
conséquent,  du  milieu  du  xi^  siècle.  Mais  cela  est  bien  différent.  La 
qualification  de  prince  a  sa  valeur  propre  :  réservée  au  souverain 
jusqu'à  la  décadence  caroling-ienne,  elle  passe  aux  fonctionnaires 
publics,  devenus  vassaux  directs  du  souverain,  qui  la  reçoivent  cou- 
ramment à  la  fin  du  ix®  siècle.  Dans  les  textes  historiques,  ces 
grands  fîg-urent  dès  lors  comme  principes  regni.  Par  suite  de  cet 
usage,  le  duc,  puis  le  marquis  de  Provence  est  le  prince  de  ce 
pays  jusqu'au  milieu  du  xi*^  siècle  ^.  Dès  le  début  de  ce  siècle,  les 
comtes  et  les  vicomtes  acquièrent,  par  le  fait,  ce  rang  éminent 
dans  les  cités  qui  dépendent  de  leur  autorité.  Enfin  à  dater  du 
milieu  du  xi®  siècle,  dans  chaque  cité,  semble-t-il,  où  ne 
réside  ni  comte  ni  vicomte,  surgit  un  vassal  des  comtes  qui 
prend  la  qualité  de  prince.  Quand,  tiu  xii^  siècle,  la  suzerai- 
neté comtale  redevint  plus  puissante,  ces  vassaux  durent  aban- 
donner leur  prétention.  Seuls,  ceux  d'entre  eux  qui  réussirent  à 
devenir  les  vassaux  directs  du  souverain,  c'est-à-dire  de  l'empe- 
reur, purent  rester  princes, />rmc/pes  imperii.  En  un  mot,  prince 
est  celui  qui  possède  le  pouvoir  ^.  A  partir  du  xii®  siècle,  nul  ne 
pourra  se  dire  prince  s'il  ne  devient  vassal  direct  du  souverain. 
En  ce  qui  concerne  particulièrement  les  princes  d'Orange,  il 
faut  remarquer  toutefois  que  l'un  d'eux,  Raimbaud,  connu  pour 
avoir  pris  part  à  la  croisade,  reçoit  de  Guillaume  de  Tyr  le  titre 
de  comte  d'Orange  :  de  même  Isoard,  vicomte  de  Gap^  celui  de 

1.  [1025-1050J  :  «  ego  Belieldis  genitrix  duorum  Antipolitani  regni  prin- 
cipum  »  (Lérins,  éd.  Flammare,  n°  cviii). 

2.  [1064-1079]  :  «  Guilelmus  princeps  terre  Regensis  »  [Saint-Victor, 
n«  617). 

3.  Carpentras,  l^""  mars  982  :  «  hujus  Provintiseprincipis  »  [Gall.  Christ., 
t.  I,  instr.,  p.  148).  —  4  août  991  :  «  totius  Provincise  principis  »  [Gall. 
Christ.,  t.  I,  instr.,  col.  74).—  1034:  «  princeps  totius  Provintiœ  »  (Bibl. 
nat.,  ms.    lat.  13915,  f»  363  recto). 

4.  16  avril  1164.  Précepte  de  Frédéric  pour  l'archevêque  d'Arles  :  «  nul- 
lus  dux  nec  marchio,  non  cornes,  nullus  princeps  vel  potestas,  non  recto- 
res  vel  consules,  non  capitaneus  vel  vicecomes»  [Gall.  Christ,  novissima, 
Arles,  n»  604). 


310  LA   PROVENCE  DU  PREMIER    AU    XU®    SIÈCLE 

comte  de  Die  ^  Si  l'on  remonte  au  texte  des  Gesta  Francorum^  on 
constate,  pour  ce  dernier,  qu'il  n'y  est  pas  qualifié  comte  ~  :  mais, 
en  admettant  qu'il  ne  l'ait  pas  été  dès  1096,  son  fils  et  son  petit- 
fils  le  furent  certainement.  On  le  sait  par  les  sources  diploma- 
tiques :  par  conséquent,  le  texte  de  Guillaume  *de  Tjr  se  justifie 
à  son  sujet.  Au  débutdu  xii^  siècle,  une  concession  de  comté  par 
lé  marquis  n'est  pas  impossible.  Faut-il  croire  que  Raymond  de 
Saint-Gilles  ait  également  concédé  le  comté  d'Orange  à  Raim- 
baud  ?  Gela  est  peu  probable,  car  aucun  des  actes  émanant  de 
Raimbaud  ne  lui  donne  ce  titre.  D'ailleurs,  si  la  concession  avait 
eu  lieu,  elle  n'aurait  pas  eu  autant  de  durée  que  celle  du  comté  de 
Diois  entre  les  mains  des  vicomtes  de  Gap;  en  effet,  Raimbaud 
n'eut  qu'une  fille  et,  quand  ses  descendants  eurent  réussi  se  sous- 
traire à  la  vassalité  des  comtes  de  Provence,  ils  se  qualifièrent 
simplement  princes  d'Orange. 

Evidemment,  si  Guillaume  de  Tyr  donne  k  Raimbaud  le  titre 
de  comte,  c'est,  non  pas  à  cause  de  son  père  qui  ne  l'avait  jamais 
été,  ni  à  cause  de  lui-même  qui  probablement  ne  le  fut  jamais, 
mais  à  cause  de  sa  mère  Alix  qui,  elle,  était  bien  comtesse. 
L'origine  de  cette  comtesse  n'a  jamais  été  bien  établie  :  on  peut 
être  persuadé  qu'elle  est  tout  simplement  la  veuve  du  comte  de 
Provence-Avignon  Guillaume  Bertrand,  mort  entre  le  l^''  mai 
1065  et  1067.  Ce  comte,  marié  avec  elle  dès  1050,  en  avait  eu 
une  fille  nommée  également  Alix  :  il  dut  lui  laisser,  sinon  l'usu- 
fruit de  tout  le  comté  d'Orange,  du  moins  un  domaine  considé- 
rable dans  le  comté.  Elle  se  remaria  avec  Bertrand  Raimbaud, 
fils  de  Raimbaud  de  Nice,  frère  de  Laugier-Roux,  de  Nice,  et  de 
Pierre,  évêque  de  Sisteron,  puis  de  Vaison  3.  Le  premier    époux 

1.  «  Isuardus  cornes  Diensis...  Raimbaldus cornes  Aurasicensis  »  {Rec.  des. 
hist.  des  croisades.  Hist.  occid.,  t.  I,  pp.  45,  96  ;  cf.  pp.  265,  352). 

2.  «  Isuardus  de  Musone  »  (Anonymi  Gesta  Francorum,  cap.  III,  §  2,  éd. 
Hagenmeyer,  p.  137).  L'éditeur  fait  toutes  les  identifications  possibles, 
sauf  la  bonne  :  c'est  Mison,  dans  les  Basses-Alpes,  dont  il  s'agit.  L'u  s'ex- 
plique, car  Mison  vient  de  mutationem.  Il  s'agit  d'un  relai  de  voie  romaine, 
comme  Malemoisson,  Puimoisson,  Muison,  etc. 

3.  Pour  Raimbaud  de  Nice,  fils  d'Odile,  possesseur  d'une  moitié  de  la 
châtellenie  de  Nice,  mari  de  Belieldis,  Gisle,  Alix  de  Reillane  et  Accelena, 


LE   ROYAUME   DE  BOURGOGNE-PROVENCE  3  H 

d'Alix  avait  dû  mourir  fort  jeune  :  le  second,  connu  depuis  1062 
jusqu'au  21  avril  1073,  mourut  avant  la  croisade.  Elle-même, 
encore  vivante  vers  1105,  lors  de  l'hommage  prêté  par  la 
vicomtesse  d'Avignon  à  sa  fille  Alix,  comtesse  d'Avignon  et  de 
Forcalquier  ^,  testa  seulement  le  12  octobre  1113  2.  Elle  était 
alors  d'un  âge  très  avancé,  car  son  fils  Raimbaud  d'Orange, 
prince  ou  podestat  de  Nice  en  1108,  était  déjà  mort  ^.  Elle  prit 
ses  dernières  dispositions  en  faveur  de  sa  petite-fîlle  Tiburge, 
mariée  avec  Giraud  Adémar,  qui  devint  ainsi  prince  d'Orange  ; 
mais  elle  ne  put  évidemment  lui  transmettre  le  comté  d'Orange 
qu'elle  n'avait  pas. 

A  la  fin  du  xi®  siècle,  la  Maison  des  comtes  de  Provence  n'est 
donc  plus  représentée  que  par  sept  femmes  :  Alix,  veuve  de  Guil- 
laume Bertrand,  comte  de  Provence-Avignon,  et  sa  fille  Alix  ; 
Ermengarde,  veuve,  sans  doute, de  Geoffroy,  comte  de  Provence- 
Avignon  ;  Stéphanie-Douce,  veuve  de  Geoffroy,  comte  de  Pro- 
vence-Arles, sa  fille  Gerberge^  sa  belle-fille  Mahaud,  veuve 
de  Bertrand,  et  sa  petite-fille  Cécile.  A  en  croire  les  moines  de 


voir  22  mai  1023  {Cluny,  2779)  ;  5  août  1030  (Lérins,  Moris,  n°  146)  ; 
février  1032  {Ibid.,  n»  149),  mai  1033  {ibid.,  n°  153)  ;  Vence,  1033  (Ibid., 
nM54);  [1033-1037]  [Saint-Victor,  n»  799)  ;  [1033-1037?]  {Ibid.,  n°  792); 
23  juin  1037  (Saint- Pons,  n°  vu)  ;  Courthezon,  21  mars  1046  [Ibid., 
n"  viii)  ;  [1050?](Lérins,  n°«  149  et  154)  ;  [1050]  (Lérins,  n«  147);  23  avril 
1057  (Sam^-Fic^or,  793)  ;  1062  (Lérins,  n°«  152  et  358).  Cf.  Nice,  n°  5,  et 
Saint-Pons,  XIL  Pour  Bertrand  Raimbaud,  fils  du  précédent,  voir  1062 
(Lérins,  n«  358)  ;  21  avril  1073  (Nice,  n»  82).  Cf.  Nice,  n°  17,  et  Saint-Pons, 
n°  XII. 

1.  [1101-1105]  :  «  aus  tu,  Adalax  conmitissa,  filia  Adalax  conmitissa.  Eu 
Ermensenz...  »  (Bouches-du-Rhône,  B.  277;  L.  Blancard  et  P.  Meyer  : 
Revue  des  Soc.  savantes,  4°  série,  t.  X,  1870,  pp.  486-487). 

2.  [Orange],  12  octobre  1113  :  «  ego  Adalaiz  comitissa...  mansiones 
quas  cum  Bertrando  Raibaldo  marito  meo,  post  mortem  Udalrici  episcopi, 
maie  usurpavi .  . .  cetera...  que  hereditario  jure  mihi  proveniunt  tam  in 
commitatibus  quam  in  civitatibus  et  castris  et  villis...  dimitto  Tiburgi 
fiiie  Raimbaldi  et  Geraldo  Adimaro  marito  eius.  .  .  »  (Vaucluse,  évêché 
d'Orange  ;  Duhamel,  Fragm.  d'anc.  cart.  d'Orange,  n"  m,  pp.  386-387). 

3.  Voir,  surRaimbaud  d'Orange,  fils  de  la  comtesse  Alix,  les  actes  suivants. 
[Vers  1075]  :  «  Raiambaldus  Bertranni  filius  »  (Saint-Pons,  n°xii).  — 1108: 
«  potestates  Nicie  civitatis...  Raimbaldus  Aurasicensis...  »  (Nice,  n°  48). 


312  LA      PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll^    SIÈCLE 

Montmajour,  la  sécurité  du  pays  se  ressentait  de  ce  manque 
de  chefs  redoutés  :  par  contre,  on  peut  penser  que  l'essor  de  la 
littérature  provençale  date  de  cette  époque  où  les  femmes  domi- 
naient. Les  troubadours  galants  naquirent  pour  leur  plaire. 

Cécile  est  écartée  de  la  succession  comtale,  car  elle  avait  reçu 
5000  sous  de  dot,  lors  de  son  mariage  en  1083  ^,  et  la  coutume  de 
Provence  oubliait,  au  moment  de  la  mort  de  leurs  parents,  les 
filles  précédemment  dotées  par  eux.  C'est  sa  tante  Gerberge  qui 
fut  donc  appelée  à  la  succession  de  la  branche  des  comtes  de 
Provence-Arles.  L'héritière  de  la  branche  aînée  des  comtes  de 
Provence-Avignon  était,  d'autre  part,  Alix,  fille  de  Guillaume 
Bertrand. 

Ces  deux  princesses  furent  mariées,  Alix  avec  Ermengaud, 
comte  d^Urgel,  Gerberge  avec  Gerbert,  comte  de  Gévaudan  et 
vicomte  de  Garlat.  Les  guerres  contre  les  Maures  d'Espagne,  qui 
avaient  suivi  l'expulsion  des  Sarrasins  de  Provence  et  qui  précé- 
daient la  croisade  en  Orient,  rendaient  plus  fréquents  les  rapports 
entre  les  marches  de  Provence  et  d'Espagne  :  ces  rapports  expliquent 
le  mariage  d'Ermengaud.  Quant  à  Gerbert,  les  résultats  de  son 
union  furent  éphémères  pour  le  Gévaudan.  11  se  trouve  dans  Avi- 
gnon en  juin  1110  ^  et  il  meurt  avant  le  l^""  février  1112,  laissant 
tous  ses  biens  à  sa  femme  :  il  n'en  avait  qu'une  fille,  nommée 
Douce  comme  sa  grand'mère  maternelle.  Le  l^*"  février  1112"^, 
Gerberge  lui  transmet  la  quote-part  indivise  de  la  Provence  qui 
était  l'héritage  de  son  défunt  frère  le  comte  de  Provence-Arles 
Bertrand  et,  de  plus,  ce  qui  hors  de  Provence  lui  venait  de  son 
mari.  Deux  jours  après,  elle  la  marie  avec  Raymond  Bérenger, 


4.  1083  {Hist.  Languedoc,  2^  éd.,  t.  V,  col.  682-683). 

2.  Avignon,  juin  1110  :  «  Girbertus  inclitus  cornes  et  uxor  ejus  illustris 
comitissa  »  (Vaucluse,  G.,  Chap.  métropol.,  n°  27  prov.,  f "  8  r°-v^). 

3.  1'='' février  1112:  u  ego  Girberga  comitissa  dono  tibi  Dulciœ  filiae  mese... 
comitatum . . ,  Provincise  et  Gavaldanensis  et  Carladensis  ethonorem... 
in  comitatu  Rutenensi  ;  quae  omnia  advenerunt  mihi  voce  parentum  meo- 
rum  etlargitione  viri  mei  Girberti  comitis  patris  tui. . .  Signum  Gerbergae 
comitissse  »  (P.  de  Marca,  Marca  hispanica.  App.,  n°  cccxlvii). 


LE  ROYAUME  DE  BOUKGOGNE-PROVENCE  313 

comte  de  Barcelone^.  Enfin,  le  13  janvier  1112/3^  la  nouvelle 
mariée  fait  don  à  son  mari  de  tout  ce  qu'elle  avait  reçu  de  sa 
mère  ^. 

C'était  la  domination  de  la  marche  d'Espagne  sur  lès  trois 
quarts  de  la  marche  de  Provence  :  ou  tout  au  moins,  une  union 
intime  entre  ces  deux  pays.  La  Provence  ne  consentit  pas  aisé- 
ment à  passer  ainsi,  comme  ses  comtesses,  entre  les  mains  de 
deux  étrangers.  Raymond  Bérenger  et  Ermengaud  apparte- 
naient à  la  même  maison  :  ils  descendaient  tous  deux  du  comte 
de  Barcelone  Borrel,  mort  en  993,  et  ils  se  trouvaient  cousins  au 
neuvième  degré.  L'héritière  de  la  branche  aînée  de  Provence- 
Avignon  épousait  le  représentant  de  la  branche  cadette  de  Barce- 
lone-Urgel  et  l'héritière  de  la  branche  cadette  de  Provence- Arles, 
le  chef  delà  Maison  de  la  marche  d'Espagne. 

Jusqu'alors,  l'indivision  de  la  marche  de  Provence  avait  bien  pu 
continuer  à  exister  entre  parents  assez  rapprochés,  bien  que, 
depuis  le  milieu  du  xi®  siècle,  se  remarquât  une  tendance  de 
chaque  branche  à  se  localiser  en  se  fixant,  chacune  de  son  côté, 
dans  Avignon,  dans  Arles  et  en  Venaissin.  Maintenant,  après 
l'arrivée  des  deux  étrangers,  l'état  d'indivision  ne  pouvait  subsis- 
ter, étant  donnée  surtout  la  coutume  de  la  Maison  de  Barcelone 
qui,  dès  le  début  de  son  existence,  semble  avoir  comporté  un 
partage  effectif  de  la  marche  d'Espagne  entre  les  enfants  ^. 

1.  3  février  1112  :  «  ego  Gerberga  comitissa  Arelatensis  trado  tibi  Ray- 
mundo  Berengarii  comiti  filiam  meam, .  .  Dulcem  cum  omni  honore  meo.  .. 
Provinciam,  quod  ibi  habeo  et  habere  debeo,  et  comitatum  Gavallanen- 
sem  etvicecomitatumCarladensem  et, ,  honorem. . .  incomitatu  Rutenense, 
sicut  fuit  Girberti  comitis...  »  [Ibid.,  n°  cccxlviii). 

2.  13  janvier  1112/3  :  «  ego  Dulcia  Barchinonensis  et  Provinciae  comi- 
tissa. , .  tibi  venerabili  comiti  Raymundo,  quem. .  .  justo  matrimonio  copu- 
lavi,  dono. .  .  totum  meum  honorem...  in  Provincia  et  in  Rutenensi  comi- 
tatu...  signum  Dulcia?  comitissae. . .  »   {Ihid.,  n°  cccxlix). 

3.  Pour  les  comtes  de  Barcelone,  voir  il"  D.  Prospero  de  Bofarull  y 
Mascaro,  Los  condesde  Barcelona  vind icados..,  Barcelona,  iSZQ,  2  vol.  in-S", 
ouvrage  consciencieux  et  excellent,  surtout  comme  documentation  ;  2°  D. 
Ant.  de  Bofarull  y  Broca,  Historia  critica  de  Cataluha,  Barcelona,  4876-1879, 
9  vol.  in-4,  à  lire  comme  complément  ;  3"  fray  Francisco  Diago,  Historia 
de  los     victoriosissimos    antiguos  condes    de    Barcelona,    1603,  Barceona, 


314  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

Avant  de  parler  du  partag'e  de  la  Provence,  qui  survint  ainsi 
au  xii^  siècle,  il  est  bon  de  rechercher  si  l'on  peut  connaître  le 
montant  de  la  part  indivise  qu'en  avait  possédée  chaque  comte  de 
la  première  maison  héréditaire.  Un  document,  véritablement  pré- 
cieux à  ce  point  de  vue,  est  l'hommage  de  la  vicomtesse  d'Avi- 
gnon Ermessende  prêté  à  Alix,  veuve  du  comte  Ermengaud  ^ 
Cet  acte  est  sans  date,  mais  on  peut  lui  en  assigner  une  approxi- 
mative, caria  vicomtesse  j  paraît  elle-même  comme  veuve.  Or, 
son  mari  vivait  encore  en  juin  1101  2.  De  plus,  il  y  est  dit  que  la 
part  de  Provence  appartenant  à  la  Maison  de  Toulouse  est  possé- 
dée par  Bertrand,  le  fils  de  Raymond  de  Saint-Gilles.  Bertrand 
l'avait  reçue  de  son  père,  lors  de  son  mariage  en  juin  1095,  ou,  au 
plus  tard,  lorsque  Raymond  était  parti  pour  l'Orient.  Mais,  il 
n'est  pas  dit  dans  1  acte  d  hommage  que  le  marquis  fût  mort  : 
au  contraire,  le  rédacteur  de  l'acte  le  mentionne  comme  vivant 
et  on  sait  qu'il  mourut  le  28  février  1105  près  de  Tripoli.  La  nou- 

in-folio,  à  consulter  pour  quelques  détails  ;  4°  Antonio  Vicente  Domenec, 
Historia  gênerai  de  lossantos  y  varones  ilustres  en  santidad  del  principato 
de  Cataluha. 

Pour  les  comtes  d'Urgel:l°  D.  DiegoMonfary  Sors,  Historia  de  loscondes 
de  Urgel,  1853,  2  vol.  in-8  {Coll.  de  Doc.  ined.  del  archivo  gênerai  de  la 
corona  de  Aragon.  Barcelofia,  t.  IX  et  X)  ;  2°  D.  J.  Miret  y  Sans,  La  casa 
condal  de  Urgell  en  Provenza  {Boletin  de  la  Real  Academia  de  Buenas 
Letras  de  Barceloha,  afio  III,  nûm  9,  pp.  32-48,  marzo  1903). 

Enfin  le  Marca  hispanica,  sive  limes  hispanicus  de  P.  de  Marca, 
Parisiis,  Franc.  Muguet,  1688.  Pour  l'origine  de  la  maison  de  Barcelone- 
Urgel,  voir  :  R.  Traggia,  Discurso  histôrico  sobre  el  orîgen  y  succession  del 
reino  pirenaico  [Mem.  de  la  R.  Acad,,  Madrid,  t.  IV,  p.  56)  ;  Botet  y  Sisd, 
Condado  de  Gerona  :  loscondes  beneficiarios,  Gerona.  P.  Torres,  1890,  in-8; 
Joseph  Calmette,  Les  origines  de  la  première  maison  comtale  de  Barcelone 
{Mél.  d'arch.  et  d'hist.,  Rome,  1900,  t.  XX,  pp.  299-305)  et,  de  ce  dernier 
auteur  encore,  Notes  sur  Wifred  le  Velu  [Revista  de  Archivos,  bibliotecas 
^  Museos,  julio  1901,  Madrid,  M.  Tello,  1901,  in-8);  Un  jugement  original  de 
Wifred  le  Velu  pour  l'abbaye  d'Amer  [Bibl.  de  VEc.  des  Chartes,  t.  LXVII, 
1906,   pp.  60-69). 

1.  [Juin  1101-juin  1105]  (P.  Meyer,  Rapport  au  comité  des  travaux  his- 
toriques sur  deux  communications  de  M.  L.  Blancard  ;  extrait  de  la  Revue 
des  Sociétés  savantes,  4^  série,  t.  X,  1870,  pp.  478-494,  16  pp.  in-8). 

2.  Avignon,  juin  1101  (Arch.  de  Vaucluse,  G.,  Chap.  métrop.,  n®  27  provi- 
soire, ff.  1  ro-2  r"). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  315 

velle  de  cette  mort  dut  certainement  être  connue  en  Provence 
avant  la  fin  de  la  première  moitié  de  l'année  ;  ainsi,  on  peut  dire 
avec  certitude  que  l'hommage  en  question  a  été  prêté  par  la 
vicomtesse  entre  le  mois  de  juin  ilOl  et  le  mois  de  juin  H05. 
Dans  cet  acte,  elle  déclare  à  la  comtesse  lui  promettre  fidélité 
pour  les  châteaux  placés  dans  les  cités  de  Provence  au  delà  de  la 
Durance  ^  :  elle  lui  hommage  les  trois  quarts  des  châteaux 
d'Avignon,  Manosque  -  et  Forcalquier.  Elle  tient  le  dernier  quart 
de  ces  châteaux,  encore  indivis,  pour  Raymond  de  Saint-Gilles  et 
Bertrand,  fils  de  Raymond,  que  celui-ci  en  a  investi.  Il  résulte 
de  là  que  la  branche  aînée  de  la  maison  de  Provence,  repré- 
sentée à  cette  époque  par  Alix  de  Provence-Avignon,  possédait  les 
trois  quarts  indivis  et  la  maison  de  Toulouse,  le  quart  indivis  de 
la  marche  de  Provence  au  delà  de  la  Durance  :  la  preuve  en  est 
certaine.  Mais,  depuis  quand  cet  état  de  choses  existait-il  ?  En 
1037,  avant  d'être  marquis,  Foulques-Bertrand,  grand-père  de 
cette  Alix,  avait  donné  à  Montmajour  ce  qu'il  possédait  du  châ- 
teau de  Manosque,  dans  le  comté  de  Sisteron,  c'est-à-dire  tout  ce 
qu'il  devait  en  avoir  des  biens  lui  venant  de  son  aïeul  le  marquis 
Guillaume  P^etde  son  père  le  comte  Guillaume  III  ^.  Or,  plus  tard, 
à  une  date  indéterminée,  les  deux  fils  de  Foulques-Bertrand  con- 

i.  Dels  castels  ne  las  civitates  de  Provincia  des  Durencia  en  za,  de  las  très 
partes.  L'acte  étant  rédigé  sur  la  rive  droite  de  la  Durance,  l'hommage  porte 
bien,  pour  ses  rédacteurs,  sur  la  Provence  en  deçà.  Quand  on  envisage  la  Pro- 
vence en  général,  il  faut  se  placer  par  la  pensée  à  Arles  et  sur  la  rive  gauche 
de  la  Durance  ;  de  ce  point  de  vue,  il  est  juste  de  dire  qu'Alix  possédait 
la   Provence  au  delà  de  la  Durance. 

2.  Le  texte  dit  Manoa,  ce  qui,  rigoureusement,  est  Mânes  (Basses- 
Alpes),  comme  le  Manuam  du  n**  973  de  Saint- Victor.  Mais  il  faut,  sans 
doute,  rétablir  Manoasca,  ce  qui  est  Manosque  (Basses-Alpes).  Mânes 
a  trop  peu  d'importance  pour  être  spécifié  entre  Avignon  et  F'orcalquier 
comme  un  château  comtal:  l'oubli  de  Manosque,  par  contre,  ne  se  compren- 
drait pas.  Celte  résidence  comtale  est  bien  connue  et  on  sait  que  les 
vicomtes  en  gardèrent  les  3/4  jusqu'au  23  février  1218  (Bouches-du-Rhône, 
B.  310). 

3.  1037:  «  Bertrannus  comes...  cedo...  castrum  in  regno  Provincise,  in 
pago  Sistergico  quod  nominant  Manuasca  seu  Podium  Bosoni...  quan- 
tum mihi  pax  obvenit  vel  obvenire  débet  ex  donatione  avi  et  patris  mei...  » 
(Montm.,  p.  134). 


316  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

fîrment  cette  donation  de  leur  père  en  déclarant  qu'il  s'agit  de 
«  quatre  manses  avec  la  moitié  de  la  dîme  d'une  moitié  de  la 
ville  de  Manosque^  »  Si  ce  texte  est  bien  entendu,  il  semble  éta- 
blir que  Foulques-Bertrand  avait  reçu  de  ses  auteurs  le  quart 
indivis  de  Manosque  :  un  autre  quart  devait,  de  même,  appar- 
tenir à  son  frère  Geoffroy.  Le  groupe  formé  par  ces  deux  quarts, 
c'est-à-dire  la  moitié  indivise  de  Manosque,  avait  appartenu 
avant  eux  à  leur  père,  Guillaume  III,  lequel,  fils  unique  2, 
l'avait  reçu  de  leur  grand-père,  le  marquis  Guillaume  P^  Dès 
lors,  il  faut  que  l'autre  moitié  de  Manosque  ait  appartenu  à 
Roubaud,  seul  frère  de  Guillaume  P^  Roubaud  ayant  eu  deux 
enfants,  le  marquis  Guillaume  II  et  Emma,  il  semble  que  cette 
dernière  ne  fut  pas  dotée,  de  sorte  qu  elle  eut  part  à  la  terre, 
comme  cohéritière  de  son  père.  Guillaume  II  et  Emma  eurent 
donc,  chacun,  un  quart  indivis  de  Manosque  :  quand  le  marquis 
Guillaume  II  mourut,  après  le  mois  de  mai  1037,  son  héritage 
ne  passa  pas  à  sa  sœur  et  à  la  maison  de  Toulouse,  mais  à  ses 
cousins  au  o*'  degré,  Foulques-Bertrand  et  Geoffroy,  qui,  dès  ce 
moment,  eurent  non  seulement  la  moitié,  mais  les  trois  quarts 
indivis  de  la  marche  de  Provence  ;  l'aîné  se  localisa  dans  Avignon, 
héritage  de  Guillaume  II,  tandis  que  le  cadet  restait  dans  Arles, 
héritage  de  leur  père. 

Ainsi,  après  la  disparition  des  comtes  particuliers,  après  la  prise 
de  possession  de  la  Provence  par  le  roi  de  Bourgogne,  les 
deux  fils  de  Roubaud  reçurent  chacun  la  moitié  indivise 
de  la    Provence;  ils  s'installèrent,  Boson  dans  Arles,  Guillaume 

1.  [1060-1065]  :  «  ego  Guillelmus  et  ego  Gaufredus  comités  et  fratres.... 
ajungimus...  IIII  manses,  cum  medietaledecimide  una  medietate  quam  pater 
noster  Bertrannus  dédit  in  villa...  Manoasca...  »  (Montm.,pp.  190-191).  Dans 
la  transcription  éditée  de  cet  acte,  les  mots  filii  Guillelmi  III,  cognomento 
Bertrani,  Arelatensis  comitis  et  ante  eum  e  vivis  erep^i  constituent  une  inter- 
polation probable,  comme  le  prouve  le  membre  de  la  phrase  ante  eume  vivia 
erepti,  car  c'est  le  père,  en  réalité,  qui  est  mort  avant  ses  fils.  Ce  père  ne 
s'appelait  d'ailleurs  pas  Guillaume  Bertrand,  mais  Foulques-Bertrand, 
et  il  était  plutôt  comte   d'Avignon  que  comte  d'Arles. 

2.  Constance,  sœur  de  Guillaume  III,  avait  été  dotée  en  or,  ce  qui  impli- 
quait son  renoncement  à  la  terre. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  317 

dans  Avignon.  Le  fils  de  ce  Guillaume  étant  mort  sans  enfant, 
Roubaud  et  Guillaume  fils  de  Boson  eurent  toute  la  Provence  : 
Roubaud  s'installa  dans  Avignon,  comme  son  oncle,  et  Guil- 
laume dans  Arles.  Le  fils  de  Roubaud  étant  encore  mort  sans 
enfants,  Avignon,  qui  représentait  un  quart  indivis  de  la  Pro- 
vence, fit  de  nouveau  retour  aux  fils  de  Guillaume  et  de  Ger- 
berge.  La  fille  de  Roubaud  garda  le  Venaissin  et  le  Diois,  qui 
représentaient  le  dernier  quart,  et  ce  devint  le  domaine  de  la  Mai- 
son de  Toulouse.  Ce  fut  encore  le  fils  aîné  de  Guillaume  et  de 
Gerberge  qui  s'installa  dans  Avignon,  laissant  Arles  à  son  cadet. 

Depuis  le  milieu  du  x^  siècle  environ,  c'est  donc  toujours  l'aîné 
de  la  Maison  de  Provence  qui  se  réserve  Avignon  et  le  cadet  qui 
garde  Arles.  Cependant  Arles  était  la  capitale  du  pays.  Ce  fait, 
en  apparence  anormal,  trouve  cependant  une  explication 
satisfaisante.  Dans  Avignon,  le  marquis  n'était  gêné  par  aucun 
voisinage  :  dans  Arles,  il  n'en  était  pas  de  même.  Précisément 
en  raison  de  son  rang  de  capitale,  tant  que  le  roi  put  venir  y 
résider,  le  marquis  se  trouvait  éclipsé  par  la  majesté  du  sou- 
verain. Quand  le  roi  n'y  vint  plus,  il  ne  confia  pas  la  garde  de 
son  palais,  de  son  trône  et  de  sa  couronne  au  marquis,  mais  bien 
au  primat  qui  lui  répondra  personnellement  de  la  fidélité  de  la 
cité.  Cet  office  spécial  du  primat  ne  pouvait  que  diminuer  le  mar- 
quis :  celui-ci  laisse  son  cadet  face  à  face  avec  le  garde  choisi 
par  le  souverain  et  préfère  la  résidence  d'Avignon.  Enfin,  plus 
tard,  quand  les  comtes  de  la  rive  gauche  de  la  Durance  renon- 
ceront à  la  résidence  d'Avignon,  par  suite  de  l'indivision  persis- 
tante de  cette  seule  cité,  ils  se  fixeront  dans  Aix,  à  défaut 
d'Arles  et  d'Avignon. 

L'indivision  de  la  Provence  dura  jusqu'à  la  disparition  de  la 
Maison  de  Provence,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  fin  du  xi^  siècle. 
Lorsque  les  Maisons  de  Toulouse,  d'Urgelet  de  Barcelone  se  trou- 
vèrent en  présence,  il  fallut  partager.  Alix,  représentant  la  branche 
de  Provence- Avignon  et  mariée  à  Ermengaudd'Urgel,  avait  droit 
aux  3/8  delà  marche.  Gerberge,  représentant  la  branche  de  Pro- 
vence-Arles, mariée  à  Gerbert  de  Gévaudan,  avait  également  droit 


3t8  LA  PROVENCE  DU    PREMIER   AU    XI J*    SIÈCLE 

aux  3/8  de  la  marche.  Enfin,  Bertrand  de  Toulouse  avait  droit  aux 
2/8  restants.  Forcément,  il  y  a  eu,  non  pas  un,  mais  trois  partages. 

Lors  de  l'hommage  et  la  vicomtesse  d'Avignon,  le  premier, 
entre  Urgel  et  le  Gévaudan,  était  certainement  fait.  En  effet,  Alix 
possède  à  cette  époque  les  trois  quarts  de  la  Provence  au  delà  de 
la  Durance  :  or,  ses  droits  héréditaires  ne  montaient  qu'aux  3/8 
de  la  Provence  entière.  Si  on  admet  que  la  Durance  divise  la  Pro- 
vence en  deux  parties  de  valeur  à  peu  près  égale,  il  est  remarquable 
que  le  compte  soit  juste.  Mais,  forcément,  cela  exclut  la  possi- 
bilité de  croire  qu'Alix  possédât  encore  quelque  chose  par  indivis 
en  deçà  de  la  Durance.  Donc,  au  delà,  sa  part  existe  tout  entière  : 
donc,  le  partage  a  eu  lieu,  en  ce  qui  la  concerne.  Par  ce  partage, 
la  branche  de  Provence-Avignon  avait  renoncé  à  tous  droits  en 
deçà  de  la  Durance  et  la  branche  de  Provence-Arles  à  tous 
droits  au  delà.  Les  partages  postérieurs  feront  connaître  qu'il  y 
a  une  exception  :  Avignon  et  ses  environs  demeurent  indivis. 

Si  ce  partage  est  antérieur  à  juin  11 05,  à  quelle  date  peut-il 
remonter  ?  Alix  avait  épousé  le  comte  d'Urgel  après  le  29  avril 
1076  ^  et  avant  le  13  février  1080  -.  Après  son  mariage,  elle  fit 
don  à  son  mari  de  tous  ses  droits  sur  la  Provence  ^  ;  celui-ci  testa 
le  29  avril  1090.  Malheureusement  l'acte  de  ce  testament,  jadis 
aux  archives  de  Barcelone  (armoire  des  testaments,  sac  R,  n**  70), 
où  fray  Francisco   Diago  le  vit,  ne  s'y   retrouvait  plus  du  temps 

1.  En  effet,  Ermengaud,  fils  du  comte  et  de  sa  première  femme  Lucie, 
n'avait  pas  encore  quatorze  ans  à  la  date  du  testament  de  son  père  (Diag-o, 
lib.  2,  cap  LXXIII,  f"  137  v''  :  «  no  ténia  entonces  Ermengaudo  catorze 
anos  »). 

2.  13  février  1080  :  le  comte  Ermengaud  et  sa  seconde  femme  Alix  donnent 
le  1/8  du  château  de  Altet  à  N.-D.  de  Solsona,  dans  la  province  de  Lérida 
[Ibid.j  fo  137  recto).  —  23  juin  [1083]  :  «  ego  Ermengaudus  gracia  Dei 
comes  Urgellitanus  siue  Prouincialis  una  cum  mea  conjuge  Adalezis  nutu 
Dei  comitissa. . .  in  val  deAnnorra...  Sancte  Marie  sedi  Urgellitane. . . 
Ermengaudus  gratia  Dei  comes  Urgellitanus  et  Provincialis. . .  Signum 
Adalezis  nutu  Dei  comitissa  Urgellitana  et  Provincialis...  »  (J.  Miret  y 
Sans,  La  Casa  condal  de  Urgell  en  Provenza  [Boletin  de  la  R.  Academia  de 
Barcelona,  ano  III,  nûm.  9,  pp.    36-38). 

3.  Cela  résulte  des  termes  du  testament  de  son  mari  qui  les  lègue  à  leur 
fils,  en  réservant  l'usufruit  à  Alix  (Diago,  f°  138  r°). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  319 

de  D.  Diago  Monfary  Sors  :  il  était  d'un  haut  intérêt  pour  la  Pro- 
vence. Jusqu'à  ce  que  cette  pièce  égarée  se  retrouve,  l'analyse  soi- 
gnée de  Diago  permet  de  suppléera  sa  perte  ^  Par  ce  testament,  le 
comte  lègue  à  son  fils  Guillaume  et,  au  défaut  de  ce  fils,  à  Sanche 
sa  fille,  tous  les  comtés,  évêchés,  cités  et  châteaux  qu'il  avait  eus 
au  delà  du  Rhône,  ou  ailleurs,  de  la  meilleure  manièrequ'un  comte 
de  Nice  ait  pu  les  posséder.  De  plus,  il  lui  lègue  son  épée  à  deux 
tranchants,  dite  la  Roqueforte.  Il  lui  donne,  comme  tuteurs, 
l'évêque  de  Nice  et  l'évêque  de  Vaison  avec  quelques  barons  de 
Provence,  spécialement  le  comte  d'Arles  Bertrand.  Enfin,  il 
déclare  Alix  dame  et  usufruitière  du  comté  :  dans  le  cas  où  elle 
perdrait  cet  usufruit,  il  lui  reconnaît  les  cinq  mille  mancus  d'or 
de  Valence  qu'il  avait  reçus  de  sa  dot.  La  conclusion,  à  tirer  de  cet 
acte  est  que  le  partage  antérieur  à  1105  n'avait  pas  encore  eu  lieu. 
Car,  si  le  testateur,  par  la  désignation  de  l'évêque  de  Vaison  comme 
l'un  des  tuteurs  de  son  fils,  laisse  supposer  qu'il  avait  des  droits  au 
delà  de  la  Durance,  par  contre  la  désignation  de  l'évêque  de  Nice 
indique  qu'il  en  avait  également  en  deçà.  Pour  exprimer  claire- 
ment sa  situation  en  Provence,  le  testateur  se  qualifie  «  comte 
de  Nice  »,  aussi  bien  qu'il  exprime  celle  de  Bertrand  en  l'appelant 
«  comte  d'Arles  ».  Cela  oblige  à  constater  que  Nice  était  la  résidence 
la  plus  ordinaire  de  sa  femme  et  de  son  fils  en  Provence,  comme 
Arles  était  celle  de  Bertrand.  Au  surplus,  cela  n'a  rien  de  surpre- 
nant, puisque  la  comtesse  Alix,  mère  de  sa  femme,  s'était  rema- 
riée avec  Bertrand  Raimbaud  de  Nice.  Par